Étiquette : Industrie automobile

  • Vision BMW Alpina : Le manifeste d’un nouvel empire à 300 000 euros

    Vision BMW Alpina : Le manifeste d’un nouvel empire à 300 000 euros

    C’est officiel depuis le Concorso d’Eleganza Villa d’Este : Alpina change de dimension. Fraîchement rachetée par BMW après soixante ans d’indépendance et de complicité technique, la marque de Buchloe dévoile son manifeste stylistique. Avec le concept-car Vision BMW Alpina, le groupe bavarois s’attaque frontalement à Bentley et Range Rover.

    Combler le gouffre entre BMW et Rolls-Royce

    Pendant des décennies, Alpina a fait le bonheur des connaisseurs en proposant des versions sublimées, plus rapides et infiniment plus confortables des Série 3 et Série 5. Mais sous la tutelle directe de Munich, la mission est désormais plus politique et haut de gamme.

    « Le caractère discret d’Alpina correspond parfaitement à ce segment. Nous voyons un grand espace vide entre le sommet de la gamme BMW et l’entrée de Rolls-Royce en matière de tarifs », confie Oliver Viellechner, le tout nouveau directeur de BMW Alpina. Le territoire visé ? La zone ultra-exclusive des 180 000 € à 300 000 €.

    Un V12 ou un V8 « pur » pour rassurer les puristes

    Le concept-car dévoilé sur les rives du lac de Côme est un somptueux coupé 2+2, plus court de 16 cm qu’une Série 7. Pour tracer cette ligne d’avenir, les designers (sous la direction de Maximilian Missoni, ex-Polestar désormais vice-président du design Alpina) se sont inspirés du mythique coupé B7 Turbo de 1978 et de son célèbre profil « Sharknose ».

    Mais c’est sous le capot que la surprise est la plus belle. Pas de batterie massive, pas d’hybridation complexe : le concept est propulsé par un V8 essence « pur ». Un choix dicté par la communauté. « Les moteurs à combustion peuvent jouer un rôle majeur ; c’est ce que nous demande notre communauté et c’est aussi ce que nous observons sur le marché », martèle Viellechner. Si l’électrification n’est pas exclue à terme, Alpina débutera sa nouvelle ère par ce qu’elle sait faire de mieux : la noblesse thermique.

    « La vitesse, pas le sport » : La philosophie du quotidien

    Pour rassurer les fans de la première heure qui craignent une dilution de l’ADN par le géant de Munich, la direction rappelle la différence fondamentale avec la division de course M de BMW : « La vitesse, pas le sport. » Les conducteurs d’Alpina ne cherchent pas à claquer des chronos sur circuit le week-end ; ce sont des hommes d’affaires discrets qui avalent plus de 200 000 km sur autoroute à des vitesses inavouables, dans un confort digne d’un salon de première classe.

    Pour preuve, si les jantes à 20 rayons (ici en 22 et 23 pouces) et les surpiqûres bleu et vert rappellent le passé, l’intérieur du concept propose un raffinement inédit : à l’arrière, les passagers disposent de verres en cristal maintenus en place par des aimants invisibles.

    Le calendrier : La Série 7 en éclaireur

    Le grand coupé Vision ne sera pas produit immédiatement en l’état. Le premier véritable modèle de cette nouvelle ère sera une Série 7 profondément revue, attendue dès la fin de l’année prochaine, capable de flirter avec les 300 km/h.

    Quant aux traditionnelles B3 et B5 basées sur les Série 3 et Série 5 qui représentent pourtant 90 % des ventes en Europe et au Japon, elles ne sont pas abandonnées mais mises de côté temporairement. BMW veut d’abord ancrer Alpina tout en haut de la pyramide du luxe, là où l’Amérique et le Moyen-Orient n’attendent que cela. À plus long terme, Viellechner imagine même des modèles exclusifs et ultra-limités spécifiquement développés pour Alpina, sans aucune base BMW existante. L’artisan est mort, vive le constructeur d’élite.


    Le saviez-vous ? La rivalité historique entre les préparateurs allemands des années 70 (Alpina, Schnitzer, Hartge) a poussé BMW à créer sa propre division M. Ironie de l’histoire, cinquante ans plus tard, c’est BMW qui intègre Alpina comme sa division de grand tourisme de luxe ultime.

    Selon vous, le discret blason d’Alpina a-t-il les épaules assez solides pour faire de l’ombre au classicisme statutaire de Bentley ou au luxe baroudeur de Range Rover ?

