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  • Pourquoi n’y a-t-il pas de Porsche engagées en Hypercar aux 24 Heures du Mans ?

    Pourquoi n’y a-t-il pas de Porsche engagées en Hypercar aux 24 Heures du Mans ?

    C’est le choc de cette édition 2026 : pour la première fois après trois saisons de lutte acharnée pour décrocher une 20e victoire historique, Porsche est absent de la catégorie reine aux 24 Heures du Mans. Pas de 963 officielle, pas de privée. Un vide immense pour les fans, qui s’explique par un imbroglio réglementaire et une décision radicale de Stuttgart.

    Un abandon sur fond de crise commerciale

    L’absence de Porsche n’est pas le fruit d’un échec sportif, mais d’une décision stratégique prise l’été dernier. Confrontée à une baisse de ses ventes mondiales, la firme de Stuttgart a choisi de mettre fin à son programme officiel en WEC (World Endurance Championship).

    Pourtant, le constructeur aurait pu être représenté indirectement. L’écurie privée Proton Competition, fidèle partenaire de la marque, avait un plan solide pour aligner une 963 avec le soutien de Penske. L’organisation américaine disposait même d’une invitation automatique grâce à son titre durement acquis en IMSA l’an dernier.

    Le refus de Stuttgart

    Pourquoi ce plan a-t-il échoué ? Pour une simple question de nom. Le règlement du WEC impose qu’un constructeur soit officiellement représenté pour que ses voitures puissent courir en Hypercar. Pour que Proton puisse s’aligner, Porsche devait donner son accord pour que son nom apparaisse dans l’engagement officiel.

    Contre toute attente, Stuttgart a opposé une fin de non-recevoir. Un refus qui a empêché Penske et Proton de valider leur ticket pour la Sarthe, laissant les prototypes Porsche au garage.

    La fin d’une tradition de l’improvisation géniale

    Cette rigidité administrative tranche avec l’histoire de la marque, souvent marquée par un opportunisme victorieux. Les passionnés se souviennent :

    • 1981 : Porsche sort ses barquettes 936 du musée à la dernière minute pour gagner Le Mans.
    • 1994 : Le constructeur contourne le règlement GT en développant en un temps record la Dauer 962 LM, une Groupe C déguisée en GT qui finira par triompher en juin.

    En 2026, l’époque de la « débrouille » héroïque semble révolue au profit d’une gestion plus comptable et prudente de l’image de marque.

    Tout repose sur les épaules de Manthey

    Sans prototypes à soutenir, les puristes n’auront d’yeux que pour la catégorie LMGT3. Porsche y est représenté par l’écurie Manthey, basée au Nürburgring et détenue à 51 % par le constructeur.

    Après avoir remporté la catégorie lors des deux premières années de l’ère LMGT3 (2024 et 2025), Manthey remet son titre en jeu avec une version évoluée de la 911 GT3 R (Type 992). Mais la tâche sera rude : Ford et Ferrari ont également apporté des mises à jour majeures à leurs Mustang et 296 GT3 pour contrer l’hégémonie allemande.

    Porsche parviendra-t-il à sauver l’honneur en GT à défaut de pouvoir briller au sommet ? Réponse au drapeau à damier, mais une chose est sûre : sans le hurlement du V8 de la 963, la nuit mancelle n’aura pas tout à fait la même saveur cette année.


  • Bugatti « La Voiture Noire » : l’unique exemplaire de Molsheim s’apprête à changer de mains

    Bugatti « La Voiture Noire » : l’unique exemplaire de Molsheim s’apprête à changer de mains

    C’est l’une des voitures les plus mystérieuses et les plus chères de la planète. « La Voiture Noire », l’hommage moderne de Bugatti à la Type 57 SC Atlantic, s’apprête à quitter le garage de la famille Piëch pour rejoindre une nouvelle collection. Avec une mise à prix record.

