Catégorie : Sport Automobile

  • La lĂ©gende continue : Timo Bernhard ranime l’hĂ©ritage de Porsche Ă  la Carrera Panamericana 2025

    La lĂ©gende continue : Timo Bernhard ranime l’hĂ©ritage de Porsche Ă  la Carrera Panamericana 2025

    La Carrera Panamericana, le rallye historique mythique du Mexique, a cĂ©lĂ©brĂ© cette annĂ©e son 75e anniversaire avec un invitĂ© d’honneur de taille : Timo Bernhard. L’ambassadeur de la marque et lĂ©gende moderne de l’endurance, vainqueur au Mans et au NĂŒrburgring, a pris le volant d’une Porsche 911 GT3 aux cĂŽtĂ©s du copilote mexicain Patrice Spitalier, renforçant le lien profond et historique entre Porsche et cette course lĂ©gendaire.

    La participation de Bernhard est un puissant rappel de l’hĂ©ritage laissĂ© par les pionniers de Porsche. DĂšs les annĂ©es 1950, des figures comme Hans Herrmann, qui mena la premiĂšre Ă©quipe officielle Porsche avec la 550 Spyder en 1954, ou Herbert Linge, dont le travail mĂ©canique exceptionnel fut saluĂ© par le gouvernement mexicain, ont Ă©tabli la rĂ©putation internationale de la marque sur les routes mexicaines.

    « Je sais par l’histoire de Porsche que ‘La Carrera’ Ă©tait une course majeure mettant en vedette des pilotes Porsche exceptionnels, » confie Timo Bernhard. « Le lien historique entre Porsche et La Carrera Panamericana se perpĂ©tue non seulement dans la compĂ©tition, mais aussi dans les noms de modĂšles emblĂ©matiques comme la 911 Carrera et la Panamera.»

    L’objectif : cĂ©lĂ©brer l’hĂ©ritage, plus que la compĂ©tition

    SurnommĂ©e « La Pana », cette Ă©preuve Ă©tait, dans sa version originale (1950-1954), l’une des compĂ©titions routiĂšres les plus exigeantes au monde, oĂč la prĂ©cision et la durabilitĂ© des voitures Porsche ont jetĂ© les bases de leur rĂ©putation internationale.

    Si la course a été relancée en 1988 en tant que rallye historique, la présence de Timo Bernhard en 2025 visait avant tout à rendre hommage à cet héritage.

    « J’adore personnellement le rallye et j’ai remportĂ© plusieurs victoires au classement gĂ©nĂ©ral en Allemagne. Cette fois, cependant, je n’Ă©tais pas concentrĂ© sur la compĂ©tition ou les rĂ©sultats, mais plutĂŽt sur la mise en valeur de l’hĂ©ritage fascinant de Porsche pour les spectateurs, » explique Bernhard.

    Timo Bernhard : un palmarÚs légendaire

    Au cours de plus de deux dĂ©cennies en tant que pilote d’usine officiel Porsche, Timo Bernhard s’est imposĂ© comme l’un des coureurs les plus complets de sa gĂ©nĂ©ration.

    • Double Champion FIA WEC (2015 et 2017).
    • Victoire aux 24 Heures du Mans en 2017 (avec la Porsche 919 Hybrid).
    • Cinq victoires aux 24 Heures du NĂŒrburgring.

    Il fait partie du cercle trĂšs fermĂ© des pilotes ayant rĂ©alisĂ© la « triple couronne » de l’endurance (victoires Ă  Le Mans, Daytona et Sebring). FidĂšle Ă  la marque depuis sa sĂ©lection en tant que Junior en 1999, son lien avec Porsche est indĂ©fectible.

    SuccÚs récents en terre mexicaine

    La relation de Bernhard avec le Mexique n’Ă©tait pas nouvelle. Il a dĂ©jĂ  triomphĂ© Ă  deux reprises aux 6 Heures de Mexico (manche du WEC) en 2016 et 2017 au volant de la Porsche 919 Hybrid, aux cĂŽtĂ©s de coĂ©quipiers tels que Mark Webber et Brendon Hartley.

    « J’ai de trĂšs bons souvenirs du Mexique… et un taux de victoire de 100 % lĂ -bas ! » se souvient Bernhard. « J’ai dĂ©couvert le Mexique comme un pays avec une incroyable passion pour le sport automobile. »

    Le rallye de 2025 a ainsi permis Ă  la lĂ©gende de l’endurance de renouveler ce lien spĂ©cial avec les fans locaux, tout en inscrivant un nouveau chapitre dans la longue et fructueuse histoire partagĂ©e entre Porsche et La Carrera Panamericana.

  • Le V8, le Watt et la Loi : le conflit qui redĂ©finit l’Ăąme sonore de la Formule 1

    Le V8, le Watt et la Loi : le conflit qui redĂ©finit l’Ăąme sonore de la Formule 1

    La Formule 1 a toujours Ă©tĂ© le théùtre d’une tension crĂ©atrice : celle qui oppose le passĂ© glorifiĂ© Ă  la promesse de l’avenir. Aujourd’hui, cette tension n’est plus seulement technique, elle est politique et culturelle. Elle oppose le dĂ©sir viscĂ©ral de retrouver le rugissement des V8 et V10 Ă  l’impĂ©ratif commercial et Ă©cologique du moteur hybride 50/50 de 2026.

