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  • Heuer : Quand une erreur de lecture en rallye a révolutionné nos tableaux de bord

    Heuer : Quand une erreur de lecture en rallye a révolutionné nos tableaux de bord

    Pour certains puristes de la Porsche 911 « short wheelbase », le détail n’est pas une option, c’est une religion. Certains vont jusqu’à faire fabriquer une réplique de leur couvercle de boîte à gants pour ne pas percer l’original, tout cela pour y fixer l’objet de tous les désirs : un duo de compteurs de bord Heuer.

    L’histoire de ces chronomètres mécaniques, devenue aujourd’hui un véritable « trou de lapin » pour collectionneurs obsessionnels, trouve sa source dans une frustration très personnelle de Jack Heuer.

    Le traumatisme du rallye de 1950

    Dans les années 50, Jack Heuer, petit-fils du fondateur, participe à un rallye en Suisse. Il finit troisième au lieu de premier. La raison ? Il a mal lu son chronomètre Autavia (contraction d’Automobile et Aviation), dont le cadran était alors jugé trop chargé et illisible sous les secousses d’une voiture de course.

    Furieux, Jack reprend ses crayons. Son objectif : créer un instrument qu’un navigateur pourrait lire avec certitude alors qu’il est projeté contre les parois d’un habitacle. De cette colère naît l’Auto-Rallye, un chronomètre d’une heure d’une simplicité biblique.

    La naissance du « Monte Carlo »

    Mais Jack Heuer veut aller plus loin. Il sollicite les spécialistes de Dubois Dépraz pour concevoir un module basé sur le calibre 7700. L’innovation majeure ? Un guichet à midi (puis à 6h) affichant les heures écoulées de manière numérique sur 12 heures. Il le baptise Monte Carlo, en hommage au rallye le plus célèbre du monde.

    Robuste et d’une clarté absolue, le Monte Carlo devient l’équipement standard de quiconque veut gagner. On le retrouve notamment sur le tableau de bord de la Mini de Paddy Hopkirk lors de sa victoire historique au Rallye Monte-Carlo en 1964.

    Le « Set » idéal : Monte Carlo & Master-Time

    Pour les collectionneurs actuels, le graal consiste à monter deux instruments côte à côte sur une plaque en acier :

    1. Le Master-Time : Une horloge de précision dotée d’une réserve de marche de huit jours. On ne la remonte qu’une fois par semaine, et elle permet de régler l’heure exacte à la seconde près.
    2. Le Monte Carlo : Le chronomètre de course pour mesurer les secteurs et les temps de spéciale.

    Combien coûte ce saut dans le temps ?

    Selon les experts comme Jonathan Scatchard, entrer dans ce cercle très fermé demande un certain budget :

    • Un Monte Carlo révisé et fonctionnel se négocie autour de 1 800 €.
    • Un ensemble complet (Master-Time + Monte Carlo sur leur plaque de montage) varie entre 3 000 € et 6 000 €.
    • Une provenance historique (si les compteurs ont réellement couru une épreuve célèbre) peut ajouter une prime substantielle.

    À une époque dominée par les écrans tactiles sans âme et les bips électroniques, ces compteurs Heuer rappellent que la course automobile a longtemps été une affaire de mécanique pure, de précision manuelle et de passionné en colère contre son propre cadran.

    Le saviez-vous ? Certains propriétaires de voitures classiques poussent le vice jusqu’à demander que la patine du tritium (le produit luminescent) des aiguilles de leurs compteurs Heuer soit exactement assortie à celle des cadrans d’origine de leur Porsche ou de leur Alpine.