Auteur/autrice : Rédaction

  • Robert Kubica : De l’enfer au paradis, le sacre héroïque du Mans 2025

    Robert Kubica : De l’enfer au paradis, le sacre héroïque du Mans 2025

    Il est des histoires que même les scénaristes d’Hollywood n’oseraient pas écrire tant elles semblent invraisemblables. Celle de Robert Kubica est de cette trempe. En remportant les 24 Heures du Mans 2025 au volant de la Ferrari 499P d’AF Corse, le pilote polonais n’a pas seulement gagné une course. Il a bouclé la boucle d’une vie marquée par la tragédie, la douleur et une résilience surhumaine.

    Le 15 juin 2025 restera gravé dans le marbre du sport automobile. Alors que le drapeau à damier s’abaissait sur le circuit de la Sarthe, une Ferrari privée, la n°83 d’AF Corse, franchissait la ligne avec une avance infime de 15 secondes sur la Porsche n°6. Au volant pour ce dernier relais sous haute tension ? Robert Kubica.

    Le Mans 2025 : La consécration ultime

    Pour comprendre l’intensité de ce moment, il faut visualiser la scène. Après 24 heures de combat acharné, Kubica a piloté durant les trois dernières heures et demie. « J’étais dans une zone, comme si je voyais à travers un tunnel », confie-t-il.

    Cette victoire est historique à plusieurs titres :

    • C’est la troisième victoire consécutive pour le châssis Ferrari 499P au Mans.
    • C’est le triomphe d’une équipe privée (AF Corse) soutenue par l’usine, face aux géants officiels.
    • C’est une première pour la Pologne (Kubica) et la Chine (avec son coéquipier Yifei Ye).

    Mais au-delà des statistiques, c’est le regard de Kubica sous sa visière, capté par les caméras embarquées, qui racontait tout : une concentration laser, fruit d’une vie de combat.

    L’ascension brisée d’un prodige

    Pour mesurer le chemin parcouru, il faut rembobiner le film. Né à Cracovie alors que le Rideau de Fer divise encore l’Europe, le jeune Robert sillonne le continent avec son père et leur modeste karting. « C’était probablement la meilleure période de ma vie », se souvient-il. Une époque simple, faite de passion pure et de sacrifices financiers colossaux pour sa famille.

    Son talent brut le propulse en Formule 1 en 2006, une première pour un Polonais. Très vite, il s’impose comme l’un des meilleurs, survivant miraculeusement à un crash effroyable au Canada en 2007, pour revenir sur ce même circuit un an plus tard et décrocher sa seule et unique victoire en Grand Prix. Il mène alors le championnat du monde. Le destin semble tout tracé : il doit signer chez Ferrari pour 2012 et devenir champion du monde.

    Le jour où tout a basculé

    Février 2011. Ronde di Andora. Une petite épreuve de rallye en Italie vire au cauchemar. La Škoda de Kubica percute un rail de sécurité qui transperce l’habitacle. Le bilan est terrifiant : plus de 40 fractures du côté droit, un bras déchiqueté, une hémorragie massive.

    S’ensuivent des mois d’hôpital, de fauteuil roulant et une reconstruction lente et douloureuse. « Je me souviens de jours où mon cerveau n’acceptait pas mes limites. Je ne pouvais pas me lever seul, ni mettre mes chaussures », raconte-t-il. Beaucoup l’ont cru fini pour le sport de haut niveau. Mais Kubica a transformé son handicap en force motrice. Il a dû réapprendre à vivre, à piloter différemment, compensant les limitations de son bras droit par une intelligence de course et une volonté de fer.

    Plus qu’un pilote, une inspiration

    Son retour en F1 en 2019 avec Williams tenait déjà du miracle. Mais sa victoire au Mans en 2025 le fait entrer dans la légende.

    Quelques jours après le sacre, de retour à Varsovie, des inconnus l’abordent. Non pas pour parler de chronos ou de réglages, mais pour lui dire merci. « Ils me disent : ‘Je traverse un moment difficile, mais votre victoire et votre histoire me donnent de l’espoir’ », explique Kubica.

    Aujourd’hui, à 40 ans, Robert Kubica savoure les choses simples : se lever le matin, mettre ses chaussures seul, et monter dans le cockpit d’une des voitures les plus rapides du monde pour gagner la plus grande course d’endurance de la planète.

    Comme le disait Jean Alesi après sa victoire au Canada en 2008 : « Ne fais pas comme moi, n’en gagne pas qu’une seule ». Avec ce triomphe au Mans, Kubica a prouvé qu’il avait non seulement écouté le conseil, mais qu’il avait surtout gagné la course la plus importante : celle de la vie.


    Les Champions du Mans 2025 (Ferrari AF Corse n°83)

    • Robert Kubica (Pologne) : L’âme de l’équipe, le survivant.
    • Yifei Ye (Chine) : Le premier pilote chinois vainqueur au général au Mans.
    • Phil Hanson (Grande-Bretagne) : Le jeune prodige de 26 ans qui a su gérer la pression.
  • Ferdinand Habsburg : Un héritier impérial au service du collectif Alpine

    Ferdinand Habsburg : Un héritier impérial au service du collectif Alpine

    Dans le paddock du Championnat du Monde d’Endurance (WEC), certains noms brillent par leurs palmarès. Celui de Ferdinand Habsburg brille par l’Histoire. Descendant direct de la dynastie qui régna sur l’Europe pendant des siècles, l’Autrichien de 27 ans a troqué les palais pour les baquets de l’Hypercar Alpine A424. Portrait d’un pilote qui refuse les privilèges pour ne jurer que par le chrono.

    L’échappatoire par la vitesse

    Pour celui qui serait l’héritier du trône d’Autriche si la monarchie existait encore, le sport automobile n’est pas qu’une passion : c’est un espace de liberté. « Dans un garage, les titres de noblesse n’ont aucune importance », aime-t-il rappeler. Sur la piste, seul le verdict du chronomètre fait foi. Loin du poids des obligations protocolaires liées à son nom — marqué par l’assassinat de son ancêtre François-Ferdinand en 1914 — Ferdinand a choisi le pragmatisme brut de l’endurance.

