Pour poser ses roues en France, GAC ne s’embarrasse pas de précautions oratoires. Le constructeur de Guangzhou débarque directement sur le segment le plus disputé du marché avec son Aion V : 4,60 mètres de long, une silhouette cubique taillée à angle droit et de solides barres de toit qui assument une vraie posture de baroudeur urbain. Récupéré au sud de Paris pour une boucle d’essai vers la vallée de Chevreuse, notre exemplaire noir dans sa livrée Luxury avance un argument comptable redoutable : offrir l’espace et les raffinements d’un salon roulant pour 36 990 euros. Reste à observer comment ce géant chinois a arbitré ses coûts d’aménagement intérieur entre le confort des passagers et les contraintes de chargement d’une famille européenne.
Une banquette royale au détriment de la boîte à gants
Dès l’ouverture des portières, l’architecture dédiée à la propulsion électrique révèle ses bénéfices. Posé sur un empattement étiré à 2,775 mètres et coiffé d’une immense verrière panoramique fixe, l’habitacle dégage un volume habitable surprenant. À l’arrière, l’espace aux jambes relève tout simplement de la catégorie supérieure : même avec un conducteur reculé, les passagers étendent leurs jambes sans jamais effleurer les dossiers avant, tandis que la largeur d’assise accueille trois adultes sans contact d’épaules.
Aux places avant, le poste de conduite s’ajuste en quelques secondes. Du haut de mon mètre soixante, je trouve immédiatement une assise dominante avec une vue dégagée sur les ailes avant, pendant que mon binôme d’un mètre quatre-vingt-deux conserve une garde au toit très généreuse. L’ergonomie réserve en revanche une surprise d’atelier : côté passager, le couvercle traditionnel de la boîte à gants a disparu du tableau de bord. Pour compenser cette absence de rangement fermé, GAC a installé de petits crochets escamotables dans la planche, bien pratiques pour maintenir l’anse d’un sac à main au freinage, mais insuffisants pour cacher des documents de bord. L’ensemble baigne dans une ambiance soignée, rehaussée à la nuit tombée par un rétroéclairage rose et une dalle multimédia centrale aux menus très fluides.
Le lit d’appoint et le compartiment thermique à tout faire
C’est sur les fonctionnalités annexes que l’Aion V marque sa différence face aux SUV européens. Pour occuper les temps d’arrêt aux bornes de recharge rapide, la commande « One-Touch Bed Mode » bascule électriquement les sièges avant vers l’arrière jusqu’à les aligner parfaitement avec la banquette. En quelques secondes, l’habitacle se mue en un couchage plan de deux mètres de long, idéal pour s’allonger en attendant la fin d’une session ou pour patienter sur un parking d’école.
Sous l’accoudoir central avant, une autre curiosité technique emprunte aux codes des limousines d’apparat : un caisson isolé de six litres doté d’une plage thermique réglable de –15 °C à +50 °C. L’accessoire permet aussi bien de conserver des bouteilles d’eau glacées lors des canicules estivales que de maintenir au chaud un repas préparé ou un biberon pour la halte de midi. L’équipementier a toutefois fait preuve d’une certaine parcimonie sur d’autres détails : la tablette rabattable de type aviation ne profite qu’au passager arrière droit, et le chargeur à induction de 50 W au bas de la console ne peut accueillir qu’un seul smartphone à la fois.





427 litres sous tablette : le prix du confort arrière
À force de repousser la banquette vers le train arrière pour créer cette atmosphère de salon, les concepteurs de GAC ont inévitablement rogné sur le volume d’emport. Le constat s’impose dès l’ouverture du hayon motorisé. Si la documentation commerciale s’enorgueillit d’une valeur de 600 litres selon le protocole de mesure américain SAE, le volume utile réel selon la norme européenne VDA retombe à 427 litres sous tablette.
Face aux références du segment C — à commencer par les 520 litres d’un Peugeot E-3008 —, le compartiment à bagages de l’Aion V marque le pas. L’espace suffit pour les trajets du quotidien, mais impose des arbitrages lors d’un départ en vacances : l’emport simultané d’une poussette volumineuse et de deux valises rigides saturera immédiatement le volume disponible. Le compromis culturel est limpide : en Chine, le bien-être des passagers arrière prime sur la capacité d’engloutir des malles.
Suspensions prévenantes et œil électronique sur les trottoirs
Sur les départementales sinueuses de Chevreuse, la mécanique électrique fait preuve d’une grande civilité. Le moteur de 204 chevaux et 210 Nm de couple entraîne le train avant avec une linéarité parfaite. Malgré une masse à vide qui frôle les 1,9 tonne, le SUV ne manque jamais de souffle pour s’insérer sur une voie rapide, distillant ses accélérations sans brutalité. Le typage du châssis privilégie la souplesse : les ressorts absorbent les nids-de-poule et les saignées de bitume avec beaucoup de douceur, quitte à laisser apparaître de légers mouvements de roulis si l’on tente de hausser le rythme dans les enchaînements serrés.
