Catégorie : Constructeurs

  • Il y a 100 ans : Quand Henry Ford inventait le week-end de deux jours (pour vendre plus de voitures)

    Il y a 100 ans : Quand Henry Ford inventait le week-end de deux jours (pour vendre plus de voitures)

    En ce mois de juin 2026, alors que les débats sur la semaine de quatre jours et le bien-être au travail saturent l’actualité sans raison, un anniversaire historique est passé sous les radars. Il y a tout juste un siècle, le 1er mai 1926, Henry Ford brisait un dogme millénaire en instaurant officiellement la semaine de travail de cinq jours et de 40 heures dans ses usines. Un coup de génie managérial qui n’avait pourtant rien d’humanitaire.

    Le pavé dans la mare des industriels de 1926

    « Il est temps de mettre fin à l’idée selon laquelle le temps libre des travailleurs est du « temps perdu » ou un privilège réservé à une certaine classe sociale. »

    Lorsque ces mots résonnent au printemps 1926, ils ne proviennent ni d’un leader syndicaliste, ni d’un politicien de gauche, mais bien d’Henry Ford, le patriarche du capitalisme industriel américain.

    À l’époque, la norme internationale fixée par l’Organisation internationale du travail (OIT) depuis 1919 est de 48 heures hebdomadaires, répartie sur six jours. En basculant son empire automobile vers le rythme « 5×2 » (5 jours travaillés, 2 jours de repos), Ford crée un séisme.

    Cette transition avait été mûrement testée en interne. Dès 1922, son fils Edsel Ford défendait déjà dans le New York Times l’idée que chaque être humain avait besoin de plus d’un jour par semaine pour se reposer et se consacrer à sa vie de famille.

    La formule magique : Chaîne de montage, temps libre et consommation

    La motivation profonde d’Henry Ford n’était pas de l’altruisme pur, mais une application ultra-lucide de ses théories scientifiques de gestion de la production.

    Pour que la formule du fordisme fonctionne à plein régime, Ford s’est appuyé sur trois piliers interconnectés :

    • L’efficacité chirurgicale de la chaîne : En introduisant la ligne d’assemblage mobile pour la Ford Modèle T en 1913, le temps de fabrication d’une voiture est passé de 12 heures à seulement 1 heure et 30 minutes. Le gain de productivité était tel qu’il permettait de réduire le temps de travail sans perdre d’argent.
    • La concentration horaire : Ford avait compris qu’un ouvrier fatigué par des journées interminables perdait en efficacité. En réduisant la semaine à 40 heures, il a imposé un rythme plus intense, une meilleure concentration et une efficacité accrue par heure travaillée.
    • L’invention du client-ouvrier : C’est le coup de maître du constructeur. Pour vendre des voitures en masse, il fallait un marché de masse. En doublant le salaire minimum dès 1914 et en offrant un week-end de deux jours en 1926, Ford a transformé ses propres ouvriers en acheteurs potentiels.

    Un travailleur enfermé six jours sur sept à l’usine n’a aucun intérêt à s’offrir une voiture. En lui libérant du temps le samedi et le dimanche, Ford lui donne l’occasion de voyager, de se promener, de consommer et, in fine, d’user ses pneus et d’acheter une Ford.

    Un modèle devenu norme mondiale

    L’histoire a donné raison à la logique économique de Maranello… pardon, de Détroit. Travailler moins d’heures ne signifiait pas gagner moins d’argent, bien au contraire. Face aux bénéfices en hausse de la Ford Motor Company, la concurrence a rapidement dû s’aligner.

    L’évolution législative mondiale s’est calquée sur cette vision :

    AnnéeÉtape de la réglementation du travail
    1908Première initiative isolée dans une usine textile américaine (pour raisons religieuses).
    1926Henry Ford généralise la semaine de 5 jours et 40 heures à l’échelle industrielle.
    1938Aux États-Unis, la loi limite la semaine de travail à 44 heures.
    1940Les États-Unis fixent légalement la limite aux 40 heures hebdomadaires prévues par Ford.
    Post-1945Exportation globale du modèle fordiste (notamment au Japon et en Europe) pour la reconstruction mondiale.

    Au-delà de l’aspect économique, ce système a permis aux industriels d’acheter une forme de « paix sociale » dans les usines. En liant le travail acharné à l’accès direct aux loisirs et à la société de consommation, Ford a ancré l’idée selon laquelle l’employé devait « porter la chemise de l’entreprise ».

    Un siècle plus tard, alors que le monde du travail s’interroge sur de nouvelles réductions du temps de travail pour préserver la santé mentale et contrer le burn-out, la maxime d’Henry Ford reste d’une brûlante actualité : le travailleur n’est pas qu’une simple force de production, il est le moteur même du marché.

  • SP40 Restomod Speedster : Le rêve Art Déco d’Edsel Ford ressuscité à 500 000 dollars

    SP40 Restomod Speedster : Le rêve Art Déco d’Edsel Ford ressuscité à 500 000 dollars

    Tout le monde connaît le mythique Roadster Ford 1932, décliné à l’infini par le monde du Hot Rod. En revanche, il faut être un mordu absolu de design Art Déco pour se souvenir du projet secret d’Edsel Ford (fils d’Henry) : le Model 40 Special Speedster de 1934. Plus de quatre-vingt-dix ans plus tard, deux artisans argentins de la firme Iconic Auto Sports ont décidé de faire renaître ce chef-d’œuvre oublié sous une forme résolument moderne et exclusive : le SP40 Restomod Speedster.

    Une robe du passé sculptée dans le carbone

    Derrière ce projet fou, on retrouve Arturo Arrebillaga et Francisco Orden. Ces deux ingénieurs-designers basés à Buenos Aires se sont déjà fait un nom en recréant de somptueuses évocations de légendes comme la Mercedes-Benz SSK « Count Trossi » de 1931 ou la Maserati 450 S de la Mille Miglia.

    Pour concevoir le SP40, l’équipe a directement scanné en 3D l’unique exemplaire original de 1934, précieusement conservé dans le Michigan. Mais là où l’original utilisait de l’aluminium formé à la main, cette évocation moderne utilise une carrosserie entièrement réalisée en fibre de carbone. La ligne en « boat-tail » (queue de bateau) caractéristique de l’époque reste spectaculaire, fendant l’air avec une élégance intemporelle.

    Cœur de Mustang et châssis de pointe

    Sous cette carrosserie d’avant-guerre, les ingénieurs ont greffé une architecture technique contemporaine qui aurait fait halluciner Edsel Ford.