    Au cƓur de cette bataille pour l’identitĂ© de l’automobile la plus rapide du monde, un bras de fer institutionnel se joue, un choc de cultures qui dĂ©terminera si l’art de la F1 restera une affaire de passion pure, ou une dĂ©monstration de sobriĂ©tĂ© technologique.

    La symphonie mécanique : pourquoi la nostalgie hurle

    Le V6 turbo hybride actuel est une merveille d’efficacitĂ©, mais il peine Ă  Ă©galer la rĂ©sonance culturelle et sensorielle de ses aĂźnĂ©s. C’est sur ce dĂ©ficit Ă©motionnel que s’appuie le prĂ©sident de la FIA, Mohammed Ben Sulayem, dans sa posture que l’on pourrait qualifier de « populiste ». Il porte l’Ă©tendard d’une partie significative de la fanbase qui rĂȘve du retour d’une formule V8, voire mĂȘme des mythiques V10 atmosphĂ©riques.

    Ce n’est pas un simple caprice mĂ©canique, mais une quĂȘte d’hĂ©ritage.

    Le V10 (1990-2005) : L’Ă©motion Ă  l’Ă©tat brut

    Le V10 symbolise l’Ăšre de la vitesse frĂ©nĂ©tique et de la compĂ©tition dĂ©bridĂ©e.

    • L’art sensoriel : tournant Ă  des rĂ©gimes vertigineux (jusqu’Ă  19 000 tours/minute), le V10 ne produisait pas un bruit, mais un hurlement aigu et cristallin. C’Ă©tait une note qui pĂ©nĂ©trait l’expĂ©rience, faisant vibrer l’air bien au-delĂ  de la piste, un dĂ©tail sensoriel fondamental pour l’immersion.
    • La prĂ©cision du geste : Ces blocs Ă©taient l’apogĂ©e de l’ingĂ©nierie atmosphĂ©rique, exigeant une gestion mĂ©ticuleuse de la puissance brute. Ils offraient une dĂ©monstration pure de la performance tirĂ©e de la cylindrĂ©e, sans l’aide complexe de l’Ă©lectrification.

    Le V8 (2006-2013) : la derniÚre danse atmosphérique

    L’adoption du V8 de 2,4 litres en 2006 a marquĂ© le dernier acte des moteurs non-hybridĂ©s. Moins perçant que le V10, le V8 offrait un son plus grave, plus roque, mais toujours d’une intensitĂ© frissonnante. Il fut la bande-son de la derniĂšre dĂ©cennie oĂč l’histoire de l’automobile en F1 n’Ă©tait pas dictĂ©e par la rĂ©cupĂ©ration d’Ă©nergie, mais par l’Ă©lĂ©gance d’un moteur Ă  combustion interne poussĂ© Ă  son paroxysme.

    Cette Ă©vocation, qui mĂȘle prĂ©cision technique, ressenti et lien culturel, est l’essence de la bataille de Ben Sulayem.

    La réalité contractuelle : la FOM comme garant du futur

    Pourtant, ce désir ardent de renouer avec le passé se heurte à une réalité contractuelle et commerciale inébranlable.

    Depuis l’acquisition des droits commerciaux par Liberty Media (FOM) en 2017, la gouvernance de la Formule 1 a Ă©tĂ© redĂ©finie. L’accord stipule clairement que l’Ă©laboration des rĂšglements est la prĂ©rogative de la FOM, tandis que la FIA se contente d’administrer et d’assurer la conformitĂ©. La FIA, malgrĂ© son statut de corps dirigeant, fonctionne dĂ©sormais comme un prestataire de services.

    La rĂ©ponse de la FOM aux tentatives de retour aux V8 ou V10 a Ă©tĂ© ferme. L’agenda est dictĂ© par le futur, et ce futur est incarnĂ© par la formule 50/50 de 2026 : un Ă©quilibre parfait entre l’Ă©lectrique et le thermique, conçu pour :

    1. Maintenir l’investissement des constructeurs (qui vendent des voitures hybrides ou Ă©lectriques).
    2. Garantir la crédibilité environnementale de la discipline.

    Pour la FOM, il s’agit d’une tentative de satisfaire les deux bases de fans : ceux qui veulent l’innovation, et ceux qui veulent la course, sans cĂ©der Ă  des superlatifs simplistes ou Ă  un virage technologique anachronique.

    L’horizon 2030 : le vrai dĂ©part

    Le conflit entre la nostalgie et le progrĂšs est en stand-by. Le V6 turbo hybride 50/50 est programmĂ© jusqu’Ă  la fin de l’annĂ©e 2030.

    C’est Ă  cet horizon que rĂ©side le vĂ©ritable enjeu. 2030 n’est pas seulement la fin de l’actuelle formule moteur, c’est aussi l’expiration de l’accord de gouvernance entre Liberty Media et la FIA. ThĂ©oriquement, la FIA pourrait alors renĂ©gocier les termes de son engagement ou choisir de reprendre la main sur la dĂ©finition de ses rĂšglements.

