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  • Sacrilège ou génie ? On a traversé Londres en Rolls-Royce Phantom V électrique par Lunaz

    Sacrilège ou génie ? On a traversé Londres en Rolls-Royce Phantom V électrique par Lunaz

    Tenter de traverser le cœur de Londres au volant d’un monument automobile plus grand que la plupart des maisons de campagne anglaises est une entreprise à la frontière de l’insensé. Pourtant, installé à l’avant, les jambes écartées sous l’immense volant en forme d’anneau, une réalité s’impose : celle de l’invisibilité du chauffeur. Tout le monde dévisage ce mastodonte qui s’approche de Harrods sur Brompton Road, mais personne ne vous regarde, vous.

    Mon bureau pour cette journée de mai 2026 ? Une somptueuse Rolls-Royce Phantom V de 1961, carrossée à l’époque par l’orfèvre James Young. Une limousine si longue qu’elle pourrait bloquer trois carrefours à la fois. Mais sous sa robe classique de 65 ans d’âge se cache une révolution silencieuse : un cœur 100 % électrique.

    Lunaz : La haute couture automobile passe à l’électrique

    L’idée d’une Rolls-Royce électrique fait parfaitement sens : la marque a toujours défendu le couple, la souplesse et le silence absolu comme le summum du luxe, une philosophie aujourd’hui incarnée par la nouvelle Spectre moderne. Mais pour rouler dans une ancienne d’un silence de cathédrale, il faut se tourner vers le spécialiste de la restauration et de l’électrification Lunaz, basé à Silverstone.

    Fondée par David Lorenz (qui a baptisé l’entreprise du nom de sa fille Luna), la start-up a traversé des zones de fortes turbulences récentes. Les changements constants de politiques gouvernementales sur les VE ont coulé sa filiale technologique qui voulait verdir les camions-poubelles, entraînant des fermetures et des licenciements. Heureusement pour les collectionneurs, la branche de restauration haut de gamme a repris son activité à plein régime.

    Dans leur atelier vaste comme un hangar d’aéroport, l’équipe peaufine sa 50e commande. Lunaz s’est spécialisé sur cinq marques d’origine britannique de prestige :

    • Aston Martin
    • Bentley
    • Jaguar
    • Range Rover
    • Rolls-Royce

    Ici, on ne se contente pas de jeter un moteur électrique sous le capot. Les carrosseries, souvent rongées par la rouille et le mastic d’époque, sont entièrement reconstruites à un état « meilleur que neuf ». Le châssis échelle est restauré et la suspension adaptative classique de Rolls-Royce — qui adoucissait la conduite pour les passagers arrière avant de se raffermir une fois le patron descendu — est totalement ressuscitée.

    L’art de conduire (et de servir) avec discrétion

    Pour parfaire l’expérience, un passage par la case formation s’imposait auprès de Shaun Jeffery, fondateur de The Modern Chauffeur et ancien mécanicien d’hélicoptères dans la Royal Navy et technicien de Formule 1. L’art du chauffeur de maître répond à des codes immuables :

    « J’adore servir, mais je ne suis pas serveur. Ce sont mes clients qui décident ; c’est moi qui décide », résume Shaun.

    Parmi les règles d’or :

    • L’anticipation constante : Arriver dix minutes en avance, c’est déjà du temps gagné. Garder son sang-froid face aux voituriers et sourire même si le client a une heure de retard.
    • La fluidité technique : Relâcher doucement la pédale de frein juste avant l’arrêt complet pour éviter tout à-coup désagréable aux passagers. Faire glisser le volant d’une main à l’autre sans jamais tourner avec la paume.
    • Le protocole de descente : Faire descendre les dames impérativement côté trottoir, en se plaçant stratégiquement pour masquer tout risque d’incident vestimentaire à la sortie du véhicule.

    Flotter comme un nuage dans Mayfair

    Sur la route, l’électrification transforme radicalement la prise en main de ce paquebot. Oubliez l’ancien V8 de 6,2 litres et la boîte automatique à quatre rapports d’origine General Motors. Lunaz a greffé une batterie de 80 kWh alimentant un moteur qui délivre environ 542 Nm de couple immédiat.

    La pédale d’accélérateur est calibrée avec une immense douceur : cette Phantom V est configurée pour flotter comme un nuage, pas pour bondir comme une sportive. La transition entre le freinage régénératif et les freins à friction est d’ailleurs plus réussie que sur bien des traîne-couillons électriques modernes.

