Étiquette : SUV électrique

  • Essai – Du génie ou de la folie ? J’ai conduit le nouveau Jeep Compass 4xe électrique de 375 chevaux

    Essai – Du génie ou de la folie ? J’ai conduit le nouveau Jeep Compass 4xe électrique de 375 chevaux

    La tyrannie du « politiquement correct » et le drame des poussettes

    Nous vivons une époque formidable où des comités de bureaucrates, probablement vêtus de complets gris et nourris exclusivement de graines de chia, ont décidé de ce que devait être l’automobile moderne. Selon eux, le futur est propre, lisse, silencieux, et ressemble étrangement à un appareil électroménager monté sur roulettes. Ils appellent cela le « progrès ». Moi, j’appelle ça une tragédie grecque.

    Prenez l’écologie. C’est très noble. Mais leur solution a été de nous imposer des SUV électriques compacts pour emmener les enfants à l’école (imaginez ceux qui n’ont pas d’enfant). Des engins censés être polyvalents, mais dont le moindre contact avec une bordure de trottoir déclenche une facture de réparation équivalente au PIB d’un petit État insulaire. Et ne me lancez pas sur l’intérieur de ces voitures modernes. Les designers y installent des tissus soyeux et des plastiques laqués « noir piano » brillants. C’est magnifique dans un showroom. C’est une tout autre histoire lorsque votre labrador, fraîchement sorti d’un étang boueux, décide d’y secouer sa fourrure, ou lorsque votre enfant de quatre ans décide d’utiliser le dossier du siège avant comme canevas pour tester la résistance de ses nouveaux feutres indélébiles.

    Ce qui m’amène, par un raccourci qui n’existe que dans mon esprit, à ceci : le tout nouveau Jeep Compass 4xe.

    Une fiche technique à vous décrocher les mâchoires

    Sur le papier, les ingénieurs italiens — où l’engin est pensé — semblent avoir souffert d’un accès de folie furieuse. Ils ont pris la plateforme électrique STLA Medium de leur maison-mère et ont décidé d’y injecter une dose massive de testostérone américaine.

    Le résultat ? Un SUV compact équipé de deux moteurs électriques développant la bagatelle de 375 chevaux. Trois cent soixante-quinze. C’est plus qu’une Ferrari 308 GTS de la grande époque de Magnum. Le moteur arrière, développé spécifiquement pour Jeep, balance à lui seul un couple pharaonique de 3 100 Nm aux roues arrière grâce à un réducteur de 14:1.

    Quand vous écrasez la pédale de droite en mode Sport, le système libère 100% de la puissance avec un effet d’overboost. Le 0 à 100 km/h est expédié en 5,4 secondes. Dans un silence de cathédrale, l’accélération vous plaque au fond de votre siège, réorganisant instantanément l’ordre de vos organes internes, pendant que le paysage défile à une vitesse alarmante. Tout cela en promettant plus de 600 km d’autonomie grâce à une énorme batterie de 96 kWh. C’est de la sorcellerie.

    Conçu pour survivre à la fin du monde (et à vos enfants)

    Visuellement, Jeep a appliqué le concept du « design au service de la fonction ». Les pare-chocs sont en plastique brut moulé dans la masse. Si vous frottez un rocher en haute montagne — ou plus probablement un poteau en béton dans le parking souterrain de votre supermarché —, vous vous en moquez éperdument. La peinture ne craint rien.

    Mais c’est à l’intérieur que le génie rustique opère. Les sièges de la version Overland ne sont pas recouverts de cuir de nappa d’agneau élevé au grand air, mais d’un tissu enduit de polyuréthane ultra-robuste. Jeep affirme qu’il est deux fois plus durable qu’un tissu classique et qu’il se nettoie d’un coup d’éponge (je l’ai vu à l’oeuvre). Au dos des sièges avant, on trouve un panneau en plastique rigide équipé du système de fixation militaire MOLLE®. Vous pouvez y scratcher des poches, des outils, ou simplement vous réjouir du fait que les coups de pieds de vos chérubins n’abîmeront jamais la structure. Les tapis de sol ? De lourds blocs de caoutchouc épais prêts à recevoir des kilos de boue. C’est brillant. C’est une voiture pensée pour la vraie vie, pas pour un catalogue de mode.