    Produite à la main dans l’atelier de Molsheim, en Alsace, « La Voiture Noire » a longtemps cultivé le secret autour de l’identité de son propriétaire. Si de nombreuses rumeurs ont circulé lors de sa présentation, il semble désormais acquis, selon un média allemand, que ce joyau appartenait à Ferdinand Piëch. L’ancien patron emblématique du groupe Volkswagen, disparu brutalement en 2019, était l’homme derrière la renaissance de Bugatti à la fin des années 90.

    Un héritage de 1 500 chevaux

    Ironie du destin, celui que l’on surnommait « l’empereur de l’automobile » n’aura jamais pu prendre le volant de son chef-d’œuvre. Le développement de ce modèle unique, basé sur la plateforme de la Chiron mais doté d’une carrosserie entièrement spécifique en fibre de carbone, a nécessité plusieurs années de travail. La livraison n’a finalement eu lieu qu’en 2021, deux ans après le décès du patriarche.

    Sous sa robe d’un noir profond se cache le monumental moteur W16 de 8,0 litres développant 1 500 chevaux, capable de propulser ce monument roulant à des vitesses dépassant les 400 km/h.

    Une plus-value record aux enchères

    C’est le fils de Ferdinand Piëch, héritier du bolide, qui a pris la décision de s’en séparer. Contre toute attente, le véhicule a été mis en vente aux enchères. Les estimations donnent le vertige : le vendeur espère en tirer 25 millions d’euros.

    Si ce montant est atteint, il représenterait une plus-value de près de 10 millions d’euros par rapport au prix d’achat initial (estimé à environ 11 millions d’euros hors taxes lors de sa sortie). Une opération qui confirme que les modèles ultra-exclusifs de Molsheim ne sont plus seulement des prouesses mécaniques, mais de véritables actifs financiers.

    Reste à savoir si cette icône du « Made in France » restera en Europe ou si elle s’envolera vers d’autres continents pour enrichir une nouvelle collection privée.

  • Bugatti F.K.P. Hommage : Le génie de Ferdinand Piëch enfin exaucé

    Bugatti F.K.P. Hommage : Le génie de Ferdinand Piëch enfin exaucé

    « Si c’est comparable, ce n’est plus Bugatti. » Cette devise d’Ettore Bugatti a trouvé son plus fidèle héritier en la personne du Prof. Dr. Ferdinand Karl Piëch. Disparu en 2019, l’ancien grand patron du groupe Volkswagen reçoit aujourd’hui un hommage à la hauteur de son obsession pour la perfection technique : la Bugatti F.K.P. Hommage.

    « À la prochaine occasion »

    L’histoire de ce projet « Solitaire » (exemplaire unique) remonte à 2008. Frank Heyl, aujourd’hui directeur du design de la marque, se souvient de ses premiers échanges avec Piëch lors du développement de la Veyron Super Sport. L’objectif était alors de franchir la barre des 1 200 ch et des 430 km/h.

    Heyl avait alors exploré un design de feux arrière inédit, une idée que Piëch avait écartée pour la Super Sport mais validée pour le futur avec une phrase devenue légendaire en interne : « À la prochaine occasion ». Chez Bugatti, les idées ne meurent jamais, elles attendent leur heure. Vingt ans après la conception de la Veyron, cette « occasion » s’est manifestée sous les traits de la F.K.P. Hommage.

    De la Chiron à la Tourbillon : L’héritage des portes

    Ferdinand Piëch était un visionnaire qui ne se laissait jamais enfermer dans les contraintes du moment. En 2013, dès les premières esquisses de la Chiron, il insistait déjà pour l’installation de portes à ouverture dièdre (vers le haut), afin d’offrir une entrée plus dramatique dans l’habitacle.

    Une fois de plus, la complexité technique de l’époque a repoussé l’idée. Mais l’influence de Piëch a perduré. C’est sous l’impulsion de Mate Rimac que ce concept de portes a finalement vu le jour sur la nouvelle Tourbillon, honorant ainsi une volonté exprimée plus de dix ans auparavant.

    L’autorité sereine et l’exigence absolue

    Christophe Piochon, actuel président de Bugatti, se rappelle de ses premières rencontres avec le « Professeur » à Wolfsburg dans les années 2000. Piëch était un homme de peu de mots, dégageant un calme olympien mais une exigence sans faille.