En environnement urbain, le gabarit de 4,60 mètres s’apprivoise sans sueurs froides grâce à un système de caméras à 360 degrés particulièrement net. Les vues 2D et 3D intègrent une perspective plongeante directe sur les flancs et les jantes, un artifice précieux pour épargner la peinture des roues lors des créneaux le long des bordures de trottoir en ciment.
Côté accumulateur, le pack LFP (lithium-fer-phosphate) de 75,26 kWh revendique 510 kilomètres d’autonomie en cycle mixte WLTP et accepte une puissance de charge continue en pic de 180 kW, autorisant un 10 à 80 % théorique en 24 minutes. Des valeurs d’endurance qu’il faudra valider lors d’un protocole routier complet sur longue distance.
Le réalisme d’une finition Luxury sous les 37 000 euros
Positionné à 35 990 euros en version d’accès Premium, l’Aion V place ses tarifs très en deçà des standards européens. Mais l’intérêt commercial se concentre sur le niveau Luxury, affiché à 36 990 euros. Pour mille euros d’écart, la dotation intègre de série les sièges avant massants, la tablette aviation et le compartiment réfrigéré/chauffant.
En associant ce niveau d’équipement à une garantie constructeur de huit ans ou 160 000 kilomètres (étendue à 200 000 kilomètres pour la batterie), GAC signe une proposition pragmatique. L’Aion V ne s’adresse pas aux conducteurs en quête d’un train avant incisif ni aux familles habituées à charger leur coffre jusqu’au pavillon, mais il s’impose comme une alternative routière reposante, spacieuse et remarquablement positionnée pour qui cherche à rouler électrique sans subir l’inflation tarifaire des marques historiques.
L’info en plus : Norme SAE contre norme VDA, la bataille des centimètres cubes
L’écart spectaculaire entre les 600 litres affichés sur la fiche technique chinoise de l’Aion V et les 427 litres mesurés sur notre marché illustre une divergence méthodologique tenace dans l’industrie automobile. Pour homologuer un volume de coffre, le protocole américain SAE (Society of Automotive Engineers) autorise les constructeurs à mesurer l’espace total théorique en remplissant virtuellement chaque recoin de la soute jusqu’au pavillon, y compris les recoins inutilisables au quotidien.
À l’inverse, la norme européenne VDA (Verband der Automobilindustrie) impose un calcul standardisé rigoureux à l’aide de briques étalons en mousse d’un litre (mesurant 200 × 100 × 50 mm). Les techniciens empilent ces parallélépipèdes sous le cache-bagages rigide sans forcer sur les garnitures. Dans le cas de l’Aion V, la banquette arrière très reculée et l’absence de double fond profond sous le plancher réduisent immédiatement le nombre de briques empilables, expliquant pourquoi ce SUV taillé pour les passagers perd près de 170 litres d’emport officiel lors de son passage des douanes européennes.
On aime / On aime moins
| Ce qu’on a aimé | Ce qu’on a moins aimé |
| Habitabilité arrière exceptionnelle : espace aux jambes digne d’une berline statutaire et plancher totalement plat. | Volume de coffre limité : seulement 427 litres VDA sous tablette pour un véhicule familial de 4,60 mètres. |
| Fonction One-Touch Bed Mode : transformation rapide des sièges avant en un vrai couchage plat de deux mètres. | Absence de boîte à gants fermée : simples crochets de retenue ne permettant pas de dissimuler les objets de valeur. |
| Compartiment thermique console : plage de régulation active de –15 °C à +50 °C sous l’accoudoir central. | Asymétrie des aménagements : tablette aviation réservée au seul passager arrière droit. |
| Caméras à 360 degrés haute définition : vue au ras des roues très efficace pour préserver les jantes des bordures. | Charge par induction unique : un seul emplacement pour smartphone sur la console médiane. |
| Rapport prix/prestations de la version Luxury : dotation ultra-complète (sièges massants inclus) pour 36 990 €. | Amortissement souple à rythme soutenu : mouvements de caisse sensibles sur les changements d’appui. |
Fiche technique de l’exemplaire essayé
| Caractéristique | Donnée constructeur / Mesure |
| Modèle | GAC Aion V |
| Finition | Luxury |
| Motorisation | Moteur électrique synchrone à aimants permanents |
| Puissance | 204 ch (150 kW) |
| Couple maximal | 210 Nm |
| Transmission | Traction avant |
| Batterie | Lithium-fer-phosphate (LFP) de 75,26 kWh |
| Puissance de charge DC | Jusqu’à 180 kW (10 à 80 % en 24 min annoncées) |
| Autonomie mixte WLTP | Jusqu’à 510 km |
| Longueur / Largeur / Hauteur | 4,60 m / 1,85 m / 1,68 m |
| Empattement | 2,775 m |
| Volume de coffre (norme VDA) | 427 litres sous tablette (600 litres norme SAE) |
| Masse à vide | 1 890 kg |
| Garantie véhicule | 8 ans ou 160 000 km |
| Garantie batterie de traction | 8 ans ou 200 000 km |
| Prix d’accès (finition Premium) | 35 990 € |
| Prix de l’exemplaire essayé (Luxury) | 36 990 € |
