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  • Giampaolo Dallara : Comment un ingénieur de 27 ans a inventé la supercar moderne avec la Lamborghini Miura

    Giampaolo Dallara : Comment un ingénieur de 27 ans a inventé la supercar moderne avec la Lamborghini Miura

    Aujourd’hui, Giampaolo Dallara est une légende vivante de 88 ans, à la tête de l’empire du sport automobile qui porte son nom. Mais bien avant de fournir les châssis de l’IndyCar ou des prototypes LMDh, il n’était qu’un jeune homme de 27 ans avec une idée folle : révolutionner Lamborghini en s’inspirant… d’une Austin Mini.

    L’histoire de l’automobile est souvent écrite par des hommes d’expérience. Mais la Lamborghini Miura, celle qui a inventé le terme « Supercar », est l’exception qui confirme la règle. Elle est le fruit de l’audace d’une jeunesse insouciante, dirigée par un directeur technique qui n’avait même pas trente ans.

    De Ferrari à Lamborghini : La soif de course

    Au début des années 60, le jeune Dallara est brillant. Diplômé à Milan, il travaille déjà sur l’aérodynamisme chez Ferrari. Mais il s’ennuie. Il veut faire de la course, tout de suite. Enzo Ferrari le trouve trop jeune. Il claque la porte pour Maserati, vit l’ivresse de la compétition (notamment Sebring 1962), mais la marque au Trident est fauchée.

    C’est là qu’il frappe à la porte de Ferruccio Lamborghini, le fabricant de tracteurs qui veut défier Ferrari. « Ma première question a été : ‘Allez-vous faire de la course ?’ Et Lamborghini a dit oui », se souvient Dallara. C’était un mensonge (ou un changement de plan), mais cela a suffi à l’embaucher.

    27 ans et une page blanche

    Dallara se retrouve directeur technique d’une marque naissante. « Nous partions vraiment de zéro. Les seules personnes expérimentées venaient de l’usine de tracteurs », raconte-t-il.

    Après une 350 GT techniquement réussie (V12 Bizzarrini, suspensions indépendantes) mais trop sage, Dallara sait qu’il faut frapper fort. Il faut un moteur central arrière, comme sur les Ford GT40 ou les Porsche 904 de course.

    Le problème ? Le V12 Lamborghini est énorme. Impossible de le caser derrière le conducteur sans transformer la voiture en limousine. « L’empattement ne devait pas dépasser 2,5 mètres », précise l’ingénieur.

    Le génie inspiré par la Mini

    La solution va venir de l’Angleterre, et non de la haute performance, mais de la citadine populaire : l’Austin Mini. La petite anglaise avait révolutionné l’espace intérieur en plaçant son moteur transversalement (en travers). Dallara décide de faire la même chose, mais avec un V12 de 4 litres !

    « J’espère qu’il reste chez Lamborghini un croquis de la voiture avec le groupe motopropulseur de la Mini à l’arrière. C’est exactement ce que nous avons fait », confie-t-il aujourd’hui.

    Le coup de foudre de Bertone

    Le châssis roulant est prêt, mais il faut une robe. Pininfarina étant trop lié à Ferrari, Lamborghini se tourne vers Bertone. Le design est confié à un autre « gamin » de 27 ans : Marcello Gandini.

    Dallara se souvient de la présentation du dessin, pendant les vacances de Noël : « Il n’y avait que moi et Ferruccio Lamborghini au bureau. Nuccio Bertone est venu nous montrer le concept. Dès qu’on l’a vu, on a dit : ‘Ne touchez à rien. Faites-la, c’est tout’. »

    Une légende imparfaite

    Développée dans l’urgence par une équipe inexpérimentée, la Miura n’était pas parfaite. Dallara admet aujourd’hui qu’elle souffrait d’un fort survirage (dû à des pneus de même taille à l’avant et à l’arrière pour n’avoir qu’une seule roue de secours) et de problèmes de surchauffe chroniques. « Si j’avais su ce que je sais aujourd’hui, j’aurais dit non, je n’en suis pas capable », avoue-t-il avec humilité. « C’était ça la différence : je ne savais pas tout ce qu’il me restait à apprendre. »

    La boucle est bouclée

    Giampaolo Dallara a quitté Lamborghini en 1969, frustré de ne pas faire de compétition. Il a fondé Dallara Automobili en 1972, devenant le plus grand constructeur de voitures de course au monde.