    « Il savait exactement ce qu’il voulait. Quand il demandait quelque chose, cela devait être réalisé au plus haut niveau possible », explique Piochon. Piëch ne se contentait pas de diriger depuis un bureau ; il se rendait à Molsheim deux fois par an pour échanger directement avec les ingénieurs. Il testait lui-même les prototypes, échangeant sur l’équilibre de la voiture, la courbe de puissance ou la sensation de conduite.

    L’inventeur de l’hypercar

    C’est Ferdinand Piëch qui a forcé les équipes de Volkswagen à passer des standards de la production de masse à l’orfèvrerie automobile. En poussant les ingénieurs au-delà de leurs propres limites, il a tout simplement inventé le concept moderne de l’hypercar : une machine que personne ne croyait possible avant qu’elle ne prenne la route.

    La F.K.P. Hommage n’est pas seulement une voiture de plus dans la galaxie Bugatti ; c’est la matérialisation d’idées « mises au coffre » pendant deux décennies par un homme qui voyait toujours plus loin que l’horizon.

    Le saviez-vous ? Ferdinand Piëch était si pointu techniquement qu’il était capable de déceler un défaut de réglage de train roulant ou une infime vibration moteur après seulement quelques hectomètres au volant d’un prototype.

    Pensez-vous que sans l’obstination quasi mystique de Piëch, une marque comme Bugatti aurait pu retrouver son rang de sommet de la pyramide automobile ?

  • Dossier Classé XX : Bienvenue dans le club automobile le plus exclusif au monde

    Dossier Classé XX : Bienvenue dans le club automobile le plus exclusif au monde

    Ce n’est pas une simple gamme de voitures. C’est le club le plus fermé de l’histoire de l’automobile. Nombre de membres : environ 116. Enfin, 116 voitures, car le nombre de propriétaires est sans doute bien inférieur, beaucoup en possédant plusieurs. Vous, moi et 99,9 % des passionnés ne sommes pas invités. Mais derrière cette arrogance apparente se cache la quintessence de la passion Ferrari.

    De l’extérieur, Ferrari peut parfois sembler distant, une marque de luxe mondiale pour ultra-riches où le merchandising a pris le pas sur l’émotion. On se demande parfois où est passée la ferveur des tifosi. La réponse se trouve dans un bâtiment spécifique, le département Attività Sportive GT, dont les vitres tremblent à chaque passage d’une voiture sur la ligne droite du circuit de Fiorano, juste en dessous.

    C’est ici que sont stockées les voitures du programme XX. C’est ici que bat le véritable cœur de Maranello.

    Ni route, ni course : la liberté absolue

    Ferrari a été le premier constructeur à comprendre qu’il existait une terre promise située quelque part entre la voiture de route et la voiture de course.

    La route impose des contraintes (pollution, sécurité, bruit). La course impose des règlements stricts pour équilibrer les performances. Le programme XX, né au milieu des années 2000, s’est affranchi des deux. L’idée de génie ? Créer des monstres de piste pour des clients qui ne sont pas des pilotes professionnels, mais des track-day-ists fortunés, prêts à payer pour une expérience « clé en main » : ingénieurs, télémétrie, combinaisons assorties et maintenance.

    Tout a commencé avec l’FXX en 2005. Le nom venait du nom de code de développement de l’Enzo (FX). Ils ont ajouté un X, et la légende est née. Basée sur l’Enzo, mais allégée de 100 kg, gonflée de 150 ch et dotée de pneus slicks, elle coûtait 1,5 million d’euros. Seuls 30 exemplaires furent produits (29 pour les clients, un noir pour Michael Schumacher). Avec son kit Evoluzione sorti en 2007, le V12 grimpait à 848 ch. Elle tournait à Fiorano six secondes plus vite qu’une Enzo. Une éternité.

    La lignée des monstres

    Le programme a évolué. La 599XX est arrivée en 2010, prouvant qu’une architecture à moteur avant pouvait être radicale. C’est d’ailleurs, semble-t-il, la favorite des propriétaires lors des journées Corse Clienti. Moins intimidante, peut-être ? Elle fut suivie par l’effrayante FXX-K.

