Un dimanche après-midi d’août, Tristan Gommendy m’appelle… Après dix minutes à nous raconter nos étés, j’attends toujours qu’il me dise l’objet véritable de son coup de téléphone. Sa voix est calme, posée… Il n’y a pas d’urgence, pas de problème. Mon stress de la première minute est passé. Tristan ne m’appelle pas pour un souci quelconque, il y a autre chose.
En y repensant, je me dis que ces dix minutes ont dû être extrêmement plus longues pour lui que pour moi. Je me demandais la raison de son appel. De son côté, il devait trépigner à l’idée d’annoncer la grande nouvelle. Je ne me souviens plus de sa façon de faire passer le message… Mais quand j’ai entendu « Indy 500 », je crois que je me suis étouffé. Tristan, que je suis depuis quinze ans, m’appelle pour me dire qu’il retourne aux Etats-Unis pour prendre le départ des 500 Miles d’Indianapolis !
J’ai l’habitude de marcher en long et en large lorsque je suis au téléphone. Mon rythme s’accélère. Je tourne en formant quatre virages à gauche. Je suis déjà à 370 km/h ! Il me décrit le projet et me pose enfin la question : « Est-ce que ça t’intéresse ? ». Il enrobe cette question fatidique avec assez de précautions pour que je puisse dire non. Mais soyons sérieux… Une équipe française avec Didier Calmels, que j’avais côtoyé chez Alpine, Emmanuel Lupé, avec lequel j’avais travaillé pour Nico Jamin, et un pilote français, Tristan Gommendy… Est-il imaginable de ne pas être surexcité ?
Moins de 24 heures plus tard, je suis chez Didier Calmels. Son fils Gautier est déjà à l’œuvre et je rencontre Emmanuel Lupé pour la première fois. Nous avions travaillé ensemble sans jamais être sur le même continent.
Le projet Calmels Sport est aussi simple qu’intelligent. Le sport automobile coûte très cher… C’est un fait. Sauf que face aux centaines de millions d’euros nécessaires pour gagner le Grand Prix de Monaco ou les 24 Heures du Mans, les 500 Miles d’Indianapolis sont autrement plus abordables. Et quand je dis autrement, c’est sans commune mesure.
Il n’est pas anodin de placer ses trois courses dans la même phrase. Elles forment la Triple couronne du sport automobile. En un siècle d’histoire, seul Graham Hill est parvenu à s’imposer sur les trois circuits. Tazio Nuvolari, Maurice Trintignant, Bruce McLaren et Jochen Rindt ont gagné les deux courses européennes. A.J. Foyt a gagné Le Mans et Indy… Juan Pablo Montoya doit encore remporter Le Mans. Fernando Alonso en rêve après avoir – seulement – gagné à Monaco.
Monter une équipe pour les 500 Miles d’Indianapolis coûte autour d’un million d’euros. Ce million sert à profiter de l’une des meilleures équipes techniques du plateau : Schmidt Peterson Motorsport qui compte deux pole positions à Indy et six victoires en IndyCar, dont une en 2017. Il sert également à assurer une réelle cohérence dans le concept marketing auprès des partenaires français, dont Vivendi fait déjà partie. Et enfin à préparer Tristan Gommendy à cet immense défi grâce à des séances de simulateur et des essais en piste, voire une course avant ce fameux 28 mai 2018.
En oubliant les tarifs habituels du sport automobile, un million d’euros est une grosse somme. Mais nous sommes aux Etats-Unis ! À l’arrivée, chaque pilote passe à la banque pour déposer un chèque selon son résultat. En 2017, Takuma Sato a reçu 2 458 129 euros pour s’être imposé. Oui, prêt de 2,5 millions de dollars, soit deux fois et demie la mise ! Helio Catroneves a quasiment été remboursé avec un gain de 770 629 dollars. Ed Jones, troisième, a pris 535 629 euros… Et le dernier, rentré après 45 tours, a récupéré 200 305 dollars. Le sport automobile ne se vit pas de la même façon qu’en Europe ! Ça ressemble un peu à une victoire à Roland-Garros avec encore plus d’argent en jeu. Tiens, le patron de l’IndyCar dirigeait auparavant l’ATP Tour.
Tristan a déjà goûté au simulateur. Il va encore en manger des heures, des heures et des heures. Il va aussi poser les roues sur le Brickyard dans quelques jours. Les 500 Miles d’Indianapolis sont dans huit mois et il faut tout faire pour que notre petite équipe française soit prête. En 2020, il faudra aller chercher une victoire pour fêter les cent ans du dernier succès français signé Gaston Chevrolet.
On en reparle très vite !
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