Dans l’histoire du design automobile, certains noms sont associés à des lignes sculpturales et des supercars qui ont fait rêver des générations. Marcello Gandini, génie de la maison Bertone, est l’homme à qui l’on doit les fabuleuses Lamborghini Miura et Countach, mais aussi des icônes des années 80 comme la Citroën BX ou la Renault Supercinq.
Pourtant, au détour des années 1970, le créateur italien s’est vu confier une mission bien plus pragmatique, mais tout aussi stratégique pour la Régie Renault : dessiner la première génération du Renault Master, lancée en septembre 1980.
Le style au service de la fonction : La patte Gandini
Parler d’esthétique pour un véhicule utilitaire destiné aux chantiers et aux livraisons urbaines peut surprendre. Pourtant, à la fin des années 70, Renault souhaite rompre définitivement avec la génération des célèbres camionnettes Saviem SG pour faire entrer la marque dans la modernité des eighties.
Marcello Gandini applique au Master les principes qui ont fait son succès : des lignes tendues, des proportions équilibrées et une intégration parfaite de la surface vitrée. Le museau plongeant surmonté d’un grand pare-brise offre une visibilité périphérique inédite pour le conducteur, tout en donnant au Master une présence routière statutaire et élégante pour l’image des entreprises.
Tout pour le volume et l’ergonomie de travail
Au-delà de son coup de crayon, le Master I brille par des innovations conçues pour faciliter le quotidien des professionnels. Proposé dès son lancement en version traction (avec un châssis surbaissé qui abaisse le seuil de chargement), il introduit des standards qui deviendront la norme :
- Accès optimisé : Une grande porte latérale coulissante sur rouleaux et des portes arrière battantes s’ouvrant à 270°.
- Ergonomie cabine : Un levier de vitesse qui tombe naturellement sous la main, une planchette de bord truffée de vide-poches centraux et une position de conduite inspirée des berlines de la marque.
- Diversification des versions : Fourgon, minibus, version châssis-cabine, plateau-ridelles ou benne, disponible en traction comme en propulsion.
Sous le capot : L’anecdote du moteur franco-italien SOFIM
Pour mouvoir ce grand utilitaire, Renault puise dans sa banque d’organes avec le 2.0 litres essence Douvrin de 80 ch, mais s’appuie surtout sur le bloc diesel SOFIM (2.4 litres de 66 ch à 71 ch).
L’acronyme SOFIM cache une histoire industrielle fascinante : la Société Franco-Italienne de Moteurs, créée en 1970 par Fiat, Alfa Romeo et Saviem/Renault. Si les partenaires italiens se sont rapidement retirés du projet, le moteur diesel restera une référence de robustesse, équipant aussi bien les utilitaires Renault que plusieurs berlines haut de gamme du losange (comme la Safrane) jusqu’à la fin des années 1990. En 1983, le Master complétera son offre avec le célèbre moteur diesel J8S (issu des Renault 18 et 20).
Les dates clés du Renault Master I (1980 – 1997)
- Septembre 1980 : Lancement commercial du Master I en versions T30, T30d et T35/T35D (PTAC jusqu’à 3,5 tonnes).
- 1983 : Arrivée du moteur diesel J8S (60 ch) et adoption d’une boîte de vitesses à 5 rapports en juillet.
- Mars 1989 (Phase 2) : Évolution des motorisations. Le bloc SOFIM atmosphérique passe à 76 ch, tandis qu’une version Turbo de 94 ch fait son entrée au catalogue.
- 1990 : Arrêt de la commercialisation des versions propulsion au profit des seules tractions.
- Juillet 1993 (Phase 3) : Restylage avec une nouvelle calandre aux formes arrondies, un entourage de pare-brise noir, des selleries remaniées et des mécaniques optimisées.
- Octobre 1997 : Le Master I tire sa révérence après 17 ans de carrière et cède sa place au Master II.