  • Renault : L’usine du Mans devient la « Manufacture Louis Schweitzer »

    Renault : L’usine du Mans devient la « Manufacture Louis Schweitzer »

    Le Groupe Renault a officiellement rebaptisé son site historique du Mans « Manufacture Louis Schweitzer – Le Mans ». Un hommage solennel à l’ancien PDG, disparu en novembre dernier, qui a fait de cette usine centenaire le cœur battant du châssis à la française.

    Le 7 avril 2026, Jean-Dominique Senard (Président du Conseil d’administration) et François Provost (Directeur des opérations) se sont rendus dans la Sarthe pour dévoiler la nouvelle identité du site. Ce changement de nom n’est pas qu’une plaque de marbre : il vient sceller le lien indéfectible entre l’homme qui a internationalisé Renault et l’usine qui conçoit aujourd’hui les dessous de nos futures voitures électriques.

    L’architecte du Renault moderne

    Louis Schweitzer, décédé le 6 novembre 2025 à l’âge de 83 ans, est celui qui a propulsé Renault dans le XXIe siècle. Sous sa présidence (1992-2005), la marque au losange a vécu ses transformations les plus audacieuses :

    • Le virage produit : Lancement des Twingo, Scénic et Kangoo.
    • L’expansion mondiale : Acquisition de Dacia et création de l’Alliance avec Nissan.
    • L’excellence industrielle : En 1999, il crée Auto Chassis International (ACI), structure qui a ancré Le Mans comme le pôle d’excellence châssis du groupe.

    Le Mans : Entre héritage centenaire et technologie « By Wire »

    Plus vieille usine du groupe encore en activité (fondée par Louis Renault en 1920), le site du Mans est aujourd’hui un écosystème unique où 1 700 collaborateurs dessinent la mobilité de demain.

    Loin d’être une simple forge, la manufacture est à la pointe de l’innovation avec des projets de rupture comme le châssis « By Wire ». Cette technologie, testée sur le démonstrateur Filante Record 2025, remplace les liaisons mécaniques traditionnelles de direction et de freinage par des commandes électroniques ultra-précises. Le site travaille également sur le revêtement laser des disques de frein pour réduire drastiquement l’émission de particules fines.

    Un géant industriel en chiffres

    Aujourd’hui, la Manufacture Louis Schweitzer, c’est :

    • 6,3 millions de disques de frein produits par an.
    • 1,5 million de trains roulants et 1,6 million de berceaux moteur.
    • Un centre d’ingénierie mondial de 280 experts testant 900 composants châssis chaque année pour les futurs modèles (Clio VI, Renault 5, Master E-Tech).
    • Une fonderie intégrée permettant un recyclage des matériaux en boucle fermée, unique dans l’industrie.

    En associant le nom de Schweitzer au Mans, Renault souligne que la performance économique ne va pas sans racines sociales et industrielles fortes. Une manière de rappeler que derrière chaque châssis qui « tient la route », il y a un siècle d’histoire et la vision d’un grand capitaine d’industrie.

  • Le QR Code : Comment un employé de Toyota a changé le monde (et nos menus)

    Le QR Code : Comment un employé de Toyota a changé le monde (et nos menus)

    Aujourd’hui, il est partout : sur les tables des restaurants, les emballages de pièces détachées ou les affiches publicitaires. Mais saviez-vous que le QR Code (pour Quick Response) n’est pas né dans une agence de marketing de la Silicon Valley, mais dans les allées graisseuses d’une usine automobile japonaise ?

    L’étincelle sur un plateau de jeu de Go

    En 1994, Masahiro Hara, ingénieur chez Denso Wave (une filiale de Toyota), fait face à un casse-tête logistique. Les codes-barres traditionnels sont devenus trop limités. Pour suivre la production d’un moteur, il faut parfois scanner dix codes différents. La lecture est lente, et la moindre tache d’huile rend le code illisible.

    L’illumination survient lors d’une pause déjeuner. En observant un plateau de jeu de Go, Masahiro réalise que la disposition des pierres noires et blanches permet de coder une quantité massive d’informations dans un espace réduit. Le concept du code en deux dimensions (2D) est né.

    Conçu pour la survie en atelier

    Contrairement aux technologies grand public, le QR Code a été « forgé » pour l’industrie lourde. Ses caractéristiques techniques en font un outil de survie :

    • Correction d’erreur : Même si 30 % du code est arraché ou souillé par du cambouis, il reste lisible.
    • Vitesse de scan : Grâce aux trois carrés situés dans les coins (les « détecteurs de position »), le scanner sait instantanément dans quel sens lire l’information, peu importe l’angle.
    • Capacité : Là où un code-barre stocke 20 caractères, le QR Code peut en contenir 7 000.