    Le verdict : Un monstre de mauvaise foi attachant

    Sur la route, grâce à une suspension rehaussée de 10 mm et des amortisseurs revus, le Compass 4xe efface les nids-de-poule avec une insolence remarquable. En tout-terrain, c’est une véritable Jeep. Vous disposez d’un bouton rotatif « Selec-Terrain » avec des modes Auto, Snow, Sand/Mud, et un mode 4WD LOCK qui verrouille la motricité sur les deux essieux. Il est capable de grimper une pente de 20% alors même que ses roues avant sont posées sur de la glace vive et n’ont absolument aucune adhérence. Il peut traverser des gués avec 480 mm d’eau sans sourciller.

    Est-il parfait ? Évidemment que non. C’est une voiture moderne qui subit les crises de l’Europe, soit une ode à la complexité moderne : pour régler le freinage régénératif ou désactiver les alertes sonores de l’ADAS qui bipent au moindre écart, il faut plonger dans l’écran central de 16 pouces ou presser des boutons tactiles sur le tableau de bord. C’est agaçant au possible. De plus, pour animer ce monstre de franchissement, le Compass accuse une masse de 2 347 kg sur la balance. C’est le poids d’un petit monument historique.

    Mais face à la production automobile actuelle, d’un ennui mortel et standardisé, ce Compass 4xe apporte quelque chose de rare : du caractère, une polyvalence indestructible, et la capacité de doubler une GTI au feu rouge tout en transportant un chargement de bois dans un coffre de 515 litres. Les écologistes en costume gris vont le détester. Et c’est exactement pour cela que vous devriez l’aimer.

  • Essai Jeep Compass : le baroudeur doit faire ses preuves sur asphalte

    Essai Jeep Compass : le baroudeur doit faire ses preuves sur asphalte

    La troisième génération du Jeep Compass arrive sur le marché européen avec une double ambition : s’imposer sur le segment C et réussir sa transition vers l’électrique. Le constructeur américain a confié sa production à l’usine italienne de Melfi, et si son style évoque bien un SUV tout droit sorti des Appalaches, sa structure repose sur une architecture moderne conçue pour le marché européen : la plateforme STLA Medium.

    Ce premier essai de la version 100 % électrique de 213 ch et 74 kWh (net) pose la question fondamentale pour les puristes : comment ce nouveau Compass, fabriqué en Italie, concilie-t-il l’héritage tout-terrain de Jeep avec cette base technique moderne ?

    Une ingénierie globale, des choix européens

    Le passage à la plateforme STLA Medium implique un partage technique et une rationalisation des chaînes de traction.

    • Motorisations variées : Le nouveau Compass est lancé avec une gamme complète incluant une motorisation hybride essence (145 ch), une hybride rechargeable (195 ch), et deux versions 100 % électriques, offrant 500 et 650 km d’autonomie (selon la version). Le PHEV et le 4×4 arriveront dans quelques mois.
    • Le paradoxe du 4×4 électrique : Fait notable, la seule version à bénéficier de la transmission intégrale est la variante 100 % électrique de 375 ch. Le modèle est équipé d’un second moteur électrique garantissant des capacités de franchissement de haut niveau. Cependant, l’absence de 4×4 sur les autres motorisations (thermiques et hybrides rechargeables) dès le lancement est un signal clair que cette génération de Compass priorise l’efficacité et l’utilisation routière sur le Vieux Continent.