    • Le Châssis : Conçu par l’ingénieur argentin Pedro Campo, il est fabriqué en acier tubulaire 1010. Sa rigidité en torsion est impressionnante, reléguant les châssis de Hot Rods classiques au rang de canettes de bière déformables.
    • Le Moteur : Finis les moteurs d’époque poussifs, place au moderne V8 Coyote de 5,0 litres d’origine Ford.
    • La Transmission : Pour les puristes, ce bloc est associé à une boîte manuelle Tremec à 5 rapports transmettant toute la puissance aux seules roues arrière.

    La fiche technique du SP40 Restomod Speedster

    CaractéristiqueSpécification
    MoteurFord V8 Coyote 5.0L
    Puissance480 chevaux
    Couple500 Nm
    Boîte de vitessesManuelle Tremec à 5 rapports
    CarrosserieFibre de carbone
    Largeur2,00 mètres
    Prix de baseÀ partir de 500 000 $

    Au volant : Une brute en ligne droite, un défi en virage

    À l’essai sur les routes sinueuses des canyons de Malibu, le SP40 dévoile un tempérament bien à lui. Autant le dire tout de suite : ce n’est pas une ballerine. Avec ses deux mètres de large et une position d’assise ultra-basse à l’intérieur de la baignoire en carbone, l’auto se montre intimidante sur les portions de route les plus serrées.

    Le moteur Coyote délivre une montagne de couple et des accélérations foudroyantes en ligne droite, accompagnées d’un grondement d’échappement particulièrement sonore. Sur les portions rapides, le châssis rigide verrouille la trajectoire, mais dès que les virages se referment, l’inertie et le gabarit rappellent qu’il s’agit d’un cruiser d’exception plutôt que d’une pure voiture de sport.

    Certains détails trahissent d’ailleurs le caractère artisanal de la bête : les pédales en métal manquent cruellement de grip et la course de l’embrayage s’avère un peu trop longue (bien que l’équipe assure que tout soit réglable à la demande du client).

    Un caprice de collectionneur au tarif salé

    Reste la douloureuse question du prix. Affiché entre 500 000 et 560 000 dollars selon les options de configuration, le SP40 vise une clientèle de niche fortunée.

    À ce niveau de prix, l’acheteur doit vouer un culte absolu à l’histoire d’Edsel Ford. À titre de comparaison, les récréations classiques de ce modèle s’échangent généralement sous la barre des 90 000 dollars aux enchères. Mais ici, on paie l’exclusivité d’une carrosserie en carbone suspendue sur un châssis d’ingénieur.

    Homologuée aux États-Unis sous le statut de véhicule « assemblé à partir de pièces », cette évocation reste un objet roulant non identifié fascinant, qui fait tourner absolument toutes les têtes, des surfeurs de Malibu aux collectionneurs de concours d’élégance.

  • BMW M3 (E30) : 40 ans de règne, de l’homologation sauvage au mythe éternel

    BMW M3 (E30) : 40 ans de règne, de l’homologation sauvage au mythe éternel

    Nous sommes en 2026, et si l’on devait pointer du doigt le « Big Bang » de la berline sportive, tous les regards se tourneraient vers 1986. Il y a quarante ans, BMW lançait la M3 E30. Ce n’était pas une voiture de luxe, ce n’était pas une voiture de frime : c’était une « homologation spéciale » née pour une seule raison : écraser la concurrence sur la piste.

    La dictature du Groupe A

    Au milieu des années 80, le championnat de tourisme allemand (DTM) et le Groupe A de la FIA dictent leur loi. Pour qu’une voiture puisse courir, le constructeur doit en produire 5 000 exemplaires de route. Eberhard von Kuenheim, alors patron de BMW, donne le feu vert à la division Motorsport pour transformer la sage Série 3 en bête de course.

    Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la M3 E30 ne partage presque aucun élément de carrosserie avec la Série 3 standard. À l’exception du capot et du toit, tout a été revu. Les ailes ont été gonflées pour laisser passer des voies larges, et surtout, les ingénieurs ont réalisé un tour de force aérodynamique : le montant arrière (montant C) a été redessiné et la lunette arrière ré-inclinée pour mieux guider l’air vers l’aileron arrière.

    Un moteur né d’une légende de la F1

    Sous le capot, pas de six cylindres en ligne (trop lourd, trop long). Paul Rosche, le motoriste de génie de BMW, reprend la culasse du bloc 6 cylindres de la M1 et du moteur turbo de Formule 1 champion du monde, mais la coupe pour n’en garder que quatre cylindres.

    Le résultat ? Le mythique moteur S14. Un bloc 2,3 litres atmosphérique hargneux, capable de monter très haut dans les tours, délivrant 195 ch (puis jusqu’à 238 ch sur la Sport Evolution). Ce moteur n’avait pas de couple à bas régime, mais une fois passé 5 000 tr/min, il hurlait une symphonie métallique qui résonne encore dans le cœur des puristes.

    [Image d’une BMW M3 E30 rouge sur circuit, ailes larges et jantes BBS]

    Du vibreur au garage de collection

    La M3 E30 a rempli sa mission au-delà des espérances, devenant la voiture de tourisme la plus victorieuse de l’histoire (DTM, Spa, 24h du Nürburgring, et même des victoires en rallye !). Mais son plus grand succès est ailleurs : elle a défini l’ADN de la division M.

    Aujourd’hui, en 2026, la M3 E30 est devenue une pièce de musée dont la cote s’est envolée. Mais plus que sa valeur marchande, c’est sa pureté qui fascine. À une époque où nos sportives modernes pèsent deux tonnes et sont saturées d’électronique, les 1 165 kg de la E30 et sa direction communicative rappellent ce qu’est la conduite à l’état pur.


    Le saviez-vous ? Lors des tests de développement, les ingénieurs de BMW Motorsport ont découvert que l’aileron arrière de la M3 était si efficace qu’il freinait la voiture en ligne droite. Ils ont dû créer différentes « extensions » amovibles pour ajuster l’appui selon le circuit, un concept que l’on retrouve aujourd’hui sur les hypercars actives.

    Êtes-vous plutôt « E30 » pour sa légèreté brute ou préférez-vous le confort et la puissance d’une M3 moderne ?

  • Sacrilège ou génie ? On a traversé Londres en Rolls-Royce Phantom V électrique par Lunaz

    Sacrilège ou génie ? On a traversé Londres en Rolls-Royce Phantom V électrique par Lunaz

    Tenter de traverser le cœur de Londres au volant d’un monument automobile plus grand que la plupart des maisons de campagne anglaises est une entreprise à la frontière de l’insensé. Pourtant, installé à l’avant, les jambes écartées sous l’immense volant en forme d’anneau, une réalité s’impose : celle de l’invisibilité du chauffeur. Tout le monde dévisage ce mastodonte qui s’approche de Harrods sur Brompton Road, mais personne ne vous regarde, vous.

