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Essai Lancia Gamma Grande Autonomie : Le salon turinois de 740 kilomètres à l’épreuve du Vésuve

Batterie de 97,2 kWh, 740 km d'autonomie et velours côtelé cannelloni : entre Naples et Pompéi, nous avons testé la nouvelle Lancia Gamma Grande Autonomie, l'élégante routière italienne prête à tailler la route.

Par Vanessa Quang ◷ 8 min de lecture 22 octobre 2026
Essai Lancia Gamma Grande Autonomie : Le salon turinois de 740 kilomètres à l’épreuve du Vésuve

Entre les pavés de lave de Naples et les ruines antiques de Pompéi, le décor choisi par Lancia ne relève pas d’un simple caprice touristique. À l’ombre du Vésuve et en marge de l’effervescence de la foire de design EDIT Napoli, la maison turinoise officialise son retour sur le segment des grandes routières. Fini l’époque où la marque survivait sous perfusion commerciale avec la seule Ypsilon sur son marché domestique : la nouvelle Gamma débarque pour réinstaller l’élégance transalpine sur les voies rapides européennes. Longue de 4,67 mètres, assemblée dans l’usine de Melfi en Basilicate, cette voyageuse refuse la carrosserie d’un énième SUV cubique pour adopter une silhouette de crossover fastback profilée. Pour juger de sa consistance sur le réseau de Campanie, nous avons pris le volant de la déclinaison la plus stratégique pour les professionnels du long cours : la version 100 % électrique Grande Autonomie, dotée d’un accumulateur de 97,2 kWh nets promettant plus de 740 kilomètres entre deux recharges.

Une silhouette d’aérodynamique pure face aux codes du SUV

La première réussite de la Gamma tient à son dessin. Dans un paysage automobile saturé de calandres verticales et de pavillons surélevés, les stylistes du Centro Stile ont sculpté une ligne basse et fluide qui revendique un coefficient de traînée (Cx) remarquable de 0,25.

La face avant étrenne une réinterprétation moderne du calice Lancia, matérialisé par trois lames lumineuses très fines qui structurent le regard de l’auto sans recourir à des ouvertures béantes. De profil, la carrosserie s’étire avec élégance grâce à un empattement généreux de 2,79 mètres et une ligne de toit fuyante qui plonge vers une poupe tronquée.

L’hommage à l’histoire de la marque s’exprime avec une grande retenue : les montants arrière intègrent des persiennes flottantes qui reprennent le motif des célèbres ouïes « Veneziane » de la Gamma Coupé de 1976. L’ensemble repose sur de grandes roues carénées réduisant les turbulences d’air dans les passages de roues.

Sous la tôle, cette version Grande Autonomie repose sur la plateforme modulaire STLA Medium de Stellantis, configurée ici en simple traction. L’essieu avant accueille un moteur électrique synchrone de 245 chevaux et 345 Nm de couple, alimenté par le pack de batterie géant niché entre les essieux.

En éliminant le moteur électrique secondaire sur le train arrière, l’auto gagne deux cents kilos par rapport aux versions bimoteurs : la masse s’établit à 2 150 kg sur la bascule. C’est lourd dans l’absolu, mais cela permet aux suspensions à grand débattement de travailler avec une progressivité et une finesse de guidage supérieures sur les chaussées dégradées du sud de l’Italie.

Les sièges avec cannelloni et le fameux « tavolino »

Passer la porte de la Gamma, c’est quitter l’austérité clinique des habitacles allemands pour s’installer dans un véritable salon contemporain. Lancia a articulé son intérieur autour du concept d’« Italian Home Feeling », une approche qui se ressent immédiatement dans le choix des textures. Les assises abandonnent les cuirs froids au profit d’un tissu épais disposé en bandes façon cannelloni, rappelant les fauteuils de design italien des années soixante-dix. Le maintien lombaire est excellent et le moelleux de l’assise filtre les trépidations sans jamais contraindre le bas du dos.

Au centre de la cabine, la planche de bord épurée s’organise autour d’une table basse circulaire baptisée « tavolino ». Véritable signature intérieure en cuir surpiqué, ce plateau intègre une zone de recharge par induction pour smartphone tout en créant une sensation de convivialité inédite.

L’ergonomie générale s’en remet à l’interface S.A.L.A. (Sound Air Light Augmentation), accessible via une dalle centrale de 16 pouces. Le système permet de moduler l’ambiance lumineuse, les réglages acoustiques et la température d’un simple effleurement, sans noyer le conducteur sous des cascades de menus numériques.

Quelques détails d’atelier méritent toutefois d’être revus. Si les passagers arrière profitent d’un espace aux jambes digne d’une limousine, la découpe de la banquette surprend par son échancrure prononcée près des portières, qui force les occupants latéraux à glisser vers le centre.

Par ailleurs, l’immense capot avant reste totalement condamné : aucun coffre avant (frunk) n’a été prévu pour ranger les câbles de recharge, obligeant à les loger sous le plancher de la soute principale. Le coffre arrière affiche néanmoins un volume très respectable de 560 litres, secondé par un seuil de chargement large facilitant le chargement des bagages encombrants.

Au volant : le confort du long cours contre les pièges du 400 volts

Sur l’asphalte granuleux reliant Naples à Salerne, la Gamma Grande Autonomie démontre immédiatement sa vocation de voyageuse impériale. Le travail acoustique est remarquable : à 130 km/h calé sur le régulateur adaptatif de niveau 2, les bruits d’air et de roulement sont presque totalement étouffés par les vitrages feuilletés. La cavalerie de 245 chevaux propulse l’auto de 0 à 100 km/h en 7,2 secondes avec une linéarité parfaite, offrant des reprises sécurisantes pour doubler les poids lourds sans brutalité.

