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  • La revanche du 1,5 litre : Pourquoi cette cylindrée est devenue l’arme absolue des constructeurs

    La revanche du 1,5 litre : Pourquoi cette cylindrée est devenue l’arme absolue des constructeurs

    Si vous ouvrez le capot d’une nouveauté aujourd’hui, qu’elle soit allemande, française, coréenne ou chinoise, vous avez de fortes chances de tomber sur un moteur de 1,5 litre. Du récent Chery Tiggo 7 au colossal Volkswagen Tayron, en passant par les motorisations hybrides de BYD, MG, Geely ou Hyundai, cette cylindrée s’est imposée comme le standard universel de l’industrie.

    Pourtant, il y a dix ans, la tendance était à l’ultra-downsizing avec des blocs à trois cylindres de 1,0 litre, voire moins. Ce retour en force du 1,5 litre n’est pas un effet de mode : il s’explique par une équation imparable mêlant fiscalité chinoise, réalisme de la norme WLTP et économies d’échelle mondiales.

    Le diktat fiscal de l’Empire du Milieu

    Les constructeurs automobiles conçoivent désormais leurs moteurs pour le marché mondial, et le plus grand d’entre eux dicte sa loi : la Chine. L’explication majeure de l’omniprésence du 1,5 litre réside dans le barème de la taxe à la consommation chinoise (taxe d’accise) imposée aux fabricants.

    Pour les véhicules thermiques et hybrides, les taxes sont calculées par tranches de cylindrée. Les blocs compris entre 1,0 et 1,5 litre sont taxés à hauteur de 3 % de la valeur du véhicule. Dès que la cylindrée dépasse le seuil des 1 500 cm³ (jusqu’à 2,0 litres), ce taux grimpe immédiatement à 5 %. Pour les constructeurs, concevoir un moteur calé à 1,5 litre maximum permet de proposer un bloc performant tout en restant sous ce seuil fiscal stratégique. Multiplié par des millions d’unités vendues à travers le monde, l’impact financier est colossal.

    La fin du downsizing et le réalisme de la norme WLTP

    Pendant des années, les ingénieurs ont réduit la cylindrée des moteurs (downsizing) pour briller sur l’ancien cycle d’homologation NEDC, notoirement déconnecté de la réalité. Mais l’introduction du protocole d’essai WLTP, beaucoup plus proche des conditions de conduite réelles, a redistribué les cartes.

    En pratique, les micro-moteurs de 1,0 litre, équipés d’un gros turbocompresseur pour compenser leur manque de souffle, se révèlent souvent plus gourmands en carburant dès qu’on sollicite l’accélérateur pour insérer un véhicule lourd dans le trafic. C’est l’avènement du rightsizing : un moteur légèrement plus gros, comme un 1,5 litre, travaille plus souvent dans sa plage d’efficacité optimale. Il fatigue moins la mécanique, offre un meilleur agrément et abaisse la consommation réelle de carburant.

    Un bloc unique pour régner sur toute la gamme

    Le 1,5 litre offre également une souplesse d’exploitation inédite aux ingénieurs. Au lieu de développer plusieurs familles de moteurs coûteuses, un constructeur peut utiliser une seule base de 1,5 litre et faire varier sa puissance de manière spectaculaire par le biais de l’hybridation et de la suralimentation.

    L’exemple du groupe Volkswagen est frappant : son bloc 1.5 TSI Evo débute à 116 ch sous le capot d’une Polo et grimpe jusqu’à 272 ch dans les versions hybrides rechargeables (PHEV) de ses grands SUV. Cette modularité permet d’amortir les coûts de développement à une échelle industrielle sans précédent. De plus, le compartiment moteur des grands véhicules offre l’espace parfait pour accoupler ce bloc compact à une batterie et un moteur électrique performant.

    Des marques historiques européennes aux nouveaux géants asiatiques, tout le monde a capitulé devant la logique mathématique du 1,5 litre. C’est aujourd’hui le véritable cœur battant de l’automobile mondiale.

  • Dieselgate : dix ans après, la mort annoncée du diesel ?

    Dieselgate : dix ans après, la mort annoncée du diesel ?

    Il y a tout juste dix ans, le 18 septembre 2015, l’Agence de protection de l’environnement américaine (EPA) publiait un rapport qui allait ébranler l’industrie automobile mondiale. Le scandale qui s’ensuivit, rapidement baptisé Dieselgate, ne se limita pas à un simple dossier technique : il marqua un tournant majeur pour la crédibilité des constructeurs, la réglementation environnementale et l’avenir même du moteur diesel. Une décennie plus tard, une question demeure : le Dieselgate a-t-il accéléré la fin du diesel en tant que carburant de masse ?