    Mon bureau pour cette journée de mai 2026 ? Une somptueuse Rolls-Royce Phantom V de 1961, carrossée à l’époque par l’orfèvre James Young. Une limousine si longue qu’elle pourrait bloquer trois carrefours à la fois. Mais sous sa robe classique de 65 ans d’âge se cache une révolution silencieuse : un cœur 100 % électrique.

    Lunaz : La haute couture automobile passe à l’électrique

    L’idée d’une Rolls-Royce électrique fait parfaitement sens : la marque a toujours défendu le couple, la souplesse et le silence absolu comme le summum du luxe, une philosophie aujourd’hui incarnée par la nouvelle Spectre moderne. Mais pour rouler dans une ancienne d’un silence de cathédrale, il faut se tourner vers le spécialiste de la restauration et de l’électrification Lunaz, basé à Silverstone.

    Fondée par David Lorenz (qui a baptisé l’entreprise du nom de sa fille Luna), la start-up a traversé des zones de fortes turbulences récentes. Les changements constants de politiques gouvernementales sur les VE ont coulé sa filiale technologique qui voulait verdir les camions-poubelles, entraînant des fermetures et des licenciements. Heureusement pour les collectionneurs, la branche de restauration haut de gamme a repris son activité à plein régime.

    Dans leur atelier vaste comme un hangar d’aéroport, l’équipe peaufine sa 50e commande. Lunaz s’est spécialisé sur cinq marques d’origine britannique de prestige :

    • Aston Martin
    • Bentley
    • Jaguar
    • Range Rover
    • Rolls-Royce

    Ici, on ne se contente pas de jeter un moteur électrique sous le capot. Les carrosseries, souvent rongées par la rouille et le mastic d’époque, sont entièrement reconstruites à un état « meilleur que neuf ». Le châssis échelle est restauré et la suspension adaptative classique de Rolls-Royce — qui adoucissait la conduite pour les passagers arrière avant de se raffermir une fois le patron descendu — est totalement ressuscitée.

    L’art de conduire (et de servir) avec discrétion

    Pour parfaire l’expérience, un passage par la case formation s’imposait auprès de Shaun Jeffery, fondateur de The Modern Chauffeur et ancien mécanicien d’hélicoptères dans la Royal Navy et technicien de Formule 1. L’art du chauffeur de maître répond à des codes immuables :

    « J’adore servir, mais je ne suis pas serveur. Ce sont mes clients qui décident ; c’est moi qui décide », résume Shaun.

    Parmi les règles d’or :

    • L’anticipation constante : Arriver dix minutes en avance, c’est déjà du temps gagné. Garder son sang-froid face aux voituriers et sourire même si le client a une heure de retard.
    • La fluidité technique : Relâcher doucement la pédale de frein juste avant l’arrêt complet pour éviter tout à-coup désagréable aux passagers. Faire glisser le volant d’une main à l’autre sans jamais tourner avec la paume.
    • Le protocole de descente : Faire descendre les dames impérativement côté trottoir, en se plaçant stratégiquement pour masquer tout risque d’incident vestimentaire à la sortie du véhicule.

    Flotter comme un nuage dans Mayfair

    Sur la route, l’électrification transforme radicalement la prise en main de ce paquebot. Oubliez l’ancien V8 de 6,2 litres et la boîte automatique à quatre rapports d’origine General Motors. Lunaz a greffé une batterie de 80 kWh alimentant un moteur qui délivre environ 542 Nm de couple immédiat.

    La pédale d’accélérateur est calibrée avec une immense douceur : cette Phantom V est configurée pour flotter comme un nuage, pas pour bondir comme une sportive. La transition entre le freinage régénératif et les freins à friction est d’ailleurs plus réussie que sur bien des traîne-couillons électriques modernes.

    Certes, le gabarit reste intimidant. Le rayon de braquage est tout juste suffisant pour négocier le premier périphérique de Londres, la statuette de la Spirit of Ecstasy semble posée à l’horizon et les rétroviseurs ne servent presque à rien. De plus, le poste de pilotage manque un peu de climatisation pour le chauffeur en costume, même s’il fait un froid polaire dans le compartiment arrière ultra-luxueux.

    Mais quel bonheur de glisser sur les nids-de-poule de Mayfair sans faire tinter les verres à whisky en cristal du buffet arrière. Cerise sur le gâteau pour les clients fortunés : en tant que véhicule électrique et de collection, cette Phantom de James Young est totalement exemptée des péages urbains londoniens (Congestion Charge et ULEZ). C’est ainsi que les riches restent riches.

    Lunaz prévoit d’ailleurs de s’associer avec les plus grands hôtels de luxe de la capitale pour intégrer ces limousines rétro-fittées dans des services de conciergerie haut de gamme. Une idée lumineuse, tant cette silhouette dégage une superbe intemporelle qu’une Classe S moderne ou une berline anonyme ne pourront jamais égaler.

    La facture globale dépasse, dit-on, largement le million de livres sterling. Mais après avoir rendu les clés et repris le métro londonien étouffant sous la canicule, on se dit qu’on se ferait bien trimballer au quotidien dans ce salon roulant zéro émission.

    Comprenez-vous la démarche de Lunaz qui consiste à offrir le silence de l’électrique à des monuments du luxe comme cette Phantom V, ou estimez-vous que remplacer le moteur d’origine reste un sacrilège mécanique, même pour une voiture de maître ?

  • Smart #2 (2026) : Le retour de l’icône des villes pour sauver la marque

    Smart #2 (2026) : Le retour de l’icône des villes pour sauver la marque

    Depuis son passage sous le giron conjoint de Mercedes-Benz et du géant chinois Geely, Smart s’est cherchée à travers une gamme de SUV électriques (#1, #3 et le récent #5). Mais force est de constater que la greffe a du mal à prendre en Europe, où la marque s’est fondue dans la masse des productions asiatiques. Pour retrouver son âme et sa visibilité, le nouveau patron européen, Wolfgang Ufer, abat sa carte maîtresse : le retour officiel de la mythique microcar à deux places à l’automne 2026.

    Le constat d’échec des SUV génériques

    La renaissance de Smart sous forme de marque exclusive de SUV électriques n’a pas déclenché l’engouement espéré. Entre la crise des puces, l’arrêt des subventions gouvernementales et la chute des valeurs résiduelles des véhicules électriques, la marque a vécu de véritables montagnes russes.