    Le succĂšs de la F1 dans les prochaines annĂ©es dĂ©pendra de sa capacitĂ© Ă  transformer ce nouveau rĂšglement technique en une expĂ©rience narrative aussi captivante que l’Ăšre des V10. En attendant, le V8 et le V10 restent le patrimoine sonore que la F1 doit dĂ©sormais apprendre Ă  honorer, mĂȘme sans le faire rugir sur ses circuits. C’est l’essence de l’automobile : un art au carrefour de l’histoire et de l’innovation.

  • Alfa Romeo 164 Procar : la berline qui roulait plus vite qu’une F1

    Alfa Romeo 164 Procar : la berline qui roulait plus vite qu’une F1

    Riccardo Patrese enclenche la pĂ©dale de droite Ă  la sortie de la Parabolica. Quelques secondes plus tard, juste avant le freinage de la chicane Rettifilo, il file Ă  plus de 320 km/h dans la ligne droite des stands de Monza. Le plus frappant ? Il est au volant d’une voiture qui ressemble, Ă  s’y mĂ©prendre, Ă  une banale berline quatre portes ! Le son, nouveau et strident, qui dĂ©chire l’air devant les tribunes combles, racontait pourtant une tout autre histoire.

    Ce spectacle unique, offert lors du Grand Prix d’Italie 1988, fut la premiĂšre et la derniĂšre apparition publique de l’Alfa Romeo 164 Procar. Un mirage historique, fruit d’une ambition folle qui devait rĂ©volutionner le sport automobile : les berlines de tourisme dotĂ©es de la performance d’une Formule 1.

    La chimĂšre de la Formule S

    Patrese venait de descendre de sa Williams Ă  moteur V8 Judd pour s’installer dans une machine qui n’Ă©tait pas si Ă©loignĂ©e de sa monoplace. Sous sa carrosserie de 164 de sĂ©rie, l’Alfa Romeo Procar Ă©tait, Ă  toutes fins utiles, une F1 biplace. Elle reposait sur un chĂąssis de course ultra-rigide et abritait surtout un V10 atmosphĂ©rique de 3,5 litres, une configuration de moteur qui deviendrait dominante au sommet du sport dans les saisons Ă  venir.

    Cette bĂȘte de course Ă©tait le fer de lance de ce qui devait ĂȘtre le Championnat FIA des Voitures de Production (Procar), ressuscitĂ© d’une sĂ©rie Ă©ponyme BMW M1 de 1979-80. Au cƓur de ce projet se trouvait la Formule S (pour Silhouette).

    Le concept Ă©tait audacieux : l’aspect extĂ©rieur devait imiter fidĂšlement une voiture de sĂ©rie produite Ă  au moins 25 000 exemplaires, n’autorisant qu’un petit aileron arriĂšre discret et quelques ajustements pour le refroidissement. Mais sous cette enveloppe familiĂšre, les rĂšglements exigeaient une technologie F1 pure et dure, en l’occurrence les nouveaux moteurs atmosphĂ©riques de 3,5 litres.

    Quand Bernie et Max dictaient la musique

    Ce projet Ă©tait l’Ɠuvre de l’influent duo Bernie Ecclestone et Max Mosley. Ecclestone, nouvellement vice-prĂ©sident de la FIA chargĂ© des affaires promotionnelles, et Mosley, revenu en tant que prĂ©sident de la commission des constructeurs de la FISA, travaillaient Ă  restructurer le sport automobile. Leur objectif Ă©tait clair : rendre les moteurs F1 de 3,5 litres obligatoires non seulement en Grand Prix, mais aussi en Groupe C (endurance) et dans ce nouveau Procar. L’idĂ©e Ă©tait de forcer les constructeurs Ă  investir dans un moteur unique, utilisable sur plusieurs fronts – un concept que Ecclestone ne cachait pas ĂȘtre une manƓuvre pour attirer les grands constructeurs vers la F1.

    FIAT, qui venait de racheter Alfa Romeo fin 1986, s’est montrĂ© un collaborateur enthousiaste. Le nouveau patron, Vittorio Ghidella, fan de sport auto, voulait que l’image de course d’Alfa perdure, mĂȘme si la F1 Ă©tait dĂ©sormais l’apanage de Ferrari. Or, Alfa Corse disposait d’un tout nouveau V10 3,5 litres – le Tipo 1035 – dĂ©veloppĂ© par Giuseppe D’Agostino, conçu pour ĂȘtre plus compact et lĂ©ger qu’un V12, et plus puissant qu’un V8.

    Ce moteur, qui n’avait plus de dĂ©bouchĂ© en F1 aprĂšs la rupture spectaculaire du contrat avec Ligier (un casus belli montĂ© de toutes piĂšces par FIAT), trouva un foyer inattendu dans la carrosserie de la 164.

    L’Ă©lĂ©gance mĂ©canique : la BT57

    La construction de l’Alfa 164 Procar fut confiĂ©e Ă  Brabham (qui Ă©tait alors en pleine cession par Ecclestone), l’Ă©quipe qui avait dĂ©jĂ  utilisĂ© les moteurs Alfa en F1 de 1976 Ă  1979. Le chĂąssis, connu en interne sous le nom de BT57, Ă©tait l’Ɠuvre de l’ingĂ©nieur John Baldwin. Il Ă©tait construit autour d’une coque centrale rigide Ă  laquelle Ă©taient accrochĂ©s le moteur et les suspensions, permettant un vĂ©ritable amĂ©nagement biplace.