    Bravo à Ferrari d’avoir osé ce nom, car c’est probablement l’expletif que lâchent la plupart des gens en la voyant arriver. Basée sur la LaFerrari, c’est le moment où le programme est passé à l’hybride. Avec le système KERS dérivé de la F1, la puissance cumulée atteignait 1 036 ch. Une machine de guerre conçue sans aucune limite.

    Contrairement à la rumeur tenace, Ferrari ne confisque pas ces voitures. Les propriétaires peuvent les garder chez eux. Mais la plupart préfèrent les laisser à Maranello, bichonnées par les mécaniciens qui s’occupent aussi des F1 historiques stockées à l’étage au-dessus.

    La fin d’une ère ou un nouveau départ ?

    Récemment, Ferrari a brouillé les pistes avec la SF90 XX. Contrairement à ses ancêtres, elle est homologuée pour la route. Pour les puristes, c’est une hérésie qui dilue le mystère et le prestige du badge « XX ».

    Mais si la SF90 XX est la vitrine commerciale, le véritable esprit du programme a migré vers quelque chose d’encore plus fou : le programme Sport Prototipi Clienti.

    Au milieu de l’atelier trône la 499P Modificata. Ce n’est pas une hypercar déguisée. C’est, à peu de choses près, la voiture qui a gagné les 24 Heures du Mans cette année. Vendue 5,1 millions d’euros, elle offre l’expérience ultime : piloter un prototype du Mans, sans les restrictions du règlement WEC.

    Seul Ferrari pouvait réussir un tel pari. Porsche, McLaren ou Aston Martin ont leurs programmes « track-only », mais aucun n’a cette aura, cette histoire et cette capacité à vendre du rêve automobile à l’état pur. Le programme XX est excluant, certes. Mais il est la preuve que chez Ferrari, la quête de la performance absolue respire encore.


    En bref : Le Programme XX

    • Concept : Voitures de piste non homologuées pour la route, ni pour la compétition.
    • Modèles clés : FXX (2005), 599XX (2010), FXX-K (2014).
    • Le Graal actuel : 499P Modificata.
    • Signe particulier : Les voitures sont souvent gérées et stockées par Ferrari, mais appartiennent aux clients.
  • Spyker : le retour éternel du phénix néerlandais

    Spyker : le retour éternel du phénix néerlandais

    Le cycle est à nouveau complet. Victor Muller, l’entrepreneur néerlandais à la poigne de fer et à la persistance troublante, a une fois de plus annoncé la renaissance imminente de Spyker, le constructeur d’hypercars au destin le plus tourmenté de l’industrie moderne. Si l’annonce réjouit toujours l’âme romantique des passionnés, elle soulève, pour les observateurs avertis, la question fatale : cette fois sera-t-elle la bonne, ou n’est-ce que le dernier acte d’un mythe condamné à se consumer ?

    Une histoire de faillites et de fierté

    L’histoire de Spyker est la négation même de la stabilité. Fondée en 1880 pour des carrosses, elle se lance dans l’automobile pionnière en 1899, mais subit sa première banqueroute dès 1907. Reconstituée, elle se tourne même vers l’aviation durant la Première Guerre mondiale, une inspiration qui nourrira plus tard le design de ses hypercars. Pourtant, après un nouveau sursaut, c’est l’arrêt de mort qui est prononcé en 1922.

    Le véritable mythe moderne prend forme en 1999, lorsque Victor Muller ressuscite la marque, récupérant son logo orné du phénix et sa devise latine : « Nulla tenaci invia est via » (Pour le tenace, aucune route n’est impraticable). C’est le début d’une nouvelle ère flamboyante.