    Le problème est avant tout identitaire. Perdue au milieu d’une invasion de SUV chinois souvent moins chers, Smart a vu ses gros modèles souffrir d’un manque flagrant de visibilité dans les rues. Un manque de vision de l’ancienne patronne, aujourd’hui partie faire du mal ailleurs.

    « La question revient systématiquement : « Mais les gars, où est passée la deux-places ? » » admet volontiers Wolfgang Ufer.

    Smart #2 : La complexité du format de pocket-car

    Présentée sous sa forme définitive cet automne, la future Smart #2 aura la lourde tâche de reconnecter la marque avec ses racines. Mais concevoir une voiture de 2,70 mètres de long à l’ère moderne est un défi colossal.

    • Une plateforme sur mesure : Réduire les composants électriques à cette échelle est si complexe qu’aucune plateforme standard n’existait chez Mercedes ou Geely. Smart a dû développer sa propre architecture technique.
    • Le piège de la rentabilité : Historiquement, la ForTwo n’a jamais été rentable. Les analystes de Bernstein estiment que le projet initial a fait perdre 4,6 milliards de dollars à Mercedes-Benz sur ses deux premières générations.
    • Un positionnement Premium : Ne vous attendez pas à un prix d’ami. La Smart #2 devrait s’afficher aux alentours des 20 000 £ (environ 23 500 €). Elle ne cherchera pas à concurrencer la future Renault Twingo électrique (attendue à moins de 20 000 €), car Smart se revendique comme une marque de « style de vie premium ».

    Pour rentabiliser l’investissement, Wolfgang Ufer évoque déjà la création d’une véritable famille autour de la #2 : un coupé, un cabriolet et potentiellement une version allongée, avec des déclinaisons allant du véhicule de flotte ultra-utilitaire au modèle urbain ultra-luxueux.

    Le choix radical du 100 % électrique pour l’Europe

    Alors que Geely commercialise en Chine des versions hybrides rechargeables de pointe pour ses grands modèles (comme la berline #6 capable de franchir plus de 1 600 km d’autonomie combinée), l’Europe restera strictement fidèle au tout-électrique.

    Le patron européen refuse d’importer ces motorisations hybrides chez nous. Selon lui, la technologie de transition qu’est l’hybride n’a pas de sens face à l’architecture 800 volts et à la recharge ultra-rapide de 400 kW DC qui équipe le SUV #5. De plus, le coût d’adaptation de ces moteurs thermiques aux futures normes antipollution Euro 7 a définitivement scellé le sort des hybrides sur le Vieux Continent.

    L’objectif à trois ans est clair : capitaliser sur la base historique de clients de l’ancienne ForTwo pour faire de Smart l’une des marques de véhicules électriques à la croissance la plus rapide, tout en stabilisant une viabilité économique encore précaire. Un pari audacieux qui prouve que, parfois, l’avenir de l’automobile consiste à regarder dans le rétroviseur.

  • Fuite chez Ferrari : 9 nouveaux monstres thermiques et hybrides déposés en secret !

    Fuite chez Ferrari : 9 nouveaux monstres thermiques et hybrides déposés en secret !

    Alors que la présentation récente de la « Luce », la toute première Ferrari 100 % électrique de l’histoire, continue de faire couler beaucoup d’encre, Maranello prépare en coulisses une riposte thermique et hybride dévastatrice. Que les puristes se rassurent : le Cheval Cabré n’a aucune intention d’abandonner l’essence. Quelques jours seulement avant de révéler sa sportive à batterie, la firme italienne a déposé pas moins de neuf noms de code hautement stratégiques.

    Voici le menu des réjouissances qui nous attend chez les concessionnaires (et sur les circuits) dans les mois à venir.

    1. La digne héritière de la lignée V12 : La trilogie 12Cilindri

    Trois des marques déposées concernent directement la toute nouvelle GT à moteur V12 avant de la marque :

    • Ferrari 12Cilindri GTO : Le retour du badge le plus sacré de l’histoire de la marque (Gran Turismo Omologato). Traditionnellement réservé aux versions routières ultra-affûtées et allégées, ce sigle annonce une déclinaison radicale de la grande GT.
    • Ferrari 12Cilindri MM et 12Cilindri MM Aperta : Le label « MM » fait historiquement référence à la mythique course de la Mille Miglia. Ferrari prépare donc des versions Coupé et Spyder (Aperta) encore plus exclusives et probablement teintées d’un design néo-rétro hommage.

    2. Hypercar F80 : Laboratoire de piste et ciel ouvert

    Quatre dépôts de brevets se concentrent sur la F80, la vitrine technologique hybride de 1 183 chevaux de Maranello :

    • FXX80 et F80XX : Ferrari va décliner son hypercar dans une version purement dédiée à la piste. Issus du très sélect « Programme XX », ces laboratoires roulants interdits sur route ouverte permettront de pousser les curseurs aérodynamiques à l’extrême.
    • F80 Targa et F80 Roadster : Deux variantes découvrables conçues pour permettre aux propriétaires de profiter pleinement, et sans filtre, de la symphonie mécanique du V6 biturbo de 3,0 litres (surnommé le « baby V12 » par les ingénieurs pour sa sonorité cristalline).

    3. La gamme 296 s’énerve : CS et Challenge Evo

    Enfin, la berlinette à moteur V6 hybride central-arrière va elle aussi s’encanailler sérieusement :

    • 296 CS : Derrière ce acronyme se cache selon toute vraisemblance l’appellation Challenge Stradale. Il s’agira d’une version de route directement dérivée et homologuée de la voiture de course de monotype.
    • Challenge Evo : Une mise à jour technique et aérodynamique destinée exclusivement à la compétition pour radicaliser la 296 Challenge actuelle.

    L’analyse d’AUTOcult : Avec cette salve de dépôts, Ferrari joue sur deux tableaux. D’un côté, la marque montre patte blanche technologique avec l’électrique Luce. De l’autre, elle sécurise l’avenir de ses moteurs à combustion les plus nobles pour sa clientèle de collectionneurs. Une stratégie parfaitement orchestrée.

  • Alfa Romeo Driving Academy : Trajectoires au cordeau et esprit « paddock » à Varano

    Alfa Romeo Driving Academy : Trajectoires au cordeau et esprit « paddock » à Varano

    Et si le secret pour devenir un meilleur pilote ne résidait pas seulement dans les chevaux sous le capot, mais dans l’émulation d’un stand ? Nous avons posé nos valises sur l’Autodromo de Varano, au cœur de la Motor Valley italienne, pour tester la toute nouvelle Alfa Romeo Driving Academy. Une immersion totale où la haute télémétrie flirte avec le chambrage entre passionnés.