    Il a fallu attendre ses 80 ans pour qu’il s’offre enfin sa propre Miura. Une épave grise achetée en Suède, qu’il a fait restaurer par le Polo Storico Lamborghini. En grattant la peinture, ils ont découvert qu’elle était blanche à l’origine et vendue neuve à Parme… à seulement 40 km de la ville natale de Dallara.

    Aujourd’hui, cette Miura trône au musée de la Dallara Academy, rappelant qu’il y a 60 ans, un jeune ingénieur a osé installer un moteur de tracteur en travers dans une voiture de sport, et a changé l’histoire à jamais.

  • Rolls-Royce Phantom : le secret d’un siècle de luxe sans compromis

    Rolls-Royce Phantom : le secret d’un siècle de luxe sans compromis

    Que voit-on réellement en contemplant une lignée complète de Rolls-Royce Phantom, cette icône qui a célébré son centenaire ? Évidemment, l’opulence, la taille démesurée et le prix inabordable. Mais pour le chef du design de Rolls-Royce, Domagoj Dukec, la clé de la réussite du constructeur de Goodwood réside dans l’analyse non pas des similarités, mais des différences entre les huit générations.

    Le succès de la Phantom n’est pas le fruit d’une formule figée, mais d’une réinvention constante qui anticipe les désirs des ultra-riches.

    Ne jamais créer une icône : la philosophie du mieux

    Selon Dukec, l’erreur serait de tenter de créer une icône ou de s’accrocher à la légende. L’objectif unique doit être de concevoir une « grande voiture » qui dépasse les attentes de l’acheteur.

    La mission du design chez Rolls-Royce se résume à une lecture presque télépathique du client :

    « Vous devez comprendre ce que le client veut, ce qu’il ne peut obtenir nulle part ailleurs. Ne continuez pas à donner aux gens plus de la même chose, même si c’est ce qu’ils pensent vouloir. Donnez-leur mieux. Utilisez la technologie. Lisez dans l’esprit du client. Sachez ce qu’il aimera avant même qu’il n’y pense. »

    Le véritable luxe, pour ces clients, est une « expérience très authentique », où chaque élément est présenté « dans sa forme la plus pure ». Cette quête de perfection est un écho direct aux fondateurs, Charles Rolls et Henry Royce, qui poussaient constamment en avant, utilisant les idées les plus novatrices — du moteur V12 de la Mk3 à la connectivité avancée de la Mk8 actuelle.

    La Centenary Edition : quand la huitième génération devient une capsule temporelle

    Pour célébrer ses 100 ans, Rolls-Royce a dévoilé une édition limitée à 25 exemplaires de l’actuelle Phantom, tous déjà vendus. Si l’extérieur se distingue par une livrée noir et blanc saisissante et un design de jantes hypnotique, c’est l’intérieur qui illustre la fusion entre histoire et artisanat moderne.

    Le design intérieur, mené par le responsable du design sur mesure Matt Danton, est le résultat de trois ans et demi de recherche approfondie dans les archives :

    • L’Art du Récit : L’habitacle est une capsule temporelle brodée et gravée au laser, capturant cent ans d’histoire. Les sièges, les panneaux de porte et la garniture de toit présentent des représentations de lieux significatifs pour la Phantom. Les sièges arrière, par exemple, illustrent le siège social de Rolls-Royce à Conduit Street, Mayfair, en 1913.
    • Techniques Rares : Pour atteindre ce niveau d’exclusivité, l’équipe a eu recours à des techniques artisanales inédites, notamment la dorure à l’or 24 carats et la marqueterie 3D.

    L’intérieur n’est pas qu’une simple décoration ; c’est un « master artwork » conçu pour que les propriétaires y découvrent des détails cachés (Easter eggs) pendant des années. La Phantom Centenary est la preuve que chez Rolls-Royce, le luxe du futur se construit en maîtrisant l’artisanat du passé et en anticipant le désir inassouvi de l’unique.

