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  • Route 66, Épisode 1 : Le jour où l’Amérique a contourné son histoire

    Route 66, Épisode 1 : Le jour où l’Amérique a contourné son histoire

    Le 29 juin 1956, d’un simple trait de plume au bas du Federal Aid Highway Act, le président Dwight D. Eisenhower a signé l’arrêt de mort le plus lent et le plus impitoyable de l’histoire routière américaine. Ce jour-là, l’Amérique a choisi la vitesse contre la trajectoire, le rendement logistique contre le paysage. Elle a inventé les Interstates et, ce faisant, elle a sciemment décidé de contourner sa propre histoire.

    L’aventure de la Route 66 ne s’est pas arrêtée d’un coup, elle s’est dissoute dans la modernité.

    L’asphyxie par parallélisme

    L’idée germait depuis la Seconde Guerre mondiale. Impressionné par l’efficacité du réseau des Autobahnen allemandes qu’il avait observé en tant que général, Eisenhower voulait un maillage national capable de déplacer des troupes et du matériel lourd d’un océan à l’autre sans jamais croiser un carrefour, un passage à niveau ou un feu de signalisation.

    Pour la Route 66, ce ne fut pas une exécution brutale, mais une lente asphyxie par parallélisme. Le bitume gris à quatre voies des autoroutes modernes s’est mis à border, puis à remplacer les sections historiques, reléguant le vieux ruban de la Mother Road au rang de relique provinciale. Les ingénieurs fédéraux n’ont pas cherché à réparer la vieille route : ils l’ont doublée par une infrastructure stérile, conçue pour gommer le relief et la géographie.

    La tragédie des quelques centaines de mètres

    La tragédie de ce basculement s’est jouée à l’échelle locale, parfois à quelques dizaines de mètres près. Dans des bourgades comme Amboy en Californie, Two Guns en Arizona ou Glenrio à la frontière du Nouveau-Mexique, la vie économique tenait à un fil conducteur unique : le regard de l’automobiliste et le besoin de faire une pause.

    Quand l’Interstate a ouvert, souvent décalée de seulement un ou deux milles au milieu du désert, le flot de clients s’est tari en un après-midi. Les pompes à essence Tokheim ont cessé de cliqueter, les percolateurs des diners ont été débranchés et les motels aux architectures de béton extravagantes ont vu leurs enseignes s’éteindre. Des villes entières sont devenues des angles morts de la cartographie américaine, figées dans un silence soudain, à peine perturbé par le vrombissement lointain des semi-trucks filant à 70 mph sur les nouvelles voies rapides.

    Quand l’Interstate formate l’automobile américaine

    Ce changement de réseau a profondément et durablement redessiné l’ADN des voitures américaines. La Route 66 originale, avec ses traversées laborieuses de villages, ses nids-de-poule et ses cols sinueux redoutables comme les Black Mountains, exigeait des machines capables de relancer, de freiner et d’endurer la surchauffe dans les embouteillages locaux sous un soleil de plomb.

    L’Interstate, elle, a engendré des paquebots d’autoroute. On a vu naître les suspensions de velours ultra-souples, les moteurs V8 surdimensionnés tournant à bas régime et les premiers régulateurs de vitesse (cruise control), tous développés pour anesthésier l’ennui de lignes droites infinies où le conducteur n’avait plus besoin de lire la route. Le voyage n’était plus une aventure humaine ponctuée de haltes forcées et de rencontres de fortune, il devenait une corvée chronométrée entre un point A et un point B.

    Le coup de grâce est survenu à Williams, en Arizona. En octobre 1984, cette petite communauté est devenue la toute dernière ville de la Route 66 à être contournée par l’Interstate 40. Lorsque le ruban d’inauguration a été coupé sur l’autoroute, les commerçants de la grand-rue savaient que le rideau tombait définitivement. L’année suivante, en 1985, la Route 66 était officiellement déclassée et rayée des cartes fédérales. L’Amérique avait gagné son pari de la vitesse, mais elle venait de laisser derrière elle un immense cimetière de bitume, de béton et de rouille que le désert de Mojave allait se charger de digérer en silence.