    L’aventure Alpine : Le baroud d’honneur

    Depuis 2024, Habsburg est l’un des piliers du programme Hypercar d’Alpine. Aux côtés de Charles Milesi et Paul-Loup Chatin, il a écrit l’une des plus belles pages de la jeune A424 en triomphant aux 6 Heures de Fuji. Une victoire tactique, acquise grâce à une gestion pneumatique parfaite et un esprit d’équipe sans faille.

    Pourtant, ce succès a un goût de « dernière danse ». Le groupe Renault a déjà officialisé la fin du programme WEC d’Alpine à l’issue de la saison 2026. Pour Habsburg, cette annonce agit comme un libérateur : l’équipe court sans calcul, portée par l’arrivée d’António Félix da Costa (qui remplace Chatin pour Le Mans), un pilote qu’Habsburg admire pour son agressivité maîtrisée.

    Le Mans 2021 : La révélation

    Si le grand public a découvert son visage en Hypercar, c’est en LMP2 que Ferdinand Habsburg a forgé sa légende. En 2021, il réalise le doublé parfait : titre mondial et victoire aux 24 Heures du Mans. Une victoire arrachée dans un final hitchcockien après l’arrêt en piste de la voiture de Robert Kubica dans l’ultime tour.

    Au-delà de la performance, c’est sa personnalité qui détonne. Dans un milieu d’ego, l’Autrichien revendique une approche positive et bienveillante. Il refuse le rôle du pilote « dur » ou « agressif », préférant mettre en avant les mécaniciens, ces « héros invisibles » qui passent des semaines loin de chez eux pour une poignée de secondes gagnées dans les stands.

    L’héritage moral d’Otto von Habsburg

    Cette vision humaniste, Ferdinand la puise chez son grand-père, Otto von Habsburg. Figure majeure de la construction européenne et opposant farouche au nazisme, Otto reste son modèle absolu. « Ce sont les valeurs d’honnêteté et de courage qui comptent, pas les symboles monarchiques », confie le pilote.

    C’est sans doute pour cela qu’il refuse de se plaindre de la « Balance of Performance » (BoP) qui agite tant le paddock. Pour lui, la cohésion humaine et l’exécution parfaite l’emporteront toujours sur les calculs mathématiques. Une philosophie presque romantique pour un pilote qui porte, avec une élégance rare, le nom de l’un des plus vieux empires du monde sur sa combinaison de course.


    Le saviez-vous ? En 2021, lors de sa victoire au Mans en LMP2, Habsburg a passé les dernières minutes de la course à prier dans le garage. Ce n’est qu’au passage de la ligne qu’il a réalisé que la chance — ou le destin — avait basculé en sa faveur.

    Selon vous, l’approche « positive et collective » d’Habsburg est-elle la clé pour Alpine afin de bousculer les géants Toyota et Ferrari avant de tirer sa révérence ?

  • Monaco GP (1929-1989) : L’histoire à fleur de peau, garantie 100 % sans IA

    Monaco GP (1929-1989) : L’histoire à fleur de peau, garantie 100 % sans IA

    En 2026, il suffit d’entrer quelques lignes de texte dans une invite pour qu’une intelligence artificielle vous génère une Formule 1 glissant devant le Casino de Monte-Carlo dans un style rétro parfait. C’est propre, c’est immédiat, mais c’est profondément faux. Pour retrouver le grand frisson du vrai, nous avons plongé dans les archives photographiques de Getty Images, de la genèse en 1929 à la fin des années 80. Un voyage argentique où le danger, la sueur et le génie n’ont pas été calculés par des algorithmes.

    Pourquoi l’authenticité des archives écrase le pixel virtuel

    Regarder une photo historique de Monaco, c’est accepter l’imperfection qui fait les chefs-d’œuvre. Une mise au point légèrement décalée à cause de la vitesse, un grain de pellicule Kodak ou Ilford qui explose sous la lumière écrasante de la Côte d’Azur, une ombre mal placée…

    Ici, aucun filtre, aucune retouche algorithmique, aucune génération par IA. Chaque cliché du fonds Getty est un document historique brut. Le photographe n’avait pas le droit à l’erreur : pas d’autofocus ultra-rapide, pas de rafales à 30 images par seconde, et surtout, un nombre de pellicules limité dans la sacoche. Capturer l’instant relevait de l’instinct pur.

    1929 – 1955 : Les pionniers du bitume et des pavés

    La saga commence le 14 avril 1929. Les archives nous montrent un monde en noir et blanc qui semble irréel :

    • Le choc des proportions : La Bugatti Type 35B de William Grover-Williams virevolte entre les trottoirs, sans aucune barrière de sécurité. Les spectateurs sont assis sur des chaises en osier à trente centimètres des roues.
    • Le retour de l’après-guerre : En 1950, pour la première saison de la Formule 1 moderne, Juan Manuel Fangio slalome au milieu d’un carambolage géant au virage du Bureau de Tabac. La photo de l’époque capture la cohue, la panique des commissaires en costume-cravate et la fumée blanche des échappements. C’est l’époque où les pilotes couraient en polo de coton et casque en toile publicitaire.

    1960 – 1979 : L’explosion de la couleur et du glamour

    Dans les années 60 et 70, le Grand Prix de Monaco devient le centre du monde. La couleur fait son entrée dans les archives, et avec elle, une profusion de détails que l’IA ne saura jamais inventer avec autant de justesse :

    • Les détails qui tuent : Les reflets du soleil sur le casque d’un Graham Hill (surnommé Mr. Monaco), les coulures d’huile indélébiles sur les pontons des Lotus en alu riveté, ou encore les traces de pneus d’une Tyrrell à six roues gravissant la courbe du Casino.
    • La proximité folle : Les photographes de l’époque, armés de leurs reflex argentiques, se tenaient parfois à genoux derrière de simples bottes de paille. Les images de cette ère transpirent le danger. On y voit le regard des pilotes à travers leur visière transparente, une intensité dramatique impossible à simuler.

