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  • Monaco 1996 : Le miracle Olivier Panis et le dernier chant du coq Ligier

    Monaco 1996 : Le miracle Olivier Panis et le dernier chant du coq Ligier

    Il y a des dimanches où l’histoire s’écrit dans la douleur, la pluie et le chaos. Le 19 mai 1996, sur le Rocher monégasque, la Formule 1 a vécu l’un de ses scénarios les plus invraisemblables. Ce jour-là, Olivier Panis, parti des tréfonds de la grille, a offert à l’écurie Ligier sa neuvième et ultime victoire. Récit d’une course de survie devenue légendaire.

    Pour comprendre l’exploit, il faut d’abord planter le décor. En 1996, l’écurie Ligier n’est plus la structure conquérante des années 80. C’est une équipe en sursis, ballottée de propriétaires en repreneurs.

    Une équipe au bord du gouffre

    Guy Ligier a passé la main. L’équipe a transité par Cyril de Rouvre avant d’atterrir dans l’escarcelle de Flavio Briatore. L’Italien, alors patron de Benetton, a confié la gestion à Tom Walkinshaw. L’ambiance est délétère : Walkinshaw a licencié à tour de bras et a même tenté de délocaliser l’équipe en Angleterre, provoquant un tollé national qui a forcé Briatore à redonner une identité française à l’équipe via Bruno Michel.

    C’est donc une écurie Ligier « ressuscitée » mais fragile qui débarque à Monaco. La monoplace JS43 est une copie de la Benetton de l’année précédente, propulsée par un moteur Mugen-Honda honnête, mais loin de valoir les V10 Renault ou les blocs Ferrari.

    L’enfer du dimanche matin

    Le week-end commence mal pour Olivier Panis. Une casse moteur en qualifications le relègue à une anonyme 14e place sur la grille. Sur un circuit où doubler est impossible, ses chances sont proches de zéro.

    Mais le dimanche, le ciel s’en mêle. Une averse torrentielle noie la Principauté juste avant le départ. La piste est une patinoire. Dès le feu vert, c’est l’hécatombe. Les champions partent à la faute les uns après les autres :

    • Jos Verstappen tire tout droit à Sainte-Dévote.
    • Michael Schumacher, le maître de la pluie, commet l’impensable : il tape le muret au Portier dès le premier tour.
    • Barrichello, Fisichella, Lamy… tous abandonnent.

    Au 6e tour, le peloton est déjà décimé. Au milieu de ce cimetière de carbone, Olivier Panis ne fait pas que survivre : il attaque.

    La remontée fantastique

    Le Français est en état de grâce. Il remonte méthodiquement, profitant des erreurs mais forçant aussi son destin. Il efface Martin Brundle, puis la McLaren de Mika Häkkinen. Il profite d’un accrochage pour passer Frentzen.

    L’un des moments clés reste son duel avec Eddie Irvine. L’Irlandais de chez Ferrari bouchonne. Panis, déchaîné, plonge à l’intérieur de l’épingle du Loews. La manœuvre est virile, les roues se touchent, Panis pousse la Ferrari vers le rail et passe en force. C’est le tournant psychologique : il ne lâchera rien.

    Grâce à un arrêt aux stands parfaitement timé par son équipe (juste avant ses rivaux), il ressort 4e sur une piste séchante. Devant lui : Damon Hill (intouchable leader), Jean Alesi et Irvine (qui finira par abandonner).

    Le duel fratricide qui n’a pas eu lieu

    Le destin frappe une première fois : le moteur Renault de Damon Hill explose dans le tunnel. L’Anglais, qui dominait outrageusement, se gare.

    Nous avons alors deux Français en tête du Grand Prix de Monaco : Jean Alesi (Benetton) mène devant Olivier Panis. Le rêve d’un doublé tricolore prend forme. Panis se fait une frayeur monumentale en glissant sur l’huile laissée par Hill, effectuant un tête-à-queue complet sans rien toucher. Il repart.

    Mais la poisse, fidèle compagne de Jean Alesi, frappe encore. Le pilote avignonnais sent sa voiture flotter. Il croit à une crevaison, rentre aux stands, change de pneus, mais le problème persiste. Ce n’est pas une crevaison, c’est une suspension qui cède. Alesi doit abandonner la mort dans l’âme.