    AssemblĂ© par le mĂ©canicien Tommy Ross, l’unique exemplaire fut testĂ© en Italie, notamment par Giorgio Pianta. Pour sa dĂ©monstration publique Ă  Monza, Patrese reçut des instructions strictes : prendre son temps, puis accĂ©lĂ©rer Ă  fond dans la ligne droite pour exhiber la vitesse de pointe.

    La performance fut foudroyante : la 164 Procar a dĂ©passĂ© les 331 km/h (206 mph) dans la ligne droite, plus rapide que certaines F1 de l’Ă©poque, son poids minimal de 750 kg aidant. Patrese se souvient de la violence de l’expĂ©rience : « Tout tremblait beaucoup au-dessus de 300 km/h ».

    Un mort-né de 331 km/h

    Malheureusement, le coup de bluff d’Alfa Romeo ne convainquit pas les autres constructeurs. Leur scepticisme Ă©tait clair : « Nous voulons courir avec ce que nous vendons », le concept de la silhouette Ă©tant jugĂ© trop Ă©loignĂ© du produit de sĂ©rie.

    La Formule S et le Championnat Procar furent abandonnĂ©s discrĂštement. L’Alfa 164 Procar a ainsi Ă©tĂ© rapidement relĂ©guĂ©e au musĂ©e. L’unique fois oĂč son magnifique moteur V10 atmosphĂ©rique fut entendu par le public, ce fut lors de ces quelques tours de dĂ©monstration. L’histoire se souvient de cette berline unique comme d’une fin de non-recevoir Ă  331 km/h.

  • Nelson Piquet retrouve la Brabham-BMW BT52 : hommage Ă  Estoril pour un champion hors du temps

    Nelson Piquet retrouve la Brabham-BMW BT52 : hommage Ă  Estoril pour un champion hors du temps

    Le rugissement du quatre cylindres turbo BMW a de nouveau rĂ©sonnĂ© sur le bitume d’Estoril. Le dernier week-end d’aoĂ»t, le lĂ©gendaire circuit portugais — théùtre du premier Grand Prix du Portugal moderne en 1984 — a vu revenir l’un de ses hĂ©ros : Nelson Piquet, triple champion du monde de Formule 1. À l’occasion d’un Ă©vĂ©nement organisĂ© par Dener Motorsports, en hommage au pilote brĂ©silien, BMW Group Classic a sorti deux joyaux de son patrimoine sportif : la Brabham BMW BT52 Turbo de 1983 et la BMW M1 Procar de 1980. Deux voitures emblĂ©matiques, deux chapitres majeurs de la carriĂšre de Piquet, rĂ©unis pour ce qui pourrait bien ĂȘtre sa derniĂšre danse au volant d’une F1 BMW.

    Un retour chargĂ© d’émotion

    Le week-end avait tout d’une rĂ©union de famille. Autour de Nelson Piquet, on retrouvait Bernie Ecclestone, patron du team Brabham Ă  l’époque, Gordon Murray, le gĂ©nial concepteur de la BT52, ainsi que plusieurs anciens mĂ©caniciens du team, venus spĂ©cialement pour l’occasion. Tous avaient rendez-vous Ă  Estoril, non loin de Lisbonne, sur un tracĂ© qui symbolise les grandes heures de la Formule 1 des annĂ©es 1980.

    BMW Group Classic, fidĂšle gardien du patrimoine de la marque, a prĂ©parĂ© les deux voitures avec le soin d’un horloger. Les mĂ©caniciens du dĂ©partement historique ont assurĂ© la remise en route et le suivi technique sur place, afin que tout soit parfait pour le grand moment : le retour de Nelson Piquet derriĂšre le volant de sa Brabham BT52, la monoplace qui lui avait offert son deuxiĂšme titre mondial, et le tout premier pour un moteur turbo en Formule 1.

    La BT52 : une lĂ©gende de l’ùre turbo

    PrĂ©sentĂ©e en 1983, la BT52 marquait une rupture technique et esthĂ©tique. Gordon Murray avait dĂ» redessiner la voiture en urgence aprĂšs l’interdiction des jupes et de l’effet de sol. Le rĂ©sultat : un chĂąssis plus court, un centre de gravitĂ© reculĂ©, et surtout un moteur BMW M12/13, un 1,5 litre quatre cylindres turbo dĂ©rivĂ© d’un bloc de sĂ©rie issu de la 2002. Capable de dĂ©livrer plus de 800 chevaux en configuration course et plus de 1 200 chevaux en qualifications, ce moteur a fait entrer BMW dans la lĂ©gende.