    1980 – 1989 : L’apogée de la fureur analogique

    Les années 80 marquent l’ère des monstres Turbo et des rivalités mythiques. C’est le sommet de la photographie d’action pure avant la numérisation globale des médias :

    • Le duel Senna / Prost : Les clichés de la McLaren MP4/4 rasant les rails de la Piscine à quelques millimètres près ne sont pas des rendus 3D. Les étincelles qui jaillissent du fond plat en titane ont réellement illuminé le bitume monégasque.
    • La vérité du mouvement : Les filés photographiques de cette décennie capturent la vitesse d’une manière organique. Le flou artistique n’est pas un effet photoshop appliqué après coup ; il est le résultat direct du mouvement physique du bras du photographe qui suit la monoplace à 200 km/h.

    Note de la rédaction AUTOcult : Regarder ces archives, c’est respecter le travail de générations de reporters qui ont risqué leur vie au bord de la piste pour immortaliser l’histoire. À une époque où le virtuel tente de réécrire le passé, ces photos rappellent que l’histoire du sport automobile s’est écrite avec de l’essence, du sang, du talent et de la vraie lumière sur de l’argent.

    Face à la prolifération des images virtuelles et des fakes historiques sur les réseaux sociaux, accordez-vous aujourd’hui une valeur supérieure aux magazines et livres de photos d’époque ?

  • Le diamant perdu de Monaco : quand Jaguar joaillait sa F1

    Le diamant perdu de Monaco : quand Jaguar joaillait sa F1

    Le Grand Prix de Monaco a toujours été l’épreuve de toutes les extravagances. Dans les rues étroites de la Principauté, le faste et le sport s’entremêlent, entre yachts luxueux, célébrités, champagne et, parfois, coups de communication spectaculaires. Mais rarement une équipe de Formule 1 n’a osé aller aussi loin que Jaguar Racing en 2004, lorsqu’elle présenta une monoplace dotée d’un véritable diamant incrusté dans son museau. Une opération marketing qui allait rapidement se transformer en mystère digne d’un polar.

    Une idée brillante, littéralement

    En 2004, Jaguar Racing n’est pas une écurie de pointe en Formule 1. Propriété de Ford, l’équipe peine à rivaliser avec Ferrari, Williams ou McLaren. Pour exister médiatiquement, elle doit donc redoubler de créativité. À l’occasion du Grand Prix de Monaco, elle conclut un partenariat avec la sortie du film Ocean’s Twelve, produit par Warner Bros, dont l’intrigue gravite autour de vols de bijoux.

    De là naît une idée audacieuse : sertir un diamant d’une valeur estimée à 300 000 dollars sur le nez de chacune des deux R5 engagées en Principauté. Placée juste devant la caméra embarquée, la pierre devait rappeler aux spectateurs le lien avec le film et attirer l’attention du monde entier sur Jaguar. Mission accomplie… mais pas comme prévu.

    Le crash de Klien

    Dès le départ de la course, les caméras scrutent les deux Jaguar vertes, pilotées par Mark Webber et le jeune Autrichien Christian Klien. C’est ce dernier qui, au dixième tour, perd le contrôle à l’entrée de la fameuse Rascasse. Sa monoplace heurte les barrières et s’immobilise, nez contre le rail. Rien d’anormal à Monaco, où les incidents sont fréquents. Sauf qu’en se relevant de l’impact, l’équipe technique constate que le diamant a disparu.

    Disparu ? Volé ? Brisé ? Personne ne le saura jamais vraiment. Les commissaires de piste n’ont rien trouvé sur la trajectoire. Jaguar affirmera par la suite que la pierre s’est probablement détachée et perdue dans le choc. Mais l’idée d’un vol — par un spectateur rapide ou un membre de l’organisation — reste dans toutes les têtes.

    Un mystère jamais élucidé

    Malgré plusieurs recherches sur place et les déclarations de l’équipe, le diamant n’a jamais été retrouvé. Le coup marketing avait déjà fait parler de lui avant le départ, mais l’accident et la disparition du joyau lui offrirent une aura presque légendaire. Certains observateurs affirmeront que tout avait été orchestré : après tout, quel meilleur écho au scénario d’Ocean’s Twelve qu’un diamant égaré au beau milieu de Monaco ?

    Jaguar, de son côté, a toujours nié toute mise en scène. L’équipe avait bien d’autres soucis à gérer, notamment son manque de performance chronique. Et l’idée qu’un objet de cette valeur puisse être « sacrifié » volontairement reste difficile à croire.

    L’un des coups les plus fous de la F1 moderne

    Le diamant perdu de Monaco est resté comme l’un des épisodes les plus insolites de la Formule 1 moderne. On a vu des monoplaces décorées pour des sponsors, des livrées spéciales pour des événements, mais incruster une pierre précieuse sur le nez d’une voiture lancée à 280 km/h dans les rues de Monte-Carlo reste sans équivalent.

    Jaguar Racing quittera la Formule 1 à la fin de la saison 2004, reprise par Red Bull qui construira sur ses cendres un empire dominant. Quant au diamant, il reste probablement quelque part, enfoui dans un recoin du port de Monaco… ou dans la collection secrète d’un mystérieux spectateur.

    Une certitude : plus de vingt ans après, ce petit caillou manquant fait toujours briller les mémoires des passionnés.

  • Porsche 911 Dakar : 7 400 km d’enfer et de poussière au Rally dos Sertões

    Porsche 911 Dakar : 7 400 km d’enfer et de poussière au Rally dos Sertões

    Qu’est-ce qui peut bien pousser une famille à troquer le confort d’un grand SUV contre une authentique voiture de sport pour affronter des milliers de kilomètres de sable, de roches et de rivières ? Pour Fredy et Susele Piotto Vogt, la réponse s’est écrite en lettres de poussière lors d’une expédition mémorable à travers le Brésil, au volant de leur propre Porsche 911 Dakar.

