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  • Wazuka Micro Car Museum : Le sanctuaire japonais des voitures plus petites que des Kei cars

    Wazuka Micro Car Museum : Le sanctuaire japonais des voitures plus petites que des Kei cars

    Au Japon, la gestion de l’espace est une science exacte. Si les passionnés d’automobiles japonaises connaissent parfaitement les kei cars — ces puces de 660 cm³ limitées à 63 chevaux qui représentent plus d’un tiers des ventes de l’archipel —, il existe une catégorie encore plus minuscule, excentrique et totalement oubliée de l’histoire : les microcars des années 1980.

    Pour éviter que ce patrimoine mécanique insolite ne disparaisse à jamais, un homme nommé Kaoru Hasegawa a créé le Wazuka Micro Car Museum à Kainan, dans la préfecture de Wakayama. Un lieu unique au monde qui redéfinit la notion de minimalisme automobile.

    L’âge d’or des puces de 50 cm³

    Pour comprendre l’existence de ces véhicules, il faut remonter aux années d’après-guerre. En 1949, le gouvernement japonais crée la classe des « véhicules légers » pour remobiliser une économie exsangue avec des moteurs de 150 cm³, qui évolueront vers les kei cars modernes. Mais dans les années 1970 et 1980, une autre tendance encore plus radicale émerge : la microcar de 50 cm³.

    L’argument de vente de ces engins était purement législatif. Équipées de moteurs de mobylette, ces voiturettes se conduisaient avec un simple permis cyclomoteur, beaucoup plus facile et économique à obtenir qu’un permis de conduire traditionnel. Pratiques, ultra-étroites et protectrices contre la pluie, elles sont devenues les alliées préférées des mères de famille pour faire les courses de proximité ou des personnes à mobilité réduite.

    Quand Mitsuoka construisait des clones de Morgan à l’échelle 1/4

    Le constructeur Mitsuoka, célèbre aujourd’hui pour ses carrosseries néo-rétros baroques appliquées sur des châssis modernes, a forgé ses premières armes dans cet univers liliputien. À la fin des années 1970, le fondateur Susumu Mitsuoka tente de réparer une voiturette italienne (une Casalini Sulky) pour un client, mais se heurte à une pénurie totale de pièces. Frustré, il décide de fabriquer sa propre microcar.

    En 1982, la marque donne naissance à la Mitsuoka Bubu Shuttle-50. L’engin tient plus du carénage de scooter thermique que de la berline : trois roues (une seule roue motrice à l’arrière), un bloc de 50 cm³, des commandes entièrement manuelles et une porte arrière permettant d’y glisser un fauteuil roulant grâce à des rampes amovibles. Elle était si étroite qu’on pouvait littéralement la garer dans le couloir de sa maison en la faisant passer par la porte d’entrée.

    Mitsuoka déclinera la formule avec la Bubu 501 dotée d’un vrai volant, puis avec la fantastique Bubu 505-C, une caricature de Morgan Roadster à l’échelle un quart posée sur des roues de brouette.

    « À l’époque, ces voitures étaient achetées comme de simples outils jetables pour éviter la pluie. Personne ne pensait à les collectionner. C’est ce qui les rend si dures à trouver aujourd’hui. » — Kaoru Hasegawa

    Le changement de loi et le sauvetage de Hasegawa-san

    Le déclin de cette industrie a été aussi fulgurant que son apparition. À la fin des années 1980, un amendement de la loi sur la sécurité routière sonne le glas des microcars : le permis de conduire classique devient obligatoire pour s’installer à leur volant. Privées de leur avantage fiscal et réglementaire, les microcars perdent toute attractivité face aux kei cars, bien plus sûres et logeables. Les usines s’arrêtent et des milliers de Bubu ou de Sulky finissent abandonnées au fond des granges de la campagne japonaise.

    Il y a une trentaine d’années, Kaoru Hasegawa déniche l’une de ces épaves oubliées derrière un garage rural. Il la restaure, commence à rouler à son volant et réalise l’incroyable capital de sympathie et les sourires que l’engin génère sur son passage. C’est le début d’une obsession.

    Aujourd’hui, sa collection compte plus d’une douzaine de modèles rares, associant les productions Mitsuoka à des raretés européennes importées à l’époque, comme la Casalini Sulky ou l’All Cars Snuggy Charly. Face à l’engouement suscité par ses publications sur les réseaux sociaux, il a officiellement ouvert le Wazuka Micro Car Museum.

    Le musée est à l’image de ses pensionnaires : installé dans une ruelle étroite à deux heures d’Osaka, il s’aménage dans un petit garage dont l’étage regorge de miniatures et de documents d’époque. Hasegawa-san y anime une communauté locale de passionnés. Qu’il s’agisse d’une micro-Morgan ou d’une Sulky rabaissée au ras du bitume, ces machines de 50 cm³ qui plafonnent entre 60 et 75 km/h selon le sens du vent font tourner plus de têtes dans les villes japonaises que n’importe quelle supercar italienne.