Lorsque la route se resserre dans les virages qui grimpent vers le Vésuve, le train avant guidé avec précision absorbe les compressions avec rigueur. L’inertie des deux tonnes se fait sentir lors des changements d’appui rapides, mais l’auto s’inscrit en courbe sans roulis excessif. Seul le calibrage de la pédale de frein, dont la transition entre freinage régénératif et friction hydraulique manque de consistance, réclame un léger temps d’adaptation en conduite dynamique.

L’atout maître de cette version reste sa gestion énergétique. Grâce à la finesse aérodynamique et à l’efficience de son moteur unique, la consommation mixte sur notre boucle d’essai s’est stabilisée à 16,8 kWh aux 100 kilomètres.

Rapporté aux 97,2 kWh utiles de la batterie, le rayon d’action réel dépasse allègrement les 550 kilomètres sur autoroute, autorisant des étapes autoroutières que peu de berlines électriques peuvent revendiquer.

Le compromis technique concerne la tension de bord : la plateforme STLA Medium reste cantonnée à une architecture 400 volts. Sur une borne haute puissance en courant continu, la recharge de 10 à 80 % réclame 32 minutes (27 minutes pour le 20 à 80 %). Une durée supérieure aux architectures 800 volts du marché, mais largement compensée par l’énorme réservoir d’électrons qui permet d’espacer les arrêts de manière beaucoup plus sereine.

Facturée autour de 51 000 euros au catalogue, la Gamma Grande Autonomie réussit son examen de passage. En refusant la surenchère de puissance pour privilégier l’autonomie réelle, le confort de suspension et le raffinement artisanal de son habitacle, elle offre une alternative pleine de personnalité aux standards souvent interchangeables du haut de gamme électrique.

On aime / On aime moins

Ce qu’on a aiméCe qu’on a moins aimé
Autonomie réelle de premier plan : plus de 550 km sur autoroute grâce aux 97,2 kWh nets et à la sobriété du moteur unique.Architecture 400 volts : ravitaillement rapide de 10 à 80 % plafonné à 32 minutes sur borne haute puissance.
Ambiance intérieure raffinée : velours côtelé cannelloni, table basse centrale « tavolino » et interface S.A.L.A. intuitive.Absence de coffre avant (frunk) : obligation de stocker les câbles de recharge dans le coffre principal.
Silence de fonctionnement : isolation phonique très soignée et filtration feutrée des suspensions à haute vitesse.Pédale de frein spongieuse : attaque manquant de franchise lors des décélérations appuyées en descente.
Silhouette fastback singulière : profil étiré au Cx de 0,25 avec persiennes arrière « Veneziane » discrètes.Découpe de banquette arrière : assises latérales très creusées près des portes, posture perfectible.
Compromis dynamique équilibré : train avant précis et allègement de 200 kg par rapport aux variantes bimoteurs.Gabarit en ville : 4,67 mètres de long et carrosserie large réclamant de la vigilance dans les ruelles étroites.

Fiche technique : Lancia Gamma Grande Autonomie (2026-2027)

Caractéristiques techniquesDonnées constructeurs / Mesures essai
ModèleLancia Gamma Électrique Grande Autonomie
PlateformeSTLA Medium (groupe Stellantis)
MotorisationUn moteur électrique synchrone à aimants permanents (avant)
TransmissionTraction avant (FWD)
Puissance maximale245 ch (180 kW)
Couple maximal345 Nm immédiats
Capacité batterie (nette)97,2 kWh (Lithium-ion)
Autonomie mixte WLTPPlus de 740 km
Consommation moyenne mesurée16,8 kWh / 100 km (parcours mixte Campanie)
Autonomie réelle estimée~550 km sur autoroute / ~620 km en usage mixte
Puissance de charge AC11 kW triphasé de série
Temps de charge rapide DC32 minutes (10 à 80 % sur borne rapide 400V)
Accélération 0 à 100 km/h7,2 s
Vitesse maximale180 km/h (bridée électroniquement)
Masse à vide en ordre de marche2 150 kg
Dimensions (L / l / h)4,67 m / 1,89 m / 1,55 m
Empattement2,79 m
Coefficient aérodynamiqueCx de 0,25
Volume de coffre560 litres sous tablette (jusqu’à 1 500 litres banquette rabattue)
Lieu de fabricationUsine de Melfi (Basilicate, Italie)
Tarif d’accès catalogueÀ partir d’environ 51 000 € TTC, offres pour passer sous 47 000 € TTC

L’info en plus : Pourquoi Melfi est le cœur névralgique de la renaissance Lancia

La production de la nouvelle Gamma dans l’usine de Melfi, au cœur de la Basilicate, constitue un symbole industriel fort pour l’Italie. Inauguré il y a plus de trente ans pour fabriquer des citadines à gros volumes comme la Fiat Punto, ce site historique de Stellantis a été profondément modernisé pour accueillir la plateforme multiénergie STLA Medium.

En confiant les lignes d’assemblage de son vaisseau amiral aux ouvriers de Melfi — qui y fabriquent également les déclinaisons du Jeep Compass —, la direction cherche à rassurer les partenaires sociaux transalpins tout en garantissant un niveau d’assemblage et de contrôle qualité aligné sur les exigences des grandes routières premium du Vieux Continent.