    De la Namibie aux pistes du Sertões

    La famille Vogt n’est pas novice en matière d’aventure. Habitués de la catégorie « Expédition » du célèbre Rally dos Sertões — qui consiste à suivre le parcours officiel et dantesque de la course sans être chronométré —, ils y participaient d’ordinaire avec deux véhicules tout-terrain traditionnels équipés de tentes de toit.

    Le déclic pour la 911 Dakar s’est produit lors d’un événement de la marque en Namibie. Face aux dunes africaines, le couple réalise que cette version surélevée de la mythique 911 n’est pas un simple jouet de salon, mais un véritable monstre de franchissement. L’idée est lancée : la prochaine expédition brésilienne se fera à trois (avec leur fils João Pedro) dans le cockpit étroit du coupé de Stuttgart.

    Un choc culturel sur les spéciales

    Arriver au milieu des tentes d’assistance et des prototypes de course avec une Porsche 911 de dernière génération a immédiatement figé l’événement. Susele s’en amuse encore : « Partout où nous arrivions, les gens s’arrêtaient pour regarder et prendre des photos. Même les pilotes professionnels venaient l’examiner de près. »

    Loin de cacher leur monture à 220 000 euros, la famille a mis un point d’honneur à la laisser bien visible dans chaque village traversé, offrant aux locaux le spectacle rare d’une supercar couverte de boue dans un environnement hostile.

    L’art du franchissement selon Porsche

    Sur le terrain, la surprise a rapidement laissé place à la sidération technique. Érosion profonde, roches tranchantes, lits de rivières à traverser… la 911 Dakar a tout avalé avec une facilité déconcertante.

    Mais au-delà de ses capacités de franchissement, c’est la dualité de la machine qui a marqué Fredy : « Vous sortez d’une section hors-piste extrêmement difficile et cassante, et la seconde d’après, vous roulez sur l’asphalte dans une voiture incroyablement stable et confortable. Cela change complètement l’expérience du grand voyage. »

    7 400 kilomètres et zéro crevaison : Le miracle Pirelli

    Dans un enfer mécanique comme le Sertões, où les pneus sont les premières victimes des pierres volcaniques et des débris, l’élément crucial de la réussite tenait en quatre morceaux de gomme. Développés exclusivement par Pirelli pour ce modèle, les pneus Scorpion All Terrain Plus ont réalisé un sans-faute.

    Au total, entre les liaisons et le tracé du rallye, la sportive a parcouru 7 400 km. Le bilan ? Aucune crevaison. Une prouesse rare dans cette région. Comme le souligne Fredy, ce pneu fait partie intégrante du projet d’ingénierie de la voiture : elle a été dessinée autour de lui.

    Le grand écart du quotidien

    Le plus fascinant dans cette histoire reste le retour à la réalité. Cette même Porsche qui a traversé des rivières et grimpé des pistes de terre au milieu des camions de course est aujourd’hui redevenue la voiture du quotidien de la famille. Susele l’utilise pour faire les courses et déposer son fils à l’école. Après une telle aventure, le couple n’a désormais qu’une idée en tête : dénicher une seconde 911 Dakar pour pouvoir repartir, la prochaine fois, avec deux voitures.

    Le saviez-vous ? La Porsche 911 Dakar rend hommage à la victoire historique de la marque au rallye Paris-Dakar en 1984 avec la 953. Pour honorer cet héritage, le modèle moderne dispose d’un mode de conduite spécifique appelé « Rallye », qui privilégie la transmission intégrale sur le train arrière pour faciliter les dérives sur la terre.

    Et vous, oseriez-vous emmener une sportive de ce calibre au bout du monde pour l’habiller de poussière, ou préféreriez-vous la garder jalousement à l’abri dans un garage chauffé ?

  • Porsche fête les 50 ans du Transaxle : L’autre âme de Stuttgart

    Porsche fête les 50 ans du Transaxle : L’autre âme de Stuttgart

    Lorsque l’on prononce le nom de Porsche, le réflexe pavlovien impose l’image d’un flat-six en porte-à-faux arrière. Pourtant, une autre lignée a profondément marqué l’histoire de la marque et assuré sa survie commerciale. En 2026, Stuttgart célèbre le demi-siècle de l’architecture Transaxle avec un programme d’expositions éphémères baptisé « Forever Young. Celebrating Transaxle ». Retour sur une saga née sous le signe de l’audace et de l’équilibre.

    1976-1995 : L’ère de la répartition des masses

    Le principe du Transaxle est une ode à la physique et à l’équilibre dynamique : le moteur est implanté longitudinalement à l’avant, tandis que la boîte de vitesses et le différentiel sont repoussés sur l’essieu arrière. Les deux blocs sont solidarisés par un arbre de transmission rigide tournant à la vitesse du moteur dans un tube de poussée (torque tube).

    Le résultat ? Une répartition des masses idéale proche du 50/50, conférant à ces modèles une stabilité impériale et une agilité chirurgicale que de nombreux conducteurs louent encore aujourd’hui. Entre 1976 et 1995, cette architecture a donné naissance à quatre familles de modèles vendues à près de 400 000 exemplaires : les 924, 928, 944 et 968.

    Quatre visions d’un même concept

    L’aventure commence paradoxalement par un projet avorté pour Volkswagen (le projet EA 425), que Porsche rachète pour lancer la 924 en 1976. Fabriquée à Neckarsulm, elle ouvre à Porsche les portes d’un nouveau segment de clientèle plus populaire.

    Dès 1977, la marque décline le concept vers le très haut de gamme avec la mythique 928. Équipée d’un V8 d’un bloc en alliage léger refroidi par eau et du révolutionnaire essieu arrière directionnel Weissach, elle est élue « Voiture de l’année » en 1978 — un exploit unique pour une GT de ce standing.

