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Toyota

28 août 1937 : Le jour où le métier à tisser a donné naissance à Toyota

28 août 1937. Dans la préfecture d’Aichi, les registres du commerce japonais enregistrent un acte de naissance discret. La division automobile de…

Par Rédaction ◷ 3 min de lecture 28 août 2026

28 août 1937. Dans la préfecture d’Aichi, les registres du commerce japonais enregistrent un acte de naissance discret. La division automobile de la manufacture textile Toyoda Automatic Loom Works prend son indépendance sous la raison sociale de Toyota Motor Company. Dans les ateliers encore imprégnés d’huile végétale et de poussière de coton, un ingénieur de quarante-trois ans essuie ses mains couvertes de cambouis : Kiichiro Toyoda vient de sceller le destin industriel du Japon.

Le pacte du métier à tisser et les cent mille livres de Platt Brothers

La saga automobile de Toyota s’enracine dans les rouages du textile. Au début du XXe siècle, le père fondateur, Sakichi Toyoda, révolutionne le tissage en concevant le métier mécanique automatique Type G. La machine s’arrête d’elle-même dès qu’un fil casse, évitant les défauts de fabrication et posant les premières bases du principe d’autonomisation industrielle (jidoka). En 1929, le géant britannique du textile Platt Brothers rachète les droits du brevet pour la somme astronomique de cent mille livres sterling.

Sentant le déclin de l’industrie textile et l’essor inévitable du moteur à explosion, Sakichi remet cette manne financière à son fils Kiichiro avec une consigne testamentaire limpide : utiliser chaque yen pour doter le pays d’une véritable industrie automobile nationale. À l’époque, le Japon ne produit rien ; les routes de l’archipel sont saturées de kits de montage Ford et General Motors expédiés depuis Détroit.

Désosser Détroit pour fondre le premier moteur Type A

En 1933, Kiichiro installe son commando de jeunes ingénieurs dans un coin reculé de l’usine textile de Koromo. Sans chaîne de montage ni fonderie moderne, la méthode repose sur l’ingénierie inversée la plus brute. L’équipe achète une berline Chevrolet 1933 neuve, la démonte écrou par écrou et analyse la métallurgie de chaque composant.

Le travail de fonderie vire au cauchemar mécanique. Les culasses se fissurent au refroidissement, les blocs moteurs sont criblés de bulles d’air et les pistons grippent sur les bancs d’essai. Il faudra des centaines de coulées de fonte ratées pour que Kiichiro et ses ouvriers parviennent à fabriquer le moteur Type A en 1934 : un six-cylindres en ligne culbuté de 3,4 litres développant 62 chevaux, dérivé du bloc Chevrolet et couplé à un châssis copié sur Ford.

Pour la carrosserie du premier prototype A1 en 1935, les ingénieurs s’inspirent des formes profilées de la Chrysler DeSoto Airflow, martelant les tôles à la main sur des gabarits en bois de chêne. La berline de série, rebaptisée Toyota Model AA, sort des ateliers en 1936.

Huit coups de pinceau pour rompre avec le clan

À l’été 1936, l’entreprise lance un grand concours public pour concevoir son emblème commercial. Parmi les vingt-sept mille propositions reçues, une modification calligraphique retient l’attention de la direction : remplacer le patronyme familial Toyoda (豊田) par Toyota (トヨタ).

Ce glissement de consonne répond à une logique précise. Écrit en caractères katakana, le mot Toyota s’exécute en exactement huit traits de pinceau. Dans la symbolique japonaise, le chiffre huit (八) s’évase vers le bas, évoquant la prospérité et une croissance infinie. Surtout, cette nuance phonétique détache la marque du nom de famille, marquant le passage d’une entreprise clanique à une société tournée vers le bien commun.

Le 28 août 1937, Kiichiro Toyoda officialise cette scission en créant une entité juridique autonome, dotée d’un capital de douze millions de yens. En franchissant le pas entre le tissage du coton et l’usinage de l’acier, l’ingénieur japonais venait de poser la première pierre d’un empire qui allait réinventer les standards de la production mondiale.