    Certes, le gabarit reste intimidant. Le rayon de braquage est tout juste suffisant pour négocier le premier périphérique de Londres, la statuette de la Spirit of Ecstasy semble posée à l’horizon et les rétroviseurs ne servent presque à rien. De plus, le poste de pilotage manque un peu de climatisation pour le chauffeur en costume, même s’il fait un froid polaire dans le compartiment arrière ultra-luxueux.

    Mais quel bonheur de glisser sur les nids-de-poule de Mayfair sans faire tinter les verres à whisky en cristal du buffet arrière. Cerise sur le gâteau pour les clients fortunés : en tant que véhicule électrique et de collection, cette Phantom de James Young est totalement exemptée des péages urbains londoniens (Congestion Charge et ULEZ). C’est ainsi que les riches restent riches.

    Lunaz prévoit d’ailleurs de s’associer avec les plus grands hôtels de luxe de la capitale pour intégrer ces limousines rétro-fittées dans des services de conciergerie haut de gamme. Une idée lumineuse, tant cette silhouette dégage une superbe intemporelle qu’une Classe S moderne ou une berline anonyme ne pourront jamais égaler.

    La facture globale dépasse, dit-on, largement le million de livres sterling. Mais après avoir rendu les clés et repris le métro londonien étouffant sous la canicule, on se dit qu’on se ferait bien trimballer au quotidien dans ce salon roulant zéro émission.

    Comprenez-vous la démarche de Lunaz qui consiste à offrir le silence de l’électrique à des monuments du luxe comme cette Phantom V, ou estimez-vous que remplacer le moteur d’origine reste un sacrilège mécanique, même pour une voiture de maître ?

  • Pourquoi les Britanniques sont-ils les rois du sport auto ? Tout a commencé dans un hangar…

    Pourquoi les Britanniques sont-ils les rois du sport auto ? Tout a commencé dans un hangar…

    C’est une question qui revient souvent sur le tapis : comment une petite île pluvieuse est-elle devenue le centre de gravité mondial de la Formule 1 et des voitures de sport ? En 2026, avec 9 des 11 écuries de F1 basées outre-Manche, la réponse ne tient pas seulement à une passion dévorante, mais à un héritage inattendu de la Seconde Guerre mondiale.

    Le « Habitat » idéal : Ni trop froid, ni trop chaud

    On plaisante souvent sur la météo britannique, mais elle est en réalité l’un des piliers de cette industrie. En Grande-Bretagne, il ne fait jamais assez froid pour que rester dans un hangar avec un petit chauffage d’appoint soit insupportable. Si le pays était sous deux mètres de neige six mois par an, les ingénieurs seraient sur des skis. À l’inverse, il n’y fait jamais assez chaud pour que l’on préfère la sieste à la mécanique. Ce climat « tempéré-médiocre » est le terreau idéal pour l’obstination technique.

    L’héritage de la RAF : Des circuits à chaque coin de rue

    L’obsession britannique pour la « guerre » a eu un effet secondaire majeur : elle a laissé derrière elle des dizaines d’aérodromes de la Royal Air Force (RAF) désaffectés après 1945. Là où d’autres nations devaient construire des complexes coûteux, les Britanniques n’avaient qu’à demander la permission à un fermier pour utiliser des pistes de décollage et des routes périmétrales.

    Prenez Silverstone : ancien site de la RAF, il accueillait ses premiers coureurs dès 1947 et son premier Grand Prix de F1 en 1950. Autour de lui, des bases comme Bicester, Upper Heyford ou Croughton ont toutes servi de pistes d’essais. Ce maillage unique a permis à une multitude de petits préparateurs de tester leurs inventions à moindre coût.

    L’aluminium et l’Austin 7 : La recette du succès

    Après la guerre, l’acier manquait, mais l’aluminium — issu des carcasses d’avions militaires — était abondant. Léger et facile à travailler avec des outils à main, il était parfait pour habiller des châssis de récupération.

    C’est ici qu’entre en scène l’Austin 7. Cette petite voiture populaire, surnommée « la Genghis Khan de l’automobile » pour sa capacité à engendrer d’autres marques, a été le socle de tout l’édifice. Son châssis en « A » était simple, léger et disponible en masse. C’est sur cette base que le légendaire Colin Chapman a construit ses premières voitures de course, posant les jalons de ce qui deviendra Lotus.

    Le « 750 Motor Club » : L’incubateur de génies

    Fondé en 1939 pour promouvoir l’usage sportif de l’Austin 7, le 750 Motor Club est sans doute l’organisation la plus influente de l’histoire du sport auto. C’est là que des noms comme Colin Chapman, Eric Broadley (Lola), Gordon Murray (McLaren F1) ou encore Adrian Newey ont fait leurs premières armes.