    Durant les années 1980, la 944 devient la rockstar de la famille. Avec ses ailes bodybuildées et son tempérament plus affirmé, elle comble le fossé entre l’entrée de gamme et la 911 classique. Enfin, de 1991 à 1995, la 968 pousse le concept à son paroxysme avec son gros bloc 4 cylindres de 3,0 litres développant 240 ch, offrant une synthèse parfaite entre performance brute et utilisabilité au quotidien.

    L’esthétique des « Pop-up headlights » et l’esprit des Eighties

    Le style Transaxle reste indissociable de l’équipe de design dirigée par Anatole Lapine, épaulé par des pointures comme Harm Lagaaji et Wolfgang Moebius. Nez plongeant, phares escamotables, immense bulle arrière vitrée : ces lignes tendues rompaient radicalement avec les galbes de la 911 et collaient parfaitement à l’optimisme technologique et visuel des années 1980.

    C’est d’ailleurs cette ambiance faite de néons, de contrastes et de pop-culture que le Musée Porsche a décidé de faire revivre en 2026. Plutôt qu’une exposition statique traditionnelle, le constructeur déploie une série de rassemblements et d’installations « pop-up » évolutives tout au long de l’année à Zuffenhausen et au-delà. Le coup d’envoi sera donné dès les 23 et 24 mai 2026 avec le « Transaxle Meet – Spring Edition », où des modèles de compétition légendaires comme la 924 GTP du Mans et la version rallye de Walter Röhrl s’exposeront sur le parvis du musée.


    Le saviez-vous ? Lors de sa sortie en 1977, la Porsche 928 était si avant-gardiste et performante que la direction de Porsche avait sérieusement envisagé d’arrêter la production de la 911, jugée alors techniquement obsolète et trop difficile à conduire pour le grand public. L’histoire en a heureusement décidé autrement !

    Et vous, si vous deviez craquer pour une Porsche Transaxle en 2026, seriez-vous plutôt séduit par le look purement « Eighties » d’une 944 Turbo ou par le prestige technologique du V8 d’une 928 GTS ?

  • Ferrari 250 GT California Spyder : La reine des enchères a encore frappé à Monaco

    Ferrari 250 GT California Spyder : La reine des enchères a encore frappé à Monaco

    S’il existe un baromètre de la santé financière des collectionneurs, c’est bien la Ferrari 250 GT California Spyder. Lors de la récente vente RM Sotheby’s en marge du Grand Prix Historique de Monaco 2026, un exemplaire « SWB » (châssis court) de 1961 a une nouvelle fois affolé les compteurs. Mais qu’est-ce qui pousse un homme à dépenser le prix d’un jet privé pour une décapotable des années 60 ?

    L’incarnation de la « Dolce Vita »

    La California Spyder n’est pas une Ferrari comme les autres. Elle est née d’une vision : celle de John von Neumann, l’importateur californien de la marque, qui souhaitait une version « plein air » de la 250 GT Berlinetta pour ses clients d’Hollywood.

    Ce n’est pas une bête de course brutale, mais l’accessoire ultime du glamour. De Steve McQueen à Alain Delon (dont l’exemplaire ex-Baillon a battu des records en 2015), elle a été l’apanage des icônes de la mode et du cinéma. Sa silhouette, signée Scaglietti, est d’un équilibre absolu : une calandre agressive, des hanches galbées et une ligne de caisse qui semble s’étirer à l’infini vers l’horizon.

    Le châssis SWB : Le Graal technique

    Le modèle vendu à Monaco est une version SWB (Short Wheel Base). En 1960, Ferrari raccourcit l’empattement de 2,60 m à 2,40 m pour améliorer la tenue de route. Ce changement ne modifie pas seulement le comportement dynamique de la voiture — la rendant plus agile et nerveuse — il sublime aussi ses proportions.

    Sous le long capot, on retrouve le mythique V12 « Colombo » de 3,0 litres développant environ 280 ch. Un moteur qui offre une souplesse incroyable pour la promenade sur la Corniche, mais qui hurle dès qu’on sollicite la pédale de droite. C’est cette dualité qui en fait une voiture d’exception : elle est aussi à l’aise devant le Casino de Monte-Carlo qu’à pleine charge sur une route de montagne.

    Un investissement plus sûr que l’or ?

    En franchissant la barre des 15 millions d’euros (pour cet exemplaire certifié Ferrari Classiche), la California Spyder confirme son statut de valeur refuge. Dans un marché de 2026 devenu sélectif, où les modèles « communs » stagnent, les icônes absolues continuent de grimper.

    Posséder une California Spyder, c’est posséder un ticket d’entrée permanent pour les événements les plus prestigieux de la planète : le Concours d’Élégance de Villa d’Este, Pebble Beach ou les 1000 Miglia. C’est plus qu’une voiture, c’est un passeport pour l’élite culturelle de l’automobile.


    Le saviez-vous ? La Ferrari 250 GT California Spyder a été rendue mondialement célèbre auprès d’une nouvelle génération grâce au film La Folle Journée de Ferris Bueller (1986). Cependant, la voiture utilisée dans le film n’était pas une vraie Ferrari, mais une réplique en fibre de verre équipée d’un moteur Ford V8 !

    Si vous deviez choisir une Ferrari pour traverser la France par les routes nationales, prendriez-vous le confort luxueux d’une 250 GT California ou la rudesse radicale d’une 250 GTO ?

  • Le col du Stelvio a 200 ans : Hommage au roi absolu des sommets alpins

    Le col du Stelvio a 200 ans : Hommage au roi absolu des sommets alpins

    « Aujourd’hui est le troisième plus beau jour de ma vie. Depuis la naissance de mes deux fils, rien de ce que j’ai fait n’a été aussi beau. Rien. »

    Ces mots empreints d’une immense émotion ne viennent pas de n’importe qui. Ils sont signés Hans-Joachim Stuck, légende absolue du sport automobile, double vainqueur des 24 Heures du Mans et champion de DTM, alors qu’il vient tout juste de couper le moteur d’une Auto Union Type C. Une réplique exacte de la créature de course que pilotait son père, le Bergkönig (le Roi des Montagnes), au début des années 1930.