    Avec cette combinaison explosive, Nelson Piquet a remportĂ© trois Grands Prix en 1983 (BrĂ©sil, Italie, Europe) et le titre mondial au terme d’une saison marquĂ©e par la fiabilitĂ© du moteur et la cohĂ©sion exceptionnelle entre Brabham et BMW. « Le moteur BMW a tout changĂ©, se souvient Piquet. Nous avons beaucoup travaillĂ© en 1982 pour ĂȘtre prĂȘts l’annĂ©e suivante. C’était une pĂ©riode fantastique. »

    À Estoril, plus de quarante ans plus tard, le BrĂ©silien a repris place dans le cockpit Ă©troit de la BT52, casque sur la tĂȘte et sourire aux lĂšvres. AprĂšs un shakedown pour retrouver les sensations, il a effectuĂ© plusieurs tours d’honneur, dans un mĂ©lange d’élĂ©gance et de nostalgie.

    Une vie de course avec BMW

    Avant la Formule 1, Nelson Piquet avait dĂ©jĂ  bĂąti un lien fort avec BMW. En 1980, il remportait la BMW Procar Series, un championnat monomarque opposant les meilleurs pilotes du monde au volant de la spectaculaire BMW M1 Procar, conçue par Paul Rosche et dĂ©veloppĂ©e par le dĂ©partement compĂ©tition de Munich. Cette mĂȘme annĂ©e, il dĂ©crochait Ă©galement une victoire de prestige aux 1000 km du NĂŒrburgring, sur une M1 Groupe 5 partagĂ©e avec Hans-Joachim Stuck.

    Entre 1982 et 1985, il disputa ensuite quatre saisons de F1 avec des Brabham-BMW Turbo. Son palmarĂšs avec le constructeur bavarois reste impressionnant :

    • 1982 : 11e du championnat (Brabham BT50)
    • 1983 : Champion du monde (BT52)
    • 1984 : 5e (BT53)
    • 1985 : 8e (BT54)

    En tout, Piquet compte 23 victoires en 204 Grands Prix, dont 7 pour BMW, et trois titres mondiaux (1981, 1983 et 1987).

    Un hommage à la démesure

    L’évĂ©nement d’Estoril s’est voulu Ă  la fois intimiste et spectaculaire. Les spectateurs ont pu approcher les deux machines mythiques, restaurĂ©es dans leur configuration d’époque, avec leurs livrĂ©es emblĂ©matiques Parmalat et BMW Motorsport. AprĂšs sa dĂ©monstration, Piquet a longuement Ă©changĂ© avec les anciens membres de son Ă©quipe. « Revoir cette voiture aujourd’hui, c’est revoir une Ɠuvre d’art. Elle Ă©tait belle, elle l’est toujours. C’était la plus belle pĂ©riode de ma vie », a-t-il confiĂ©.

    Pour BMW Group Classic, cette apparition marquait la deuxiĂšme sortie publique de la BT52 en 2025, aprĂšs le Festival of Speed de Goodwood en juillet. Rarement une monoplace historique n’aura Ă©tĂ© aussi prĂ©cieusement conservĂ©e et remise en Ă©tat de marche.

    Une derniĂšre fois au volant

    La derniĂšre fois que Nelson Piquet avait conduit la Brabham BT52 remontait Ă  2015, lors d’un Ă©vĂ©nement de lĂ©gendes Ă  Spielberg, en Autriche. Dix ans plus tard, le BrĂ©silien de 73 ans a fait le voyage depuis BrasĂ­lia pour retrouver sa machine. Il y a sans doute vu une forme de conclusion symbolique Ă  son histoire avec BMW : une aventure technique et humaine, faite de passion, de dĂ©fi et de vitesse pure.

    « À l’époque, gĂ©rer la puissance n’avait rien d’extraordinaire », sourit Piquet. « Aujourd’hui, c’est une autre histoire. Je freine beaucoup plus tĂŽt qu’avant. »

    Une phrase qui rĂ©sume Ă  elle seule tout le contraste entre la F1 d’hier et celle d’aujourd’hui. Un temps oĂč la mĂ©canique avait encore des colĂšres, oĂč les pilotes apprivoisaient des bĂȘtes de 800 chevaux sans assistance. À Estoril, Nelson Piquet a retrouvĂ© cette part de folie. Une derniĂšre fois, peut-ĂȘtre. Mais certainement pas sans Ă©motion.

  • Ford Supervan : quand le Transit se prend pour une supercar

    Ford Supervan : quand le Transit se prend pour une supercar

    Dans l’univers automobile, certains projets naissent presque par provocation, d’autres par pur gĂ©nie marketing. Le Ford Supervan appartient aux deux catĂ©gories. Depuis plus de cinquante ans, la silhouette utilitaire du Transit cache rĂ©guliĂšrement une mĂ©canique de compĂ©tition, transformant le « fourgon de plombier » en monstre de puissance. Une saga unique, nĂ©e en 1971 dans les paddocks britanniques et qui continue aujourd’hui de repousser les limites, Ă  l’ùre Ă©lectrique.

    Le coup de folie de Terry Drury (1971)

    Tout commence avec Terry Drury, ingĂ©nieur chez Ford UK, pilote amateur et passionnĂ© de sport automobile. En 1971, il fonde sa propre Ă©quipe, Terry Drury Racing (TDR), et imagine une idĂ©e aussi saugrenue que gĂ©niale : installer un moteur de course sous la carrosserie d’un Ford Transit. L’occasion se prĂ©sente lors du traditionnel meeting de PĂąques Ă  Brands Hatch.

