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  • Pirelli : Dans les secrets des « essayeurs » qui donnent une âme aux pneus

    Pirelli : Dans les secrets des « essayeurs » qui donnent une âme aux pneus

    On imagine souvent l’essayeur automobile comme un pilote de course frustré ou un cascadeur en quête d’adrénaline. Chez Pirelli, la réalité est tout autre. « Le pilote cherche la performance ; l’essayeur cherche le problème ». Cette nuance, presque philosophique, est le socle sur lequel le géant italien bâtit l’identité de ses gommes. Plongée dans un métier de l’ombre où la sensibilité humaine reste, même en 2026, irremplaçable.

    Dans les centres de Recherche & Développement de Pirelli, on ne recrute pas forcément des champions de karting. L’un de leurs meilleurs essayeurs en Allemagne était auparavant technicien de maintenance électrique. Son secret ? Une capacité hors norme à comprendre ce qui se passe quand le pneu perd pied.

    Pilote vs Essayeur : Deux mondes opposés

    La différence entre un pilote de course et un essayeur Pirelli est avant tout culturelle :

    • Le Pilote : Face à un sous-virage, son instinct lui dicte de corriger immédiatement la trajectoire pour ne pas perdre de temps.
    • L’Essayeur : Il doit laisser le phénomène se produire. Il accompagne la dérive pour analyser comment, pourquoi et à quel moment précis le pneu retrouve son adhérence.

    C’est un exercice de discipline et de patience : il ne s’agit pas d’aller vite pour le chrono, mais d’aller vite pour la science.


    Une école interne de 18 mois

    On ne naît pas essayeur, on le devient au prix d’une formation interne parmi les plus longues de l’industrie. Comptez environ un an et demi de préparation avant d’être opérationnel.

    Le parcours de formation :

    • Maîtrise du véhicule : Apprendre à contrôler une voiture bien au-delà de ses limites physiques.
    • Lecture du pneu : Savoir « lire » l’usure et les réactions thermiques.
    • Nuances climatiques : Développer une sensibilité identique sur le sec, le mouillé, la neige ou la glace.
    • Tests en aveugle (« Cross-blind tests ») : Chaque année, les essayeurs testent des pneus sans savoir de quoi il s’agit, puis comparent leurs notes. C’est ce qui garantit la « signature Pirelli » : quel que soit le modèle, le ressenti doit rester cohérent pour le client final.

    Le simulateur : Le défi du cerveau en 2026

    En 2026, la virtualisation est devenue le pilier du développement. Mais passer du bitume au simulateur ne s’improvise pas. Eros Fumagalli, essayeur vétéran, raconte ses débuts difficiles sur la plateforme numérique :

    « La première fois, j’ai tout éteint après deux minutes. Le cerveau voit le freinage, mais le corps ne le ressent pas. Dans une vraie voiture, on tourne la tête vers le virage ; dans le simulateur, il faut regarder droit devant. »

    C’est un défi physiologique : le simulateur recrée l’image de la décélération et déplace la plateforme vers l’arrière pour mimer la charge, mais les forces G réelles ne frappent pas le corps. Il faut apprendre à « déconnecter » ce que l’on voit de ce que l’on ressent pour que l’outil devienne un allié précieux.


    L’humain, garant de l’âme technologique

    Si la simulation permet aujourd’hui de réduire les cycles de développement et le nombre de prototypes physiques, elle ne remplacera jamais l’homme. La technologie rend l’essayeur plus puissant, mais l’essayeur apporte à la technologie son contact avec la réalité.

    Comme on dit souvent dans les couloirs de Pirelli R&D : « La simulation développe le pneu, l’essayeur lui donne une âme. » Pour définir le caractère d’une voiture, il faut encore et toujours quelqu’un capable de ressentir la micro-vibration qui échappe aux capteurs.