    Pour célébrer le 200e anniversaire de ce monument de l’asphalte, quelque 150 pièces de collection historiques se sont élancées depuis l’hôtel Bella Vista au virage n°46 pour faire revivre la légende.

    Une prouesse d’ingénierie née pour les canons

    Pour comprendre l’audace du Stelvio, il faut remonter à l’Empire des Habsbourg. Affaibli par les guerres napoléoniennes, l’empereur d’Autriche François Ier ordonne en 1818 la construction d’une route militaire stratégique traversant les montagnes.

    C’est l’architecte Carlo Donegani qui relève ce défi titanesque. Si le tracé initial prévoyait 61 virages sur le versant tyrolien, le manque de matériaux pour bâtir les piliers de soutien force les ouvriers à redessiner l’itinéraire. Ce sont finalement 48 virages en épingle qui sont taillés à flanc de roche.

    La géométrie si particulière de la route (une pente qui dépasse rarement les 10 % malgré le dénivelé) n’a pas été pensée pour le plaisir des conducteurs, mais pour permettre aux lourds affûts de canons d’être tirés par les troupes sans bloquer les convois. Achevé en 1825 après le travail acharné de milliers d’artisans, le col culmine à 2 757 mètres d’altitude.

    L’âge d’or de la compétition : Stuck contre Nuvolari

    Dès son ouverture, le Stelvio devient une attraction touristique majeure. Mais c’est dans les années 1920 et 1930 que le col entre définitivement dans la légende du sport automobile. À l’époque, la piste est encore en gravier, mais les virages majeurs sont surélevés en béton pour maximiser l’adhérence.

    Un duel d’anthologie reste gravé dans la roche, celui d’août 1932 :

    • Hans Stuck Sr. (Mercedes SSKL) : Vainqueur de l’épreuve en un temps record de 15 minutes et 23 secondes.
    • Tazio Nuvolari (Alfa Romeo) : Termine sur les talons de la Flèche d’Argent, à peine 20,6 secondes plus tard.

    De la Countach à la Revuelto, en passant que l’Alfa Romeo Stelvio

    Pour cet anniversaire exceptionnel, il a été a choisi de froncer les sourcils face à la gravité en y amenant une Countach 25e anniversaire d’origine, une nouvelle Revuelto et l’Alfa Romeo Stelvio, qui rend un hommage direct au lieu.

    Le choc des générations au sommet

    • La Countach (génération Horacio Pagani) : Physique, brute, dotée d’un rayon de braquage si absurde qu’il impose des manœuvres en marche arrière dans certaines épingles serrées. Son V12 atmosphérique demande à être cravaché dans les tours pour respirer l’air rare des sommets. Une machine exigeante, mais magique pour retrouver son âme d’enfant.
    • La Revuelto : Le bond technologique est abyssal. Direction millimétrée, boîte de vitesses ultra-douce, climatisation performante. On la mène du bout des poignets. Pourtant, elle partage avec son ancêtre cette même philosophie immuable : placer le grand V12 au centre de l’expérience et célébrer la mécanique pure.
    • L’Alfa Romeo Stelvio : Le plus beau, le plus réel, le plus fou des SUV que « tout » le monde peut s’acheter. En versions Diesel de 160 ou 210 chevaux, en versions essence 4 cylindres 280 ou 6 cylindres 520 chevaux, le Stelvio est d’une qualité remarquable. Digne du Stelvio !

    Le verdict d’AUTOcult

    En 2008, Top Gear l’avait proclamée « meilleure route du monde ». En réalité, les puristes de la trajectoire vous diront le contraire : le trafic y est dense et le rythme y est cassé par la sévérité des épingles.

    N’y venez pas pour chercher le chrono parfait. Venez pour contempler ces murs de soutènement en pierre semblables à des cathédrales, pour écouter l’écho d’un moteur noble résonner contre la roche, et pour vous installer au refuge du Tibet, tôt le matin, face à l’un des panoramas les plus spectaculaires de l’histoire industrielle et automobile.

    Selon vous, quel autre col alpin en France ou européen égale l’audace architecturale et l’impact émotionnel du Stelvio pour un passionné de belles mécaniques ?

  • AC Cobra GT Coupé : La légende s’offre un toit et 730 chevaux

    AC Cobra GT Coupé : La légende s’offre un toit et 730 chevaux

    AC Cars, le plus ancien constructeur automobile britannique encore en activité, vient de frapper un grand coup pour célébrer le 125e anniversaire de sa fondation. Le constructeur a dévoilé aujourd’hui la version de production de la redoutable AC Cobra GT Coupé. Une déclinaison à toit rigide qui transforme le mythique roadster en un super-grand tourisme à la férocité assumée.

    Une silhouette sculptée par l’histoire du Mans

    Si le style général reste instantanément reconnaissable, cette version fermée affiche une posture nettement plus agressive et focalisée que sa déclinaison Roadster. Les designers se sont directement inspirés de la célèbre et infâme AC A98 Coupé qui avait couru les 24 Heures du Mans en 1964.

    La carrosserie en fibre de verre et carbone de pointe intègre deux éléments aérodynamiques majeurs :

    • Un toit à « double bulle » qui fluidifie l’écoulement de l’air tout en abaissant la ligne de pavillon sans sacrifier la garde au toit des grands conducteurs.
    • Une partie arrière tronquée de type « Kammtail », directement héritée de la voiture de course de 1964, permettant d’optimiser l’efficacité aérodynamique sans avoir recours à une carrosserie allongée.

    Châssis high-tech et fureur thermique

    Sous cette robe néo-rétro se cache une architecture moderne développée en interne au cours des sept dernières années. Le coupé partage environ 75 % de sa technique avec le Roadster, s’appuyant sur un châssis de type spaceframe en aluminium extrudé, particulièrement léger et rigide.

