Étiquette : Véhicule Autonome

  • Signalisation horizontale : L’art invisible qui guide vos trajectoires

    Signalisation horizontale : L’art invisible qui guide vos trajectoires

    On ne les remarque que lorsqu’elles s’effacent ou qu’elles deviennent glissantes sous la pluie. Pourtant, les lignes qui bordent nos routes sont le fruit d’une ingénierie de pointe. En France, le marquage au sol ne se contente plus d’être de la « peinture » : il devient connecté, intelligent et même autonome.

    La « formule magique » du bitume

    Appliquer une ligne blanche sur une départementale relève plus de la chimie que du bâtiment. Pour résister au passage de milliers de pneus et aux agressions climatiques, les entreprises de travaux routiers utilisent principalement deux technologies :

    1. Les enduits à chaud (Thermoplastiques) : Chauffés à 180°C, ils fusionnent littéralement avec l’enrobé. C’est le standard pour nos autoroutes.
    2. La rétroréflexion : Le secret de la visibilité nocturne réside dans l’ajout de microbilles de verre saupoudrées sur le produit frais. Elles agissent comme des milliers de petits miroirs renvoyant la lumière de vos phares.

    2026 : L’ère du marquage « haute couture »

    Cette année, la signalisation horizontale franchit un nouveau cap en France. Avec l’essor des aides à la conduite (ADAS), les lignes ne sont plus seulement destinées à l’œil humain, mais aux caméras de nos voitures.

    • Le marquage « Spécial IA » : De nouvelles bandes (comme la technologie Stamark) sont désormais optimisées pour être détectées par les capteurs de maintien dans la voie, même par temps de pluie intense ou de brouillard, là où l’œil humain commence à douter.
    • L’E-Liner : la traceuse autonome : Le métier change aussi côté pile. Sur nos autoroutes, on voit apparaître les premiers camions-traceurs autonomes. Ces robots de précision tracent des lignes parfaites sans exposition directe des agents au trafic, renforçant considérablement la sécurité sur les chantiers.

    Le code secret des « T »

    En France, tout est une question de modulation. Le marquage repose sur une unité de mesure appelée le « T ».

    • Sur autoroute, la fameuse règle des « deux traits de sécurité » correspond à des bandes de 38 mètres séparées par des vides de 14 mètres.
    • En ville, pour les lignes de guidage, on passe à des traits de 3 mètres et des intervalles de 10 mètres. Ce rythme n’est pas aléatoire : il est calculé pour être interprété inconsciemment par notre cerveau selon la vitesse pratiquée.

    Vers une route « parlante » ?

    L’innovation ne s’arrête pas là. Des expérimentations de marquages dynamiques (LED intégrées au sol) commencent à voir le jour pour modifier la signalisation en temps réel (création de voies réservées au covoiturage le matin, par exemple). Plus étonnant encore, le « marquage rouge » fait son apparition dans certaines zones de danger pour alerter visuellement le conducteur d’une configuration atypique.


    Le saviez-vous ? Un passage piéton standard en France doit avoir des bandes de 50 cm de large minimum. Si vous trouvez qu’ils glissent sous vos roues de moto, c’est souvent que les grains d’adhérence (silice) ont été oubliés ou sont usés !

  • Philosophie binaire : le véhicule autonome

    Philosophie binaire : le véhicule autonome

    Combien de volant possède un véhicule autonome ? Deux dans le cas d’un Citroën Grand C4 Picasso à double commande dans laquelle PSA a installé son système AVA de conduite autonome de niveau 3. Et j’en ai pris le « contrôle », quasiment.

    La quasi-totalité du réseau autoroutier français, des accords en Espagne, au Royaume-Uni, aux Pays-Bas… Le Groupe PSA teste ses véhicules autonomes – niveaux 2, 3 et 4 – avec douze véhicules immatriculés, conduits par plus d’une centaine de personnes – dont je fais désormais partie – pour engranger des données. Ces 0 et ces 1 ont été enregistrés sur déjà 125 000 kilomètres de routes ouvertes.

    Sur la N118, de Vélizy – base de départ du Groupe – jusqu’à Orsay – mon ancienne université – le Citroën Grand C4 Picasso au coffre transformé en salle informatique lit les panneaux de signalisation, adapte sa vitesse à l’environnement et suit le parcours sans la moindre intervention humaine. Il devient possible de jouer avec son téléphone au lieu de se préoccuper des commandes.

