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Jaguar

Après 24 ans chez JLR : Gerry McGovern se livre sur l’échec de Jaguar, le miracle Defender et sa nouvelle vie

C’est l’un des designers les plus influents, les plus charismatiques et parfois les plus clivants de l’histoire moderne de l’automobile britannique. Après…

Par Pierre Durand ◷ 4 min de lecture 17 septembre 2026
Après 24 ans chez JLR : Gerry McGovern se livre sur l’échec de Jaguar, le miracle Defender et sa nouvelle vie

C’est l’un des designers les plus influents, les plus charismatiques et parfois les plus clivants de l’histoire moderne de l’automobile britannique. Après vingt-quatre années passées à façonner le style et l’identité de Jaguar Land Rover (JLR), Gerry McGovern a quitté avec fracas son poste de directeur du design mondial à la fin de l’année 2025.

Aujourd’hui tiré à quatre épingles dans son costume bleu sur mesure, le créateur britannique s’est confié dans les colonnes du magazine Autocar. Entre franchise brutale sur le sort de Jaguar, passion retrouvée chez Norton Motorcycles et désir intact de revenir à l’automobile, retour sur le parcours d’un titan du design et sur ses révélations.

Un quart de siècle à réinventer l’automobile britannique

Pour comprendre le poids de Gerry McGovern dans l’industrie, il faut mesurer l’empreinte qu’il a laissée sur les trente dernières années :

  • Les années 1990 (Rover Group) : Il signe le dessin de la mythique MG F (1995), le roadster qui a ressuscité la griffe sportive britannique, puis le tout premier Land Rover Freelander (1997), le pionnier des SUV compacts familiaux.
  • Le détour américain : Au tournant des années 2000, il prend la tête du design de Lincoln-Mercury chez Ford à Detroit, insufflant une modernité conceptuelle saluée aux États-Unis.
  • L’ère JLR (2004 – 2025) : De retour chez Land Rover, McGovern va transformer une marque d’utilitaires rustiques en un empire du luxe mondial. On lui doit le concept LRX devenu Range Rover Evoque (2011) — la poule aux œufs d’or qui a sauvé financièrement le groupe —, le Range Rover Velar, le majestueux Range Rover L460 et surtout la réinvention du Land Rover Defender (2020), devenu un objet de désir planétaire.

Adepte du « design réductionniste » — une philosophie visant à éliminer tout élément superflu pour ne garder que la pureté des volumes —, McGovern a hissé Range Rover au sommet du luxe contemporain.

« Jaguar était un échec » : Son diagnostic sans concession

Dans cet entretien vérité, Gerry McGovern revient sur l’un des projets les plus controversés de la décennie : le pivot 100 % électrique de Jaguar incarné par le concept Type 00, dernier projet qu’il a supervisé avant son départ.

Alors que le virage stylistique « Copy Nothing » de la marque au félin a suscité des réactions d’une violence inouïe sur les réseaux sociaux et dans les médias, McGovern assume et tranche avec une honnêteté désarmante :

« Jaguar était un échec. C’était une marque formidable à sa grande époque, mais personne n’achetait plus ces voitures. Elle perdait d’immenses sommes d’argent depuis des années. Il nous fallait une réinvention complète de la marque et de ses produits. »

Gerry McGovern

Pour McGovern, reproduire le passé de Jaguar aurait condamné la marque à une mort certaine. Même si la rupture visuelle a choqué les puristes, il reste convaincu qu’un nom prestigieux doit savoir se faire bousculer pour survivre dans le monde moderne.

Le miracle Defender : La fierté d’une carrière

À l’inverse, l’homme ne masque pas sa fierté lorsqu’il évoque le lancement du nouveau Land Rover Defender. Lors de sa présentation, la reprise d’un nom aussi sacré avait provoqué une vague de scepticisme chez les intégristes du tout-terrain.

« On m’expliquait que je tuais la marque avec ce nouveau Defender, qu’ils voulaient « l’ancien ». Mais le Defender est devenu le plus grand pic de carrière, une immense réussite générée par des gens qui voulaient simplement continuer à construire le modèle sortant sans comprendre le marché. »

Deux roues et de nouveaux horizons : Le chapitre Norton

Depuis son départ de JLR, Gerry McGovern n’a pas chômé. Il officie désormais comme conseiller créatif principal pour Norton Motorcycles, la marque britannique légendaire rachetée en 2020 par le géant indien TVS Group (qui avait investi 16 millions de livres pour sauver l’entreprise de la faillite).

Aux côtés de Simon Skinner, responsable du design chez Norton, McGovern applique son approche réductionniste à l’univers de la moto. Il supervise notamment le développement de la superbike Manx R (moteur 1200 cm³) et de la Atlas (585 cm³), façonnant une gamme moderne qui refuse le néo-rétro facile pour se concentrer sur l’ingénierie apparente et la pureté des lignes.

L’automobile en ligne de mire

À la question de savoir si le chapitre à quatre roues est définitivement clos, le designer de 69 ans répond dans un sourire :

« Je vais très certainement dessiner d’autres voitures. C’est dans mon sang. »

Une promesse qui laisse présager qu’après avoir révolutionné l’univers du SUV et secoué l’histoire de Jaguar, Gerry McGovern n’a pas encore posé son dernier coup de crayon.