    Un intérieur identitaire et fonctionnel

    Malgré l’architecture partagée, Jeep a réussi à imposer une ambiance intérieure singulière. L’environnement et la position de conduite sont soignés. L’ergonomie est très satisfaisante :

    • Technologie de bord : On retrouve deux grands écrans (10,25 pouces pour l’instrumentation et 16 pouces pour le multimédia).
    • Commandes bien pensées : Le volant multifonction et la commande de boîte rotative participent au plaisir d’utilisation. Les palettes derrière le volant permettent d’ajuster la régénération au freinage, et un bouton spécifique permet de désactiver facilement les aides à la conduite non souhaitées, un détail bien accueilli.
    • Ambiance baroudeur : Les différents modes de conduite sont accessibles via le fameux sélecteur rouge Selec-Terrain. Sur cette version deux roues motrices, les modes (Auto, Sport, Sand/Mud, Snow) ajustent la puissance de crête et la calibration de l’ESP.

    L’habitacle fait preuve d’une grande praticité, offrant pas moins de 34 dm³ de rangements à l’avant, souvent dotés de tapis antidérapants. Les places arrière, avec leur plancher plat, progressent en confort pour trois passagers. La finition est en progrès, même si la présence de certains plastiques durs empêche le Compass de se hisser au niveau des meilleurs du segment en matière de luxe perçu.

    Sur la route : précision et masse

    Sur l’asphalte, le Compass électrique de 213 ch est plus ferme que d’autres véhicules basés sur cette même plateforme (davantage qu’un C5 Aircross), ce qui se traduit par une précision de conduite agréable. L’insonorisation est efficace, les bruits d’air n’apparaissant qu’au-delà de 140 km/h (la vitesse de pointe est limitée à 180 km/h).

    Côté recharge, l’unité accepte jusqu’à 160 kW sur borne rapide, permettant de passer de 20 à 80 % de charge en 30 minutes.

    Dans cette version 100 % électrique, le Compass se révèle plaisant à conduire, confortable et très bien équipé (la version First Edition est disponible à 44 990 €). Malgré son style évocateur, il n’est pas un vrai baroudeur dans sa configuration de lancement. Il s’agit avant tout d’un excellent SUV compact électrique européen. Et comme la clientèle privilégie souvent le style aux réelles capacités, il a tout pour plaire dès les versions 2 roues motrices !

  • Italdesign i2C : l’Indonésie trace sa route

    Italdesign i2C : l’Indonésie trace sa route

    L’histoire de l’automobile s’est souvent écrite sous l’impulsion d’une volonté politique. Des 2CV aux Trabant, en passant par la Tata Nano ou les Pick-Up Mahindra, nombreux sont les véhicules à avoir incarné les desseins d’un État. C’est aujourd’hui l’Indonésie qui entre dans la danse avec un projet ambitieux confié à un acteur reconnu : Italdesign. À l’occasion du salon GIIAS 2025, le bureau de design turinois dévoile les contours de la première voiture de tourisme indigène indonésienne, un concept baptisé Project i2C.

    Un projet au croisement de la culture, de la technologie et de la souveraineté industrielle

    Dans un paysage automobile dominé par les constructeurs japonais – Toyota, Daihatsu, Honda, Mitsubishi, Suzuki – et où la montée en puissance des marques chinoises comme BYD se fait de plus en plus visible, le gouvernement central indonésien entend reprendre la main. Il s’agit d’initier une production locale de véhicules, en commençant par un modèle destiné aux institutions, mais conçu pour préfigurer une offre plus large à l’échelle nationale. Un SUV 100 % électrique, développé avec la volonté de refléter l’identité culturelle plurielle de l’archipel tout en répondant aux enjeux contemporains de mobilité durable.

    Le programme i2C ne se limite pas à l’objet automobile. Il s’affirme comme un symbole d’unité nationale, dans un pays aux milliers d’îles et aux centaines de groupes ethniques. Son acronyme – Indigenous Indonesian Car – résume toute l’ambition du projet : une voiture créée par et pour les Indonésiens, en mêlant savoir-faire local et expertise internationale.