    Le premier Supervan voit le jour : un chĂąssis de Cooper Monaco, un moteur Ford V8 de 4,95 litres dĂ©veloppant 441 chevaux et une vitesse de pointe de 240 km/h. Un dragster dĂ©guisĂ© en utilitaire ! Le problĂšme, c’est que la carrosserie en acier issue de la sĂ©rie faisait office de mur face au vent. En ligne droite, l’engin impressionnait. Mais en courbe, l’aĂ©rodynamique le condamnait.

    Supervan 2 : l’ñge d’or des annĂ©es 1980

    Ford UK reprend le projet Ă  son compte et pousse l’idĂ©e bien plus loin. En 1984, le Supervan 2 fait sensation. Le chĂąssis est celui d’une Ford C100 de Groupe C, l’une des catĂ©gories reines de l’endurance. Le dessin est confiĂ© Ă  Tony Southgate, figure de la Formule 1 et du Mans. La carrosserie, en fibre de verre, reproduit la silhouette d’un Transit Mk2, mais rabaissĂ©e et affinĂ©e. Sous le capot, un V8 Cosworth DFL de 600 chevaux propulse ce van hors normes Ă  280 km/h sur le circuit de Silverstone.

    LĂ  oĂč le premier Supervan faisait sourire, le second impose le respect. Ford en fait un outil de communication redoutable : montrer qu’un banal fourgon peut cacher le cƓur d’une voiture de course.

    Supervan 3 : l’excĂšs assumĂ© (1994)

    Dix ans plus tard, Ford rĂ©cidive avec le Supervan 3, construit pour accompagner le restylage du Transit Mk3. Plus qu’une Ă©volution, c’est une vĂ©ritable mutation. Le moteur, un V8 Cosworth de 3 litres, dĂ©livre 660 chevaux. La silhouette reste celle d’un Transit, mais Ă  l’échelle 7/8e : un utilitaire compressĂ©, plus court d’un mĂštre, entiĂšrement pensĂ© pour la performance.

    Le Supervan 3 devient rapidement une icĂŽne publicitaire. On l’aperçoit dans des dĂ©monstrations, des salons, et il revient mĂȘme sur le devant de la scĂšne en 2004, lors d’un lifting pour cĂ©lĂ©brer la nouvelle gĂ©nĂ©ration de Transit.

    Supervan 4 : l’ùre Ă©lectrique (2022)

    L’histoire aurait pu s’arrĂȘter lĂ , cantonnĂ©e Ă  quelques dĂ©lires mĂ©caniques des annĂ©es 1970-1990. Mais Ford choisit de relancer la saga Ă  l’ùre des moteurs Ă©lectriques. En 2022, le Supervan 4 est dĂ©voilĂ©. Aux commandes du design, Ernesto Rupar pour l’extĂ©rieur et Sebastian Todderroth pour l’intĂ©rieur.

    Sous sa carrosserie futuriste, il cache quatre moteurs Ă©lectriques cumulant 1 903 chevaux. Le 0 Ă  100 km/h tombe sous la barre des deux secondes. De quoi faire rougir bien des hypercars. Seul bĂ©mol : une autonomie limitĂ©e Ă  35 kilomĂštres. Mais qu’importe, le message est clair : le Transit aussi peut entrer dans le futur radical de la mobilitĂ©.

    Supervan 4.2 : la bĂȘte de course (2023)

    Un an plus tard, Ford affine son prototype. Le Supervan 4.2 adopte trois moteurs Ă©lectriques, mais sa puissance grimpe Ă  2 040 chevaux. Cette fois, l’objectif est clairement dĂ©fini : les courses de cĂŽte.

    Avec Romain Dumas, spĂ©cialiste des records en tout genre, l’engin s’aligne au dĂ©part du mythique Pikes Peak International Hill Climb. RĂ©sultat : deuxiĂšme au gĂ©nĂ©ral, premier de sa catĂ©gorie. Le Supervan enchaĂźne ensuite les dĂ©monstrations Ă  Bathurst, Ă  Goodwood, et prend une place d’honneur dans les cĂ©lĂ©brations des 60 ans du Transit.

    Un objet marketing devenu légende

    Au fil du temps, le Supervan a dĂ©passĂ© sa fonction initiale de vitrine technologique. Il est devenu un objet de culte, symbole de l’esprit dĂ©calĂ© et audacieux de Ford UK. L’idĂ©e de transformer un fourgon utilitaire en machine de compĂ©tition aurait pu rester une blague. Mais elle s’est inscrite dans l’histoire de la marque comme une dĂ©monstration flamboyante de crĂ©ativitĂ©.

    Du V8 hurlant des annĂ©es 1970 aux moteurs Ă©lectriques survoltĂ©s d’aujourd’hui, le Supervan illustre l’évolution de la performance automobile et du rĂŽle de la communication dans l’industrie. Plus qu’un dĂ©monstrateur technique, il est une icĂŽne culturelle, tĂ©moin de cinq dĂ©cennies d’expĂ©rimentations.

