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Essai Renault Twingo E-Tech : L’anti-panzer que l’on n’espérait plus

L’industrie automobile contemporaine a sombré dans une folie furieuse. Pour prouver au monde entier qu’ils aiment les ours polaires et les petites…

Par Romain Neveu ◷ 7 min de lecture 16 septembre 2026
Essai Renault Twingo E-Tech : L’anti-panzer que l’on n’espérait plus

L’industrie automobile contemporaine a sombré dans une folie furieuse. Pour prouver au monde entier qu’ils aiment les ours polaires et les petites fleurs, les constructeurs nous vendent désormais des cathédrales électriques de deux tonnes et demie, perchées sur des jantes de vingt-deux pouces dures comme du bois et tarifées au prix d’un deux-pièces sur la Côte d’Azur. Ces mastodontes accélèrent comme des missiles sol-sol pour vous coller la nausée au feu vert, mais se révèlent totalement incapables de se faufiler dans une ruelle sans arracher le rétro d’une camionnette de livraison. C’est absurde, vulgaire et épuisant. Puis, au milieu de ce défilé de panzers sous perfusion de kilowatts, Renault a eu une illumination : ressusciter une grenouille en plastique des années nonante, lui coller quatre roues aux quatre coins et se rappeler qu’une citadine sert avant tout à vivre sans se prendre au sérieux.

Le retour de la boîte à malice

Vue de face dans sa livrée Vert Absolu qui pique les yeux, la nouvelle Twingo ressemble exactement à ce qu’elle est : un jouet géant échappé d’un magasin de bandes dessinées. Pas de calandre agressive conçue pour terroriser le brave père de famille dans son rétroviseur, mais des phares ronds taillés pour décrocher des sourires idiots aux passants. L’esprit de 1992 est là, intact, avec cette ligne monocorps où le pare-brise prolonge le museau sans la moindre cassure. Renault a simplement ajouté deux portes dérobées à l’arrière pour calmer les jeunes parents en crise de nerfs, tout en étirant l’ensemble sur 3,79 mètres. C’est quinze centimètres de moins qu’une Renault 5, et chaque millimètre carré est exploité avec une radinerie d’espace absolument géniale.

Sous le capot avant, en revanche, n’espérez rien. Il est scellé. Les ingénieurs de Billancourt sont partis du principe — tout à fait exact — que personne sur cette terre n’a envie de regarder les entrailles d’une machine à laver. Vous avez besoin de remettre du liquide lave-glace ? Une minuscule trappe en plastique sur la face avant se déverrouille d’un coup de pouce, façon grille-pain Rowenta. C’est grotesque, économique et parfaitement brillant.

La bêtise des jantes et le racket de la prise

Avant de signer le bon de commande, il faudra néanmoins envoyer une lettre d’insultes polie au responsable des options de la marque. Quel esprit malade a pu décréter qu’une citadine de 82 chevaux devait recevoir des roues optionnelles de dix-huit pouces ? Avec de telles roulettes de chariot de supermarché surdimensionnées, chaque ralentisseur de banlieue vous tasse les vertèbres comme si vous sautiez du premier étage sur le carrelage. Gardez les seize pouces en tôle avec enjoliveurs : vous économiserez vos lombaires et votre argent.

L’autre carton rouge s’adresse directement aux comptables de la régie. Sur les finitions d’accès, la Twingo est incapable d’encaisser une charge rapide en courant continu sans cocher une option à cinq cents euros. En 2026, facturer un supplément pour pouvoir brancher sa bagnole sur une borne d’autoroute relève de la mesquinerie la plus crasse. C’est comme vendre un pantalon en faisant payer la fermeture éclair à part.

Deux chaises de cuisine et quatre-vingt-deux chevaux

Glissez-vous à bord et la nostalgie opère immédiatement. On retrouve le gros bouton rouge des feux de détresse trônant fièrement au centre, comme un gros bonbon Haribo qu’on a envie d’écraser du poing. L’écran tactile de dix pouces sous Android fonctionne remarquablement bien, vous permettant même de regarder la télévision à l’arrêt, mais la vraie magie tient dans l’art de vivre.

Les sièges avant sont des chefs-d’œuvre de rusticité : plats, fermes, dépourvus du moindre maintien latéral, ils rappellent furieusement les chaises en formica de nos grands-mères. En virage serré, vous glissez de gauche à droite sur le tissu, mais en contrepartie, la banquette arrière coulisse sur des rails avec une simple tirette. Rabattez le dossier du siège passager avant et vous pouvez y enfourner une bibliothèque en kit ou une planche de surf de deux mètres vingt. Une prouesse d’aménagement qu’aucun SUV allemand facturé cent mille balles n’est foutu d’égaler.

