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  • La chute de Neta : quand les subventions ne suffisent plus à porter le rêve électrique chinois

    La chute de Neta : quand les subventions ne suffisent plus à porter le rêve électrique chinois

    Le constructeur chinois Neta, autrefois symbole de l’ambition industrielle de la province du Jiangxi, est devenu le visage d’une crise de surcapacité. Entre usines fantômes et abandon des clients, récit d’un naufrage industriel.

    C’est une image qui tranche avec les salons rutilants de Shanghai ou de Pékin : des centaines de carrosseries abandonnées, livrées aux mauvaises herbes sur un parking de stockage extérieur. À l’intérieur de l’usine d’Yichun, les bras articulés des robots sont figés, et des véhicules inachevés s’empoussièrent sur une ligne de production désormais condamnée. La marque Neta, qui représentait l’espoir de toute une région, s’est officiellement déclarée en cessation de paiements en juin 2025.

    Un mirage porté par l’argent public

    L’ascension de Neta ne devait rien au hasard, mais tout à une politique de subventions massives. Fondée par Fang Yunzhou, ancien de chez Chery, la marque a bénéficié de l’alignement des planètes : l’électrique comme priorité nationale et des gouvernements locaux avides de posséder leur propre fleuron industriel.

    À Yichun, une région rurale misant sur ses mines de lithium pour monter en gamme, le tapis rouge avait été déployé. Selon un reportage de la CCTV, les autorités locales auraient investi l’équivalent de 250 millions d’euros, sans compter la prise en charge de la construction de l’usine, un loyer préférentiel sur dix ans et une prime de 2 500 euros versée par la ville pour chaque voiture vendue localement.

    Le revers de la médaille : 10 000 € de perte par voiture

    Malgré des débuts prometteurs et une tentative d’exportation vers l’Asie du Sud-Est, la réalité économique a rattrapé le constructeur. Dans un marché chinois ultra-concurrentiel où environ 130 constructeurs se livrent une bataille féroce, Neta n’a jamais atteint la taille critique.

    Les chiffres sont vertigineux : entre 2021 et 2023, la marque aurait perdu l’équivalent de 10 000 euros pour chaque véhicule vendu. Cette « concurrence déloyale » alimentée par les fonds publics a fini par saturer le marché, créant des surcapacités ingérables dans un contexte de déflation. Comme le prédisait Stella Li, vice-présidente de BYD : « Même une vingtaine de constructeurs, c’est trop ».

    Le calvaire des propriétaires

    Pour les clients de la marque, la chute de Neta se transforme en cauchemar technologique. Avec la fermeture successive des concessions, l’entretien est devenu impossible. Plus grave encore, dans des véhicules de plus en plus dépendants du « cloud », la faillite du constructeur paralyse les fonctions de bord.

    En septembre 2025, des propriétaires rapportaient ne plus pouvoir déverrouiller leurs portières ou activer la climatisation via l’application dédiée, le fournisseur du système de données n’étant plus payé par Neta. Certains se sont même vu réclamer un abonnement direct par le prestataire technique pour continuer à utiliser l’électronique de leur propre voiture.

    L’exemple de Neta sert aujourd’hui de « contre-exemple » officiel en Chine, illustrant les dérives d’une planification industrielle qui a privilégié la quantité et l’affichage local au détriment de la viabilité économique.

  • Clap de fin pour la voiture la moins chère d’Amérique : Pourquoi les « petits prix » disparaissent aussi chez nous ?

    Clap de fin pour la voiture la moins chère d’Amérique : Pourquoi les « petits prix » disparaissent aussi chez nous ?

    C’est officiel : la Nissan Versa, qui détenait le titre honorifique de voiture neuve la moins chère des États-Unis, ne sera plus produite en 2026. Une disparition qui n’est pas anecdotique, mais symptomatique d’un mal profond qui touche l’industrie automobile mondiale, des États-Unis à l’Europe : la mort programmée de la voiture abordable.

    Si vous avez déjà loué une voiture « Economy » lors d’un road-trip aux USA, vous avez forcément conduit une Nissan Versa. C’était la voiture simple, honnête et surtout accessible. Mais Nissan a confirmé l’arrêt de sa production pour le marché américain.

    La conséquence immédiate pour le consommateur américain ? Une inflation brutale du ticket d’entrée. Avec la disparition de la Versa (qui se vendait autour de 17 000 $), la nouvelle « voiture la moins chère » pourrait être la Kia K4, affichée à plus de 23 300 $. En un claquement de doigts, l’accès à l’automobile neuve vient de bondir de 6 000 $.

    L’équation impossible : Faibles marges, gros volumes

    Pourquoi les constructeurs tuent-ils leurs modèles d’entrée de gamme ? La réponse tient en un mot : rentabilité.

    L’équation économique d’une petite voiture pas chère est impitoyable. Pour qu’un modèle vendu à bas prix soit rentable, il doit générer des marges infimes (parfois quelques centaines d’euros/dollars par unité). Pour que l’opération soit viable, le constructeur doit donc en vendre des volumes astronomiques.

    Or, deux facteurs sont venus briser ce modèle :

    1. La baisse des ventes : Les consommateurs se tournent massivement vers les SUV (plus chers). Les volumes de berlines compactes s’effondrent, rendant leur production à faible marge non viable.
    2. L’explosion des coûts : Entre les normes de sécurité (ADAS, crash-tests) et les normes environnementales, fabriquer une « petite » voiture coûte désormais presque aussi cher que d’en fabriquer une grosse.

    Résultat ? Nissan préfère vous vendre un Kicks (SUV compact) ou une Sentra, sur lesquels la marge est bien plus confortable, plutôt que de s’acharner à maintenir une Versa qui ne rapporte plus assez.

    En Europe, même punition

    Ce phénomène n’est pas réservé à l’Oncle Sam. Regardez le marché européen. Où sont passées les Peugeot 108, Citroën C1, Ford Ka ou Ford Fiesta ? Disparues.

    Sur le Vieux Continent, la situation est exacerbée par les normes GSR2 et les quotas CO2. Les constructeurs généralistes abandonnent le segment A (les petites citadines) et le segment B « coeur de gamme » se « premiumise ». Il devient plus intéressant pour une marque de vendre moins de voitures, mais plus chères, que d’inonder le marché avec des produits à prix cassés.

    La fin de l’automobile pour tous ?

    La disparition de la Nissan Versa aux USA est un symbole fort. Elle marque la fin d’une époque où l’on pouvait acheter une voiture neuve, sûre et garantie pour une somme raisonnable.

    Aujourd’hui, le marché se polarise. D’un côté, des modèles thermiques ou hybrides de plus en plus chers et technologiques. De l’autre, un vide que seuls quelques acteurs (comme Dacia ou les nouveaux entrants chinois) tentent encore de combler.

    Pour les automobilistes au budget serré, il ne reste désormais que deux options : se tourner vers le marché de l’occasion, ou accepter de payer le prix fort pour des véhicules qui n’ont de « populaire » que le nom.