    L’esprit paddock : Petits groupes et grands débriefs

    Oubliez les grandes sessions d’usine impersonnelles où l’on attend son tour pendant des heures. Ici, la philosophie repose sur le travail en comités réduits. Les participants sont répartis en petits groupes de quelques pilotes, ce qui change radicalement l’expérience.

    Entre deux sessions en piste, l’ambiance sous les stands ressemble à celle d’une écurie de course. On compare ses trajectoires, on échange ses impressions sur le comportement des voitures, et l’on s’observe attentivement. C’est le terrain idéal pour un généreux festival de chambrage : rater un point de corde ou freiner dix mètres trop tôt sous l’œil de ses camarades de jeu devient immédiatement le sujet de conversation privilégié autour de l’expresso. Cette complicité immédiate crée une saine émulation qui pousse chacun à s’appliquer au tour suivant.

    La cavalerie du Biscione au scanner

    Sur le tracé sinueux et technique de 2 350 mètres de Varano, l’Academy met à disposition un garage éclectique pour décortiquer chaque type de comportement dynamique. Un héritage rigoureux géré par Gordon de Adamich, dont le père Andrea (légende d’Autodelta disparue fin 2025) avait initié l’école dès 1991.

    ModèleMotorisationPuissancePhilosophie sur la piste
    Junior Veloce100 % Électrique280 chAgilité surprenante, couple instantané. On pilote à l’oreille en écoutant le sifflement des pneus.
    Giulia Diesel2.2 Turbo Diesel210 chL’école de la fluidité. La plateforme Giorgio brille par son équilibre parfait en entrée d’épingle.
    Giulia & Stelvio Quadrifoglio2.9 V6 Biturbo520 chLes monstres sacrés. Une poussée herculéenne qui exige de canaliser la puissance au millimètre.

    La télémétrie comme carburant à vannes

    Pour pimenter la journée, l’Academy utilise la froide rigueur des puces électroniques pour animer les débats du groupe. Les moniteurs installent un gymkhana chronométré entre des cônes, suivi d’une analyse chirurgicale de nos graphiques de conduite en piste.

    L’ordinateur calcule en temps réel un Driving Quality Coefficient basé sur la progressivité du freinage dégressif et la vitesse de réaccélération. C’est le moment de vérité où les masques tombent. Celui qui pensait avoir réalisé le tour du siècle se fait gentiment bousculer par le reste du groupe en découvrant une courbe de freinage trop brutale sur l’écran. On ne cherche pas ici le plus téméraire, mais le plus fluide.

    « Regarde ta télémétrie : tu te bats avec le volant au lieu de laisser glisser la voiture. Respire, élargis ton regard et fais confiance au train avant. »

    Cette phrase, soufflée avec un calme olympien dans l’intercom par Luca Filippi (vice-champion du monde de GP2 2011 et ancien pilote d’IndyCar), résume la valeur de cette académie. Avoir un pilote de ce calibre dans le baquet de droite, capable de corriger un défaut de regard d’un simple mot, vaut toutes les fiches techniques du monde.

    Une expérience d’ingénierie humaine

    On repart de Varano les bras un peu fatigués, l’esprit aiguisé, mais surtout avec la sensation d’avoir partagé un grand moment de culture automobile. L’Alfa Romeo Driving Academy réussit son pari : utiliser la rigueur professionnelle et la technologie de pointe pour faire progresser les conducteurs, sans jamais oublier que le moteur principal de notre passion reste le partage et la convivialité.

    Et vous, dans votre groupe de potes conducteurs, quel est celui qui se ferait le plus chambrer par la télémétrie après une session sur piste ?

  • Jordan Taylor (alias Rodney Sandstorm) : Le pilote d’élite qui refuse de prendre le Mans au sérieux

    Jordan Taylor (alias Rodney Sandstorm) : Le pilote d’élite qui refuse de prendre le Mans au sérieux

    Alors que la grille des 24 Heures du Mans 2026 est entrée dans le vif du sujet ce week-end des 13 et 14 juin, l’ambiance dans le paddock Hypercar et GT est, comme toujours, d’une sérénité quasi militaire. Entre les ingénieurs suranalystes et les consignes strictes des grands constructeurs (Ferrari, BMW, Porsche, Cadillac), un homme détonne par son génie du volant et son sens de l’absurde : l’Américain Jordan Taylor. Portrait du pilote le plus rapide… et le plus givré de l’endurance mondiale.

    Un palmarès de pur sang derrière les blagues

    Pour ceux qui ne connaîtraient Jordan Taylor qu’à travers ses pitreries sur les réseaux sociaux, un rappel des faits s’impose. Le natif de Floride n’est pas un influenceur qui s’est égaré dans une voiture de course, c’est un authentique monstre de l’endurance :

    • Un héritage royal : Fils de Wayne Taylor (double vainqueur du Mans) et frère de Ricky Taylor, Jordan a l’endurance dans le sang.
    • Le roi de l’IMSA : Multi-champion de la discipline américaine, il a tout gagné outre-Atlantique, s’offrant plusieurs victoires au classement général des 24 Heures de Daytona et des 12 Heures de Sebring.
    • L’histoire sarthoise : Au Mans, il a déjà connu l’ivresse de la plus haute marche du podium en remportant la catégorie GTE Pro en 2015 sous les couleurs officielles de Corvette Racing.

    En 2026, qu’il s’installe dans le cockpit d’un prototype de pointe en IMSA ou qu’il vienne piger dans la Sarthe, Taylor reste l’un des caméléons les plus redoutables de la planète automobile, capable de s’adapter à n’importe quelle monture en un claquement de doigts.

    Le phénomène « Rodney Sandstorm » : Le troll ultime des paddocks

    Mais si Jordan Taylor s’est forgé une immense communauté de fans à travers le monde, c’est pour son alter ego virtuel devenu légendaire : Rodney Sandstorm.

    Né d’un délire sur les réseaux sociaux, Rodney est un personnage fictif incarnant le cliché du fan absolu de NASCAR des années 90. Accoutré d’une veste flashy vintage à l’effigie du pilote Jeff Gordon, arborant une coupe mulet mémorable, une fausse moustache épaisse et des lunettes de soleil totalement anachroniques, Rodney Sandstorm est devenu une icône à part entière.

    Loin de se cantonner aux vidéos TikTok ou Instagram, Jordan Taylor pousse régulièrement le vice jusqu’à enfiler son costume de Rodney pour déambuler dans les paddocks très stricts des courses internationales. On l’a ainsi vu harceler gentiment ses confrères pilotes en direct à la télévision, tenter de s’infiltrer dans les briefings officiels ou signer des autographes à des fans hilares à la place des têtes d’affiche.

