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  • Championnat du monde de la chicane : Pourquoi la France est-elle la terre promise des ronds-points ?

    Championnat du monde de la chicane : Pourquoi la France est-elle la terre promise des ronds-points ?

    En France, nous sommes fiers de notre vin, de notre fromage et de notre football. Mais il est un domaine où notre domination est absolue, presque insolente : le rond-point. Avec une estimation oscillant entre 30 000 et 70 000 ouvrages, l’Hexagone écrase la concurrence mondiale. Depuis 30 ans, on en construit en moyenne cinq par jour. Plongée dans une passion française qui divise autant qu’elle fluidifie.

    Le rond-point est bien plus qu’un simple aménagement urbain ; c’est un élément structurant de notre territoire qui raconte notre histoire, de la chasse royale aux revendications sociales des « Gilets Jaunes ».

    Une invention royale née dans les forêts

    Contrairement aux idées reçues, le rond-point n’est pas né avec l’automobile. Ses racines plongent dans les forêts royales du XIVe siècle. Pour faciliter la chasse à courre, des clairières circulaires étaient tracées pour faire converger les routes de chasse en étoile, comme on peut encore l’observer en forêt de Saint-Germain-en-Laye.

    Cette forme géométrique a ensuite été sublimée par Le Nôtre dans les jardins de Versailles avant de s’inviter en ville au XIXe siècle avec les places haussmanniennes. Mais attention à la nuance technique : une place circulaire (comme la Place de l’Étoile à Paris) n’est pas un « carrefour giratoire » moderne. Dans le premier cas, la priorité est à droite (à l’entrée), tandis que dans le second, elle appartient à ceux qui circulent déjà sur l’anneau.

    Le choc de 1984 : La révolution de la sécurité

    Le véritable essor du giratoire moderne date des années 80. À l’époque, la sécurité routière est un enjeu national. Les ingénieurs des Ponts et Chaussées s’inspirent alors d’une « originalité anglaise » : la priorité à gauche pour ceux engagés sur l’anneau.

    Les bénéfices sont immédiats et spectaculaires. À Quimper, par exemple, l’installation d’un giratoire a fait chuter le nombre d’accidents de 140 à un seul. Pourquoi ? Parce que le rond-point force à ralentir, élimine les collisions frontales et remet le conducteur en état de vigilance active plutôt que de le faire obéir machinalement à un feu rouge. C’est sous l’impulsion de maires comme Jean-Marc Ayrault à Saint-Herblain que le modèle s’est généralisé.

    Un coût colossal et une image contrastée

    Aujourd’hui, les villes les plus « rondes » de France se nomment Toulouse, Nantes et Marseille. Mais cette omniprésence a un prix. On estime que la construction d’un rond-point coûte entre 100 000 et 1 million d’euros, principalement à cause des réseaux souterrains à déplacer. Chaque année, ce sont environ 5 milliards d’euros d’argent public qui sont investis dans ces infrastructures.

    Au-delà des chiffres, le rond-point est devenu le symbole de ce que certains appellent la « France moche » — ces zones périurbaines parsemées de zones commerciales et de sculptures artistiques parfois discutables, financées par le « 1 % artistique ». Pourtant, pour beaucoup, il reste une « place publique qui s’ignore », un carrefour de vie et de passage devenu indissociable de notre quotidien d’automobiliste.