    Avec une répartition des masses parfaite de 50:50 et un centre de gravité très bas, le comportement a été paramétré pour être à la fois prévenant et ultra-réactif.

    Voici les caractéristiques techniques majeures des deux déclinaisons du V8 5.0L modulaire :

    CaractéristiqueVersion Atmosphérique PDFVersion Suralimentée (Compresseur) PDF
    Puissance456 PS (450 bhp)730 PS (720 bhp)
    Couple555 Nm820 Nm
    0 à 60 mph (0-96 km/h)N.C.Moins de 3,5 secondes
    Poids à vide~1 600 kg~1 600 kg
    TransmissionManuelle 6 vit. / Auto 10 vit.Manuelle 6 vit. / Auto 10 vit.
    Prix de base (hors taxes)£234 300£256 300

    Un habitacle de Grand Tourisme sur mesure

    Bien que ses performances soient dignes d’une pistarde, l’AC Cobra GT Coupé se veut avant tout une grande routière civilisée et spacieuse. Son empattement de 2 570 mm (pour 4 225 mm de long et 1 980 mm de large) permet d’accueillir confortablement des adultes de plus d’un mètre quatre-vingts.

    L’ambiance intérieure mélange subtilement nostalgie et modernité :

    • Les commandes à bascule usinées et l’instrumentation analogique côtoient un écran numérique d’information derrière le volant.
    • La dotation de série comprend la climatisation automatique, les vitres électriques et un système d’infodivertissement avec navigation par satellite tactile.
    • Chaque client pourra faire appel au service de personnalisation de l’usine pour concevoir des cuirs sur mesure ou laisser des sections de carbone apparentes sur la carrosserie.

    Changement de dimension pour AC Cars

    Avec ce nouveau modèle, la marque dirigée par David Conza ambitionne d’étendre sa présence à l’international, notamment au Moyen-Orient et en Asie. AC Cars est en train de passer d’un statut d’artisan confidentiel (produisant environ 100 voitures à la main par an) à une marque mondiale de performance, avec un objectif maximal de 1 000 voitures par an toutes gammes confondues.

    L’exclusivité reste de mise : chaque exemplaire sera assemblé spécifiquement selon les désirs de son acheteur. Les réservations sont d’ores et déjà ouvertes sur le site officiel, mais il faudra s’armer de patience : les premières livraisons n’interviendront qu’en 2028, une fois que la production des GT Roadster sera totalement finalisée.

  • Le Mans : Le pont Dunlop change de nom, une page d’histoire se tourne

    Le Mans : Le pont Dunlop change de nom, une page d’histoire se tourne

    C’est l’un des repères les plus célèbres du sport automobile mondial. Depuis des décennies, le pont Dunlop surplombait la piste du Mans, offrant le décor parfait aux photographes capturant le peloton dévalant la colline après le départ. En 2026, la structure reste, mais le nom change : dites désormais « Pont Goodyear ».

    Une mutation plus commerciale que structurelle

    Que les puristes se rassurent (un peu) : la silhouette iconique en forme de demi-pneu ne disparaît pas. Le pont piétonnier qui enjambe la chicane Dunlop au début des 13,6 km du circuit de la Sarthe a simplement été « rhabillé ». Finie la livrée jaune et noire, place au bleu et jaune de Goodyear.

    Ce changement radical est la conséquence directe d’un jeu de chaises musicales industriel. L’an dernier, Goodyear a revendu les droits d’utilisation de la marque Dunlop en Europe et en Amérique du Nord au groupe japonais Sumitomo Rubber Industries. Goodyear, qui équipe déjà exclusivement les catégories LMP2 et LMGT3 en Endurance, a donc logiquement repris l’espace publicitaire le plus convoité du circuit.

    Un monument centenaire

    L’histoire de Dunlop au Mans remonte à la toute première édition des 24 Heures, en 1923. À l’époque, le premier pont se situait près de l’épingle de Pontlieue, quand le tracé s’enfonçait encore dans la ville.

    • 1932 : Le pont s’installe à son emplacement actuel.
    • Le saviez-vous ? Il a longtemps existé un second pont Dunlop sur le circuit, situé à proximité du virage du Tertre Rouge, aujourd’hui disparu des mémoires.
    • 2002 : La section a été remodelée pour transformer la descente rapide en une chicane technique, mais le pont est resté le gardien du temple.

    Une question d’image

    Pour les photographes et les fans, c’est un choc visuel. Le pont Dunlop servait de toile de fond à l’image classique du premier tour, où les voitures plongent vers les « Esses » avant d’attaquer la ligne droite des Hunaudières.

    Si la structure métallique demeure la même, le passage au nom Goodyear marque la fin d’une ère de 103 ans. C’est le reflet d’un sport où l’identité visuelle est intimement liée aux accords de fourniture pneumatique. Goodyear s’impose ainsi comme le nouveau maître des lieux, marquant de son empreinte (de pneu) le virage le plus célèbre de France.


    L’info en plus : Le nouveau revêtement du pont a été conçu pour conserver l’aspect « sculpture de pneu » qui a fait sa renommée mondiale, assurant une continuité esthétique malgré le changement de marque.

    Et vous, mettrez-vous du temps à ne plus l’appeler « le pont Dunlop » lors de la prochaine édition des 24 Heures ?

  • Pourquoi n’y a-t-il pas de Porsche engagées en Hypercar aux 24 Heures du Mans ?

    Pourquoi n’y a-t-il pas de Porsche engagées en Hypercar aux 24 Heures du Mans ?

    C’est le choc de cette édition 2026 : pour la première fois après trois saisons de lutte acharnée pour décrocher une 20e victoire historique, Porsche est absent de la catégorie reine aux 24 Heures du Mans. Pas de 963 officielle, pas de privée. Un vide immense pour les fans, qui s’explique par un imbroglio réglementaire et une décision radicale de Stuttgart.