  • Kei Cars à l’italienne : Walter de Silva propose une révolution urbaine

    Kei Cars à l’italienne : Walter de Silva propose une révolution urbaine

    Depuis des décennies, les kei cars dominent le paysage urbain japonais avec leur format ultra-compact, leur faible coût et leurs avantages fiscaux. Ces véhicules, conçus pour maximiser l’espace intérieur tout en restant sous 3,50 mètres de longueur, séduisent grâce à leur praticité. Aujourd’hui, une telle approche pourrait inspirer l’Europe, où la mobilité urbaine nécessite des solutions plus durables et adaptées aux contraintes des villes modernes.

    Un concept éprouvé au Japon

    Nées dans les années 1950, les kei cars représentent encore aujourd’hui environ un tiers du marché automobile japonais, soit près de 1,74 million de ventes annuelles. Leur succès repose sur des réglementations favorables : dimensions réduites, moteurs limités à 660 cm³, et des incitations fiscales. Ces véhicules, souvent exonérés d’obligations comme la possession d’un garage, répondent parfaitement aux besoins des métropoles encombrées.

    Une opportunité pour l’Europe

    Walter De Silva, figure emblématique du design automobile, milite pour l’introduction d’un concept similaire adapté à l’Europe. Dans un contexte où les SUV lourds et encombrants dominent, l’idée d’un véhicule compact, électrifié et économiquement accessible pourrait marquer une rupture. Selon le designer, il s’agit de repenser l’automobile pour qu’elle réponde aux défis des villes européennes : réduction de la pollution, diminution de l’encombrement, et optimisation des coûts.

    Un cadre réglementaire en gestation

    En Italie, un document émis par le ministère de l’Économie et des Finances envisage la création d’une nouvelle catégorie de véhicules urbains. Ces modèles, similaires aux kei cars, combineraient légèreté, modularité et efficience énergétique. Ils seraient dotés de petites batteries, d’une capacité d’environ 20 kWh, suffisantes pour des trajets urbains et suburbains. Une telle approche permettrait de réduire les émissions sur l’ensemble du cycle de vie, tout en diminuant les coûts de production et d’achat.

    Les défis d’une transition

    Pour réussir, ce projet devra relever plusieurs défis. L’un des enjeux majeurs concerne la sécurité, un critère indispensable pour que ces véhicules puissent rivaliser avec les voitures traditionnelles. De Silva souligne que des avancées comme les systèmes ADAS et des structures légères mais résistantes sont essentielles. Par ailleurs, la modularité serait un atout majeur : un châssis adaptable permettrait d’ajouter des batteries supplémentaires pour élargir le champ d’utilisation au-delà des villes.

    Une révolution nécessaire

    Au-delà de l’innovation technique, l’introduction de ces véhicules pourrait relancer un marché automobile européen en stagnation. Les kei cars européennes, accessibles et attractives, pourraient séduire une clientèle diverse, allant des jeunes urbains aux seniors. Comme le souligne De Silva, « pour changer les choses, il faudra réécrire les règles du jeu ».

    En combinant réglementation, soutien public et design intelligent, l’Europe a une opportunité unique de réinventer la mobilité urbaine. Les kei cars italiennes pourraient non seulement redéfinir nos rues, mais aussi inspirer une transition globale vers des véhicules plus durables et adaptés à notre époque.

    Qui est Walter de Silva ?

    Walter de Silva est une figure emblématique du design automobile, ayant marqué l’industrie par son style innovant et son approche visionnaire. Né en Italie en 1951, il débute sa carrière chez Fiat avant de rejoindre Alfa Romeo, où il façonne des modèles emblématiques comme les Alfa 156 et 147, célébrés pour leur élégance et leur caractère sportif. En 1999, il est recruté par le groupe Volkswagen, où il supervise le design des marques Audi, SEAT et Volkswagen. Sous sa direction, Audi connaît un renouveau stylistique grâce à des créations comme l’Audi A5 et la R8, qui incarnent un équilibre parfait entre sophistication et performance. De Silva est également à l’origine de la calandre « Single Frame » d’Audi, devenue une signature incontournable. En tant que directeur du design pour l’ensemble du groupe Volkswagen, il a influencé des véhicules phares comme la Golf VII et la Lamborghini Miura concept. Son approche mêle rigueur fonctionnelle et sensibilité artistique, enracinée dans la tradition italienne. Aujourd’hui, Walter de Silva continue de partager sa vision à travers des projets indépendants, promouvant des idées innovantes comme les véhicules urbains compacts pour répondre aux défis de la mobilité contemporaine.