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  • Enquête Rivian : comment l’anti-Tesla prépare son débarquement en France (et pourquoi Volkswagen est la clé)

    Enquête Rivian : comment l’anti-Tesla prépare son débarquement en France (et pourquoi Volkswagen est la clé)

    Sur le papier, Rivian avait tout pour séduire les investisseurs branchés : une gueule d’aventurier chic, des fiches techniques stratosphériques et le soutien financier précoce d’Amazon et de Ford. Pourtant, lorsqu’on observe le marché automobile français, le constructeur d’Irvine ressemble encore à un mirage d’outre-Atlantique. Pour s’implanter durablement dans l’Hexagone, la marque de RJ Scaringe doit résoudre une équation industrielle et réglementaire particulièrement serrée.

    Le mur du gabarit et du fisc français

    Faire rouler un Rivian R1T ou R1S dans les rues de Lyon ou de Paris relève aujourd’hui du parcours du combattant. Avec plus de 5,50 mètres de long, deux mètres de large et un poids à vide frôlant les 3,2 tonnes, le mastodonte américain se heurte à la réalité physique des parkings souterrains et des ruelles médiévales.

    Au-delà de la conduite, c’est l’arsenal fiscal et administratif tricolore qui bloque net toute velléité d’importation massive. Le seuil fatidique du permis B fixé à 3,5 tonnes de PTAC est quasi atteint dès que l’on charge quelques bagages et quatre passagers à bord. À cela s’ajoute la politique de stationnement des grandes agglomérations, à l’image de Paris qui surtaxe lourdement les véhicules lourds même 100 % électriques, sans oublier l’absence totale de réseau d’ateliers agréés sur notre territoire, transformant la moindre défaillance de suspension pneumatique en cauchemar logistique.

    L’incursion discrète par la logistique

    La présence réelle de Rivian en France ne se lit pas dans les chiffres de vente aux particuliers, mais sur les quais de livraison. Les fourgons électriques EDV développés sur mesure pour Amazon ont commencé leurs rotations discrètes autour des grandes métropoles françaises. Moins tape-à-l’œil que les pick-ups de 800 chevaux, ces utilitaires permettent à la marque d’accumuler des millions de kilomètres sur les routes européennes, de tester la résistance des composants aux cycles urbains denses et de valider ses logiciels de gestion de flotte sans passer par le réseau grand public.

    R2, R3 : la rupture culturelle indispensable

    Pour exister commercialement en France, Rivian a dû revoir sa copie. Les futurs SUV compacts R2 et le crossover R3 — dont la silhouette rappelle furieusement une compacte européenne des années 1980 façon Lancia Delta ou Peugeot 205 — ciblent directement le gabarit des Peugeot E-3008 et Renault Scénic E-Tech.

    Mais un obstacle majeur persiste : le score environnemental conditionnant le bonus écologique français. Fabriqués aux États-Unis, dans l’usine de Normal en Illinois puis potentiellement en Géorgie, ces véhicules risquent d’être exclus d’office des aides d’État à l’achat, contrairement aux modèles assemblés sur le sol européen. Face à une concurrence chinoise agressive et aux constructeurs traditionnels bien installés, vendre sans bonus sur le segment C relève du pari risqué.

    La véritable infiltration : le cheval de Troie logiciel

    Le véritable tournant français de Rivian ne portera peut-être même pas son badge. Le partenariat à plusieurs milliards de dollars scellé avec le groupe Volkswagen change complètement la donne. En intégrant son architecture électronique zonale et ses logiciels propriétaires dans les futures plateformes du géant allemand, Rivian s’assure d’équiper indirectement des dizaines de milliers de véhicules qui sillonneront le réseau routier français sous pavillon VW, Audi ou Cupra.

    Plutôt que d’épuiser sa trésorerie à bâtir un réseau de concessions de Brest à Strasbourg, Rivian monétise son cerveau informatique chez ceux qui possèdent déjà les usines et les clients européens.

  • Porsche 911 GT2 RS Flachbau RS : La résurrection de Moby Dick signée Sonderwunsch et Manthey

    Porsche 911 GT2 RS Flachbau RS : La résurrection de Moby Dick signée Sonderwunsch et Manthey

    En mai 2025, le dépôt des appellations « Flachbau » et « Flachbau RS » auprès de l’Office européen des brevets avait mis la communauté des porschistes en ébullition. L’énigme trouve aujourd’hui sa réponse avec la présentation d’un exemplaire unique au monde, homologué pour la route. À la demande d’un collectionneur particulièrement exigeant, le département Sonderwunsch et les sorciers de Manthey Racing ont passé près de trois ans à métamorphoser une 911 GT2 RS Pack Weissach de 2018 en un hommage roulant à la redoutable 935/78 des 24 Heures du Mans, la célèbre « Moby Dick ».

