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Rally Legend : glorieux retour vers le passé

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Rally Legend : glorieux retour vers le passé

Dans une époque où les sports mécaniques, au sens large, sont stigmatisés, décriés pour leur décalage avec les préoccupations écologiques actuelles (on oublie très facilement tout ce que cela a pu apporter en termes de sécurité et de technologies propres ou non), il subsiste des épreuves qui font fi du temps et des règles. Que ce soit à Goodwood de l’autre côté de la Manche pour le « Festival of Speed », à Pikes Peak pour la plus célèbre course de côte du monde ou bien dans la petite principauté de Saint Marin avec le Rally Legend, ces lieux de résistance vivent durant quelques jours dans leur bulle que rien ne semble perturber.

Le pari un peu fou, tenté il y a maintenant 13 ans, de réunir d’anciennes gloires du rallye avec leurs machines d’époques est largement atteint aujourd’hui. Le lieu choisit est déjà une curiosité en soit : la principauté de Saint Marin, au sud de Bologne sur la côte Adriatique, n’a jamais été une place forte du sport automobile. Pourtant, elle offre une grande latitude aux facéties des organisateurs. Événement majeur de ce pays de 31 000 habitants grand comme deux fois Macao, le Rally Legend est devenu incontournable, presque indispensable à l’économie locale. Chaque année au début du mois d’Octobre, la planète rallye fait donc un arrêt sur image et se remémore son histoire. Les restaurants, terrasses et hôtels sont pleins. Tout le monde est content.

La plus grande prouesse des organisateurs reste sans conteste de surprendre année après année. D’à peine 30 engagés lors de la première édition, celle de 2015 atteint quasiment les 200 voitures et pas seulement des 208 R2 ou autre DS3 R3. Pour les 30 ans de la mythique Lancia Delta S4 Groupe B, les organisateurs ont réussi l’exploit de rassembler presque l’intégralité des 24 voitures construites à l’époque ! Et dans un état irréprochable. Un rêve pour de nombreux passionnés qui pour la plupart, n’étaient même pas nés à cette période. Pour marquer le coup et appuyer ces initiatives, le musée de la marque a tenu à faire un geste en présentant ses pièces uniques que sont les Lancia ECV1 et ECV2, des prototypes mort-nés après l’arrêt du Groupe B. Exposées sur la piste d’athlétisme du stade olympique, on peut littéralement toucher et admirer ces pièces de l’histoire de notre sport. Lancia S4 donc mais aussi Audi S1, Lancia 037, Stratos, MG Métro, 205 T16, Fabia WRC, Focus WRC, 306 Maxi, Clio Gr.A, Celica ST205, BMW M3 ou encore récente Hyundai i20 WRC. Toutes les catégories de toutes les époques se retrouvent sur une même épreuve et pas seulement pour faire de la figuration.

Car ce qui fait aussi la renommée de cette épreuve sont bien son spectacle et son atmosphère à nulle autre pareille. Contempler une Lancia 037 dans un musée ou lors d’une exposition n’est pas rare, mais la voir prendre vie sur une vraie spéciale au milieu d’une foule dense de passionnés en transe est quelque chose d’unique. Dès le jeudi, jour des vérifications, les spectateurs sont déjà si nombreux qu’il est difficile de monter les structures d’assistance dans le parc olympique. Le soir, les concours de drift autour des ronds-points avec les triporteurs Vespa aux couleurs Martini ou Alitalia sont devenus des institutions, d’autant que ce drôle d’évènement marque le point de départ de 3 jours de pure folie. Sur l’ensemble de la course on atteint les 150 000 spectateurs amassés sur des courtes spéciales (de 4 à 9km pour la plus longue), étroites, avec de la terre, beaucoup de verticale, peu de dégagements, du rapide. On est loin du confort de l‘Autodromo de Monza.

L’ambiance y est extraordinaire, indescriptible avec ces fumigènes, ces cornes de brume, ces applaudissements, ces cris et tous ces flashs une fois la nuit tombée. Certes, les conditions de sécurité sont un peu plus laxistes qu’en rallye moderne (même si beaucoup d’efforts sont faits) mais vivre ça de l’intérieur lorsqu’on a le rallye dans les tripes est un sentiment très fort. La majorité des engagés jouent le jeu à fond et utilisent vraiment les capacités de leur bolide, comme si un championnat en dépendait. Ils oublient qu’ils pilotent des voitures de collection qui dépasse allégrement le million d’euros pour certains exemplaires uniques.  Les dérapages sont exagérés, amplifiés pour le plus grand bonheur des spectateurs plantés sous la pluie depuis des heures.

On vient à Saint Marin pour les voitures mais aussi les figures emblématiques qui ont marqué la discipline. On peut apercevoir une discussion entre le vétéran finlandais Alen et l’espoir néo-zélandais Paddon, marcher à côté de Miki Biasion, discuter avec François Duval, prendre en photo Juha Kankkunen et j’en passe. Chaque spectateur est un ancien pilote ou un ancien ingénieur farfelu potentiel. Et tout cela se passe dans un esprit bon enfant, sans barrière, sans pression, sans attaché de presse. Certains spectateurs avisés connaissent presque mieux que vous l’histoire de la voiture que vous pilotez, en l’occurrence pour moi la mythique Lancia 037 engagée par l’écurie Grifone pour Tabaton, un privilège.

Alors si vous en avez marre des zones spectateurs asphyxiantes, des spectateurs poussette-chien, des DS3 R1 fades, des pilotes facebook, que vous fouillez les archives du siècle dernier pour frissonner, allez donc faire un tour du côté de Saint Marin en Octobre prochain, votre passion pour le rallye pourrait reprendre un sacré coup de fouet.

Author: Victor Bellotto

Copilote de rallye. Passe écrire quelques lignes chez AUTOcult.fr quand le temps disponible entre deux avions lui permet. Signe particulier : a couru en Lancia 037.



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