    Le drapeau à damier et les larmes

    Olivier Panis se retrouve seul en tête. Il doit « juste » finir. Il gère sa mécanique, évite les pièges. Au terme des 2 heures réglementaires (la course est arrêtée avant la distance prévue tant la moyenne est lente), il franchit la ligne.

    C’est la stupeur et l’extase. Seules trois voitures terminent la course (Panis, Coulthard, Herbert).

    Dans les stands, une image marque les esprits : Jacques Laffite, le dernier vainqueur en date pour Ligier (Canada 1981, soit 15 ans plus tôt), écrase une larme. La boucle est bouclée. Olivier Panis offre à l’équipe française sa 9e et dernière victoire en Formule 1. Un baroud d’honneur inespéré, écrit sous la pluie, par un pilote que personne n’attendait.


    Le Classement des survivants (Monaco 1996)

    1. Olivier Panis (Ligier-Mugen Honda)
    2. David Coulthard (McLaren-Mercedes) à 4.8s
    3. Johnny Herbert (Sauber-Ford) à 37.5s
  • Etranges ou moches, les F1 différentes

    Etranges ou moches, les F1 différentes

    La nouvelle réglementation technique du Championnat du Monde de F1 a imposé des choix radicaux aux différents directeurs techniques. A travers les âges, plusieurs monoplaces se sont davantage fait remarquer par leur design que par leurs résultats.

    March 711

    L’aileron avant de la March 711 était surnommé le « tea tray » (traduction : le plateau sur lequel on apporte le thé). Mais il avait davantage l’allure d’une planche à repasser ou d’une planche de surf.

    Personne ne l’a jamais copié depuis… C’est que ce n’était pas si efficace. L’an passé, une folle rumeur a envahi le paddock sur l’éventualité de voir des écuries tester à nouveau cette nouvelle formule.

    march-711

    Arrows A22

    En 2001, toutes les équipes cherchent de l’appui. Des appendices fleurissent un peu partout. Arrows tente de monter un aileron supérieur sur le train avant.

    De quoi réaliser de grandes performances à Monaco ? La FIA a décidé d’interdire ce genre d’initiatives avant la course « pour ne pas gêner la vision des pilotes ».

    arrows-a22

    Ligier JS5

    Prenez une Formule Un et faites lui passer de longues vacances à la montagne. Elle respirera très bien mais accusera l’embonpoint des bonnes soirées au coin du feu… C’est l’histoire de la Ligier JS5.

    Si la Gitane y trouve une belle place (caché ici pour se conformer à une loi « biiiip »), l’allure générale est bien moins réussie. En 1976, elle a même failli ne pas passer sous le tunnel de Monaco !

    ligier-js5

    Williams FW26

    A une époque où les téléspectateurs pouvaient se plaindre de ne pas pouvoir reconnaître les F1 autrement que par leurs couleurs, Williams tenta une approche radicale de l’écoulement de l’air sur son train avant.

    Le nez en forme de tête de morse n’était pas raté… Mais l’écurie Britannique a préféré revenir à une solution plus conventionnelle en cours de saison.

    williams-fw26

    Et cette saison ?

    La seule modification notable de carrosserie se situe sur le nez des monoplaces.

    La nouvelle réglementation impose une extrémité du « nez » plus basse que les précédentes années (de 52,5 à 18,5 mm). Cette extrémité doit avoir une surface minimale de 90 cm2, soit un carré de 97 mm de coté ou un cercle de 107 mm de diamètre.

    Cette surface est rigoureusement respectée par certaines écuries via une excroissance. D’autres ont fait le choix de d’étirer le nez. Chaque millimètre gène le flux d’air circulant sous la voiture et minimise l’appui.

    Parmi les excroissances, l’option choisie par Caterham est la plus radicale. La Force India frappe par la longueur du nez alors que Lotus a choisi une double extrémité.

    caterham-ct05

    Ferrari et Mercedes ont opté pour un dessin différent avec un avantage stylistique (et compétitif) pour Mercedes.