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  • BMW Art Cars : Les 20 « sculptures roulantes » réunies à Munich pour un final historique

    BMW Art Cars : Les 20 « sculptures roulantes » réunies à Munich pour un final historique

    C’est un alignement de planètes — ou plutôt de chefs-d’œuvre — sans précédent. Pour célébrer le 50e anniversaire de sa célèbre collection, BMW réunit pour la toute première fois l’intégralité de ses 20 Art Cars sous le toit de verre du BMW Welt à Munich. Du 29 juillet au 31 August 2026, cette exposition record marque le point d’orgue d’une tournée mondiale monumentale.

    50 ans d’innovation, de Calder à Mehretu

    Tout a commencé en 1975 par un coup de génie du pilote français et commissaire-priseur Hervé Poulain. En collaboration avec Jochen Neerpasch (alors patron de BMW Motorsport), il invite l’artiste Alexander Calder à peindre sa BMW 3.0 CSL pour les 24 Heures du Mans. Le succès est immédiat : la voiture devient la coqueluche du public et lance une tradition unique au monde.

    Depuis cinq décennies, les plus grands noms de l’art contemporain se sont succédé pour transformer des carrosseries en toiles dynamiques : Andy Warhol et sa M1 peinte à la main en 23 minutes, Roy Lichtenstein, Jeff Koons, ou encore la dernière-née en 2024, la M Hybrid V8 de Julie Mehretu.

    Un voyage à travers l’histoire de l’art

    L’exposition titrée « BMW ART CARS – 20 ARTISTS, 50 YEARS OF INNOVATION » propose un véritable condensé des courants artistiques majeurs des 50 dernières années. Le visiteur pourra déambuler entre :

    • Le Pop Art de Warhol et Lichtenstein.
    • Le Minimalisme de Frank Stella.
    • L’Art Conceptuel et Digital représenté par Cao Fei ou John Baldessari.
    • L’Art Abstrait de Julie Mehretu.

    Le clou du spectacle : La glace d’Olafur Eliasson

    Parmi les 20 œuvres, le projet BMW H2R d’Olafur Eliasson (2007) constitue un événement technique à lui seul. Basée sur un prototype à hydrogène, cette œuvre ne peut être exposée que dans un environnement réfrigéré spécifique, transformant la voiture en une structure de glace figée. Ce n’est que la quatrième fois depuis sa création que cette installation complexe est présentée au public.

    Le grand final d’un tour du monde

    Cette exposition munichoise marque la fin du BMW Art Car World Tour. Depuis mars 2025, les voitures de la collection ont parcouru 30 pays sur 5 continents, s’arrêtant dans des lieux prestigieux comme Art Basel, Pebble Beach ou Rétromobile à Paris. Plus de 2 millions de visiteurs ont déjà admiré ces pièces lors de cette tournée anniversaire.

    Pour les passionnés d’automobile et d’art, c’est l’occasion unique de voir ces voitures, qui pour beaucoup ont limé le bitume du Mans ou des circuits de GT, figées dans leur splendeur esthétique.


    La liste complète des chefs-d’œuvre exposés :

    1. Calder (3.0 CSL, 1975) | 2. Stella (3.0 CSL, 1976) | 3. Lichtenstein (320i, 1977) | 4. Warhol (M1, 1979) | 5. Fuchs (635 CSi, 1982) | 6. Rauschenberg (635 CSi, 1986) | 7. Nelson (M3, 1989) | 8. Done (M3, 1989) | 9. Kayama (535i, 1990) | 10. Manrique (730i, 1990) | 11. Penck (Z1, 1991) | 12. Mahlangu (525i, 1991) | 13. Chia (M3 GTR, 1992) | 14. Hockney (850 CSi, 1995) | 15. Holzer (V12 LMR, 1999) | 16. Eliasson (H2R, 2007) | 17. Koons (M3 GT2, 2010) | 18. Cao Fei (M6 GT3, 2017) | 19. Baldessari (M6 GTLM, 2016) | 20. Mehretu (M Hybrid V8, 2024).

    Le saviez-vous ? La BMW M1 d’Andy Warhol est la seule de la collection à avoir été peinte directement par l’artiste lui-même sur la carrosserie sans passer par des maquettes ou des films adhésifs. On y voit encore les traces de ses doigts et de ses pinceaux dans la peinture fraîche.

  • Raymond Loewy, l’homme qui dessina le XXe siècle

    Raymond Loewy, l’homme qui dessina le XXe siècle

    Retour sur le parcours du Français Raymond Loewy, pionnier du design industriel, qui a façonné aussi bien l’automobile que l’imaginaire collectif.