  • L’archive révélée : le plan 1:1 de la Lamborghini 350 GT, autopsie d’une naissance culte

    L’archive révélée : le plan 1:1 de la Lamborghini 350 GT, autopsie d’une naissance culte

    Parfois, le plus grand trésor d’une marque n’est pas le métal poli, mais le papier jauni.

    À l’heure où les designers automobiles travaillent sur des moniteurs 3D et où le « pixel » a remplacé le « crayon », l’annonce faite par Lamborghini Polo Storico lors de l’événement Auto e Moto d’Epoca prend une saveur toute particulière pour les amoureux de la culture automobile. Le département Héritage de Sant’Agata Bolognese célèbre son dixième anniversaire en exposant la plus ancienne 350 GT survivante (châssis n°2), mais surtout, en levant le voile sur une relique fondatrice : un dessin technique à l’échelle 1:1 de l’aménagement intérieur de la 350 GT, daté de 1963.

    Ce n’est pas un simple croquis. C’est l’acte de naissance, tracé à la main, de l’ADN Gran Turismo de Lamborghini.

    Le trait de crayon contre le pixel

    En 1963, l’ordinateur n’est pas l’outil du designer. Le processus de création d’une automobile de luxe passait par des planches à dessin gigantesques, souvent à l’échelle réelle (1:1), pour valider les volumes, l’ergonomie et la faisabilité technique.

    Ce document, décrit par Lamborghini comme le plus ancien de ses archives historiques, n’est pas là pour faire joli. Il est le témoin d’une collaboration intense entre un jeune constructeur ambitieux, Ferruccio Lamborghini, et le maître-carrossier Carrozzeria Touring, concepteur de la fameuse carrosserie Superleggera de la 350 GT.

    Le plan 1:1 de l’habitacle de la 350 GT est une véritable autopsie du luxe italien des années 60 :

    1. L’ergonomie de la défiance : Il révèle comment les ingénieurs de l’époque ont articulé l’espace intérieur autour du puissant V12 de Giotto Bizzarrini, positionné longitudinalement à l’avant. C’est sur ce papier que les cotes exactes du volant, du pédalier et de la console centrale ont été fixées, définissant le confort et la position de conduite exigés par Ferruccio Lamborghini, pour faire mieux et plus civilisé que la concurrence de Maranello.
    2. L’âme du détail : Il témoigne de l’importance du tableau de bord. La position des compteurs Jaeger, les interrupteurs à bascule, le levier de vitesse… Chaque élément était méticuleusement positionné. Un dessin 1:1 permettait aux artisans de visualiser précisément la disposition des luxueuses selleries en cuir et des boiseries, avant même que le premier panneau d’aluminium ne soit frappé.
    3. Le symbole de la rigueur: Ce document est la preuve palpable de la rigueur industrielle qui a présidé aux débuts de Lamborghini. Il fallait convertir la vision sauvage du prototype 350 GTV en un produit fini, industrialisable par Touring. Le plan est la passerelle entre l’idée artistique et la réalité mécanique.

    Polo Storico : Le gardien du geste

    L’exposition de ce dessin souligne le rôle essentiel du Polo Storico. Leur mission va au-delà de la restauration des automobiles (comme le montre le travail de certification de la 350 GT n°2). Elle englobe la sauvegarde du patrimoine immatériel et technique de la marque.

    En préservant et en étudiant de tels documents, le Polo Storico ne fait pas que raconter l’histoire. Il offre aux collectionneurs et aux historiens un accès privilégié au processus créatif. Dans un monde automobile dématérialisé, ce plan papier, avec ses annotations et ses cotes, est un véritable artefact de la culture voiture, le souvenir d’un temps où l’échelle 1:1 était la seule réalité virtuelle possible.

    C’est là que réside le culte : dans la capacité à remonter le temps, non pas seulement pour voir le résultat final, mais pour observer la main et l’intention qui ont donné naissance à la légende Lamborghini.

    Le dessin 1:1 de la 350 GT n’est pas un simple document, c’est le plan de la grandeur à venir.