    Le temps de la démesure : C8, F1 et Saab

    La seconde vie de Spyker fut celle de l’extravagance et de l’ambition sans limite :

    • Le Design Aéronautique : Les modèles de l’ère Muller — notamment la C8 et plus tard la C8 Preliator (2016) – ont captivé le monde par leur esthétique. Leur style est un hommage direct aux avions de combat de la Première Guerre, avec des intérieurs spectaculaires faits d’aluminium poli, de cuir matelassé et de manomètres complexes. L’intégration de la mécanique Audi (un V8 4.2L de 525 ch pour la Preliator) garantissait des performances respectables (322 km/h).
    • L’Escapade en F1 : En 2006-2007, Spyker s’offre une incursion éphémère et coûteuse en Formule 1, affirmant une ambition qui dépassait largement ses moyens.
    • L’Erreur Fatale : Le tournant désastreux intervient en 2010 avec l’achat de Saab. Cette opération, largement jugée démesurée, fut un bain de sang financier qui a drainé les ressources du petit constructeur d’hypercars.

    Les années qui ont suivi ont été une suite incessante de tentatives de sauvetage, d’accords avec les créanciers, de mise sous administration contrôlée, et de recours juridiques, aboutissant à une nouvelle banqueroute en 2021 et même à une plainte pour fraude contre Muller.

    Le phénix rechargé, les doutes persistants

    Aujourd’hui, Victor Muller annonce avoir trouvé un accord pour régler les litiges concernant les droits de propriété intellectuelle et les dettes, ouvrant la voie à une nouvelle relance.

    Le mythe du phénix n’a jamais été aussi pertinent. Spyker est condamné à renaître de ses cendres, non pas par nécessité industrielle, mais par la seule volonté de son fondateur, Victor Muller. Pour le spécialiste, l’enthousiasme du design unique (que l’on retrouve dans des détails comme l’inspiration des hélices pour les jantes) est contrebalancé par un historique d’instabilité chronique. Le retour de Spyker est un événement à suivre avec passion, mais surtout, avec une prudence extrême quant à sa viabilité à long terme.

  • Séisme en endurance : Porsche quitte le WEC, un adieu dorcé par la BoP ?

    Séisme en endurance : Porsche quitte le WEC, un adieu dorcé par la BoP ?

    Le sport automobile mondial vient d’encaisser un choc de taille : Porsche, le constructeur le plus titré aux 24 Heures du Mans, a annoncé son retrait de la catégorie Hypercar du Championnat du Monde d’Endurance (WEC) à l’issue de la saison. C’est plus qu’un départ ; c’est un signal d’alarme sur l’état du championnat, dicté par une combinaison de contraintes financières et, plus directement, de frustrations sportives non dissimulées.

    La priorité au marché nord-américain

    La décision de Porsche Motorsport, dirigée par Thomas Laudenbach, a été prise dans un contexte économique tendu, marqué par un recul des ventes et des bénéfices de la marque. Face à la nécessité de réduire les dépenses en compétition, l’un des trois programmes d’usine devait être sacrifié. La Formula E 2025-2026, nouveau défi électrique, n’était pas négociable.

    Le choix s’est donc porté sur l’un des deux engagements du prototype hybride 963 LMDh, géré par Porsche Penske Motorsport (PPM) : le WEC ou l’IMSA SportsCar Championship aux États-Unis. La raison de la survie de ce dernier est simple et pragmatique : l’Amérique du Nord est le plus grand marché de Porsche. Maintenir la présence dominante en IMSA était stratégiquement vital pour l’image de la marque.

    L’ombre de la Balance of Performance (BoP)

    Si la raison financière a facilité la décision, la justification sportive en est le cœur. Porsche a été remarquablement transparent sur son sentiment de ne pas concourir à armes égales en WEC, contrairement à ce qui se passe en IMSA, où la 963 a été dominante.

    L’objectif initial de la réglementation Hypercar (LMDh/LMH) était de permettre à une même voiture de concourir dans les deux championnats sous une BoP (Balance of Performance) équitable. Or, selon Porsche, cet équilibre a été rompu dans le championnat mondial.