    Le cœur du scandale

    Entre 2008 et 2015, Volkswagen avait équipé plusieurs millions de ses modèles de logiciels dits défectueux, capables de détecter les conditions d’un test d’homologation et d’adapter temporairement le fonctionnement du moteur. Résultat : des émissions d’oxydes d’azote (NOx) réduites en laboratoire, mais jusqu’à quarante fois supérieures aux normes en conditions réelles.

    Le dispositif visait à préserver un argument commercial clé du diesel : sa sobriété en carburant. Car les technologies permettant de réduire efficacement les émissions — pièges à NOx ou systèmes SCR à injection d’urée — alourdissaient les coûts et dégradaient parfois la consommation. Volkswagen avait donc choisi de tricher pour rester compétitif face à une réglementation de plus en plus stricte, notamment avec les normes Euro 5 (2011) et Euro 6 (2015).

    Si VW fut la cible principale, il n’était pas seul. Des enquêtes menées depuis ont révélé que d’autres constructeurs avaient, eux aussi, flirté avec les limites de la légalité, voire les avaient franchies. Le scandale s’est vite mué en crise systémique pour l’ensemble du secteur.

    Un coût colossal

    Au-delà du choc réputationnel, Dieselgate a eu un coût financier astronomique. Pour le seul groupe Volkswagen, l’addition a dépassé les 33 milliards de dollars en amendes, indemnisations et rappels. D’autres constructeurs, de Mercedes-Benz à Renault en passant par Nissan, continuent à affronter des procédures judiciaires ou des recours collectifs.

    Le choc fut tel qu’il redessina les priorités stratégiques des groupes automobiles. Beaucoup se sont engagés dans une simplification radicale de leurs gammes, une sorte « d’iPhoneification » selon l’expression de Philip Nothard (Cox Automotive), afin de réduire les coûts de développement et d’industrialisation. Dieselgate a aussi accéléré l’adoption de cycles d’homologation plus réalistes, comme le WLTP entré en vigueur en 2017.

    Le diesel, victime collatérale ?

    En Europe, le diesel représentait encore plus de la moitié des ventes de voitures neuves en 2015. Dix ans plus tard, il pèse moins de 15 %. Si la transition énergétique et l’essor des hybrides et des électriques expliquent en grande partie ce déclin, Dieselgate a clairement servi de catalyseur. La méfiance à l’égard des motorisations à gazole s’est installée, renforcée par les politiques publiques de restriction de circulation et par une fiscalité moins favorable.

    Pourtant, sur le plan technique, le diesel n’a jamais été aussi propre qu’aujourd’hui. Les systèmes de dépollution modernes réduisent drastiquement les émissions de NOx, au point que certains experts considèrent les diesels récents plus vertueux que leurs équivalents essence en matière de pollution locale. « Dieselgate a terni une technologie qui, dans sa forme actuelle, est extrêmement propre », rappelle Nick Molden, fondateur d’Emissions Analytics.


    Un impact sanitaire

    Le scandale ne se limite pas à une tricherie comptable ou à une bataille juridique. Plusieurs études ont estimé que l’excès d’émissions de NOx lié aux logiciels truqueurs aurait contribué à des milliers de décès prématurés en Europe, notamment en raison des maladies respiratoires.


    La confiance des automobilistes en question

    Sur le plan de l’opinion publique, l’effet est plus nuancé. Le recul du diesel semble davantage lié aux contraintes réglementaires et au manque d’offre que proprement à la défiance des consommateurs. Beaucoup d’automobilistes reconnaissent encore l’avantage du diesel pour les gros rouleurs, notamment en matière d’autonomie et de consommation.

    Volkswagen, un géant qui a survécu

    Ironie de l’histoire, le groupe Volkswagen est resté le premier constructeur européen et affiche une santé financière solide. Le Dieselgate fut un traumatisme, mais aussi un accélérateur de transformation : gouvernance renforcée, milliers de collaborateurs formés aux nouvelles pratiques de conformité, et surtout un virage stratégique massif vers l’électrique, incarné par la gamme ID.

    « Dieselgate représente un tournant majeur de l’histoire du groupe », déclarait récemment un porte-parole de Volkswagen, soulignant les progrès accomplis en matière de transparence et d’éthique.

    Une page tournée ?

    Dix ans après, le Dieselgate reste un cas d’école. Pour l’industrie automobile, il aura agi comme un révélateur et un accélérateur : révélateur des failles dans la relation de confiance entre constructeurs et clients ; accélérateur dans la marche vers une mobilité plus propre, que ce soit par contrainte ou par opportunisme.

    Le diesel n’est pas mort, mais il a perdu sa légitimité en tant que technologie dominante. Cantonné désormais aux véhicules lourds, aux utilitaires ou aux gros SUV, il a laissé la voie libre à l’hybride et à l’électrique. La fraude de Volkswagen aura donc, paradoxalement, contribué à précipiter une mutation historique dont nous vivons encore les répercussions.