Mécanicien autodidacte au tempérament de feu, les mains perpétuellement noircies par le cambouis, Soichiro Honda ne concevait pas l’industrie automobile comme un simple alignement de bilans comptables. Pour le fondateur de la firme de Tokyo, l’ingénierie mécanique était un art vivant dont la valeur ne se mesurait qu’à la dureté de l’épreuve. Dès la création de son entreprise sur les ruines de l’après-guerre, l’artisan visionnaire a instauré une règle d’airain au cœur de ses bureaux d’études : le sport automobile ne devait jamais être un faire-valoir publicitaire ou un luxe pour temps de prospérité, mais le laboratoire impitoyable où les jeunes ingénieurs apprennent à dompter la thermodynamique, la résistance des métaux et la gestion de l’échec face au chronomètre.
Cette obsession viscérale du défi a poussé Honda à attaquer les constructeurs occidentaux sur leur propre terrain, qu’il s’agisse des redoutables routes du Tourist Trophy de l’île de Man à la fin des années 1950 ou des Grands Prix de Formule 1 dès 1964 avec le rugissant V12 transversal de la RA271, quelques mois à peine après la sortie de sa toute première voiture de série. Face aux réticences de ses directeurs financiers et aux pressions du puissant ministère japonais de l’Industrie (le MITI), qui jugeaient ces engagements inconsidérés pour un jeune constructeur insulaire, le patriarche répliquait avec une intransigeance farouche, gravant la vocation de sa marque dans une formule devenue culte :
« Les courses améliorent l’espèce. Sans la compétition, il n’y a pas de progrès. »
