Étiquette : Wedge Design

  • Marcello Gandini : L’homme qui a brisé la courbe pour dessiner le futur

    Marcello Gandini : L’homme qui a brisé la courbe pour dessiner le futur

    Le monde du design automobile a perdu l’un de ses titans. Marcello Gandini s’est éteint en 2024, mais son héritage continue de sculpter l’horizon de 2026. Chez Bertone, ce génie discret n’a pas seulement dessiné des voitures : il a inventé le langage visuel de la modernité, imposant l’angle droit là où tout le monde ne jurait que par le galbe.

    Le hold-up esthétique de la Miura

    L’histoire de Gandini est celle d’une ascension fulgurante. En 1965, il remplace Giorgetto Giugiaro à la tête du design chez Bertone. Il a à peine 27 ans. Un an plus tard, il sidère le monde avec la Lamborghini Miura.

    Avec ses « cils » autour des phares et ses hanches sensuelles, la Miura est souvent citée comme la plus belle voiture du monde. Pourtant, Gandini ne s’arrêtera pas là. Pour lui, la beauté n’était pas une fin en soi, mais un vecteur d’innovation.

    La révolution du « Wedge Design » (Le coin)

    Au début des années 70, Gandini opère une rupture radicale. Il abandonne les rondeurs des années 60 pour inventer le « Wedge Design » (le profil en coin). C’est l’ère des lignes tendues, des arêtes vives et des silhouettes qui semblent vouloir fendre l’air même à l’arrêt.

    De son crayon naissent des icônes absolues :

    • La Lamborghini Countach : Avec ses portes en élytre et son allure de vaisseau spatial, elle restera sur les murs de millions d’adolescents pendant trois décennies.
    • La Lancia Stratos : Une bête de rallye compacte, dont la verrière panoramique évoquait un casque de cosmonaute.
    • L’Alfa Romeo Montréal : Une GT élégante dotée de ces fameuses « paupières » sur les optiques avant.

    La « Gandini Line » : Sa signature invisible

    Si vous observez attentivement le passage de roue arrière d’une Lamborghini Countach, d’une Diablo ou d’une Maserati Quattroporte IV, vous remarquerez un trait particulier : le haut de l’arche n’est pas rond, mais coupé de façon asymétrique en biseau.

    C’est la « Gandini Line ». Cette signature visuelle, à la fois agressive et dynamique, permettait d’alléger visuellement l’arrière de la voiture tout en lui donnant une posture prête à bondir. Même lorsqu’il dessinait des modèles plus populaires, comme la première BMW Série 5 (E12) ou la Renault Supercinq, Gandini parvenait à insuffler cette rigueur géométrique qui rendait ses créations intemporelles.

    Un héritage bien vivant en 2026

    Aujourd’hui, l’influence de Gandini est partout. Lorsque vous regardez le bandeau noir de la nouvelle Ferrari 12Cilindri ou les lignes tranchantes des dernières hypercars électriques, c’est l’esprit de Marcello qui transparaît.

    Il a prouvé que la voiture n’était pas qu’un outil de mobilité, mais un objet culturel, une sculpture capable de définir une époque. Il ne dessinait pas pour plaire, mais pour provoquer le futur. Et quarante ans plus tard, le futur lui donne toujours raison.


    Le saviez-vous ? Gandini est également l’homme derrière le design du camion Renault AE (Magnum) lancé en 1990. Prouvant qu’il pouvait appliquer ses principes de modernité et de rupture ergonomique aussi bien à une supercar de 300 km/h qu’à un géant de la route de 40 tonnes.

    Parmi toutes les créations de Gandini, laquelle incarne pour vous le sommet absolu du design : la sensualité de la Miura ou la brutalité de la Countach ?

  • Aston Martin Lagonda : 50 ans de futurisme et de « wedge design »

    Aston Martin Lagonda : 50 ans de futurisme et de « wedge design »

    Le 20 octobre 1976, Aston Martin jouait son va-tout. Sortie de la faillite quelques mois plus tôt, la firme de Newport Pagnell dévoilait au Salon de Londres une berline si radicale qu’elle semblait tout droit sortie d’un film de science-fiction : la Lagonda. Cinquante ans plus tard, son profil en « coin » reste l’un des gestes les plus audacieux de l’histoire automobile.

    Un pari insensé pour une survie miraculeuse

    En 1975, Aston Martin est en sursis. Pour marquer le renouveau de la marque, les nouveaux dirigeants Peter Sprague et George Minden demandent au designer William Towns de créer un produit qui symbolise l’esprit de l’époque.

    Towns ignore tous les codes esthétiques d’Aston Martin. Il dessine une silhouette en « origami », extrêmement basse (130 cm) et interminable (5,20 m). La carrosserie, entièrement en aluminium, est si complexe qu’elle nécessite 2 200 heures de travail manuel par voiture. Avec son minuscule nez chromé et ses lignes tranchantes comme des rasoirs, la Lagonda choque le public… et séduit immédiatement : 80 commandes sont enregistrées dès la fin du salon.

    Un cockpit de vaisseau spatial (et ses caprices)

    Si l’extérieur était futuriste, l’habitacle était une véritable révolution technologique :

    • Affichage digital : Développé avec l’Institut de Cranfield, le tableau de bord proposait des écrans LED (puis CRT par la suite), une première mondiale.
    • Touches sensitives : Près de 50 commandes tactiles — ancêtres de nos surfaces haptiques actuelles — géraient tout, des phares escamotables au réglage des sièges.
    • Luxe traditionnel : Ce déluge de technologie était niché dans un écrin de cuir Connolly, de ronce de noyer et de moquettes Wilton épaisses.

    Sous ce capot futuriste, on retrouvait toutefois une mécanique bien connue : le noble V8 de 5,3 litres conçu par Tadek Marek, développant environ 280 ch (puis 300 ch avec l’injection), couplé à une boîte automatique Chrysler à trois rapports.

    Une fiabilité « humide » mais un succès commercial

    La Lagonda a sauvé Aston Martin. Produite à 620 exemplaires jusqu’en 1990, elle a parfois représenté les trois quarts des ventes de la marque. Pourtant, sa réputation fut ternie par une fiabilité électronique désastreuse, surtout sous les climats humides d’Europe du Nord. « Les contacts s’oxydaient, provoquant des pannes en série », expliquent les spécialistes. Un problème inexistant en Californie ou au Moyen-Orient, où la majorité des exemplaires ont trouvé preneur.

    Quel avenir pour le nom Lagonda en 2026 ?

    Aujourd’hui, alors que nous fêtons ce cinquantenaire, la question de la renaissance de la marque se pose. Sous l’ère d’Andy Palmer (ex-CEO), Lagonda devait devenir la branche 100 % électrique du groupe. « Le silence et la fluidité de l’électrique sont les successeurs naturels des qualités de la Lagonda originale : le raffinement et une confiance sereine », confie Palmer.

    Pourtant, sous la direction actuelle de Lawrence Stroll, la priorité reste Aston Martin. Mais comme le dit le porte-parole de la marque aujourd’hui : « Il ne faut jamais dire jamais. » En attendant, la Lagonda 1976 demeure l’une des « hot rods » les plus élégantes et les plus étranges jamais construites.

    Le saviez-vous ? Les premières séries de la Lagonda utilisaient des écrans LED rouges, très difficiles à lire en plein soleil. En 1986, la Série 3 a introduit des tubes cathodiques (CRT) encore plus complexes, avant que la Série 4 de 1987 n’abandonne finalement les phares escamotables pour un design plus fluide.