    Le Mans 2026 : Le choc des cultures dont l’endurance a besoin

    L’importance de Jordan Taylor/Rodney Sandstorm au Mans va bien au-delà de la simple distraction. À une époque où le sport automobile se professionnalise à l’extrême, où les services de communication des constructeurs lissent la moindre déclaration des pilotes, Taylor rappelle que l’on peut être un athlète de très haut niveau tout en conservant une âme d’enfant.

    Dans un paddock sarthois ultra-corporatiste, voir un pilote capable de signer un chrono stratosphérique la nuit avant de faire pleurer de rire ses mécaniciens le lendemain matin est une bénédiction pour les fans. Jordan Taylor prouve que la performance n’exclut pas la déconnade, et que l’on peut aborder la course la plus difficile du monde avec un sérieux clinique une fois le casque vissé… et une légèreté rafraîchissante dès que la visière se relève. Un grand monsieur du sport auto, assurément.

    Selon vous, le sport automobile moderne gagnerait-il à avoir plus de personnalités extraverties et décalées à la Jordan Taylor, ou préférez-vous le sérieux imperturbable des pilotes traditionnels ?

  • « Excusez le dérangement, on teste pour Le Mans » : Quand Ferrari faisait fermer l’autoroute

    « Excusez le dérangement, on teste pour Le Mans » : Quand Ferrari faisait fermer l’autoroute

    Imaginez la scène aujourd’hui : vous vous présentez au péage de l’autoroute et on vous refuse l’accès parce qu’une Scuderia a privatisé les voies pour lancer un prototype à plus de 330 km/h. Un tel scénario provoquerait un scandale mondial. Pourtant, en 1972, c’est précisément ce que le Commendatore Enzo Ferrari a réussi à faire en Italie percuter les règles de l’époque.

    En ce mois de juin 2026, alors que l’ancien pilote de Maranello Arturo Merzario vient de fêter ses 83 ans le 11 mars dernier, retour sur l’un des épisodes les plus impensables et passionnants de l’histoire du sport automobile.

    Objectif Hunaudières en plein Piémont

    Nous sommes le 29 mars 1972. Pour préparer les mythiques 24 Heures du Mans, Ferrari fait face à un problème de taille : aucun circuit de l’époque ne dispose d’une ligne droite assez longue pour répliquer les six kilomètres à fond absolu de la ligne droite des Hunaudières.

    Qu’à cela ne tienne, Enzo Ferrari active ses réseaux et obtient l’autorisation incroyable de faire fermer des portions des autoroutes Turin-Savone et Turin-Santena. L’objectif est d’y lâcher la toute nouvelle Ferrari 312 P « coda lunga » (queue longue), un monstre de 3 litres de cylindrée qui n’est ni plus ni moins qu’une Formule 1 habillée en Sport-prototype.

    Scotch rouge, rivets et 335 km/h

    Le jour J, le camion de Maranello débarque sur l’asphalte autoroutier désert, sous la direction des ingénieurs Mauro Forghieri et Sandro Colombo, avec Arturo Merzario au volant.

    Les mécaniciens et techniciens procèdent alors à des ajustements qui soulignent le contraste entre l’époque et l’ingénierie moderne :

    • Premier run : La silhouette rouge dotée de quatre ailerons stabilisateurs verticaux sur sa longue queue signe une pointe à 325 km/h.
    • Le système D : Pour gagner les derniers kilomètres-heure manquants, les mécaniciens installent des caches aérodynamiques sur les roues arrière, fixés à la va-vite avec quatre rivets et du ruban adhésif rouge. La voiture atteint immédiatement 335 km/h.
    • Le problème du « marsouinage » : Passé les 280 km/h, la voiture subit un phénomène de tangage inquiétant (baptisé delfinamento ou effet dauphin par les Italiens). Le problème de stabilité est immédiatement résolu par un travail express sur les amortisseurs.

    Le verdict impitoyable du banc d’essai

    Malgré le succès de cette folle journée d’essais sur l’autoroute, l’histoire du Mans 1972 va cruellement s’arrêter de retour à l’usine. Lors d’un test d’endurance sur le banc d’essai de Maranello, le moteur de la 312 P explose après 14 heures de fonctionnement intensif. Face à ce manque de fiabilité, la Scuderia déclare forfait pour Le Mans, laissant le champ libre aux Matra 670 à queue courte d’Henri Pescarolo et Graham Hill, qui remporteront l’épreuve.

    Cet échec illustrait la philosophie d’urgence permanente d’Enzo Ferrari. Quand l’ingénieur Colombo (prêté par FIAT) lui suggéra de mettre en place un programme à long terme pour stabiliser la production des moteurs et des voitures, le « Drake » lui répondit sèchement :

    « Colombo, nous ne sommes pas le Saint-Siège pour nous permettre de faire des plans sur des millénaires, nous devons agir rapidement. »

    Une urgence payante malgré tout, puisque Ferrari décrochera le titre de Champion du Monde des Sport-prototypes cette année-là.

    1973 : Le rôle de lièvre et le « jeu de l’envers »

    Arturo Merzario retrouvera Le Mans en 1973 pour ce qui sera la toute dernière apparition officielle de Ferrari dans la catégorie reine au XXe siècle. Au volant de sa 312 P, le pilote italien reçoit une consigne d’équipe stricte : servir de lièvre. Parti de la pole position, il doit s’échapper immédiatement en tête pour pousser les Matra 670B rivales à la surchauffe et à la rupture mécanique.

    La stratégie fonctionne et Merzario creuse un écart immense. Malheureusement, lorsque son équipier Carlos Pace prend le relais, une canalisation de carburant se rompt, transformant l’habitacle de la Ferrari en véritable piscine d’essence. Malgré un long arrêt au stand pour réparer, la numéro 16 sera la seule Ferrari à rallier l’arrivée, s’offrant une superbe deuxième place finale derrière la Matra de Pescarolo et Larrousse.