    Thomas Laudenbach, sans prononcer le terme maudit de BoP (dont les discussions publiques sont interdites par le WEC), a été limpide :

    « L’aspect financier est là, ainsi que l’aspect sportif. L’idée originale était de construire une seule voiture et de courir dans les deux championnats avec un terrain de jeu équitable. Cela n’a pas fonctionné partout de la même manière. Cela a eu une influence sur notre décision. »


    La blessure du Mans

    Le point de rupture émotionnel fut sans doute les 24 Heures du Mans de cette année. Malgré une course quasi parfaite de la voiture #6 de Kévin Estre, Laurens Vanthoor et Matt Campbell, la 963 a terminé seconde, derrière la Ferrari 499P. Porsche estime avoir excellé sur tous les critères de la compétition moderne (stratégie, fiabilité, performance des pilotes), mais que la BoP a empêché la victoire.

    Laudenbach a souligné que la #6 aurait dû gagner, estimant qu’il y a des « choses à améliorer » dans l’organisation du WEC. En dépit d’un titre Pilotes WEC remporté l’an dernier et d’une chance de le conserver jusqu’à la finale de 2025 à Bahreïn, le constructeur aux 19 victoires au Mans n’a jamais remporté l’épreuve reine avec la 963. Le signal envoyé est clair : si l’équité n’est pas garantie, même le mythe s’en va.

    Ce retrait est un coup dur pour le WEC, qui voit partir un pilier historique au moment même où il attire de nouveaux constructeurs (Genesis, Ford, McLaren). La crédibilité de la BoP, pilier de cette nouvelle ère de l’endurance, est désormais sur la sellette.

  • Porsche 911 GT1 : hypercar 90

    Porsche 911 GT1 : hypercar 90

    Au milieu des années 1990, le sport automobile vit une révolution. Les catégories d’endurance, en perte de vitesse face à l’essor de la Formule 1 et l’absence d’un véritable championnat du monde cohérent, trouvent un second souffle avec l’émergence des GT. La BPR Global GT Series attire les constructeurs et les médias : McLaren triomphe avec la F1 GTR, Ferrari aligne la F40 LM, Bugatti ose la EB110 et Mercedes se prépare à son tour à entrer dans la danse. Dans ce contexte, Porsche ne pouvait rester spectateur. À Zuffenhausen comme à Weissach, l’idée prend forme : créer une GT capable de dominer la catégorie reine, tout en respectant les nouvelles règles de la Gruppe GT1, apparue en 1994.

    Une Porsche qui regarde vers Le Mans

    La réglementation exigeait la production d’un modèle homologué pour la route. Porsche entreprend alors de dériver un prototype de course d’un 911 de série, comme elle l’avait déjà fait deux décennies plus tôt avec le spectaculaire 935 « Moby Dick ». L’opération donnera naissance à la 911 GT1, une machine hybride entre le coupé routier de Stuttgart et un pur-sang d’endurance.

    La première version, dévoilée en 1996, conserve la face avant et la cellule centrale d’une 911 type 993. Derrière la cloison, tout change : un châssis tubulaire reçoit une mécanique inédite et une carrosserie dessinée pour générer un appui maximal. Les phares et feux proviennent bien du 993, mais l’esprit est ailleurs : c’est une voiture de course, civilisée uniquement par obligation.

    Sous son capot arrière, la GT1 embarque un flat-six 3,2 litres biturbo refroidi par eau, fort de 544 chevaux et 600 Nm de couple. Associé à une boîte manuelle à six rapports et à un différentiel autobloquant, il propulse la bête à 310 km/h et expédie le 0 à 100 km/h en 3,7 secondes. Avec seulement 1 120 kg sur la balance, grâce à l’emploi massif de fibre de carbone et de matériaux composites, le rapport poids/puissance en faisait l’un des monstres routiers les plus extrêmes de son époque.

    Pour la route, Porsche en construira… deux exemplaires seulement. Deux voitures-homologation, plus symboliques que pratiques, car leur utilisation hors circuit relevait presque de l’impossible. Mais elles suffisaient à offrir à Weissach le sésame pour engager la GT1 en compétition.

    Le redesign 1997 : vers le 996

    En 1997, Porsche révise son modèle pour l’adapter au style de la nouvelle génération 996. Les optiques changent, la carrosserie est profondément retravaillée et l’aérodynamique optimisée. Cette évolution, connue sous le nom de 911 GT1 Evo, bénéficie d’un soubassement inédit et d’une suspension améliorée, toujours réglable et pensée pour la compétition.

