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  • Ferrari 250 GTO : Quand la légende se taille une place dans le marbre

    Ferrari 250 GTO : Quand la légende se taille une place dans le marbre

    Il existe des voitures que l’on admire pour leur moteur, et d’autres que l’on contemple comme des sculptures. Pour la Ferrari 250 GTO, la frontière est souvent floue. L’entreprise britannique Lapicida a décidé de trancher la question en sculptant une réplique de l’icône de Maranello directement dans un bloc de marbre précieux.

    La technologie 3D au service du roc

    Spécialiste mondial de la pierre, Lapicida n’en est pas à son premier coup d’éclat. Mais s’attaquer à la silhouette de la voiture la plus chère du monde demandait un savoir-faire hors norme. Pour y parvenir, les artisans ont utilisé une technologie de pointe : le scan 3D.

    Après avoir scanné une véritable Ferrari 250 GTO grandeur nature, les données ont été transférées à l’une des machines les plus rares de la planète : la Breton NC1600 CNC. Il n’en existe que trois exemplaires au monde. Ce monstre de technologie numérique est capable de dégrossir des blocs de marbre pesant jusqu’à 25 tonnes avec une précision chirurgicale.

    100 heures sous les diamants

    La sculpture a été extraite d’un bloc de marbre « Arabescato », reconnu pour ses veinures élégantes. Le processus est fascinant :

    • Usinage : Les forets diamantés de la machine, tournant à 7 000 tr/min, ont œuvré pendant une centaine d’heures pour donner forme à la carrosserie.
    • Finition : La machine ne fait pas tout. Une fois le gros du travail terminé, les artisans de Lapicida ont passé plusieurs jours à peaufiner les détails à la main, lissant les courbes sensuelles de la GTO pour atteindre une perfection de grain digne d’un buste de la Grèce antique.

    Un « petit » bijou de 1,2 mètre

    Le résultat est une pièce imposante de 1,2 mètre de long, 46 cm de large et 34 cm de haut. Chaque ligne, de l’entrée d’air caractéristique du capot aux galbes des ailes arrière, est reproduite avec une fidélité déroutante.

    Côté budget, cet exemplaire unique a été mis en vente au prix de 30 000 £ (environ 36 000 €). Une somme certes conséquente pour une miniature, mais qui paraît dérisoire face aux 52 millions de dollars déboursés il y a une dizaine d’années pour un modèle original à l’échelle 1. Pour le prix d’une option sur la vraie, vous pouvez donc vous offrir l’icône éternelle, figée pour les siècles à venir dans la pierre la plus noble.


    Le saviez-vous ? Le marbre Arabescato utilisé pour cette Ferrari provient de carrières italiennes, situées non loin de Modène. Un retour aux sources géologiques pour cette réplique d’un monument de l’automobile italienne.

    Seriez-vous prêt à troquer votre table basse contre cette sculpture de 250 GTO, ou préférez-vous le son du V12 au silence du marbre ?

  • Nick Mason, la batterie dans le sang, l’huile dans les veines

    Nick Mason, la batterie dans le sang, l’huile dans les veines

    On le connaît comme le discret batteur de Pink Floyd. Mais Nick Mason est bien plus qu’un simple musicien de l’ombre. Depuis plus d’un demi-siècle, il conjugue deux passions avec une intensité rare : la musique psychédélique et la mécanique de compétition. À 80 ans passés, l’homme possède sans doute l’un des plus beaux garages privés d’Angleterre, où les Ferrari d’avant-guerre croisent des prototypes du Mans. Une collection à son image : exigeante, élégante et pétrie d’histoire.

    Un gentleman driver né à Birmingham

    Fils d’un réalisateur de documentaires automobiles — Bill Mason, caméraman régulier du RAC Tourist Trophy et du Grand Prix de Monaco dans les années 50 — Nick Mason baigne très jeune dans l’univers des circuits. Son père filme des épreuves, fréquente l’Auto Union de Neubauer et collectionne déjà des images de Type 35 ou de Bentley Blower à une époque où ces voitures ne sont pas encore considérées comme des trésors.

    Cette influence paternelle le marque à vie. Lorsque Mason fonde Pink Floyd avec Roger Waters et Syd Barrett à Londres au milieu des sixties, l’automobile n’est jamais bien loin. L’argent du succès ne tarde pas à tomber, et c’est vers Maranello que se tourne le premier gros achat du jeune batteur : une Ferrari 275 GTB. Elle deviendra la première d’une longue série.

    Une Ferrari 250 GTO dans le garage

    Nick Mason n’est pas un spéculateur, ni un conservateur de musée. C’est un pilote amateur au sens noble du terme. Il aime rouler. Fort. Il aime comprendre les mécaniques, sentir le mouvement des fluides, dompter les caprices des carburateurs. Il aime aussi partager.