    Et Ă  chaque fois, la mĂȘme conclusion : dans l’ADN du Transit, il y a toujours eu un peu de course.

  • Grand Prix : quand Hollywood a redĂ©fini l’image de la Formule 1

    Grand Prix : quand Hollywood a redĂ©fini l’image de la Formule 1

    Le cinĂ©ma et l’automobile ont souvent partagĂ© une fascination commune pour la vitesse, le danger et le glamour. Mais rares sont les films qui ont rĂ©ussi Ă  capter l’essence mĂȘme du sport automobile sans la trahir. En 1966, Grand Prix de John Frankenheimer a ouvert une brĂšche : celle d’un cinĂ©ma capable de restituer l’intensitĂ© d’une saison de Formule 1 avec une authenticitĂ© inĂ©galĂ©e. Plus qu’un long-mĂ©trage, il a contribuĂ© Ă  façonner l’imaginaire collectif autour de la discipline, notamment aux États-Unis oĂč la F1 restait alors confidentielle.

    L’obsession de Frankenheimer

    Frankenheimer Ă©tait dĂ©jĂ  connu pour ses thrillers politiques (The Manchurian Candidate, Seven Days in May) lorsqu’il se lança dans Grand Prix. Mais il se passionna pour la course et dĂ©cida que rien ne devait paraĂźtre artificiel. Pas de studio, pas de plans truquĂ©s : chaque sĂ©quence fut tournĂ©e sur circuit, pendant les Grands Prix rĂ©els de 1966.

    Le rĂ©alisateur s’entoura de pilotes comme Phil Hill, Bob Bondurant et Graham Hill, fit rouler des Formule 3 dĂ©guisĂ©es en Ferrari ou BRM et exigea de ses acteurs qu’ils apprennent Ă  piloter. James Garner se rĂ©vĂ©la excellent volant en main, au point de tromper certains observateurs.

    Cette obsession du réalisme se traduisit aussi dans la technique : une Ford GT40 servit de voiture-caméra, équipée de lourdes Panavision 65 mm spécialement modifiées. Frankenheimer inventa, sans le savoir, la caméra embarquée moderne.

    Une révolution visuelle

    Le spectateur de 1966 n’avait jamais rien vu de tel. Écrans multiples, montages syncopĂ©s signĂ©s Saul Bass, grand angle quasi sans distorsion, tĂ©lĂ©objectifs Ă  couper le souffle : Grand Prix fit entrer la vitesse dans les salles obscures. Pour la premiĂšre fois, le public pouvait ressentir la tension d’un dĂ©part, la brutalitĂ© d’un freinage, l’ivresse d’une ligne droite.

    À l’époque, la tĂ©lĂ©vision amĂ©ricaine ne diffusait pas la Formule 1. Grand Prix joua donc un rĂŽle initiatique, rĂ©vĂ©lant au public amĂ©ricain un sport jusque-lĂ  mystĂ©rieux. Il contribua Ă  donner une aura hĂ©roĂŻque aux pilotes, transformant la F1 en matiĂšre cinĂ©matographique autant qu’en discipline sportive.

    Entre fiction et réalité

    Si les intrigues amoureuses et rivalitĂ©s personnelles paraissent aujourd’hui un peu datĂ©es, elles permettent de donner chair aux pilotes et journalistes de cette fresque. Frankenheimer s’inspira de figures bien rĂ©elles : Yves Montand emprunte Ă  Fangio et von Trips, James Garner Ă  Phil Hill, Eva Marie Saint Ă  la journaliste Louise King.

    Cette hybridation entre fiction et rĂ©alitĂ© a inspirĂ© la suite du cinĂ©ma automobile. Steve McQueen, d’abord pressenti pour le rĂŽle principal, reprendra la formule avec Le Mans (1971), mais en poussant encore plus loin le dĂ©pouillement dramatique pour laisser toute la place Ă  la course. Plus rĂ©cemment, Ron Howard s’appuiera sur les recettes de Frankenheimer pour Rush (2013), en mĂȘlant rigueur documentaire et intensitĂ© dramatique.

    L’hĂ©ritage d’un chef-d’Ɠuvre

    Avec plus de 19 millions de spectateurs en AmĂ©rique du Nord et trois Oscars, Grand Prix fut un succĂšs critique et commercial. Mais son hĂ©ritage dĂ©passe les chiffres : il a imposĂ© une grammaire visuelle reprise dans toutes les productions ultĂ©rieures. La sĂ©rie Netflix Drive to Survive, qui a redonnĂ© un souffle mĂ©diatique Ă  la F1 dans les annĂ©es 2020, n’échappe pas Ă  ce parallĂšle : elle doit beaucoup Ă  la vision de Frankenheimer, qui avait compris dĂšs les annĂ©es 1960 que le sport automobile ne se racontait pas seulement par ses rĂ©sultats, mais aussi par l’émotion brute de la vitesse et la fragilitĂ© des hommes qui la dĂ©fient.

    Quand l’automobile devient culture

    Grand Prix appartient aujourd’hui au panthĂ©on des films oĂč l’automobile devient culture Ă  part entiĂšre, aux cĂŽtĂ©s de Bullitt, Le Mans ou Ronin (que Frankenheimer rĂ©alisera d’ailleurs en 1998, avec de nouvelles poursuites automobiles mĂ©morables). Mais plus que tout autre, il a donnĂ© au sport automobile une identitĂ© cinĂ©matographique.