    Le nez plat réinventé par Grant Larson

    Dans les années quatre-vingt, le département des commandes spéciales de Zuffenhausen avait marqué les esprits en commercialisant 948 exemplaires de la 911 Turbo Type 930 en version Flachbau, directement inspirée des victoires de la 935 en Groupe 5. Pour ce projet unique sur base 991.2, Porsche a confié le dessin à Grant Larson, l’homme à qui l’on devait déjà la réinterprétation moderne de la 935 dévoilée lors de la Rennsport Reunion en 2018.

    La proue abandonne totalement les traditionnelles optiques ovales. À la place, les ailes avant tombent au ras de l’asphalte et intègrent des persiennes d’extraction d’air (louvres) destinées à dépressuriser les passages de roues. Pour remplacer les phares sans alourdir la silhouette, les ingénieurs ont développé un bloc optique à LED étagé d’une finesse extrême. Les feux de croisement et de route ne mesurent que quatre centimètres de hauteur, tandis que les feux de jour se contentent de deux centimètres d’épaisseur. Habillée de la teinte Blanc Grand Prix issue du nuancier de 1974, la carrosserie reçoit des inserts en carbone brut verni et un motif en U sur le capot avant, référence directe à la livrée Martini historique de 1978.

    554 kilos d’appui à 340 km/h et l’empreinte de Manthey

    Si le Flat-6 biturbo de 3,8 litres conserve ses 700 chevaux d’origine, le traitement aérodynamique a été poussé à un niveau de rigueur digne d’un engagement aux 24 Heures du Nürburgring. Développé en étroite collaboration avec l’équipe de Meuspath, le package intègre une lame avant redessinée, un fond plat revu et un diffuseur arrière spécifique. Sur le train arrière, des flasques aérodynamiques en carbone peint réduisent la traînée dans les lignes droites.

    La pièce maîtresse reste l’imposant aileron arrière monté sur des mâts en col de cygne en forme de S, directement dérivés de la radicale 911 GT3 R rennsport mais rehaussés de cinq centimètres. Réglable manuellement sur trois positions selon les profils de piste, cet appendice génère exactement 554 kg d’appui sur le train arrière à la vitesse maximale de 340 km/h dans sa configuration la plus agressive.

    Pour valider sa tenue structurelle, trois prototypes ont subi des tests de résonance sur banc à vérins hydrauliques, des calculs de dynamique des fluides et cinquante tours de boucle nord du Nürburgring sous le pied droit du pilote maison Lars Kern.

    Une cure d’amaigrissement de 31,6 kilos dans la tôle nue

    Gagner du poids sur une GT2 RS équipée du Pack Weissach relevait du défi d’orfèvre. L’équipe de Weissach est pourtant parvenue à retrancher 31,6 kilos supplémentaires sur la balance en appliquant les méthodes spartiates de la compétition.

    Dans l’habitacle, le système multimédia PCM et l’ensemble de l’installation audio ont été jetés aux orties, remplacés par un simple vide-poches garni de cuir. Les insonorisants et les moquettes de sol ont été arrachés pour laisser apparaître la tôle brute peinte en Blanc Grand Prix. Le faisceau électrique a été dépouillé de chaque fil inutile avant d’être protégé par une simple gaine tressée apparente. Même l’anneau de remorquage et le triangle de signalisation réglementaires ont perdu leurs points d’ancrage soudés, désormais regroupés dans une boîte amovible que le propriétaire peut retirer en un clin d’œil avant d’entrer en piste.

    Gravée de la mention Factory One-Off 2026, cette Flachbau RS prouve que l’artisanat d’usine poussé à son paroxysme sait encore faire revivre la brutalité des monstres du sport automobile sans rien céder aux contraintes modernes de l’homologation routière.

  • Thérapie de choc chez Nissan : Un batteur de rock au chevet d’un géant en péril

    Thérapie de choc chez Nissan : Un batteur de rock au chevet d’un géant en péril

    À Yokohama, la scène a de quoi méduser les employés tirés à quatre épingles. Au pied de la grosse caisse, une canette de bière posée sur le plancher, le nouveau patron de Nissan fait hurler sa batterie au son de Take Me Out et Zombie. Crâne rasé et t-shirt noir, Ivan Espinosa, 47 ans, manie les baguettes devant ses équipes après avoir déroulé son plan de la dernière chance. L’image incarne la rupture avec l’austérité de l’ère Carlos Ghosn, mais elle masque à peine l’urgence vitale : le navire amiral de l’industrie japonaise traverse la pire tempête de son histoire.

    Après avoir enregistré un gouffre financier record de 7 milliards d’euros de pertes cumulées sur deux ans, le constructeur n’a plus droit à l’erreur. Pour survivre, la marque qui portait jadis l’orgueil industriel du Japon (son nom contracte Nihon Sangyo, « l’industrie japonaise ») s’impose une cure d’amaigrissement d’une violence inouïe.

