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Jean Ragnotti, le négociant en virages : la légende du funambule

Jean Ragnotti incarne à lui seul l’âge d’or du sport automobile français. S’il n’affiche pas le palmarès froid de certaines têtes d’affiche,…

Par Rédaction ◷ 4 min de lecture 29 août 2017
Jean Ragnotti, le négociant en virages : la légende du funambule

Jean Ragnotti incarne à lui seul l’âge d’or du sport automobile français. S’il n’affiche pas le palmarès froid de certaines têtes d’affiche, il demeure le plus populaire, le plus attachant de tous. « Négociant en virages », comme il aimait se définir, Jeannot est un artiste au coup de volant instinctif. Multiple champion de France sur tous les terrains, il s’est taillé une renommée mondiale sans jamais troquer sa bonhomie contre le masque austère du pilote d’usine.

Quand d’autres cultivent un professionnalisme clinique, lui incarne un pilotage vivant, instinctif, où seules ses facéties — parfois burlesques — l’écartent de la trajectoire idéale. « Mon plaisir a toujours été le pilotage », répète-t-il inlassablement au détour d’un paddock ou d’un parc d’assistance.

Des routes de Carpentras aux circuits internationaux

L’épopée de Jean Ragnotti, c’est d’abord une histoire de copains. À dix-huit ans, son permis tout juste en poche, il devient routier pour financer sa passion. Il achète une Renault 4CV à crédit et commence à impressionner ses pairs. À Carpentras, la réputation du jeune homme enfle vite : « Ils disaient que j’avais un bon coup de volant. À chaque fois, ils me poussaient à faire des courses. J’ai pris ça à la rigolade et puis j’ai fini par trouver une Renault 8 Gordini pour m’aligner au Rallye du Vaucluse. Il a fallu économiser durant quatre ans. Tous les pilotes de l’époque débutaient en Gordini ! »

Après ses premiers faits d’armes sur route ouverte, il est convié à un galop d’essai sur circuit. En 1972, sa carrière bifurque : « Je fais le deuxième temps global et le meilleur tour contre des pilotes de monoplace. On m’a fait une proposition de contrat et j’ai accepté de rouler, car je désirais tout connaître. »

Déjà vice-champion de France des rallyes, l’espoir tricolore découvre la F3 à 28 ans. Il s’exerce ensuite en Championnat d’Europe des Sports Proto 2 litres, puis s’offre le titre de vice-champion d’Europe de Formule Renault derrière René Arnoux. Mais le cœur balance : le Losange lui soumet son premier contrat officiel pour revenir aux spéciales. Sa réponse résume l’homme : « Le circuit, c’est bien… On peut devenir riche et célèbre ou mort. En devenant riche, j’aurais été obligé de déménager en Suisse. Alors j’ai choisi le rallye pour rester en France ! »

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Le Losange dans la peau : l’art du 360° et du panache

Dès lors, le Losange colle à la peau de Jeannot. Chez Renault, mécaniciens comme ingénieurs possèdent tous leur anecdote sur le bonhomme, oscillant entre génie du pilotage et pitreries d’anthologie. Le palmarès s’étoffe avec une insolente variété : victoires au Rallye Monte-Carlo et au Tour de Corse, deux tops 5 aux 24 Heures du Mans, un top 10 sur le Paris-Dakar, sans oublier des couronnes nationales en rallye, rallycross et Superproduction.

En Superproduction justement, à l’époque où Renault domine la discipline avec la R5 Turbo puis la 21 Turbo, Ragnotti fait monter un frein à main spécifique pour franchir la ligne d’arrivée en toupie. Il décroche le titre et gratifie la foule de 360° en pleine ligne droite. Une pige en Formule 1 le laisse de marbre : trop rigide, trop calculé.

Sur les spéciales, il esquive les cordes canoniques pour chercher le public du regard, va jusqu’à rouler sur une voie ferrée devant une locomotive médusée sans l’ombre d’une préméditation, et transforme chaque virage en figure de style. Lorsque les châssis modernes verrouillent leurs trains avant, l’équilibriste perd un peu de ce que les propulsions offraient aux cœurs bien accrochés. Peu importe, le Provençal sacrifie le chrono au panache : « Je ne suis pas un vrai technicien. Ce qui m’intéressait, c’était le pilotage et me bagarrer avec n’importe quoi qui roule. »

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La joie du pilotage avant les lauriers

Interrogé sur ses plus grands souvenirs, il ne dégaine pas immédiatement ses triomphes mondiaux, mais cite volontiers le Monte-Carlo 1978. Une deuxième place sur la neige au volant d’une modeste Renault 5 Alpine Groupe 2 de 135 chevaux, juste derrière la Porsche 911 de Jean-Pierre Nicolas. Pour Jeannot, l’intensité de l’aventure humaine a toujours prévalu sur l’accumulation de trophées : « Quand je gagne, je suis heureux, mais je ne fais pas des bonds de deux mètres. Et quand je perds, je suis malheureux une ou deux minutes en me disant que c’est dommage. On plaisante rapidement et on pense au rallye suivant ! »

Avec Jean Ragnotti, chaque virage négocié à l’équerre débouche sur une nouvelle facétie. Un négociant en spectacle qui ne manque jamais une occasion de renouer avec les parcs d’assistance pour le plaisir intact de partager une tranche de vie et de rire avec les passionnés.

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