  • AC Cobra GT Coupé : La légende s’offre un toit et 730 chevaux

    AC Cobra GT Coupé : La légende s’offre un toit et 730 chevaux

    AC Cars, le plus ancien constructeur automobile britannique encore en activité, vient de frapper un grand coup pour célébrer le 125e anniversaire de sa fondation. Le constructeur a dévoilé aujourd’hui la version de production de la redoutable AC Cobra GT Coupé. Une déclinaison à toit rigide qui transforme le mythique roadster en un super-grand tourisme à la férocité assumée.

    Une silhouette sculptée par l’histoire du Mans

    Si le style général reste instantanément reconnaissable, cette version fermée affiche une posture nettement plus agressive et focalisée que sa déclinaison Roadster. Les designers se sont directement inspirés de la célèbre et infâme AC A98 Coupé qui avait couru les 24 Heures du Mans en 1964.

    La carrosserie en fibre de verre et carbone de pointe intègre deux éléments aérodynamiques majeurs :

    • Un toit à « double bulle » qui fluidifie l’écoulement de l’air tout en abaissant la ligne de pavillon sans sacrifier la garde au toit des grands conducteurs.
    • Une partie arrière tronquée de type « Kammtail », directement héritée de la voiture de course de 1964, permettant d’optimiser l’efficacité aérodynamique sans avoir recours à une carrosserie allongée.

    Châssis high-tech et fureur thermique

    Sous cette robe néo-rétro se cache une architecture moderne développée en interne au cours des sept dernières années. Le coupé partage environ 75 % de sa technique avec le Roadster, s’appuyant sur un châssis de type spaceframe en aluminium extrudé, particulièrement léger et rigide.

    Avec une répartition des masses parfaite de 50:50 et un centre de gravité très bas, le comportement a été paramétré pour être à la fois prévenant et ultra-réactif.

    Voici les caractéristiques techniques majeures des deux déclinaisons du V8 5.0L modulaire :

    CaractéristiqueVersion Atmosphérique PDFVersion Suralimentée (Compresseur) PDF
    Puissance456 PS (450 bhp)730 PS (720 bhp)
    Couple555 Nm820 Nm
    0 à 60 mph (0-96 km/h)N.C.Moins de 3,5 secondes
    Poids à vide~1 600 kg~1 600 kg
    TransmissionManuelle 6 vit. / Auto 10 vit.Manuelle 6 vit. / Auto 10 vit.
    Prix de base (hors taxes)£234 300£256 300

    Un habitacle de Grand Tourisme sur mesure

    Bien que ses performances soient dignes d’une pistarde, l’AC Cobra GT Coupé se veut avant tout une grande routière civilisée et spacieuse. Son empattement de 2 570 mm (pour 4 225 mm de long et 1 980 mm de large) permet d’accueillir confortablement des adultes de plus d’un mètre quatre-vingts.

    L’ambiance intérieure mélange subtilement nostalgie et modernité :

    • Les commandes à bascule usinées et l’instrumentation analogique côtoient un écran numérique d’information derrière le volant.
    • La dotation de série comprend la climatisation automatique, les vitres électriques et un système d’infodivertissement avec navigation par satellite tactile.
    • Chaque client pourra faire appel au service de personnalisation de l’usine pour concevoir des cuirs sur mesure ou laisser des sections de carbone apparentes sur la carrosserie.

    Changement de dimension pour AC Cars

    Avec ce nouveau modèle, la marque dirigée par David Conza ambitionne d’étendre sa présence à l’international, notamment au Moyen-Orient et en Asie. AC Cars est en train de passer d’un statut d’artisan confidentiel (produisant environ 100 voitures à la main par an) à une marque mondiale de performance, avec un objectif maximal de 1 000 voitures par an toutes gammes confondues.

    L’exclusivité reste de mise : chaque exemplaire sera assemblé spécifiquement selon les désirs de son acheteur. Les réservations sont d’ores et déjà ouvertes sur le site officiel, mais il faudra s’armer de patience : les premières livraisons n’interviendront qu’en 2028, une fois que la production des GT Roadster sera totalement finalisée.

