Étiquette : Ferrari 512 BB

  • Quand le papier donne la leçon : La double page géniale du magazine Evo (Août 2026)

    Quand le papier donne la leçon : La double page géniale du magazine Evo (Août 2026)

    À l’heure où nos filtres d’actualité régurgitent des milliers d’images à la seconde, où le balayage compulsif sur écran a remplacé la lecture attentive, il arrive qu’un magazine physique vous rappelle brutalement pourquoi le papier demeure irremplaçable.

    C’est exactement la claque visuelle que vient de nous infliger le numéro d’août 2026 du magazine britannique Evo. Au milieu du magazine, une double page sans le moindre texte, imprimée sur un rouge écarlate incandescent, aligne 24 photographies dans une grille d’une géométrie parfaite. Aucun titre tapageur, aucune fiche technique, aucun logo. Juste la matière, le métal, le cuir et la mécanique.

    C’est l’une des compositions visuelles les plus captivantes, intelligentes et hypnotiques qu’il nous ait été donné de contempler dans la presse automobile depuis bien longtemps.

    La géométrie de la passion : 6 icônes, 4 détails

    Le concept est d’une simplicité biblique, mais son exécution frôle le génie éditorial. La double page rassemble six supercars et GT emblématiques des années 1970 et 1980. Au lieu d’aligner de traditionnels clichés de trois quarts face, l’équipe d’Evo a découpé l’anatomie de chaque mythe en quatre tranches horizontales rigoureusement identiques :

    1. La signature roulante : L’arche de roue, le jante d’époque et l’amorce de la carrosserie.
    2. Le cœur mécanique : La baie moteur vue de dessus, sans le moindre cache en plastique.
    3. Le regard du pilote : Le volant, le moyeu et la batterie de manomètres analogiques.
    4. Le cocon : Le dessin des sièges baquets et la console centrale.

    En un coup d’œil vertical, on embrasse l’ADN complet d’une machine. En un coup d’œil horizontal, on confronte six philosophies radicalement différentes d’une même époque bénie.

    Le quiz ultime du petrolhead

    Pour tout passionné de culture automobile, cette double page se transforme instantanément en un jeu addictif. Êtes-vous capable de reconnaître les six monstre sacrés alignés de gauche à droite uniquement grâce à ces micro-détails ?

    • Colonne 1 (Bleu turquoise) – Lotus Esprit : La jante à nids d’abeille, le quatre-cylindres en ligne incliné à nu, le volant épuré et le cockpit en cuir clair. La légèreté britannique dans toute sa splendeur compensée par le design en coin de Giugiaro.
    • Colonne 2 (Noir) – Maserati Merak : La célèbre jante Campagnolo en étoile, le V6 ouvert, les manomètres à fond vert enchâssés dans le bois et les profonds sièges en cuir noir plissé. L’élégance GT à l’italienne.
    • Colonne 3 (Rouge) – Ferrari 512 BB : L’étoile à cinq branches, le mythique moteur 12-cylindres à plat aux couvre-culasses rouges, la planche de bord Veglia aux graduations orange et le cheval cabré sur le volant. La réponse de Maranello à la folie du moteur central.
    • Colonne 4 (Rouge) – Lamborghini Countach : La jante perforée « cadran de téléphone » dorée, le V12 à carburateurs prêts à aspirer l’air, le volant frappé du Taureau et cet intérieur crème futuriste. L’excès pur et simple.
    • Colonne 5 (Gris) – Aston Martin V8 Vantage : La jante pleine façon bouclier, le monstrueux V8 à quatre carburateurs double corps, les cadrans ronds Smiths et les baquets imposants. Le « muscle car » en costume sur mesure.
    • Colonne 6 (Rouge) – Porsche 911 Turbo (930) : L’immortelle jante Fuchs au voile argenté, le Flat-6 refroidi par air coiffé de son énorme échangeur de turbo, les cinq cadrans alignés et le volant à trois branches. Le mythe allemand de la suralimentation brute.

    La preuve par l’image que le papier est vivant

    Ce qui rend ce travail exceptionnel, c’est ce qu’il raconte en filigrane. Il nous rappelle une époque où chaque constructeur possédait sa propre typographie d’instrumentation, ses propres matières (du velours au cuir plissé, du bois au carbone naissant), sa propre disposition moteur et son propre dessin de jante. Aucun composant n’était partagé avec une banque d’organes commune.

    Mais surtout, cette double page démontre la suprématie de la presse écrite lorsqu’elle ose le design pur. Sur un téléphone, ces images seraient étriquées, perdues au milieu de notifications. Sur papier glacé, étalées sur près de 50 centimètres de large avec la saturation vive de ce fond rouge, elles imposent un temps d’arrêt. On s’approche, on scrute la grain d’un cuir usé par le temps, la patine d’un volant en aluminium, les câbles d’allumage d’un V12.

    C’est beau, c’est graphique, c’est profondément automobile. Une page que l’on a immédiatement envie de détacher pour l’encadrer au-dessus de son établi. Chapeau bas à la rédaction d’Evo.