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Mercedes

29 août 1885 : Le jour où Gottlieb Daimler a fait rouler le premier moteur à explosion

29 août 1885. À Cannstatt, près de Stuttgart, le bureau impérial des brevets enregistre sous le numéro DRP 36423 un document technique…

Par Rédaction ◷ 4 min de lecture 29 août 2026
Reitwagen

29 août 1885. À Cannstatt, près de Stuttgart, le bureau impérial des brevets enregistre sous le numéro DRP 36423 un document technique intitulé « Fahrzeug mit Gas- bzw. Petroleum-Kraftmaschine » (Véhicule à moteur à gaz ou à pétrole). Dans le jardin de sa villa de la Taubenheimstraße, Gottlieb Daimler range ses plans. Avec son complice Wilhelm Maybach, l’ingénieur de cinquante et un ans vient de concevoir un cadre en bois brut monté sur deux roues cerclées de fer, baptisé Reitwagen (voiture à chevaucher). En voulant simplement tester la viabilité d’un monocylindre compact sur route, Daimler invente sans le savoir la première motocyclette de l’histoire et libère le moteur à pétrole du carcan des usines.

Le serment de la serre et la rupture avec Nikolaus Otto

Trois ans plus tôt, Daimler claque la porte de la société Deutz après un conflit brutal avec Nikolaus Otto. Directeur technique de l’entreprise rhénane, Daimler ne supporte plus l’entêtement de son patron, persuadé que le moteur à quatre temps doit rester une machine stationnaire lourde, lente et alimentée au gaz de ville pour faire tourner des pompes d’atelier. Daimler a une autre vision : pour propulser un véhicule autonome, le moteur doit être léger, tourner à haut régime et brûler un combustible liquide facilement transportable.

Accompagné de Maybach, le seul dessinateur capable de matérialiser ses intuitions, Daimler s’installe à l’été 1882 dans la serre de sa propriété de Cannstatt. Les deux hommes transforment le bâtiment vitré en atelier clandestin, calfeutrent les portes et travaillent la nuit pour échapper aux regards des voisins, qui soupçonnent une officine de faux-monnayeurs et alertent la police locale.

Entre les établis encombrés d’arbres à cames et de tuyaux de cuivre, les deux compères conçoivent le moteur « Standuhr » (l’horloge comtoise), surnommé ainsi en raison de sa silhouette verticale étirée. Pour s’affranchir des allumeurs à gaz traditionnels qui s’étouffent au-delà de 150 tours par minute, Maybach met au point l’allumage par tube incandescent non régulé (Glührohrzündung). Porté au rouge par un brûleur externe, ce tube en platine permet au bloc d’atteindre le régime inouï de 600 tours par minute, quadruplant le rendement des moteurs de l’époque pour un poids d’à peine soixante kilos.

Une draisienne en frêne pour éprouver la mécanique

Pour vérifier si ce moteur de 264 cm³ délivrant une modeste puissance d’un demi-cheval peut réellement mouvoir une masse humaine sur l’asphalte, Daimler refuse d’investir dans une coûteuse calèche à quatre roues. Il choisit la solution la plus économique : greffer le bloc au centre d’une structure de deux-roues en bois de frêne renforcé de ferrures, inspirée des draisiennes.

L’agencement mécanique de la Reitwagen impose des arbitrages artisanaux inédits. Le monocylindre est suspendu verticalement entre les jambes du conducteur, isolé par de fines plaques de cuir et de métal pour limiter la propagation de la chaleur. Le carburateur à léchage de surface utilise de la ligroïne, une fraction légère de pétrole alors vendue en pharmacie comme détachant textile. La transmission s’effectue via une courroie en cuir reliée à une poulie intermédiaire, puis par un pignon denté engrenant une couronne fixée directement sur la roue arrière. Pour maintenir l’équilibre précaire de l’engin et éviter les chutes à l’arrêt, Maybach ajoute deux petites roulettes stabilisatrices latérales montées sur ressorts.

Le pilote commande la machine à l’aide d’un guidon en fer tournant la roue avant par l’intermédiaire d’une tige rigide, tandis qu’une cordelette permet de tendre ou détendre la courroie pour embrayer, faisant également office de frein rudimentaire par friction sur la jante arrière.

Les flammes de Cannstatt et l’acte de naissance du transport moderne

Quelques semaines après l’obtention du brevet, à la fin de l’automne 1885, le jeune Adolf Daimler, dix-sept ans, enjambe l’engin pour le premier véritable galop d’essai sur voie publique. Le fils de l’inventeur parcourt les trois kilomètres qui séparent Cannstatt du village voisin d’Untertürkheim à la vitesse de douze kilomètres à l’heure. Le trajet manque de tourner court : l’intense chaleur dégagée par le tube incandescent situé sous la selle met le feu au cuir du siège, forçant le jeune pilote à s’arrêter en urgence pour éteindre le début d’incendie avant de repartir.

L’expérience est concluante : le moteur à combustion interne à régime rapide est parfaitement capable d’animer un véhicule terrestre sans dépendre des rails de chemin de fer ni des chaudières à vapeur. Dès l’année suivante, Daimler et Maybach franchissent l’étape supérieure en commandant une calèche chez le carrossier Wilhelm Wimpff pour y installer une version plus puissante de leur moteur, donnant naissance à la première automobile à quatre roues de la marque à l’étoile.

La Reitwagen originale disparaîtra tragiquement dans l’incendie qui ravagea l’usine de Cannstatt en 1903, ne laissant à la postérité que des répliques d’atelier. Pourtant, le brevet DRP 36423 déposé le 29 août 1885 avait déjà scellé le basculement du monde dans l’ère de la mobilité individuelle mécanique.