    Un abandon sur fond de crise commerciale

    L’absence de Porsche n’est pas le fruit d’un échec sportif, mais d’une décision stratégique prise l’été dernier. Confrontée à une baisse de ses ventes mondiales, la firme de Stuttgart a choisi de mettre fin à son programme officiel en WEC (World Endurance Championship).

    Pourtant, le constructeur aurait pu être représenté indirectement. L’écurie privée Proton Competition, fidèle partenaire de la marque, avait un plan solide pour aligner une 963 avec le soutien de Penske. L’organisation américaine disposait même d’une invitation automatique grâce à son titre durement acquis en IMSA l’an dernier.

    Le refus de Stuttgart

    Pourquoi ce plan a-t-il échoué ? Pour une simple question de nom. Le règlement du WEC impose qu’un constructeur soit officiellement représenté pour que ses voitures puissent courir en Hypercar. Pour que Proton puisse s’aligner, Porsche devait donner son accord pour que son nom apparaisse dans l’engagement officiel.

    Contre toute attente, Stuttgart a opposé une fin de non-recevoir. Un refus qui a empêché Penske et Proton de valider leur ticket pour la Sarthe, laissant les prototypes Porsche au garage.

    La fin d’une tradition de l’improvisation géniale

    Cette rigidité administrative tranche avec l’histoire de la marque, souvent marquée par un opportunisme victorieux. Les passionnés se souviennent :

    • 1981 : Porsche sort ses barquettes 936 du musée à la dernière minute pour gagner Le Mans.
    • 1994 : Le constructeur contourne le règlement GT en développant en un temps record la Dauer 962 LM, une Groupe C déguisée en GT qui finira par triompher en juin.

    En 2026, l’époque de la « débrouille » héroïque semble révolue au profit d’une gestion plus comptable et prudente de l’image de marque.

    Tout repose sur les épaules de Manthey

    Sans prototypes à soutenir, les puristes n’auront d’yeux que pour la catégorie LMGT3. Porsche y est représenté par l’écurie Manthey, basée au Nürburgring et détenue à 51 % par le constructeur.

    Après avoir remporté la catégorie lors des deux premières années de l’ère LMGT3 (2024 et 2025), Manthey remet son titre en jeu avec une version évoluée de la 911 GT3 R (Type 992). Mais la tâche sera rude : Ford et Ferrari ont également apporté des mises à jour majeures à leurs Mustang et 296 GT3 pour contrer l’hégémonie allemande.

    Porsche parviendra-t-il à sauver l’honneur en GT à défaut de pouvoir briller au sommet ? Réponse au drapeau à damier, mais une chose est sûre : sans le hurlement du V8 de la 963, la nuit mancelle n’aura pas tout à fait la même saveur cette année.


  • Ferrari 12Cilindri : Le dernier sanctuaire du V12 atmosphérique

    Ferrari 12Cilindri : Le dernier sanctuaire du V12 atmosphérique

    Alors que le monde de l’automobile semble avoir définitivement basculé dans l’ère du silence électrique et des moteurs hybridés, Ferrari vient de lancer un pavé dans la mare — ou plutôt un hurlement dans la vallée. La bien nommée « 12Cilindri » n’est pas seulement une nouvelle GT ; c’est un acte de résistance mécanique pur et dur.

    Le nom comme une profession de foi

    Chez Ferrari, on ne s’embarrasse plus de codes complexes. En appelant sa nouvelle égérie « 12Cilindri », la firme de Maranello annonce la couleur : ici, l’architecture moteur est la star absolue. C’est un hommage direct à l’héritage d’Enzo Ferrari, pour qui le V12 était le cœur battant de toute « vraie » voiture de sport.

    En 2026, conserver un bloc de 6,5 litres sans le moindre turbo ni assistance électrique est un tour de force d’ingénierie. Pour passer les normes environnementales toujours plus drastiques, les ingénieurs ont dû transformer ce moteur en une pièce d’orfèvrerie capable de grimper jusqu’à 9 500 tr/min. Le résultat ? 830 chevaux qui ne demandent qu’à s’exprimer dans une symphonie métallique que l’on croyait condamnée.

    Un regard dans le rétro : L’esprit « Daytona »

    Le style de la 12Cilindri a immédiatement enflammé les débats. Sous la direction de Flavio Manzoni, le centre de style Ferrari a pris un virage audacieux, délaissant les courbes organiques pour des lignes plus graphiques et tendues.

    Le clin d’œil le plus frappant est ce bandeau noir qui relie les optiques avant. Impossible de ne pas y voir un hommage à la 365 GTB/4 Daytona de 1968. C’est toute la magie de Ferrari : utiliser le futur pour célébrer le passé, sans jamais tomber dans le rétro-design facile. La voiture semble sculptée d’un seul bloc, avec une intégration aérodynamique si poussée que les volets actifs sont presque invisibles à l’arrêt.

    La performance de la démesure

    Derrière son allure de Grand Tourisme élégante, la 12Cilindri cache des chiffres de pistarde : un 0 à 100 km/h abattu en 2,9 secondes et une vitesse de pointe dépassant les 340 km/h. Mais au-delà de la vitesse, c’est la linéarité du moteur atmosphérique qui offre cette sensation de poussée infinie, propre aux moteurs de légende.

    Pourquoi c’est un futur « Cult » ?

    La Ferrari 12Cilindri est sans doute l’une des dernières de sa lignée. Elle représente ce moment charnière de l’histoire où une marque décide, contre vents et marées, de livrer une dernière lettre d’amour à la combustion interne. C’est une voiture pour les puristes, pour ceux qui considèrent qu’une automobile doit se conduire autant avec les oreilles qu’avec les mains.


    Le saviez-vous ? Pour réduire le poids et améliorer la réactivité du moteur, les ingénieurs ont utilisé des bielles en titane et des pistons dans un alliage d’aluminium spécifique, permettant au V12 de monter en régime avec une rapidité foudroyante, presque comme un moteur de Formule 1.

    Et vous, pensez-vous que le V12 atmosphérique puisse encore avoir un avenir après ce modèle, ou sommes-nous face au chant du cygne définitif ?