Figure singulière de la Ve République, normalien féru d’art contemporain et Premier ministre du général de Gaulle avant d’accéder à l’Élysée en 1969, Georges Pompidou incarnait une France résolument tournée vers le futur, l’industrialisation et la vitesse. Loin de l’austérité protocolaire et des banquettes arrière feutrées des Citroën DS officielles conduites par chauffeur, l’homme d’État était un authentique passionné du volant. Régulièrement aperçu s’échappant de la capitale pour rejoindre sa propriété de Cajarc dans le Lot ou la côte d’Azur aux commandes de sa Porsche 356, puis de sa Porsche 911, il entretenait avec la conduite un rapport charnel et décomplexé.
Au cœur des Trente Glorieuses, à une époque où le réseau autoroutier se déployait et où la démocratisation mécanique redessinait la géographie des vacances, du travail et du quotidien des Français, Pompidou voyait dans la voiture bien plus qu’un simple produit de consommation ou un outil d’aménagement du territoire. Pour ce dirigeant convaincu que les infrastructures devaient accompagner le progrès plutôt que de le contraindre, le véhicule individuel constituait le vecteur absolu de l’émancipation personnelle et de la souveraineté du citoyen sur son temps, une vision qu’il a synthétisée dans cette formule devenue emblématique :
« L’automobile est l’instrument de la liberté moderne. »