    Pour homologuer cette version, Porsche va un peu plus loin et fabrique cette fois 21 exemplaires routiers. Chacun est vendu 1,55 million de deutsche Mark – un tarif astronomique à l’époque, réservé à une poignée de collectionneurs.

    Le 7 mars 1997, la GT1 Evo effectue ses premiers tours de roues sur la piste d’essai de Weissach, pilotée par Bob Wollek. Comme sa devancière, elle développe 544 chevaux, mais avec des ajustements subtils pour répondre aux exigences de la FIA.

    L’apothéose : Le Mans 1998

    En compétition, la GT1 se confronte à une opposition féroce. La McLaren F1 GTR reste redoutable, mais c’est surtout l’arrivée du Mercedes-Benz CLK GTR qui change la donne : plus rapide, plus moderne, il relègue la Porsche à un rôle de challenger.

    Pour 1998, Stuttgart riposte avec une nouvelle évolution, la GT1-98, encore plus basse, plus radicale, mais bridée par les contraintes techniques imposées aux turbos. Dans le championnat FIA-GT, elle ne parvient pas à battre Mercedes, qui rafle toutes les victoires. Mais sur le terrain le plus symbolique, celui qui compte plus que tout pour Porsche – les 24 Heures du Mans – la fiabilité fait la différence.

    Dans la Sarthe, la GT1-98 renverse la hiérarchie : doublé triomphal en 1998, avec la victoire d’Allan McNish, Laurent Aiello et Stéphane Ortelli devant l’équipage Bob Wollek, Uwe Alzen et Jörg Müller. Porsche s’offre alors sa seizième victoire au classement général du Mans, et parachève la légende de la GT1. Toyota, malgré la vitesse de sa GT-One, doit se contenter de la deuxième marche du podium.

    Une légende parmi les hypercars

    La Porsche 911 GT1 occupe une place à part dans l’histoire de la marque. Rare – 23 exemplaires routiers en tout – et d’une valeur inestimable aujourd’hui, elle représente l’un des premiers véritables hypercars homologués. Bien avant la Bugatti Veyron, bien avant la Ferrari Enzo, elle a posé les bases de ce que deviendrait la supercar du XXIe siècle : une machine de course civilisée, construite avant tout pour la piste, mais tolérée sur la route.

    Pour les collectionneurs, elle reste un joyau quasi inaccessible, à la fois par sa rareté et par la fragilité inhérente à son concept. Les coûts d’entretien ou de réparation sont vertigineux, mais peu importe : posséder une GT1, c’est surtout détenir un morceau de l’ADN de Porsche.

    La Porsche 911 GT1 incarne une époque où les règlements imposaient aux constructeurs d’ancrer leurs prototypes dans la réalité. Elle est l’héritière directe d’une tradition Porsche qui remonte à la 917 et à la 935, tout en annonçant l’ère des hypercars modernes. Aujourd’hui, elle reste l’un des modèles les plus fascinants de l’histoire de Zuffenhausen : une 911 qui n’en était plus vraiment une, mais qui a écrit l’une des plus belles pages du Mans.

  • Glickenhaus 007s : une Hypercar de 1 000 ch pour la route, sans compromis

    Glickenhaus 007s : une Hypercar de 1 000 ch pour la route, sans compromis

    Si vous pensez qu’une voiture de route doit nécessairement être civilisée, confortable et discrète, passez votre chemin. Si en revanche, vous avez déjà songé à prendre l’apéro à Francorchamps après un détour par la supérette du coin, la Glickenhaus 007s est faite pour vous. Mi-prototype d’endurance, mi-fantasme d’ingénieur, cette Le Mans Hypercar homologuée pour la route redéfinit les contours de l’automobile extrême.

    Une Le Mans sur plaques minéralogiques

    La Glickenhaus 007s n’est pas née d’un coup marketing ou d’un délire de designer : elle est directement dérivée de la SCG 007 LMH qui s’est illustrée aux 24 Heures du Mans, à Spa et à Monza. Jim Glickenhaus, son créateur, producteur de cinéma et passionné d’endurance, n’en est pas à son coup d’essai. Mais ici, il pousse le curseur encore plus loin : offrir une vraie voiture de course, capable d’aller chercher le pain… à condition que le dépôt soit au bout d’une route sinueuse et bien dégagée.