    Le cadeau de Toyota au monde

    Le véritable coup de génie de Toyota et Denso Wave ne fut pas seulement technique, mais stratégique. Sentant le potentiel immense de l’invention, ils ont décidé de ne pas exercer leurs droits de brevet.

    En rendant la technologie libre de droits, Toyota a permis au QR Code de sortir des lignes de montage pour envahir le Japon, puis le reste de la planète. Initialement conçu pour suivre des plaquettes de frein, il est devenu le langage universel de la connexion entre le monde physique et le monde numérique.

  • Clap de fin pour la voiture la moins chère d’Amérique : Pourquoi les « petits prix » disparaissent aussi chez nous ?

    Clap de fin pour la voiture la moins chère d’Amérique : Pourquoi les « petits prix » disparaissent aussi chez nous ?

    C’est officiel : la Nissan Versa, qui détenait le titre honorifique de voiture neuve la moins chère des États-Unis, ne sera plus produite en 2026. Une disparition qui n’est pas anecdotique, mais symptomatique d’un mal profond qui touche l’industrie automobile mondiale, des États-Unis à l’Europe : la mort programmée de la voiture abordable.

    Si vous avez déjà loué une voiture « Economy » lors d’un road-trip aux USA, vous avez forcément conduit une Nissan Versa. C’était la voiture simple, honnête et surtout accessible. Mais Nissan a confirmé l’arrêt de sa production pour le marché américain.

    La conséquence immédiate pour le consommateur américain ? Une inflation brutale du ticket d’entrée. Avec la disparition de la Versa (qui se vendait autour de 17 000 $), la nouvelle « voiture la moins chère » pourrait être la Kia K4, affichée à plus de 23 300 $. En un claquement de doigts, l’accès à l’automobile neuve vient de bondir de 6 000 $.

    L’équation impossible : Faibles marges, gros volumes

    Pourquoi les constructeurs tuent-ils leurs modèles d’entrée de gamme ? La réponse tient en un mot : rentabilité.

    L’équation économique d’une petite voiture pas chère est impitoyable. Pour qu’un modèle vendu à bas prix soit rentable, il doit générer des marges infimes (parfois quelques centaines d’euros/dollars par unité). Pour que l’opération soit viable, le constructeur doit donc en vendre des volumes astronomiques.

    Or, deux facteurs sont venus briser ce modèle :

    1. La baisse des ventes : Les consommateurs se tournent massivement vers les SUV (plus chers). Les volumes de berlines compactes s’effondrent, rendant leur production à faible marge non viable.
    2. L’explosion des coûts : Entre les normes de sécurité (ADAS, crash-tests) et les normes environnementales, fabriquer une « petite » voiture coûte désormais presque aussi cher que d’en fabriquer une grosse.

    Résultat ? Nissan préfère vous vendre un Kicks (SUV compact) ou une Sentra, sur lesquels la marge est bien plus confortable, plutôt que de s’acharner à maintenir une Versa qui ne rapporte plus assez.

    En Europe, même punition

    Ce phénomène n’est pas réservé à l’Oncle Sam. Regardez le marché européen. Où sont passées les Peugeot 108, Citroën C1, Ford Ka ou Ford Fiesta ? Disparues.

    Sur le Vieux Continent, la situation est exacerbée par les normes GSR2 et les quotas CO2. Les constructeurs généralistes abandonnent le segment A (les petites citadines) et le segment B « coeur de gamme » se « premiumise ». Il devient plus intéressant pour une marque de vendre moins de voitures, mais plus chères, que d’inonder le marché avec des produits à prix cassés.

    La fin de l’automobile pour tous ?

    La disparition de la Nissan Versa aux USA est un symbole fort. Elle marque la fin d’une époque où l’on pouvait acheter une voiture neuve, sûre et garantie pour une somme raisonnable.

    Aujourd’hui, le marché se polarise. D’un côté, des modèles thermiques ou hybrides de plus en plus chers et technologiques. De l’autre, un vide que seuls quelques acteurs (comme Dacia ou les nouveaux entrants chinois) tentent encore de combler.

    Pour les automobilistes au budget serré, il ne reste désormais que deux options : se tourner vers le marché de l’occasion, ou accepter de payer le prix fort pour des véhicules qui n’ont de « populaire » que le nom.

