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  • Scalextric : Plus de 70 ans de courses « au canapé »

    Scalextric : Plus de 70 ans de courses « au canapé »

    Pour des millions de passionnés, le premier contact avec la compétition automobile n’a pas eu lieu dans les tribunes d’un circuit, mais sur le tapis du salon. Depuis les années 50, Scalextric est devenu bien plus qu’un jouet : c’est une institution qui a survécu aux écrans et aux modes, en restant fidèle à son concept de « slot racing ».

    L’intuition de Fred Francis

    Tout commence en 1952, à Minimodels Ltd, une petite entreprise britannique dirigée par Fred Francis. À l’époque, la société produit des voitures miniatures en métal (le « Scalex ») dotées d’un moteur à friction. Si le succès est au rendez-vous, Francis cherche un moyen d’animer ces courses.

    En 1957, il a l’idée géniale d’intégrer un moteur électrique dans ses voitures et de les faire rouler sur un circuit composé de rails en caoutchouc, dotés d’une rainure centrale (la « slot ») pour guider le véhicule et l’alimenter en courant. Le nom évolue logiquement : Scalex devient Scalextric (Scalex-Electric). La légende est lancée au Salon du Jouet de Harrogate.

    L’âge d’or du plastique

    En 1958, le groupe Lines Bros (Tri-ang) rachète la marque. C’est le début d’une révolution technique. Les carrosseries en métal, lourdes et fragiles, sont remplacées par du plastique injecté. Cela permet une finesse de détail inédite et une production de masse.

    Dans les années 60, Scalextric devient le reflet fidèle de la course automobile réelle. On y retrouve les Cooper, les Ferrari, mais surtout la mythique Lotus 16. Posséder un circuit devient le passage obligé de tout jeune amateur de sport auto, et même des pilotes professionnels : Jim Clark et Graham Hill possédaient leurs propres pistes.

    L’innovation comme survie

    Comme toute industrie du jouet, Scalextric a traversé des zones de turbulences, notamment avec l’arrivée des jeux vidéo. Pour rester dans la course, la marque (désormais sous l’égide de Hornby Hobbies) a su innover :

    • Le passage au Digital (2004) : Une révolution permettant de faire rouler jusqu’à 6 voitures sur seulement deux voies, avec la possibilité de changer de file pour dépasser, simulant ainsi une véritable course tactique.
    • ARC (App Race Control) : L’intégration du smartphone ou de la tablette pour gérer les temps au tour, la consommation de carburant ou même simuler des pannes mécaniques.
    • Les licences cultes : Au-delà des Formule 1 et des GT, Scalextric a conquis le public en reproduisant des véhicules iconiques du cinéma, comme la DeLorean de Retour vers le futur ou la Batmobile.

    Pourquoi ça marche encore en 2026 ?

    À l’heure du tout numérique, le « slot racing » conserve un charme tactile et mécanique imbattable. Il y a une dimension physique — l’odeur de l’ozone des moteurs électriques, le bruit des voitures qui sortent de la piste au virage trop serré — que l’écran ne peut remplacer.

    Aujourd’hui, Scalextric s’adresse à deux publics : les enfants qui découvrent la gestion de la vitesse, et les collectionneurs adultes qui recherchent des modèles à l’échelle 1/32e d’une fidélité absolue.


    Le saviez-vous ? Les premiers rails Scalextric étaient en caoutchouc et les voitures avaient des roues avant directionnelles, un système complexe rapidement abandonné pour les guides fixes actuels, plus robustes et permettant des vitesses plus élevées.

    Possédez-vous encore votre vieux circuit dans le grenier, ou avez-vous succombé aux dernières pistes digitales ultra-perfectionnées ?

