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  • Gendarmes en 911 : L’histoire folle de la gendarmerie hollandaise et de sa flotte de 500 Porsche

    Gendarmes en 911 : L’histoire folle de la gendarmerie hollandaise et de sa flotte de 500 Porsche

    Imaginez la scène : vous roulez tranquillement sur une autoroute néerlandaise et, plutôt que de vous faire dépasser par une banale berline diesel anonyme truffée de radars, une Porsche blanche aux bandes orange vif déboule dans votre rétroviseur. À son bord, deux policiers en veste blanche vous font signe. Ce tableau digne d’un film d’action des années 70 a pourtant été une réalité quotidienne aux Pays-Bas pendant plus de trois décennies. Entre 1962 et 1996, la Rijkspolitie (la police d’État néerlandaise) a aligné la plus grande flotte de Porsche sérigraphiées au monde.

    Plus de 500 Porsche en uniforme : Un record mondial

    Ce que beaucoup considéraient à l’étranger comme un simple coup de communication pour les journées portes ouvertes était en vérité une véritable institution. Les chiffres officiels varient légèrement selon les méthodes de calcul (intégration ou non des prototypes, des véhicules de réserve ou de démonstration) :

    • Porsche fait état de 507 exemplaires officiellement livrés à la police néerlandaise.
    • Le site de passionnés Porschepolitie.nl a recensé précisément 509 véhicules ayant été en service actif.

    Quoi qu’il en soit, avec plus de 500 voitures au compteur étalées sur 34 ans de service, ce petit pays d’Europe possédait bel et bien la plus grande flotte de police de l’histoire de la marque de Stuttgart.

    Tableau : La répartition des modèles de la Rijkspolitie (1962–1996)

    Ces chiffres basés sur les registres historiques constituent la meilleure estimation possible par groupe de modèles.

    Modèle PorschePériode d’activitéVolume estimé
    356 B et 356 C Cabriolet1962 à 1966~ 40 exemplaires
    912 TargaDès 1967 / 1968~ 33 exemplaires
    911 Targa (2.0L, 2.2L, 2.4L)1967 aux années 1970~ 140 exemplaires
    914/4Années 1970~ 16 exemplaires
    914/6Années 1970~ 2 exemplaires
    911 2.7 TargaDès l’année-modèle 1974~ 95 exemplaires
    911 SC TargaFin 1970 au début 1980~ 80 exemplaires
    924 T-roofDès le début des années 1980~ 3 exemplaires
    911 Carrera 3.2 TargaAnnées 1980 au début 1990~ 80 exemplaires
    964 Carrera 2 CabrioletDébut des années 1990 à 1996~ 20 exemplaires
    TOTAL1962 à 1996507 à 509 véhicules

    Pourquoi des Porsche découvrables ? La raison technique

    La vitesse pure et la capacité à intercepter les contrevenants n’étaient pas les seules motivations de la Rijkspolitie. Si la quasi-totalité des modèles commandés étaient des cabriolets ou des versions Targa (à toit amovible), c’était pour répondre à une obligation opérationnelle bien précise : les agents devaient pouvoir se tenir debout à l’intérieur de la voiture pour faire la circulation et donner des ordres clairs aux automobilistes. Un coupé classique aurait rendu cette tâche impossible.

    La toute première unité, la Surveillancegruppe Autosnelwegen créée en 1962, a débuté avec un lot de douze Porsche 356 Cabriolet équipées d’un flat-four de 1,6 litre développant entre 75 et 95 chevaux, pour une vitesse de pointe de 180 km/h. Par la suite, la police a adopté la 912 Targa (carrosserie de 911 mais moteur 4-cylindres de 90 ch), plus légère du nez et surtout moins chère à l’achat.

    L’escalade de la puissance s’est poursuivie avec les véritables reines de l’autoroute : la 911 2.7 Targa (G-Series) et ses 215 km/h, puis la redoutable 911 Carrera 3.2 Targa de 231 ch, capable d’expédier le 0 à 100 km/h en 6,1 secondes grâce à sa fameuse boîte G50 dès 1987.

    L’anecdote économique de la 924 : Au début des années 1980, la 911 devient un produit de luxe très coûteux. Pour faire des économies très rationnelles, la police commande quelques Porsche 924 à moteur avant (Transaxle) affichées à 40 000 florins, soit deux fois moins cher qu’une 911 SC Targa de l’époque.

    Un vrai outil de travail (sans cellule de dégrisement)

    Une authentique Porsche de la Rijkspolitie se distinguait par des modifications en profondeur :

    • Un gyrophare bleu unique monté sur un arceau ou sur le toit.
    • Une sirène, un panneau lumineux « STOP » à l’arrière et un haut-parleur.
    • Un faisceau électrique spécifique et des commandes supplémentaires sur le tableau de bord.
    • Un coffre en bois sur mesure installé en lieu et place de la symbolique banquette arrière. Cette caisse servait à stocker tout le matériel d’urgence : pied-de-biche, câble de remorquage, extincteur et balises lumineuses.

    Inutile de préciser que ces voitures étaient de pures machines de surveillance et d’interception : il était absolument impossible d’y loger un suspect menotté à l’arrière. Vous étiez arrêté par une Porsche, mais vous repartiez dans un panier à salade beaucoup plus conventionnel.

    1996 : Le clap de fin

    Toutes les bonnes choses ont une fin. Dans les années 1990, la gestion de la sécurité routière s’est automatisée. L’arrivée des radars fixes, des caméras automatiques et des voitures banalisées équipées de vidéo a changé la donne. Les critères de sécurité passive, le besoin d’embarquer des équipements informatiques lourds et la nécessité de transporter des individus ont fini par condamner le concept.

    De plus, le coût d’achat, d’entretien, d’assurance et la formation ultra-poussée des pilotes permanents grevaient l’image d’une administration moderne. En 1996, la toute dernière Porsche 964 Carrera 2 Cabriolet (un monstre de 250 ch et 260 km/h) a définitivement quitté l’asphalte pour entrer directement au Musée de la Police, clôturant 34 ans d’un âge d’or mécanique unique.

    Aujourd’hui, ces modèles d’origine sont devenus le Saint Graal des collectionneurs, au croisement de l’histoire Porsche et de la nostalgie néerlandaise. Attention toutefois aux fausses répliques : sur ce marché très spéculatif, la présence du numéro de châssis d’origine, de la connectique d’époque et des documents de l’importateur officiel Pon est bien plus importante qu’un simple coup de peinture orange.