    Des milliards de pertes et la fin du dogme des volumes

    Pour comprendre la violence de la chute, il faut remonter à la rupture de 2018 et à l’arrestation de Carlos Ghosn. À l’époque au sommet de l’Olympe avec 10,7 millions de véhicules vendus au sein de l’Alliance Renault-Nissan-Mitsubishi, le groupe fonctionnait sur une obsession : la course aux volumes.

    En 2017, Nissan écoulait près de 6 millions de véhicules et possédait un outil industriel dimensionné pour en fabriquer 8 millions. Mais en 2025, les ventes se sont effondrées à environ 3,2 millions d’unités. Dans le secteur automobile, des usines qui tournent à moitié vide constituent un poison mortel qui brûle le cash et creuse la dette.

    « Nous sommes arrivés au mur des réalités. Nous étions dans une fuite en avant et nous nous sommes trompés en pensant que volume signifiait valeur. »

    Ivan Espinosa, PDG de Nissan

    Depuis le Liban, Carlos Ghosn conteste cette analyse et dénonce la gestion de ses successeurs, estimant qu’ils se sont « contentés de gérer le déclin » en brisant la dynamique de croissance. Mais le constat reste sans appel : le groupe s’est enfermé dans une bureaucratie rigide tout en perdant de précieux cadres internationaux.

    Le plan « Re:Nissan » : 20 000 suppressions de postes et 7 usines fermées

    Nommé en avril 2025, Ivan Espinosa — deuxième dirigeant non japonais à prendre les commandes après Carlos Ghosn — a lancé un traitement de choc baptisé « Re:Nissan ». Les mesures font l’effet d’une déflagration au Japon :

    • 20 000 suppressions d’emplois dans le monde, soit 15 % des effectifs totaux.
    • La fermeture de 7 usines sur 17 d’ici 2027 (notamment au Japon, au Mexique, en Inde, en Afrique du Sud et en Argentine).
    • La vente du siège social de Yokohama (une tour de 99 mètres inaugurée en 2009), immédiatement relouée pour récupérer des liquidités d’urgence.
    • La réduction du catalogue mondial de 56 à 45 modèles pour faire baisser les coûts de 40 %.

    L’objectif est clair : renoncer à la taille critique pour devenir une entreprise plus petite, plus réactive et financièrement assainie.

    L’ouragan chinois et le défi de l’électrique

    Si Nissan souffre, c’est aussi parce qu’il a gaspillé son avance historique dans l’électrique. Pionnier de la mobilité zéro émission avec la Tama en 1947 puis la Leaf en 2010, le constructeur a levé le pied au pire moment, se faisant balayer en Chine par des géants locaux comme BYD ou Xiaomi Auto. Entre 2018 et 2025, les ventes de Nissan dans l’Empire du Milieu se sont effondrées de 60 %, passant de 1,5 million à 650 000 unités.

    Pour rattraper ce retard béant, la nouvelle direction impose une révolution culturelle. Nissan entend diviser par deux le temps de développement de ses futurs modèles, le faisant passer de 60 à 30 mois grâce au recours massif aux simulations numériques et à l’IA.

    Le salut passe aussi par des modèles conçus localement en Chine (comme le SUV électrique NX8) destinés à être exportés, et par une rupture technologique majeure attendue d’ici 2030 : la batterie solide développée en interne.

    L’Alliance avec Renault : La fin de la tutelle, le début du pragmatisme

    Longtemps vécue à Yokohama comme une tutelle française pesante, l’alliance avec Renault s’est transformée en une relation d’affaires pragmatique. Après avoir restructuré l’accord en 2023 pour rééquilibrer les droits de vote, les deux partenaires avancent désormais projet par projet :

    • La nouvelle Nissan Micra est assemblée par Renault dans l’usine de Douai, sur la plateforme de la R5 E-Tech.
    • Une future citadine électrique d’entrée de gamme, la Nissan Wave, verra le jour en Slovénie sur la base de la Twingo pour un tarif ciblé sous les 20 000 euros.

    Néanmoins, les tensions restent sous-jacentes. En Europe, où les ventes de Nissan ont fondu de moitié en quelques années, le constructeur réduit ses effectifs (900 départs prévus) et réorganise son usine britannique de Sunderland.

    2026, l’année de la dernière chance

    À Yokohama, l’ambiance est désormais à la course contre la montre. Les dirigeants décrivent une bureaucratie qui recule enfin devant l’urgence opérationnelle. Avec un catalogue resserré, le renouvellement de modèles clés (Rogue, Qashqai restylé, Juke électrique, motorisation e-Power) et le développement de technologies de conduite autonome pour les robots-taxis à Tokyo, Nissan abat ses dernières cartes.

    « 2026 est une année critique. Il faut que les chiffres parlent », résume Guillaume Cartier, directeur de la performance. Entre deux répétitions avec son groupe de rock, le PDG-batteur Ivan Espinosa sait que le tempo est donné. Reste à savoir si la mécanique industrielle de Nissan parviendra à tenir le rythme sans dérailler.