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  • Ford Comète : Le sublime « ratage » de Jean Daninos

    Ford Comète : Le sublime « ratage » de Jean Daninos

    Imaginez une voiture dessinée par les plus grands stylistes italiens, pensée par le père des futures Facel Vega, et destinée à l’élite française. Sur le papier, la Ford Comète avait tout pour devenir une légende. Sauf qu’une voiture, c’est aussi un moteur. Et c’est précisément là que le rêve vire au cauchemar. Retour sur la plus belle coquille vide des années 50.

    Si vous croisez une Ford Comète (et plus encore sa version ultime « Monte-Carlo ») dans un concours d’élégance, vous tomberez forcément sous le charme. Sa ligne « ponton », son luxe ostentatoire et ses chromes rutilants évoquent le meilleur de la carrosserie européenne. Mais ne demandez jamais à son propriétaire de faire un chrono : vous risqueriez de le fâcher.

    Une génétique complexe : Ford, Facel ou Simca ?

    La Comète est une bâtarde de la plus belle espèce. Son géniteur n’est autre que Jean Daninos, l’homme qui créera bientôt la mythique marque Facel Vega. Au début des années 50, il dirige Facel-Métallon et convainc la direction de Ford France (basée à Poissy) de lancer un coupé haut de gamme pour concurrencer les marques de prestige.

    Pour le dessin, Daninos ne fait pas les choses à moitié : il sollicite les Stabilimenti Farina (Sergio Farina en personne). Le résultat est un chef-d’œuvre de latinité.

    D’ailleurs, Ford a tellement peur que son image « populaire » ne ternisse l’auto que le nom « Ford » n’apparaît nulle part sur la carrosserie ! Seul le patronyme « Comète » s’affiche. Il faut ouvrir le capot pour trouver une plaque « Ford S.A.F. ». Ironie du sort, quand Simca rachetera Ford France, les stocks restants seront écoulés sous le nom de « Simca Comète ».

    « Monte-Carlo » : La friteuse de luxe

    La version qui nous intéresse ici est la Comète Monte-Carlo. Elle se distingue immédiatement par sa calandre spécifique, surnommée le « coupe-frites ». C’est agressif, c’est chic, et cela cache (mal) la misère mécanique.

    À l’intérieur, c’est la grande classe. Le tableau de bord en acier inoxydable est une audace stylistique superbe. Le cuir est omniprésent. Les poignées de porte, fines tiges métalliques affleurantes, sont des bijoux de design. Seul bémol ? C’est un coupé 2+2 où les « +2 » doivent impérativement être des culs-de-jatte. L’espace aux jambes arrière est inexistant, sacrifié sur l’autel de l’esthétique.

    Le drame mécanique : Un cœur de camion

    C’est ici que le bât blesse. Terriblement. Sous cette robe de haute couture, Ford a glissé… un moteur agricole.

    La Comète débute avec un petit V8 anémique de 68 chevaux (technologie à soupapes latérales datant de 1932 !). Pour la version « Monte-Carlo », on passe aux choses sérieuses avec un gros V8 de 3,9 litres. Sur le papier, ça sonne bien. Dans la réalité, ce bloc (celui des camions Ford de l’époque) ne sort que 105 chevaux SAE.

    • L’agrément ? Désastreux. C’est rugueux, ça ne monte pas dans les tours.
    • La conduite ? Une épreuve. La direction est floue, le châssis est dépassé, et les freins à tambours sont aux abonnés absents dès qu’on hausse le rythme.

    Seule lumière dans la nuit : l’option boîte manuelle 4 rapports Pont-à-Mousson (entièrement synchronisée), bien plus agréable que la boîte 3 vitesses Ford d’origine.

    Un échec commercial prévisible

    Vendue à prix d’or (1 368 000 francs à sa sortie), la Comète naviguait dans les eaux tarifaires des Delahaye ou Talbot-Lago. Mais contrairement à elles, elle n’avait aucune noblesse mécanique. Les clients fortunés ne s’y sont pas trompés : la production totale tournera autour de 2 200 exemplaires, dont seulement 799 versions Monte-Carlo.

    Le verdict AUTOcult

    La Ford Comète Monte-Carlo est l’archétype de la « brouillonne de génie ». C’est sur elle que Jean Daninos s’est fait la main avant de lancer sa propre marque. Sans les défauts de la Comète, la Facel Vega n’aurait jamais existé.

    Aujourd’hui, c’est une auto pour esthètes contemplatifs. Elle vaut environ 60 000 €. À ce prix-là, vous achetez une sculpture roulante, témoin d’une époque où l’on savait faire de belles voitures… même quand on ne savait pas les motoriser.