    Pour obtenir les autorisations nécessaires, le Groupe PSA a dû créer un modèle à double commande. Un responsable du programme reste assis à droite avec la capacité de reprendre le contrôle quand le pseudo conducteur, mais vrai testeur, peut oublier qu’il conduit…

    Dans les faits, c’est tout ce que l’on peut imaginer d’un véhicule autonome. Il suit les limitations de vitesses (réelles, pas au compteur), anticipe très, très largement la gêne que peuvent générer les autres véhicules et s’avère assez peu souple lorsqu’il s’agit de suivre une trajectoire ou de modifier la vitesse.

    • Première réaction : l’arrivée des voitures autonomes va considérablement augmenter les temps de parcours, car les voitures vont faire attention les unes aux autres en réduisant les vitesses afin d’éviter tout accident. Ce n’est que lorsque tous les véhicules seront autonomes que les temps passés en voiture pourront enfin se réduire.

    Le Citroën Grand C4 Picasso est un véhicule autonome de niveau 3. PSA prévoit de mettre cette technologie sur le marché entre 2020 et 2025. Il regroupe ce que les marques Citroën, Peugeot et DS proposent déjà en conduite assistée (régulateur de vitesse intelligent et pilotage automatique sur voies rapides), en y ajoutant la dimension « sans les mains et sans les yeux ». Le conducteur n’est plus obligé de superviser la conduite en permanence mais il doit être en mesure de reprendre la main.

    roadmap-psa-ava

    Face aux différentes affaires des véhicules autonomes de niveau 2 déjà sur le marché, une question me semblait immanquable… A-t-on déjà eu des accidents lors de ces 125 000 kilomètres d’essais. « Aucun », assure-t-on chez PSA. « Et il n’y a pas lieu d’en avoir. Nos experts ont pu reprendre le contrôle du véhicule dès qu’ils sentaient que le logiciel ne réalisait pas la manœuvre voulue. »

    Et voilà que me revient le débat philosophique qui avait animé des diners l’an passé… Que doit faire un ordinateur quand il détecte un accident inévitable. Face au capot, une famille qui traverse la route : si le véhicule freine et garde sa ligne, les probabilités que les piétons meurent est supérieure à la moyenne… Si le véhicule tente de les éviter, ce sont les occupants de la voiture qui risquent de perdre la vie.

    Les ingénieurs de PSA ont la réponse… Pour le moment, la conduite autonome est activable sur les voies rapides. Il n’est donc pas concevable qu’un tel accident puisse se produire. AVA, pour « Autonomous Vehicle for All » gère le trafic par une pluie de capteurs redondants. Et en effet, lorsqu’un scooter a eu l’idée de s’insérer sur la N118 devant nous, le Grand C4 Picasso a réduit son allure bien avant que le deux-roues ne soit sur notre file. Tout est fait pour que les comportements prévisibles soient anticipés.

    Mais si deux voitures décidaient de « foncer » dans le Grand C4 Picasso ? Il freinerait simplement pour éviter l’obstacle détecté. Sans que le logiciel ne puisse interpréter une éventuelle « attaque » de conducteurs malveillants. L’arrivée de ces systèmes en ville – où les dangers sont bien plus présents et vicieux – va demander d’autres puissances de calcul et de nouvelles interprétations.

    • Seconde réaction : mais quelle est donc la solution du cas incroyable du choix à faire entre le décès d’une famille qui traverse la rue et celui des occupants ? La philosophie devra l’emporter sur l’algorithme, un jour.

    Moral Machine existe (merci @yomz)… Ce test permet de découvrir ses propres réactions face au cas philosophique expliqué plus haut. Pas forcément convaincu par le côté « ingénieur » des gens de PSA, j’ai fait ce test. Et mon esprit cartésien suit quasiment tout le temps leur façon de fonctionner. Selon moi, la voiture doit rester dans sa file, freiner tant qu’elle peut et tant pis pour ce qui sera devant.

    Logique implacable dans ce cas. Mais d’autres progrès vont arriver. Les véhicules autonomes devraient être capables de détecter un danger « mortel » sur la file et d’analyser l’environnement pour éventuellement prendre la décision de se déporter. Quand ce sera arrivé, l’intelligence artificielle aura fait un énorme pas en avant et d’autres questions se poseront. A ce sujet, je ne peux que vous conseiller la lecture de Vanity Fair de ce mois-ci (Julianne Moore en couverture). Vous vous régalerez au sujet des petites guerres entre Larry Page, Mark Zuckerberg et Elon Musk au sujet de l’IA.