    Sous sa carrosserie aux proportions extrêmes et au traitement aérodynamique radical, la 007s cache un V8 6,2 litres atmosphérique en position centrale-arrière, délivrant 1 000 ch et 737 lb-ft (environ 1 000 Nm) de couple aux seules roues arrière, via une boîte manuelle robotisée à 7 rapports. Le poids ? 1 550 kg, soit à peine plus qu’une Ferrari SF90, mais avec une aérodynamique de prototype du Mans.

    Pas qu’un show car

    Contrairement à d’autres supercars « route-circuit », la Glickenhaus 007s a été pensée pour fonctionner au quotidien, ou presque. Testée dans le trafic urbain et en conditions estivales, elle conserve pourtant ses attributs de course : suspension avant à double triangulation, suspension arrière pushrod, barres anti-roulis réglables, freins de course, jantes monobloc forgées à fixation centrale, pneus slicks en option… et portes papillon à commande hydraulique, pour une touche de théâtre bien méritée.

    Elle est même capable de franchir les ralentisseurs, grâce à un système de nose lift. Et pour les plus pointilleux, sachez qu’elle dispose aussi d’un vrai système de climatisation, capable de lutter contre la chaleur d’un été texan.

    Un cockpit de course… sans concessions

    L’habitacle, entièrement en fibre de carbone, aligne deux écrans rouges pour la navigation et la télémétrie, un volant digne de la F1, des commodos en alu fraisé, et une position de conduite très « prototype ». Mais l’ergonomie n’a pas été sacrifiée : les commandes essentielles sont à portée de main, et la transformation en mode piste est un jeu d’enfant.

    Grâce aux vérins pneumatiques embarqués, on peut lever la voiture, retirer les roues de route, monter les slicks, ajuster les lois d’amortissement, la hauteur de caisse, la cartographie moteur et l’aéro. En quelques minutes, la 007s passe du bitume au vibreur sans broncher.

    Un nouveau paradigme du track day

    « Ce n’est pas juste une voiture pour arriver sur le circuit et scotcher des croix sur les phares », explique Jim Glickenhaus. « C’est une manière de redéfinir l’expérience du track day : plus accessible, plus exaltante, plus gratifiante. »

    Et il faut bien le reconnaître : dans un monde où les hypercars sont de plus en plus technologiques, numériques, voire électrifiées, la proposition Glickenhaus fait l’effet d’un uppercut. Un gros V8 atmosphérique, une boîte à l’ancienne, une aérodynamique active, et un rapport poids/puissance inférieur à 1,6 kg/ch. Sans assistance, sans simulateur onboard, sans IA de stabilisation.

    Le rêve américain, sauce endurance

    La Glickenhaus 007s n’est ni une Ferrari, ni une Bugatti, ni une Koenigsegg. C’est un OVNI. Un manifeste. La vision d’un passionné convaincu qu’une voiture de route peut être à la fois un monstre de performances et un objet de passion brute. Elle ne cherche pas la polyvalence, mais l’expérience. Et en cela, elle incarne peut-être mieux que toutes les autres ce que signifie vraiment conduire une voiture de course sur route ouverte.

    Quant à son prix ou sa production ? Aucune information officielle n’a encore filtré, mais l’on sait que SCG (Scuderia Cameron Glickenhaus) prévoit une fabrication très limitée. Les candidats devront être aussi fortunés que motivés – et probablement un peu fous.

    À l’heure où la réglementation environnementale, les aides à la conduite et les limites de bruit resserrent la bride autour des voitures sportives, la Glickenhaus 007s arrive comme une déflagration. Homologuée, délirante, authentique. Un baroud d’honneur ? Peut-être. Un chef-d’œuvre ? Sans doute. Une voiture que vous croiserez à la boulangerie ? Jamais.

    Et c’est justement pour ça qu’on l’aime.