    Aujourd’hui encore, la « 750 Formula » est le championnat le plus ancien au monde, devançant même la Formule 1. Elle incarne cet esprit du constructeur amateur qui, à force de bricoler dans son hangar, finit par dominer le monde.

    Des gens un peu fous dans des hangars ? Sans doute. Mais des fous qui ont bénéficié du meilleur habitat possible : des pistes gratuites, des matériaux aéronautiques de récupération et une petite voiture géniale à transformer. Le « Motorsport Valley » britannique n’est pas né d’un plan marketing, mais d’une incroyable opportunité historique.


    Le saviez-vous ? En 2026, la « Motorsport Valley » (la zone s’étendant d’Oxfordshire au Northamptonshire) emploie plus de 45 000 personnes et génère un chiffre d’affaires supérieur à 10 milliards de livres sterling. Une réussite qui repose toujours sur ces fameux hangars, désormais remplis de souffleries et de supercalculateurs.

    Pensez-vous que cette domination britannique puisse un jour être contestée par l’émergence des pôles technologiques en Asie ou aux États-Unis ?

  • 13 mai 1950, Silverstone : quand l’Histoire s’écrit sans le savoir

    13 mai 1950, Silverstone : quand l’Histoire s’écrit sans le savoir

    Ni confettis, ni micros, ni caméras. Il y a 75 ans jour pour jour, le Championnat du monde de Formule 1 prenait vie sur un ancien aérodrome britannique. Et personne ne s’en doutait vraiment.

    Parmi les spectateurs de ce samedi printanier à Silverstone, certains se souviennent surtout des embouteillages. D’autres, d’un roi venu voir des voitures tourner. Très peu — voire aucun — ont eu le sentiment d’assister à une révolution. Et pourtant, le 13 mai 1950 marque le véritable point de départ de l’une des plus grandes épopées sportives du XXe siècle : la naissance du Championnat du monde des conducteurs, ce que nous appelons aujourd’hui, avec une familiarité presque blasée, « la F1 ».

    Un Grand Prix pas tout à fait comme les autres

    La Formule 1 n’est pas née ce jour-là. Le règlement « Formule A », devenu Formule 1, avait été défini dès 1946. Les Grand Prix existaient depuis 1906. Même la notion de championnat avait été expérimentée, notamment à travers la Coupe des constructeurs dans les années 1920, puis un championnat d’Europe pour pilotes dans les années 1930. Mais c’est bien en 1950 que la Fédération Internationale de l’Automobile organise pour la première fois un Championnat du monde pour les conducteurs.

    Le calendrier est court : sept épreuves au programme, dont six en Europe et une échappée exotique à Indianapolis. Les points sont distribués aux cinq premiers, avec un bonus pour le meilleur tour. Un embryon de mondialisation… sur fond de reconquête d’un sport encore marqué par les traumatismes de la guerre.

    Alfa Romeo, la force tranquille

    L’édition inaugurale du Championnat a des allures de démonstration technique. Alfa Romeo, revenue après une année sabbatique, aligne ses Tipo 158, surnommées « Alfetta ». Conçues avant la guerre par Gioacchino Colombo comme des voitures de la catégorie voiturette (l’ancêtre de la F2), ces monoplaces à moteur 1,5 litre compressé développent 350 chevaux — un chiffre vertigineux pour l’époque. Leur principale faiblesse ? Une consommation dantesque.

    Face aux Alfas, la concurrence est maigre. Ferrari, encore en gestation, a boycotté l’épreuve pour une querelle d’argent. BRM n’est pas prête. Talbot-Lago, Maserati et ERA, dans leurs versions plus ou moins privées, tiennent le rôle d’outsiders. Il y aura donc quatre Alfa Romeo au départ : les légendaires « trois F » — Farina, Fangio, Fagioli — et l’Anglais Reg Parnell, invité à domicile.

    Une course courue d’avance ?

    Les essais annoncent la couleur. Les quatre Alfa monopolisent la première ligne, avec à peine deux dixièmes entre Farina, Fagioli et Fangio. Parnell est un peu plus loin, mais toujours loin devant la première Maserati. Le reste du plateau est relégué dans une autre dimension : Johnny Claes, dernier sur la grille, est à 18 secondes de la pole…

    La course ? Presque une formalité. Fangio, Fagioli et Farina mènent tour à tour. Le jeune (et déjà quadragénaire) Argentin se retire après avoir tapé une botte de paille, moteur endommagé. Farina s’impose devant Fagioli et Parnell, qui a percuté un lièvre mais complète tout de même un triplé Alfa. Les Talbot-Lago de Giraud-Cabantous et Rosier terminent à deux tours. Bob Gerard sauve l’honneur britannique, sixième sur une ERA à trois boucles.