  • Dans les coulisses de Scalextric : Quand le 1:32e se pilote comme une vraie

    Dans les coulisses de Scalextric : Quand le 1:32e se pilote comme une vraie

    On a tous eu, un jour ou l’autre, une manette à la main, l’odeur de l’électrique qui chauffe et cette voiture qui sort de la piste au premier virage. Mais qui décide quels bolides finissent dans nos salons ? Le patron de Scalextric nous ouvre les portes de son garage miniature (et réel). Entre nostalgie, scanning 3D et rêves de Groupe 6.

    Pour beaucoup, Scalextric est un jouet. Pour le patron de la marque, Simon Owen, c’est une affaire de précision, d’héritage et surtout, de puriste. Arrivé chez Hornby Hobbies il y a seize ans, d’abord comme chercheur pour les maquettes d’avions Airfix, l’homme à la tête de la division Slot Car a vite retrouvé ses premières amours. « Ma vraie passion a toujours été l’automobile », confie-t-il. Son premier souvenir ? Un coffret « Alpine Rally » reçu pour ses quatre ans. La boucle est bouclée.

    De la CAD à la piste : 18 mois de gestation

    Comment passe-t-on d’une voiture réelle à son homologue au 1:32 ? Le processus est un marathon de 12 à 18 mois. Tout commence par une étude de marché implacable : la voiture existe-t-elle déjà ? Y a-t-il une demande ? Le prix sera-t-il acceptable ?

    Une fois le feu vert donné, la technologie prend le relais. Pour les modernes, les constructeurs fournissent les fichiers CAD officiels. Pour les anciennes, l’équipe sort le scanner 3D sur un modèle survivant. « Le plus grand défi pour les classiques, c’est de tout faire rentrer dans un espace si petit », explique le patron. Il cite l’exemple récent de la BRM P57 : « La vraie voiture est minuscule. Y faire entrer un moteur, le guide, l’aimant et le pilote était un véritable casse-tête. »

    Volvo 850 Break et dynamique de conduite

    Cette année, la star est inattendue mais culte : le break Volvo 850 BTCC de Rickard Rydell. Une suédoise, certes, mais qui a marqué au fer rouge le folklore du sport automobile britannique.

    Mais là où Scalextric surprend, c’est dans le souci du détail dynamique. Le patron l’assure, ses modèles réduits imitent le comportement des vraies : « Prenez nos Ford Sierra RS500 et nos BMW M3. La Sierra est plus rapide en ligne droite, mais le châssis de la M3 lui donne l’avantage dans les courbes. » On est loin du simple jouet ; on parle ici de réglage châssis… à l’échelle d’une main.

    Il avoue aussi un faible pour la récente gamme Fast & Furious (Supra, Charger, RX-7), des voitures qui ont bercé sa propre jeunesse.

    Le rêve interdit : La Chevron B26

    Même le patron de Scalextric a des rêves qu’il ne peut pas (encore) réaliser. Son fantasme absolu ? Une Chevron B26 en livrée « Chocolate Drop », ou des prototypes Groupe 6 comme les Lola ou Osella. « Le problème, c’est que c’est très niche. Une entreprise de jouets grand public a besoin de produits qui se vendent largement », admet-il avec pragmatisme.

    Avant d’ajouter, avec malice : « Peut-être qu’au moment de prendre ma retraite, je glisserai le dossier en douce. Le temps que quelqu’un réalise qu’on n’est que 20 à la vouloir, je serai déjà parti ! »

    La passion du réel

    L’homme ne vit pas que par procuration. Il rêve d’une Ferrari 250 GTO ou d’une Rob Walker 250 SWB pour limer le bitume de Goodwood. En attendant, il se contente de vouloir sortir plus souvent sa Mazda MX-5 sur circuit.

    Scalextric n’oublie pas non plus le terrain, sponsorisant le Classic Touring Car Racing Club au Royaume-Uni, où chaque série arbore le logo Scalextric correspondant à son époque (vintage pour les 60s, moderne pour les actuelles). Une preuve de plus que chez Scalextric, la frontière entre le jouet et la course est aussi fine qu’un guide de slot car.