    Au cœur de sa collection — qui regroupe une trentaine d’autos de compétition, toutes en état de marche — trône un joyau absolu : une Ferrari 250 GTO. Châssis n°3757GT. L’un des 36 exemplaires produits entre 1962 et 1964. Mason l’a achetée en 1977 pour 37 000 livres sterling, une somme déjà rondelette à l’époque mais qui ferait sourire aujourd’hui, tant la cote des GTO s’est envolée. Celle de Mason est estimée à plus de 50 millions d’euros. Elle est rouge, d’origine. Il l’a engagée à Goodwood, au Tour Auto, et même dans des courses historiques au Japon.

    Mais l’homme n’est pas dogmatique. Dans son garage, on trouve aussi une Bugatti Type 35B, une Maserati 250F, une McLaren F1 GTR à la livrée Gulf, ou encore une BRM V16, monstre sonore qu’il aime faire hurler devant des foules médusées.

    L’essence d’un style

    Ce qui distingue Nick Mason des autres collectionneurs, c’est sa fidélité à une certaine idée du style. Pas seulement esthétique, mais philosophique. Il entretient ses voitures, les fait rouler, les prête parfois. Il a monté sa propre structure, Ten Tenths (en référence à l’expression anglaise « to drive at ten-tenths », soit à 100 % de ses capacités), pour gérer et préparer ses autos. Il a aussi été fidèle pendant longtemps au même mécanicien, Neil Twyman, artisan londonien de la restauration haut de gamme.

    Sa passion ne s’est jamais limitée à l’Italie. Lorsqu’il parle de la Bentley Speed Six ou de l’Aston Martin Ulster, ses yeux brillent autant que lorsqu’il évoque sa Porsche 962. Il admire le génie des ingénieurs d’avant-guerre comme la brutalité raffinée des prototypes des années 80.

    Et surtout, Mason ne sépare jamais totalement sa passion automobile de son univers musical. Sa Ferrari 512 S a même servi dans le film Le Mans avec Steve McQueen. Le lien est organique.

    Le Mans, Silverstone et autres plaisirs

    Nick Mason n’a jamais visé la gloire en compétition, mais il a couru. Beaucoup. En endurance, essentiellement. Il a participé cinq fois aux 24 Heures du Mans entre 1979 et 1984, avec des Lola ou des Rondeau, toujours dans des équipes privées. Son meilleur résultat reste une 18e place au général, mais là n’était pas l’essentiel. Il voulait vivre l’expérience de l’intérieur, sentir le circuit au cœur de la nuit, dans les Hunaudières à fond, avec un V8 derrière l’épaule.

    Outre Le Mans, Mason s’est aligné à Silverstone, Brands Hatch, Spa, ou Daytona. Il est aussi l’un des fidèles du Goodwood Revival et du Festival of Speed, où il se plaît à monter dans ses autos pour des démonstrations plus ou moins sages, toujours élégantes.

    Un ambassadeur bienveillant

    En 2018, Nick Mason a franchi un nouveau pas dans le partage de sa passion en créant un groupe de rock revisitant les classiques de Pink Floyd, intitulé « Nick Mason’s Saucerful of Secrets ». Ce projet parallèle lui a permis de remonter sur scène tout en poursuivant ses activités automobiles.

    Il reste très présent dans la communauté des collectionneurs et pilotes historiques, intervenant dans des documentaires (notamment pour la BBC ou Channel 4), écrivant la préface de nombreux ouvrages ou apparaissant dans les paddocks avec un sourire franc et discret.

    Son livre Into the Red, publié en 1998 et réédité plusieurs fois depuis, est une déclaration d’amour aux voitures anciennes, coécrit avec Mark Hales. On y découvre l’histoire de chaque voiture de sa collection, mais aussi des impressions de conduite sincères, personnelles, sans fioritures.

    Un art de vivre britannique

    Nick Mason incarne une forme d’aristocratie informelle et bienveillante de l’automobile ancienne. Il n’est ni exubérant, ni austère. Juste passionné. Loin des clichés du collectionneur bling-bling ou du nostalgique crispé, il représente un art de vivre à l’anglaise, fait de tweed, de cuir patiné et de moteurs libérés.

    Et dans ce monde qui change, où la voiture ancienne est parfois perçue comme un anachronisme, il prouve que la passion automobile peut être intelligente, responsable et généreuse. Il ne roule pas pour épater, mais pour comprendre, pour ressentir, pour transmettre.

    Alors oui, entre deux reprises de Echoes, il peut bien démarrer une GTO à l’aube dans un paddock encore vide. Et ce son, profond et métallique, répond parfaitement à celui de sa caisse claire. Un écho. Une vibration. Une autre forme de rythme.