Vingt ans après avoir propulsé son Dieselmax à 563 km/h, Lord Bamford a de nouveau réuni ses ingénieurs avec une idée fixe : prouver que la combustion interne d’hydrogène n’est pas réservée aux engins de terrassement. Sur l’immensité blanche du lac salé de Bonneville, dans l’Utah, le streamliner jaune JCB Hydromax vient d’effacer les tablettes en atteignant la moyenne officielle de 653,9 km/h, devenant ainsi le véhicule zéro émission le plus rapide du monde.
De la tranchée aux records de vitesse
L’aventure a débuté dix-huit mois plus tôt dans le secret des ateliers de Rocester. Le président de JCB demande alors à Ryan Ballard, directeur de l’ingénierie, et Lee Harper, ingénieur en chef, de greffer deux blocs d’excavatrices de série dans un cigare aérodynamique pour pulvériser le record mondial de vitesse.
Pour métamorphoser ces 4-cylindres 4,8 litres de 74 chevaux en mécaniques de course, JCB s’est tourné vers les spécialistes de Ricardo. Rallongés de turbocompresseurs imposants et d’échangeurs surdimensionnés, allégés de cent kilos chacun, les moteurs ont été couchés sur le flanc afin d’abaisser au maximum le centre de gravité. Chaque bloc délivre désormais 800 chevaux. Le châssis tubulaire en acier a été confié à Prodrive, tandis qu’Xtrac a usiné deux boîtes séquentielles à six rapports, une pour chaque essieu, et que Goodyear développait des gommes spécifiques capables d’encaisser plus de 640 km/h sur une surface meuble.
Andy Green et le rituel du sel
Pour dompter l’engin, le choix du pilote coulait de source. À 64 ans, Andy Green, Wing Commander de la RAF et détenteur du record absolu de vitesse terrestre (1 227,985 km/h sur Thrust SSC), a repris du service. L’homme qui avait déjà mené le Dieselmax en 2006 s’est glissé dans un cockpit étroit, calé au milieu de 250 kilos de glace indispensables pour refroidir la mécanique durant chaque tentative.
L’étagement démesuré de la transmission interdisant d’enclencher le premier rapport avant 88 km/h, le départ nécessite l’aide d’un Land Rover Defender Octa de poussée, piloté par Darren Turner avec Lord Bamford sur le siège passager. Une fois libéré, le bolide s’arrache sur le sel dans un sifflement qui évoque davantage un avion de chasse qu’un engin de chantier.
Une heure sous haute tension
Après une semaine d’essais rythmée par les caprices de la météo et un changement de turbo en urgence sur la piste, les deux runs réglementaires imposés par la FIA se sont joués sur le fil du rasoir.
Lancé vers le nord, Green traverse le mile chronométré à 400,623 mph (644,7 km/h) avant de déployer ses parachutes. Commence alors le compte à rebours : l’équipe dispose de moins d’une heure pour faire demi-tour, ravitailler en hydrogène, renouveler les blocs de glace, monter quatre pneus neufs et réajuster la cartographie moteur par télémétrie 5G pour éviter que la carrosserie en carbone ne brûle sous la chaleur.
Au retour, cap au sud vers Floating Mountain, l’Hydromax franchit la cellule à 663,2 km/h. La moyenne retenue de 653,9 km/h consacre l’exploit d’un groupe d’ingénieurs passionnés, prouvant au monde entier qu’un moteur à pistons alimenté à l’hydrogène peut fendre l’air à des vitesses vertigineuses en ne rejetant que de la vapeur d’eau.