    Le tout sous les yeux du roi George VI, dans une ambiance de fête populaire à peine troublée par des installations rudimentaires et un circuit encore marqué par ses origines aéronautiques.

    Le poids des années, le choc de l’Histoire

    Ce 13 mai 1950, personne ne parle d’anniversaire. Personne n’imagine que plus de 1100 Grands Prix s’enchaîneront dans les décennies à venir, que des millions de spectateurs suivront un sport devenu l’une des vitrines les plus puissantes de l’industrie automobile mondiale.

    Même le titre de champion du monde, décroché par Farina après sa victoire à Monza en septembre, ne fait pas les gros titres. La presse spécialisée préfère saluer la première apparition du nouveau V12 Ferrari 375, signe que la vraie bagarre est encore à venir.

    Quant à Juan Manuel Fangio, l’évidence saute déjà aux yeux des observateurs les plus attentifs : l’Argentin, avec ses trois victoires en sept manches, a sans doute été le meilleur pilote de la saison. Il ne sera pas le dernier à passer à côté d’un titre mérité. Mais son règne est imminent.

    Un monde encore innocent

    Dans son livre Formula 1: the real score?, Brian Harvey résume bien cette première saison : « Beaucoup d’autres courses non comptabilisées pour le championnat offraient des plateaux tout aussi relevés. » Autrement dit, en 1950, l’étiquette « championnat du monde » ne change pas encore la donne. La hiérarchie est dictée par la technique, les moyens, et la réputation des pilotes. Pas encore par les droits TV, les sponsors, ou les stratégies marketing.

    John Pearson, jeune spectateur de 12 ans ce jour-là, avait quitté le collège en uniforme pour rejoindre discrètement le circuit. Mis à contribution par l’organisation, il vivra ce premier Grand Prix de l’intérieur. À 87 ans, Silverstone reste sa seconde maison. Comme un rappel que derrière chaque ligne d’arrivée se cachent des anonymes qui, parfois, font aussi l’Histoire.

  • Anniversaire : 65 ans de Formule 1

    Anniversaire : 65 ans de Formule 1

    Le 13 mai 1950, la Formule 1 faisait sa première apparition officielle dans le cadre du Championnat du Monde. Devant 150 000 spectateurs, Nino Farina remportait sa première victoire avec Alfa Romeo sur la route du titre mondial. Il recevait les félicitations du Roi George VI et de la Reine Elizabeth.

    Après la Seconde Guerre Mondiale, une véritable renaissance s’opère dans tous les domaines. En sport automobile, les initiatives se multiplient. Antonio Brivio soumet l’idée d’un Championnat du Monde de F1 à la Fédération Internationale. En 1950, sept dates sont retenues, dont le Grand Prix de Grande-Bretagne / Grand Prix d’Europe, le 13 mai.

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    A Silverstone, l’événement n’en est pourtant pas un. Toutes les écuries ne courent pas après ce titre de Champion du Monde. 22 voitures sont engagées, dont les Alfa Romeo, Talbot-Lago et une Maserati officielles.

    A cette époque, Alfa Romeo se mesure à Ferrari sur toutes les courses du monde. Un mois avant ce rendez-vous l’écurie milanaise avait défait celle de Maranello à deux reprises à Pau et à San Remo. Pourtant, Ferrari – comme BRM ou Gordini – est absent.

    Sans surprise, les quatre Alfetta 158 sont intouchables durant les essais. Nino Farina devance Luigi Fagioli, Juan-Manuel Fangio et Reg Parnell.

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    150 000 spectateurs sont massés autour du tout jeune circuit de Silverstone, tracé sur une ancienne base aérienne. Et malgré l’abandon de Fangio sur sortie de piste, Alfa Romeo signe un triplé avec Farina devant Fagioli et Parnell. Les Talbot des Français Yves Giraud-Cabantous et Louis Rosier terminent à deux tours.

    Cet abandon, Fangio le trainera jusqu’au bout de la saison. Leader au moment d’arriver à Monza, il ne terminera qu’au deuxième rang du championnat derrière son équipier italien Giuseppe Farina. Fangio prendra sa revanche l’année suivante, à plus de 40 ans.