    Italdesign, artisan d’une renaissance industrielle

    C’est à Italdesign qu’a été confié le soin de concrétiser cette vision. L’entreprise fondée par Giorgetto Giugiaro, désormais intégrée au groupe Volkswagen via Audi, n’en est pas à son coup d’essai. On lui doit déjà des projets structurants pour Hyundai (Pony), Daewoo (Matiz), Vinfast (Lux A et Lux SA) ou encore Voyah (Free).

    Pour Andrea Porta, business developer chez Italdesign, « le projet i2C est une étape essentielle dans la stratégie industrielle de l’Indonésie. Il marque le début d’une collaboration à long terme fondée sur des objectifs communs. »

    Le design a été mené en étroite coopération avec des ingénieurs indonésiens, encadrés par les équipes turinoises. Un prototype grandeur nature, réalisé en clay model selon la tradition des carrossiers italiens, a été présenté sur le stand SN2 du salon GAIKINDO Indonesia International Auto Show (GIIAS), organisé du 24 juillet au 3 août 2025 à BSD City.

    Un style enraciné dans la culture indonésienne

    Le véhicule se présente sous la forme d’un SUV familial 6/7 places, basé sur une plateforme électrique existante. L’objectif est de garantir une industrialisation rapide, en capitalisant sur une architecture éprouvée. Mais au-delà de l’efficience technique, c’est l’esthétique qui frappe : des volumes boxy, une silhouette solide, des surfaces nettes et tendues… L’i2C affiche une présence forte, pensée pour refléter à la fois l’élégance et la robustesse.

    L’élément culturel est omniprésent. Le design s’inspire du Garuda, oiseau mythique symbole de sagesse et de souveraineté, déjà utilisé dans l’emblème national. Il est évoqué à travers le traitement du capot et des ailes avant, conférant une prestance royale à l’ensemble. À bord, le dessin des panneaux de porte ou des assises évoque les motifs de batik, l’art textile traditionnel indonésien, traité ici dans un langage graphique contemporain.

    Le mobilier intérieur se distingue par sa sobriété fonctionnelle, dans un esprit presque japonais : lignes tendues, commandes réduites, harmonie des matériaux. Quelques touches affirmées viennent toutefois apporter du relief à cet ensemble rationnel, comme les surpiqûres colorées ou les incrustations de bois teinté. Une manière de combiner modernité, patrimoine et efficacité dans un même habitacle.

    Un projet politique avant d’être industriel

    L’i2C se veut le prélude à une gamme de véhicules conçus localement, en lien avec la vision du président indonésien Prabowo Subianto. Le développement est piloté par PT TMI (Teknologi Mobilitas Indonesia), une entité étatique chargée de structurer la filière automobile nationale autour des mobilités innovantes.

    Pour Harsusanto, président de PT TMI, « cette collaboration est une étape clé pour démontrer le potentiel de nos compétences et traduire en actions concrètes la vision présidentielle d’une mobilité propre et indépendante. »

    Une version définitive du concept est attendue pour l’édition 2026 du salon GIIAS, avec l’ambition affichée de lancer une production nationale à moyen terme. La voiture pourrait alors servir non seulement les usages gouvernementaux, mais également inaugurer une offre civile en réponse aux besoins de mobilité locale.

    Quand le design devient un vecteur d’identité

    Avec i2C, Italdesign prouve une nouvelle fois sa capacité à conjuguer création formelle, pertinence stratégique et enracinement culturel. Le projet va bien au-delà du simple exercice de style : il s’inscrit dans une démarche géopolitique, industrielle et sociétale, où la voiture devient un ambassadeur roulant de l’identité indonésienne.

    Une ambition qui rappelle à quel point l’automobile reste un objet politique, même à l’heure de la transition électrique. Et si l’avenir passait aussi par une relocalisation du design ?