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  • Essai – Le paradoxe de la poche : j’ai conduit le nouveau Jeep Avenger 4xe de 145 chevaux

    Essai – Le paradoxe de la poche : j’ai conduit le nouveau Jeep Avenger 4xe de 145 chevaux

    La folie des grandeurs et le génie des petites boîtes

    L’humanité souffre d’un mal étrange : l’obsession de la taille. Si vous écoutez les experts en marketing, pour survivre à notre époque sauvage, il vous faut absolument une montre de la taille d’une soucoupe volante, un téléviseur qui occupe l’intégralité de votre salon et un SUV si gigantesque qu’il nécessite son propre code postal pour manœuvrer dans un parking de centre-ville. C’est absurde. Les meilleures choses de la vie sont souvent compactes. Pensez au couteau suisse, à l’espresso italien, ou à la télécommande qui vous permet de faire taire la télévision.

    Pourtant, le monde automobile s’est mis en tête de fabriquer des « petits » SUV des villes. Des engins au look baroudeur mais dotés d’une garde au sol de berline, incapables de franchir un trottoir sans y laisser un carter d’huile et dont la motricité s’effondre lamentablement à la première feuille morte mouillée sur le bitume. On vous vend de l’aventure, on vous livre de l’anxiété urbaine.

    Ce qui m’amène, après avoir évité de justesse un cycliste distrait, au tout nouveau Jeep Avenger 4xe.

    Une usine à gaz miniature sous le capot

    Les ingénieurs de Jeep ont pris un malin plaisir à contredire les lois de la physique. L’Avenger ne mesure que 4,11 mètres de long. C’est minuscule. Pourtant, ils ont réussi à caser dans ce format de poche une architecture mécanique digne d’un laboratoire de la NASA.

    Sous le capot, on trouve un moteur thermique à 3 cylindres de 1,2 litre développant 136 chevaux. Jusqu’ici, rien de bien sorcier. Mais ils lui ont adjoint une boîte automatique à double embrayage dans laquelle est niché un premier moteur électrique de 21 kW. Et parce que cela ne suffisait pas pour obtenir le badge « 4×4 », ils ont greffé un second moteur électrique de 21 kW directement sur l’essieu arrière.

    Le tout développe une puissance combinée de 145 chevaux. Ce n’est pas une puissance à vous arracher les paupières comme son grand frère le Compass, mais le secret réside ailleurs : grâce à un réducteur de 22,7:1, le petit moteur électrique arrière balance 1 900 Nm de couple directement aux roues arrière.

    Lorsque vous activez le mode Sport, le système déploie un effet d’eBoost électrique qui réveille instantanément la machine. Le 0 à 100 km/h est abattu en 9,5 secondes. Ce n’est pas une navette spatiale, mais l’effet de couple instantané à basse vitesse donne l’impression d’être assis sur une boule de flipper survoltée.

    Une armure en plastique et du tissu de survie

    À l’extérieur, Jeep a appliqué son éternelle philosophie du « Design to Function ». La calandre iconique à 7 fentes s’offre une rétroillumination par LED à la nuit tombée, pour être bien certain que le conducteur de la limousine allemande devant vous sache exactement qui va le dépasser. Les phares sont profondément encastrés dans la carrosserie pour éviter d’être pulvérisés au premier choc, et les boucliers profitent d’un traitement en plastique brut moulé dans la masse. Sur cette version 4xe, on hérite même de touches de rouge vif et du fameux crochet de remorquage arrière, idéal pour extraire d’un mauvais pas la citadine d’un voisin trop optimiste.

    À l’intérieur, oubliez le raffinement fragile des salons parisiens. La version Overland vous accueille avec une planche de bord verte flanquée du logo 4xe et des sièges recouverts d’un matériau entièrement imperméable, lavable et ultra-durable. C’est fantastique. Si vous y renversez votre café, ou si votre chien décide d’y secouer la boue de la forêt, vous nettoyez le tout d’un grand coup d’éponge sans verser une larme. La console centrale conserve son astucieux Pad Cover modulable, parfait pour dissimuler vos objets du quotidien.

    Le verdict : Le couteau suisse des temps modernes

    Sur la route, l’Avenger 4xe surprend par son agilité. Grâce à un schéma de suspension arrière multibras spécifique — bien plus sérieux que la simple barre de torsion des versions deux roues motrices — il vire à plat et encaisse les pires routes défoncées avec une assurance de grand franchisseur.

    En tout-terrain, le sélecteur « Selec-Terrain » propose des modes Auto, Snow, et Sand/Mud. Le système gère le couple de manière intelligente : jusqu’à 30 km/h, le mode 4WD est permanent et garantit une répartition parfaite. Résultat ? Ce petit engin de poche est capable de grimper une pente de 40% sur du gravier et de continuer sa route sur une pente de 20% alors même que son train avant est posé sur une plaque de boue grasse sans aucune adhérence. Il s’autorise même à traverser des cours d’eau profonds de 400 mm.

    Est-il exempt de défauts ? Bien sûr que non. Comme toutes les voitures d’aujourd’hui, ça bipe frénétiquement… Pour désactiver le signal sonore de l’alerte de survitesse au moindre kilomètre-heure de trop, il faut maintenir enfoncé le bouton ADAS pendant trois longues secondes à chaque démarrage. De plus, avec toute cette technologie hybride et son système quatre roues motrices, sa consommation WLTP grimpe légèrement par rapport à la version classique pour s’établir entre 5,3 et 5,4 l/100 km.

    Mais ne boudons pas notre plaisir. À partir de 33 790 €, Jeep nous propose un engin qui refuse de choisir entre la jungle urbaine et la vraie nature. C’est impertinent, c’est diablement malin, et c’est la preuve qu’on peut concentrer un immense esprit de liberté dans un tout petit flacon.