    Fiche Technique Express : Ford Comète Monte-Carlo (1954)

    • Moteur : V8 3.9L (origine camion), soupapes latérales.
    • Puissance : 105 ch SAE à 3 800 tr/mn.
    • Vitesse max : 155 km/h (avec le vent dans le dos).
    • Poids : 1 370 kg.
    • Particularité : Calandre « coupe-frites » et pédalier déjà siglé « FV » (Facel Vega).
  • De Tomaso Guarà : Le dernier loup en habit de Kevlar

    De Tomaso Guarà : Le dernier loup en habit de Kevlar

    Si De Tomaso n’a jamais atteint la renommée planétaire de Ferrari ou Maserati, son fondateur, Alejandro de Tomaso, avait un don indéniable pour baptiser ses créations. Vallelunga, Mangusta, Pantera… des noms qui claquent. Mais connaissez-vous la Guarà ? Véritable chant du cygne de la marque, cette supercar méconnue partageait son époque — et certains matériaux — avec la légendaire McLaren F1.

    Dévoilée au Salon de Genève en 1993, la Guarà tire son nom d’un canidé sud-américain (le loup à crinière). Elle arrive sur le marché quasiment en même temps que la McLaren F1. Si elle n’a jamais prétendu rivaliser avec les performances stratosphériques de l’anglaise, elle offrait une fiche technique fascinante pour l’époque.

    Une conception radicale

    Sous sa robe signée Carlo Gaino (Synthesis Design) — dont les lignes évoquent un mélange curieux entre une Ferrari, une Corvette et une Toyota MR2 — se cache une bête de course. La carrosserie est réalisée en composite (Kevlar et fibre de verre) et repose sur un châssis poutre en aluminium.

    La partie technique a été supervisée par Enrique Scalabroni, ingénieur de F1 passé par Williams et Lotus. Le résultat ? Une suspension indépendante à double triangulation de type « inboard » (comme en F1) et des freins Brembo dérivés directement de la Ferrari F40.

    BMW ou Ford ? La chasse au trésor

    C’est ici que l’histoire devient intéressante pour les collectionneurs. Sur les 52 exemplaires produits (coupés, roadsters et barquettes confondus), la majorité a été équipée de moteurs Ford.

    Mais l’exemplaire qui nous intéresse aujourd’hui fait partie de l’élite : c’est l’un des huit coupés (sur 21 construits) à embarquer le V8 BMW 4.0L (M60). Couplé à une boîte manuelle Getrag à 6 rapports, ce bloc en position centrale arrière développe 279 ch. Cela peut sembler modeste aujourd’hui, mais avec seulement 1 200 kg sur la balance et un profil aérodynamique soigné, la Guarà dépasse les 270 km/h.

    Une conduite « à l’ancienne »

    L’intérieur, bien que soigné avec du cuir bleu, cache une réalité brutale : c’est une voiture analogique pure. Pas d’assistance de direction, pas d’assistance au freinage. Le pédalier est entièrement ajustable, tout comme la direction, pour s’adapter au pilote.

    C’est une voiture réputée pour sa tenue de route superbe, bien que qualifiée de « nerveuse » par certains. C’est exactement le genre de machine viscérale que les puristes pleurent aujourd’hui.

    Une rareté absolue en vente

    Un exemplaire exceptionnel vient de refaire surface. D’abord propriété d’un passionné belge qui l’a conservée 20 ans, cette Guarà argentée se trouve désormais aux États-Unis. Elle affiche un kilométrage ridicule de 1 600 miles (environ 2 500 km). C’est probablement la meilleure Guarà existante.

    Rarissime (bien plus qu’une McLaren F1), dotée du « bon » moteur V8 BMW et dans un état concours, c’est une opportunité unique.

    Seul bémol ? Le coffre est inexistant. Vos bagages devront voyager sur le siège passager… ou sur les genoux de votre copilote. Mais n’est-ce pas un petit prix à payer pour rouler dans le dernier cadeau d’Alejandro au monde automobile ?

  • Ian Callum réinvente la Mini en hot hatch de 110 chevaux

    Ian Callum réinvente la Mini en hot hatch de 110 chevaux

    Le designer britannique ressuscite l’esprit Wood & Pickett avec une Mini restomod radicale. Un hommage à la culture anglaise de la personnalisation, entre nostalgie et modernité.