  • KTM arrête l’automobile et vend cette division à De Mevius

    KTM arrête l’automobile et vend cette division à De Mevius

    Après dix-sept années d’une aventure aussi audacieuse qu’atypique, KTM tourne la page de l’automobile. Le constructeur autrichien, connu dans le monde entier pour ses motos orange et ses succès en tout-terrain, vend sa filiale KTM Sportcar GmbH, à l’origine de la X-Bow depuis 2008. Le repreneur n’est pas un industriel de l’automobile, mais un consortium d’investisseurs internationaux, emmené par la famille belge De Mevius, héritière du plus grand empire brassicole mondial, Anheuser-Busch InBev.

    Une réorientation stratégique dictée par Bajaj Auto

    Ce désengagement s’inscrit dans la réorganisation initiée après la montée en puissance de l’indien Bajaj Auto au capital de KTM. Objectif : se recentrer sur le cœur historique de la marque, la moto, et abandonner les activités périphériques. Après avoir déjà annoncé son retrait du secteur du vélo électrique (hors KTM Fahrrad GmbH, indépendant), la firme autrichienne se sépare donc de sa seule division automobile.

    La X-Bow représentait depuis 2008 une vitrine technologique spectaculaire. Conçue et produite à Graz, commercialisée et entretenue depuis un centre spécialisé à Wels, cette barquette ultra-légère avait séduit une clientèle de passionnés en quête de sensations brutes, entre piste et route.

    Le pari d’une nouvelle vie pour la X-Bow

    L’annonce du rachat, formulée dès juin 2025, vient d’être confirmée par la signature des contrats. Le montant officiel n’a pas été révélé, mais la presse autrichienne évoque une transaction proche de 10 millions d’euros. Le dossier reste soumis aux autorités de la concurrence en Autriche.

    La famille De Mevius, à l’origine d’AB InBev (Budweiser, Corona, Stella Artois, Beck’s…), prend les commandes de l’avenir de la X-Bow. Au-delà du poids économique, l’implication personnelle de Grégoire De Mevius, ancien pilote de rallye et passionné de sport automobile, apparaît déterminante. Son frère Frédéric, haut placé dans la direction d’AB InBev, participe également à l’opération. À leurs côtés, d’autres investisseurs autrichiens et étrangers issus de l’univers du sport et de l’entrepreneuriat viennent renforcer le projet.

    Selon KTM, « le processus suit son cours comme prévu. De Mevius a soigneusement sélectionné les investisseurs pertinents et constitué le groupe en conséquence ».

    Entre continuité et diversification

    L’ambition des nouveaux propriétaires est claire : poursuivre et développer la marque X-Bow. La gamme de sportives radicales, homologuées pour la route, restera au cœur de l’offre. Mais le projet inclut aussi une ouverture vers des modèles off-road, sans que la nature exacte de ce futur développement n’ait encore été précisée. Nouvelle plateforme ou simple déclinaison ? L’avenir le dira.

    La production actuelle reste artisanale : environ 100 véhicules par an, assemblés par une équipe d’une trentaine de personnes. Le dernier-né, la X-Bow GT-XR, pousse le concept à son paroxysme : 500 ch pour moins de 1 250 kg, des performances dignes de GT3 de compétition, et un tarif avoisinant les 300 000 € HT.

    KTM se retire mais garde la main sur la marque

    Même après la cession, KTM ne disparaît pas totalement de l’équation. La X-Bow continuera de porter le nom « KTM », puisque la marque demeurera licenciée au consortium. Pour la firme de Mattighofen, l’opération permet de se délester d’une activité marginale mais coûteuse, tout en préservant l’image innovante associée à la X-Bow.

    Pour les nouveaux propriétaires, c’est au contraire une opportunité de faire vivre et grandir un label exclusif, dont l’ADN radical et la légitimité sportive sont déjà établis. Avec l’appui d’investisseurs passionnés et de véritables relais dans le monde du sport auto, la X-Bow pourrait connaître une seconde jeunesse – voire, pourquoi pas, un retour en compétition sous une nouvelle bannière.

    Un chapitre se ferme, un autre s’ouvre

    En se retirant de l’automobile, KTM confirme une tendance lourde : dans un secteur en mutation rapide, même les marques les plus dynamiques doivent se concentrer sur leur cœur de métier. Mais l’histoire de la X-Bow ne s’arrête pas pour autant. Si KTM a écrit le premier chapitre, c’est désormais à la famille De Mevius et à ses partenaires d’imaginer la suite.

    De la moto à la barquette en carbone, puis demain peut-être à de nouvelles aventures off-road, la X-Bow reste un symbole de passion mécanique. Sa trajectoire rappelle qu’en automobile, les projets les plus iconoclastes trouvent parfois une nouvelle vie là où on ne les attend pas.