    Né à Paris le 5 novembre 1893, mort à Monaco le 14 juillet 1986, Raymond Loewy reste l’un des créateurs les plus influents du XXe siècle, bien qu’encore largement sous-estimé dans son pays natal. Si l’on croise ses œuvres quotidiennement – des logos de Shell, BP, Spar ou New Man à la bouteille de Coca-Cola ou au paquet de Lucky Strike – son nom n’évoque pas toujours immédiatement l’automobile. Et pourtant, Loewy a profondément marqué le design automobile américain, notamment par sa collaboration emblématique avec Studebaker.

    Un dessinateur de l’Amérique moderne

    Vétéran de la Première Guerre mondiale décoré de la Croix de guerre, Loewy quitte la France au début des années 1920 pour tenter sa chance aux États-Unis. Il y commence modestement comme illustrateur de mode, avant de faire évoluer sa carrière vers la création industrielle. Très vite, sa signature devient synonyme de modernité, de rationalité esthétique et de séduction fonctionnelle. À partir des années 1930, il impose l’idée que le design n’est pas un luxe mais une nécessité dans l’économie de marché.

    Pour Loewy, « la laideur se vend mal ». Ce principe, il l’appliquera à tout ce qu’il touche : réfrigérateurs, locomotives, paquets de cigarettes… et voitures. Sa méthode, qu’il appelle MAYA (pour Most Advanced Yet Acceptable), consiste à pousser l’innovation tout en restant dans un territoire visuel familier. C’est cette audace tempérée qui fera de lui le « designer de l’American Way of Life », selon l’expression de France Culture.

    Studebaker, l’avant-garde en mouvement

    C’est au volant d’une Studebaker Avanti, lancée en 1962, que l’on comprend le mieux la vision de Loewy pour l’automobile. Cette GT radicalement profilée, sans calandre apparente, dotée d’une ligne fuyante à l’extrême, tranche avec tout ce qui roule sur les routes américaines de l’époque. Dessinée en seulement 40 jours avec une petite équipe de fidèles collaborateurs, l’Avanti est un OVNI esthétique, considéré comme l’un des derniers sursauts créatifs de Studebaker, alors en déclin.

    Mais bien avant l’Avanti, Loewy avait déjà imprimé sa marque chez Studebaker. En 1947, il signe la première voiture entièrement nouvelle de l’après-guerre : la Champion. Son style moderne, ses volumes équilibrés et sa face avant distinctive rompant avec les copies de styles pré-guerre, posent les bases de la voiture américaine de l’après-conflit. Il enchaîne avec la Starliner au début des années 1950, un superbe coupé fastback qui influencera durablement le design automobile mondial.

    Si Loewy ne s’est jamais prétendu ingénieur, il savait cependant sublimer l’ingénierie par le style, en redonnant de la désirabilité à des marques ou des produits menacés d’obsolescence.

    Le styliste des machines modernes

    Son génie ne s’est pas arrêté au bitume. On lui doit le design de la locomotive S-1 de la Pennsylvania Railroad, longue de plus de 40 mètres, au style aérodynamique futuriste. Il dessina aussi les bus Greyhound Scenicruiser, icône roulante des routes américaines, sans oublier ses travaux pour l’aviation et, plus étonnamment encore, pour l’espace.

    Dès les années 1960, Loewy est recruté comme consultant par la NASA. Il intervient sur l’aménagement intérieur des stations orbitales Skylab et propose des solutions pour améliorer le confort psychologique des astronautes dans des environnements confinés. Il y introduit des notions qui nous semblent évidentes aujourd’hui : contrastes de couleurs pour éviter la confusion spatiale, zones de loisirs, tables modulables. Une approche pionnière, où le design se fait bien plus que décoratif : il devient vital.

    Un legs universel mais discret

    Malgré cette œuvre foisonnante, Loewy n’a jamais connu en France la reconnaissance que les Américains lui ont accordée de son vivant. Il fut pourtant célébré à plusieurs reprises outre-Atlantique : Time Magazine lui consacra une couverture en 1949, Spiegel en fit de même en 1953. En 1952, il est même décoré de la Légion d’honneur.

    Ce paradoxe – celui d’un Français devenu héros culturel américain – alimente encore aujourd’hui la fascination qu’il suscite chez les historiens du design. Il y a chez Loewy une intelligence de l’époque, un flair esthétique doublé d’une rigueur industrielle, qui anticipaient la société de consommation tout en en définissant les codes visuels.

    Le regard d’AUTOcult

    Pour nous, passionnés de belles mécaniques et de lignes qui racontent leur époque, Raymond Loewy incarne ce lien magique entre l’art, la technologie et l’industrie. À une époque où le design automobile tend à se fondre dans une certaine uniformité mondiale, revisiter les travaux de Loewy permet de se rappeler que le style peut être à la fois radical, audacieux… et commercialement viable.

    Souhaitons que Raymond Loewy retrouve la place qu’il mérite dans le panthéon du design automobile. Après tout, comme il le disait lui-même : « la simplicité est la clé de l’élégance. » Et cela, dans l’automobile comme ailleurs, reste une vérité intemporelle.