Derrière le volant, les 82 chevaux ne vous colleront jamais au fond du siège, et c’est une excellente nouvelle. La cavalerie suffit amplement pour décoller au feu avec l’insolence d’un scooter deux-temps et s’extraire de la circulation urbaine. Grâce à un diamètre de braquage lilliputien et un mode de régénération à une seule pédale calibré au millimètre, l’auto se conduit d’un doigt, sans jamais toucher aux freins. Sur les départementales, le châssis hérité de la R5 verrouille les trajectoires sans aucun roulis vomitif.

Mieux encore : la petite batterie de 27,5 kWh prouve que la légèreté reste le seul remède à la gloutonnerie électrique. En ville, l’engin avale à peine plus de 7 kWh aux cent kilomètres, et tourne autour des 11 kWh sur parcours mixte. C’est moins qu’un tiers de ce que réclame un tank à batterie pour déplacer son embonpoint sur le périphérique.

L’autoradio idéal : La bande-son de la liberté à trois sous

Dans une auto qui refuse aussi catégoriquement le sérieux doctoral des berlines modernes, lancer une symphonie de Mahler ou un podcast sur la géopolitique relève de la faute de goût absolue. La Twingo réclame une bande-son solaire, légèrement ringarde et taillée pour les vitres baissées au feu rouge. Branchez votre téléphone et balancez immédiatement l’album Homework des Daft Punk pour faire vibrer les contre-portes en plastique brut, ou enchaînez avec le groove chaloupé de MC Solaar époque Prose Combat. Pour les jours de pluie coincé sur le boulevard circulaire, un vieux tube d’Alliance Ethnik ou Freed from Desire de Gala remettra immédiatement l’ambiance au niveau des années lycée. La musique dans cette auto doit faire le même effet que sa carrosserie : donner envie de sourire bêtement sans jamais se justifier.

Le triomphe du bon sens

Vendue autour des vingt mille euros avant déduction des aides publiques, cette quatrième génération de Twingo remet les pendules à l’heure avec une insolence salvatrice. Elle n’a pas la prétention de traverser l’Europe d’une traite ni de vous faire croire que vous êtes un pilote de chasse en route pour le bureau. Elle se contente d’être légère, maniable, joyeuse et économique. Dans une époque corsetée par des normes anxiogènes et des voitures obèses dessinées par des logiciels tristes, cette petite boîte verte prouve qu’un gramme de bon sens français et deux sous d’ingéniosité vaudront toujours mieux que toutes les batteries du monde.

Le verdict de l’essai

Note globale : 8 / 10

La Renault Twingo E-Tech réussit là où la plupart des électriques modernes échouent : prouver que la sobriété passe d’abord par la légèreté et le bon sens. Avec sa bouille réjouissante, sa modularité intacte et une consommation record en ville, elle s’impose comme la citadine branchée la plus pertinente du moment. Dommage que la pingrerie comptable de Renault impose un supplément pour la recharge rapide en courant continu et que les grandes jantes optionnelles maltraitent les lombaires.

Points forts

  • Consommation d’énergie remarquablement basse (moins de 11 kWh/100 km en moyenne)
  • Agilité urbaine diabolique et encombrement réduit (3,79 m)
  • Modularité préservée (banquette coulissante 50/50 et chargement jusqu’à 2,20 m)
  • Système multimédia OpenR Link sous Android Automotive fluide et complet
  • Capital sympathie intact et look néo-rétro fidèle à l’esprit de 1992

Points faibles

  • Recharge rapide DC 50 kW mesquine en option (500 €)
  • Suspensions fermes et trépidantes avec les jantes de 18 pouces
  • Sièges avant très plats manquant cruellement de maintien latéral
  • Plancher arrière surélevé imposant une assise les genoux relevés

Mesures réelles AUTOcult

  • Consommation urbaine : 7,2 kWh / 100 km
  • Consommation mixte (route/voies rapides) : 11,5 kWh / 100 km
  • Autonomie réelle constatée : 210 à 250 km selon l’usage

Rivaux directs

  • Citroën ë-C3 (plus polyvalente sur voie rapide, mais plus encombrante)
  • Hyundai Inster (sens pratique affûté, mais ligne clivante)
  • Dacia Spring (nettement moins chère, mais prestations routières dépassées)
  • Leapmotor T03 (rapport prix/équipement agressif, comportement moins rigoureux)