    Des décennies plus tard, Merzario se souvient du caractère complexe et machiavélique d’Enzo Ferrari, adepte de ce qu’il appelait le jeu de l’envers (gioco del rovescio) :

    « Il s’approchait de moi avec un ton cordial, une voix douce, et me faisait cracher tout ce qu’il voulait savoir. Sauf qu’après, si je lui avais dit « blanc », il tournait la molette et allait raconter aux autres pilotes que j’avais dit « noir ». Il créait ainsi de grandes tensions internes pour manager l’équipe. »

  • Robert Kubica : De l’enfer au paradis, le sacre héroïque du Mans 2025

    Robert Kubica : De l’enfer au paradis, le sacre héroïque du Mans 2025

    Il est des histoires que même les scénaristes d’Hollywood n’oseraient pas écrire tant elles semblent invraisemblables. Celle de Robert Kubica est de cette trempe. En remportant les 24 Heures du Mans 2025 au volant de la Ferrari 499P d’AF Corse, le pilote polonais n’a pas seulement gagné une course. Il a bouclé la boucle d’une vie marquée par la tragédie, la douleur et une résilience surhumaine.

    Le 15 juin 2025 restera gravé dans le marbre du sport automobile. Alors que le drapeau à damier s’abaissait sur le circuit de la Sarthe, une Ferrari privée, la n°83 d’AF Corse, franchissait la ligne avec une avance infime de 15 secondes sur la Porsche n°6. Au volant pour ce dernier relais sous haute tension ? Robert Kubica.

    Le Mans 2025 : La consécration ultime

    Pour comprendre l’intensité de ce moment, il faut visualiser la scène. Après 24 heures de combat acharné, Kubica a piloté durant les trois dernières heures et demie. « J’étais dans une zone, comme si je voyais à travers un tunnel », confie-t-il.

    Cette victoire est historique à plusieurs titres :

    • C’est la troisième victoire consécutive pour le châssis Ferrari 499P au Mans.
    • C’est le triomphe d’une équipe privée (AF Corse) soutenue par l’usine, face aux géants officiels.
    • C’est une première pour la Pologne (Kubica) et la Chine (avec son coéquipier Yifei Ye).

    Mais au-delà des statistiques, c’est le regard de Kubica sous sa visière, capté par les caméras embarquées, qui racontait tout : une concentration laser, fruit d’une vie de combat.

    L’ascension brisée d’un prodige

    Pour mesurer le chemin parcouru, il faut rembobiner le film. Né à Cracovie alors que le Rideau de Fer divise encore l’Europe, le jeune Robert sillonne le continent avec son père et leur modeste karting. « C’était probablement la meilleure période de ma vie », se souvient-il. Une époque simple, faite de passion pure et de sacrifices financiers colossaux pour sa famille.

    Son talent brut le propulse en Formule 1 en 2006, une première pour un Polonais. Très vite, il s’impose comme l’un des meilleurs, survivant miraculeusement à un crash effroyable au Canada en 2007, pour revenir sur ce même circuit un an plus tard et décrocher sa seule et unique victoire en Grand Prix. Il mène alors le championnat du monde. Le destin semble tout tracé : il doit signer chez Ferrari pour 2012 et devenir champion du monde.

    Le jour où tout a basculé

    Février 2011. Ronde di Andora. Une petite épreuve de rallye en Italie vire au cauchemar. La Škoda de Kubica percute un rail de sécurité qui transperce l’habitacle. Le bilan est terrifiant : plus de 40 fractures du côté droit, un bras déchiqueté, une hémorragie massive.

    S’ensuivent des mois d’hôpital, de fauteuil roulant et une reconstruction lente et douloureuse. « Je me souviens de jours où mon cerveau n’acceptait pas mes limites. Je ne pouvais pas me lever seul, ni mettre mes chaussures », raconte-t-il. Beaucoup l’ont cru fini pour le sport de haut niveau. Mais Kubica a transformé son handicap en force motrice. Il a dû réapprendre à vivre, à piloter différemment, compensant les limitations de son bras droit par une intelligence de course et une volonté de fer.

    Plus qu’un pilote, une inspiration

    Son retour en F1 en 2019 avec Williams tenait déjà du miracle. Mais sa victoire au Mans en 2025 le fait entrer dans la légende.

    Quelques jours après le sacre, de retour à Varsovie, des inconnus l’abordent. Non pas pour parler de chronos ou de réglages, mais pour lui dire merci. « Ils me disent : ‘Je traverse un moment difficile, mais votre victoire et votre histoire me donnent de l’espoir’ », explique Kubica.

    Aujourd’hui, à 40 ans, Robert Kubica savoure les choses simples : se lever le matin, mettre ses chaussures seul, et monter dans le cockpit d’une des voitures les plus rapides du monde pour gagner la plus grande course d’endurance de la planète.

    Comme le disait Jean Alesi après sa victoire au Canada en 2008 : « Ne fais pas comme moi, n’en gagne pas qu’une seule ». Avec ce triomphe au Mans, Kubica a prouvé qu’il avait non seulement écouté le conseil, mais qu’il avait surtout gagné la course la plus importante : celle de la vie.


    Les Champions du Mans 2025 (Ferrari AF Corse n°83)

    • Robert Kubica (Pologne) : L’âme de l’équipe, le survivant.
    • Yifei Ye (Chine) : Le premier pilote chinois vainqueur au général au Mans.
    • Phil Hanson (Grande-Bretagne) : Le jeune prodige de 26 ans qui a su gérer la pression.
  • Le diamant perdu de Monaco : quand Jaguar joaillait sa F1

    Le diamant perdu de Monaco : quand Jaguar joaillait sa F1

    Le Grand Prix de Monaco a toujours été l’épreuve de toutes les extravagances. Dans les rues étroites de la Principauté, le faste et le sport s’entremêlent, entre yachts luxueux, célébrités, champagne et, parfois, coups de communication spectaculaires. Mais rarement une équipe de Formule 1 n’a osé aller aussi loin que Jaguar Racing en 2004, lorsqu’elle présenta une monoplace dotée d’un véritable diamant incrusté dans son museau. Une opération marketing qui allait rapidement se transformer en mystère digne d’un polar.

    Une idée brillante, littéralement

    En 2004, Jaguar Racing n’est pas une écurie de pointe en Formule 1. Propriété de Ford, l’équipe peine à rivaliser avec Ferrari, Williams ou McLaren. Pour exister médiatiquement, elle doit donc redoubler de créativité. À l’occasion du Grand Prix de Monaco, elle conclut un partenariat avec la sortie du film Ocean’s Twelve, produit par Warner Bros, dont l’intrigue gravite autour de vols de bijoux.

    De là naît une idée audacieuse : sertir un diamant d’une valeur estimée à 300 000 dollars sur le nez de chacune des deux R5 engagées en Principauté. Placée juste devant la caméra embarquée, la pierre devait rappeler aux spectateurs le lien avec le film et attirer l’attention du monde entier sur Jaguar. Mission accomplie… mais pas comme prévu.