  • Vision BMW Alpina : Le manifeste d’un nouvel empire à 300 000 euros

    Vision BMW Alpina : Le manifeste d’un nouvel empire à 300 000 euros

    C’est officiel depuis le Concorso d’Eleganza Villa d’Este : Alpina change de dimension. Fraîchement rachetée par BMW après soixante ans d’indépendance et de complicité technique, la marque de Buchloe dévoile son manifeste stylistique. Avec le concept-car Vision BMW Alpina, le groupe bavarois s’attaque frontalement à Bentley et Range Rover.

    Combler le gouffre entre BMW et Rolls-Royce

    Pendant des décennies, Alpina a fait le bonheur des connaisseurs en proposant des versions sublimées, plus rapides et infiniment plus confortables des Série 3 et Série 5. Mais sous la tutelle directe de Munich, la mission est désormais plus politique et haut de gamme.

    « Le caractère discret d’Alpina correspond parfaitement à ce segment. Nous voyons un grand espace vide entre le sommet de la gamme BMW et l’entrée de Rolls-Royce en matière de tarifs », confie Oliver Viellechner, le tout nouveau directeur de BMW Alpina. Le territoire visé ? La zone ultra-exclusive des 180 000 € à 300 000 €.

    Un V12 ou un V8 « pur » pour rassurer les puristes

    Le concept-car dévoilé sur les rives du lac de Côme est un somptueux coupé 2+2, plus court de 16 cm qu’une Série 7. Pour tracer cette ligne d’avenir, les designers (sous la direction de Maximilian Missoni, ex-Polestar désormais vice-président du design Alpina) se sont inspirés du mythique coupé B7 Turbo de 1978 et de son célèbre profil « Sharknose ».

    Mais c’est sous le capot que la surprise est la plus belle. Pas de batterie massive, pas d’hybridation complexe : le concept est propulsé par un V8 essence « pur ». Un choix dicté par la communauté. « Les moteurs à combustion peuvent jouer un rôle majeur ; c’est ce que nous demande notre communauté et c’est aussi ce que nous observons sur le marché », martèle Viellechner. Si l’électrification n’est pas exclue à terme, Alpina débutera sa nouvelle ère par ce qu’elle sait faire de mieux : la noblesse thermique.

    « La vitesse, pas le sport » : La philosophie du quotidien

    Pour rassurer les fans de la première heure qui craignent une dilution de l’ADN par le géant de Munich, la direction rappelle la différence fondamentale avec la division de course M de BMW : « La vitesse, pas le sport. » Les conducteurs d’Alpina ne cherchent pas à claquer des chronos sur circuit le week-end ; ce sont des hommes d’affaires discrets qui avalent plus de 200 000 km sur autoroute à des vitesses inavouables, dans un confort digne d’un salon de première classe.

    Pour preuve, si les jantes à 20 rayons (ici en 22 et 23 pouces) et les surpiqûres bleu et vert rappellent le passé, l’intérieur du concept propose un raffinement inédit : à l’arrière, les passagers disposent de verres en cristal maintenus en place par des aimants invisibles.

    Le calendrier : La Série 7 en éclaireur

    Le grand coupé Vision ne sera pas produit immédiatement en l’état. Le premier véritable modèle de cette nouvelle ère sera une Série 7 profondément revue, attendue dès la fin de l’année prochaine, capable de flirter avec les 300 km/h.

    Quant aux traditionnelles B3 et B5 basées sur les Série 3 et Série 5 qui représentent pourtant 90 % des ventes en Europe et au Japon, elles ne sont pas abandonnées mais mises de côté temporairement. BMW veut d’abord ancrer Alpina tout en haut de la pyramide du luxe, là où l’Amérique et le Moyen-Orient n’attendent que cela. À plus long terme, Viellechner imagine même des modèles exclusifs et ultra-limités spécifiquement développés pour Alpina, sans aucune base BMW existante. L’artisan est mort, vive le constructeur d’élite.


    Le saviez-vous ? La rivalité historique entre les préparateurs allemands des années 70 (Alpina, Schnitzer, Hartge) a poussé BMW à créer sa propre division M. Ironie de l’histoire, cinquante ans plus tard, c’est BMW qui intègre Alpina comme sa division de grand tourisme de luxe ultime.

    Selon vous, le discret blason d’Alpina a-t-il les épaules assez solides pour faire de l’ombre au classicisme statutaire de Bentley ou au luxe baroudeur de Range Rover ?