    Ian Callum n’en finit plus d’explorer les chemins du passé pour mieux réinventer l’automobile. Après avoir signé certaines des plus belles Aston Martin, puis redonné des lettres de noblesse au restomod avec sa propre société de design (CALLUM), le styliste écossais s’attaque à un monument : la Mini. Mais pas n’importe laquelle. En s’associant à Wood & Pickett, carrossier de légende dans l’univers de la personnalisation britannique, Callum propose une relecture ultra-premium et résolument sportive de la citadine iconique.

    Une base très « late classic »

    Le projet repose sur une carrosserie de Mini Mk5 Sportspack, la version à ailes élargies produite de 1997 à 2001. C’est l’un des derniers avatars de la Mini classique, celle qui gardait l’esprit originel d’Alec Issigonis tout en adoptant quelques atours modernisés à la veille du passage de flambeau à BMW. Mais si la ligne générale reste inchangée, tout le reste est repensé.

    Le moteur A-Series, cœur battant de la Mini depuis 1959, passe de 1275 cm³ à 1310 cm³. Il reçoit une nouvelle culasse, une injection électronique bi-point et une ligne d’échappement sur mesure à double sortie. Résultat : la puissance grimpe de 63 à 110 ch. De quoi transformer cette Mini en véritable petite GTI, au sens noble du terme. La boîte de vitesses est renforcée pour encaisser ce regain de couple, et l’ensemble châssis-freinage-suspension est entièrement retravaillé selon des standards proches du rallye.

    Une hot hatch à l’anglaise

    Les jantes Minilite d’origine cèdent la place à un dessin inédit signé Callum : des roues à quatre branches de 13 pouces qui évoquent l’univers du sport automobile des années 1960, tout en apportant une signature visuelle contemporaine. À l’extérieur, les modifications restent subtiles mais efficaces : élargisseurs d’ailes Wood & Pickett, boucliers avant et arrière au style plus agressif, feux à LED intégrés avec discrétion.

    L’intérieur est un hommage à l’âge d’or des Mini personnalisées. Le tableau de bord reçoit une nouvelle planche de bord en bois inspirée de la Mini Margrave des années 1960, avec ses inserts façon noyer, ses interrupteurs métalliques pour les phares et le chauffage, et – clin d’œil à la modernité – un petit écran tactile compatible Apple CarPlay. Le luxe rétro dans toute sa splendeur.

    Une exécution artisanale, à prix fort

    Chaque exemplaire sera construit à la main selon les spécifications précises de son propriétaire. Le ticket d’entrée ? 75 000 livres sterling (environ 88 000 euros). À ce tarif, le client accède à une personnalisation poussée dans les moindres détails, mais aussi à un pan de l’histoire automobile britannique. Ian Callum insiste : « Ce projet est autant un hommage qu’une réinterprétation. Nous voulons capturer l’esprit des Mini Wood & Pickett des années 1960, tout en les adaptant aux attentes d’aujourd’hui. »

    Le tout premier exemplaire de cette Mini Callum x Wood & Pickett a été commandé par le mannequin et créatif britannique David Gandy. Une figure médiatique très attachée à la culture automobile britannique, lui-même collectionneur de Jaguar et ambassadeur de la modernité avec style.

    Wood & Pickett, retour aux sources

    Fondé en 1947 par Bill Wood et Les Pickett, le carrossier londonien s’est taillé une solide réputation dans les années 1960 avec ses Mini sur-mesure. Véritables objets de luxe roulants, elles séduisaient les célébrités de l’époque : Mick Jagger, Elton John, Paul et Linda McCartney… tout le Swinging London avait sa Mini personnalisée. Dans les années 1980, Wood & Pickett se recentre sur le Range Rover de première génération, alors à la mode dans les quartiers huppés de Chelsea. Puis l’entreprise change plusieurs fois de mains.

    Aujourd’hui, elle renaît sous la houlette de Motaclan, un acteur bien connu des amateurs de youngtimers britanniques puisqu’il détient aussi l’ex-division pièces détachées de MG Rover. Motaclan ne compte pas s’arrêter là : un catalogue de pièces Wood & Pickett dessinées par Ian Callum sera bientôt proposé aux propriétaires de Mini classiques, permettant à chacun de recréer, à sa mesure, cette Mini néo-rétro.

    L’avenir de la restomod à l’anglaise

    Alors que le restomod devient une industrie à part entière, cette Mini incarne une autre voie que celle des surenchères technologiques ou des conversions électriques parfois trop radicales. Ici, on sublime l’existant, on respecte les fondamentaux, tout en insufflant un peu de modernité et beaucoup de style. Ce projet illustre à merveille la philosophie de Callum : « faire du neuf avec du vieux, sans trahir l’esprit d’origine ».

    Et dans le cas de la Mini, l’esprit est intact : petite, vive, impertinente et incroyablement britannique.