    Le crash de Klien

    Dès le départ de la course, les caméras scrutent les deux Jaguar vertes, pilotées par Mark Webber et le jeune Autrichien Christian Klien. C’est ce dernier qui, au dixième tour, perd le contrôle à l’entrée de la fameuse Rascasse. Sa monoplace heurte les barrières et s’immobilise, nez contre le rail. Rien d’anormal à Monaco, où les incidents sont fréquents. Sauf qu’en se relevant de l’impact, l’équipe technique constate que le diamant a disparu.

    Disparu ? Volé ? Brisé ? Personne ne le saura jamais vraiment. Les commissaires de piste n’ont rien trouvé sur la trajectoire. Jaguar affirmera par la suite que la pierre s’est probablement détachée et perdue dans le choc. Mais l’idée d’un vol — par un spectateur rapide ou un membre de l’organisation — reste dans toutes les têtes.

    Un mystère jamais élucidé

    Malgré plusieurs recherches sur place et les déclarations de l’équipe, le diamant n’a jamais été retrouvé. Le coup marketing avait déjà fait parler de lui avant le départ, mais l’accident et la disparition du joyau lui offrirent une aura presque légendaire. Certains observateurs affirmeront que tout avait été orchestré : après tout, quel meilleur écho au scénario d’Ocean’s Twelve qu’un diamant égaré au beau milieu de Monaco ?

    Jaguar, de son côté, a toujours nié toute mise en scène. L’équipe avait bien d’autres soucis à gérer, notamment son manque de performance chronique. Et l’idée qu’un objet de cette valeur puisse être « sacrifié » volontairement reste difficile à croire.

    L’un des coups les plus fous de la F1 moderne

    Le diamant perdu de Monaco est resté comme l’un des épisodes les plus insolites de la Formule 1 moderne. On a vu des monoplaces décorées pour des sponsors, des livrées spéciales pour des événements, mais incruster une pierre précieuse sur le nez d’une voiture lancée à 280 km/h dans les rues de Monte-Carlo reste sans équivalent.

    Jaguar Racing quittera la Formule 1 à la fin de la saison 2004, reprise par Red Bull qui construira sur ses cendres un empire dominant. Quant au diamant, il reste probablement quelque part, enfoui dans un recoin du port de Monaco… ou dans la collection secrète d’un mystérieux spectateur.

    Une certitude : plus de vingt ans après, ce petit caillou manquant fait toujours briller les mémoires des passionnés.

  • Porsche 911 Dakar : 7 400 km d’enfer et de poussière au Rally dos Sertões

    Porsche 911 Dakar : 7 400 km d’enfer et de poussière au Rally dos Sertões

    Qu’est-ce qui peut bien pousser une famille à troquer le confort d’un grand SUV contre une authentique voiture de sport pour affronter des milliers de kilomètres de sable, de roches et de rivières ? Pour Fredy et Susele Piotto Vogt, la réponse s’est écrite en lettres de poussière lors d’une expédition mémorable à travers le Brésil, au volant de leur propre Porsche 911 Dakar.

    De la Namibie aux pistes du Sertões

    La famille Vogt n’est pas novice en matière d’aventure. Habitués de la catégorie « Expédition » du célèbre Rally dos Sertões — qui consiste à suivre le parcours officiel et dantesque de la course sans être chronométré —, ils y participaient d’ordinaire avec deux véhicules tout-terrain traditionnels équipés de tentes de toit.

    Le déclic pour la 911 Dakar s’est produit lors d’un événement de la marque en Namibie. Face aux dunes africaines, le couple réalise que cette version surélevée de la mythique 911 n’est pas un simple jouet de salon, mais un véritable monstre de franchissement. L’idée est lancée : la prochaine expédition brésilienne se fera à trois (avec leur fils João Pedro) dans le cockpit étroit du coupé de Stuttgart.

    Un choc culturel sur les spéciales

    Arriver au milieu des tentes d’assistance et des prototypes de course avec une Porsche 911 de dernière génération a immédiatement figé l’événement. Susele s’en amuse encore : « Partout où nous arrivions, les gens s’arrêtaient pour regarder et prendre des photos. Même les pilotes professionnels venaient l’examiner de près. »

    Loin de cacher leur monture à 220 000 euros, la famille a mis un point d’honneur à la laisser bien visible dans chaque village traversé, offrant aux locaux le spectacle rare d’une supercar couverte de boue dans un environnement hostile.

    L’art du franchissement selon Porsche

    Sur le terrain, la surprise a rapidement laissé place à la sidération technique. Érosion profonde, roches tranchantes, lits de rivières à traverser… la 911 Dakar a tout avalé avec une facilité déconcertante.

    Mais au-delà de ses capacités de franchissement, c’est la dualité de la machine qui a marqué Fredy : « Vous sortez d’une section hors-piste extrêmement difficile et cassante, et la seconde d’après, vous roulez sur l’asphalte dans une voiture incroyablement stable et confortable. Cela change complètement l’expérience du grand voyage. »

    7 400 kilomètres et zéro crevaison : Le miracle Pirelli

    Dans un enfer mécanique comme le Sertões, où les pneus sont les premières victimes des pierres volcaniques et des débris, l’élément crucial de la réussite tenait en quatre morceaux de gomme. Développés exclusivement par Pirelli pour ce modèle, les pneus Scorpion All Terrain Plus ont réalisé un sans-faute.

    Au total, entre les liaisons et le tracé du rallye, la sportive a parcouru 7 400 km. Le bilan ? Aucune crevaison. Une prouesse rare dans cette région. Comme le souligne Fredy, ce pneu fait partie intégrante du projet d’ingénierie de la voiture : elle a été dessinée autour de lui.

    Le grand écart du quotidien

    Le plus fascinant dans cette histoire reste le retour à la réalité. Cette même Porsche qui a traversé des rivières et grimpé des pistes de terre au milieu des camions de course est aujourd’hui redevenue la voiture du quotidien de la famille. Susele l’utilise pour faire les courses et déposer son fils à l’école. Après une telle aventure, le couple n’a désormais qu’une idée en tête : dénicher une seconde 911 Dakar pour pouvoir repartir, la prochaine fois, avec deux voitures.

    Le saviez-vous ? La Porsche 911 Dakar rend hommage à la victoire historique de la marque au rallye Paris-Dakar en 1984 avec la 953. Pour honorer cet héritage, le modèle moderne dispose d’un mode de conduite spécifique appelé « Rallye », qui privilégie la transmission intégrale sur le train arrière pour faciliter les dérives sur la terre.

    Et vous, oseriez-vous emmener une sportive de ce calibre au bout du monde pour l’habiller de poussière, ou préféreriez-vous la garder jalousement à l’abri dans un garage chauffé ?