    On comprend pourquoi, prĂšs de soixante ans plus tard, le film continue de fasciner. Les passionnĂ©s de cinĂ©ma l’analysent comme une Ɠuvre d’ingĂ©nierie visuelle, les amateurs de F1 comme une capsule temporelle sur un Ăąge d’or. Et tous s’accordent Ă  reconnaĂźtre que, sans Grand Prix, la course n’aurait peut-ĂȘtre jamais trouvĂ© un tel Ă©cho sur grand Ă©cran.

    Frankenheimer lui-mĂȘme admettait que ce n’était pas son meilleur film, mais le plus exaltant Ă  tourner. Pour les amateurs de vitesse et de cinĂ©ma, c’est avant tout un chef-d’Ɠuvre qui a su, mieux que tout autre, donner un visage Ă  l’obsession automobile.

  • Lancia Ypsilon Rally2 HF Integrale : le retour du mythe sur les spĂ©ciales

    Lancia Ypsilon Rally2 HF Integrale : le retour du mythe sur les spéciales

    Lancia rallume la flamme. AprĂšs avoir signĂ© son retour en rallye par l’entrĂ©e de modĂšles destinĂ©s aux catĂ©gories Rally4 et Rally6, la marque italienne annonce aujourd’hui le dĂ©veloppement d’une Ypsilon Rally2 HF Integrale. Une nouvelle Ă©tape, hautement symbolique : pour la premiĂšre fois depuis plus de trente ans, un modĂšle Ă  transmission intĂ©grale frappĂ© du logo Lancia va s’aligner sur la scĂšne internationale. Et pas n’importe laquelle : la catĂ©gorie Rally2, vĂ©ritable antichambre du WRC, qui nourrit Ă  la fois les championnats nationaux et l’ERC (Championnat d’Europe des Rallyes).

    Un nom lourd d’histoire

    Le simple fait de lire HF Integrale associĂ© Ă  Lancia suffit Ă  rĂ©veiller une mĂ©moire collective unique dans l’univers du sport automobile. Car si Lancia a connu bien des vies, son ADN s’est forgĂ© sur les routes et pistes du rallye. Avec la Fulvia CoupĂ© HF, la Stratos, la 037 et bien sĂ»r la Delta Integrale, la marque a construit une lĂ©gende inĂ©galĂ©e.

    Les chiffres parlent d’eux-mĂȘmes : 10 titres constructeurs en Championnat du Monde des Rallyes (WRC) entre 1974 et 1992, dont 6 consĂ©cutifs de 1987 Ă  1992. Aucun autre constructeur n’a jamais Ă©galĂ© une telle sĂ©rie. Lancia demeure, encore aujourd’hui, la marque la plus titrĂ©e de l’histoire du WRC.

    Et derriĂšre les statistiques, il y a les images gravĂ©es dans l’imaginaire collectif : les couleurs Martini sur la Delta, les gerbes d’étincelles sur l’asphalte du Monte-Carlo, les glissades spectaculaires en Finlande, les ovations de foules entiĂšres dans les annĂ©es folles du Groupe B.

    De la renaissance à l’ambition

    Depuis sa renaissance sous l’impulsion de Stellantis, Lancia construit patiemment son retour Ă  la fois sur la route et en compĂ©tition. Le programme sportif avait commencĂ© modestement : une Ypsilon Rally4, destinĂ©e aux jeunes pilotes et aux championnats d’initiation, puis une Rally6, Ă©tape intermĂ©diaire pour accompagner la progression vers le haut niveau.

    L’arrivĂ©e de la Rally2 HF Integrale change d’échelle. Cette catĂ©gorie, rĂ©gie par la FIA, regroupe aujourd’hui une offre trĂšs concurrentielle : Skoda Fabia RS Rally2, Hyundai i20 N Rally2, Ford Fiesta Rally2, CitroĂ«n C3 Rally2, ou encore Volkswagen Polo GTI R5. Autant dire que Lancia ne se contente pas d’un retour symbolique : la marque vise le cƓur battant de la discipline, lĂ  oĂč se forment les futurs champions du monde.

    Un tremplin vers les titres

    La Rally2 HF Integrale permettra aux Ă©quipes privĂ©es comme aux structures semi-officielles de s’engager dans les championnats nationaux les plus relevĂ©s – France, Italie, Espagne, Belgique – mais aussi de viser le Championnat d’Europe FIA. Or, c’est bien dans cette catĂ©gorie que se jouent aujourd’hui les plus belles batailles, avec des plateaux souvent supĂ©rieurs en nombre et en intensitĂ© au WRC lui-mĂȘme.

    En lançant un modùle 4 roues motrices, Lancia envoie un signal clair : la marque n’est pas simplement en train de capitaliser sur son patrimoine, elle veut redevenir un acteur majeur du rallye contemporain.

    L’ombre portĂ©e de la Delta

    Difficile de ne pas faire le parallĂšle avec la Delta Integrale, qui demeure une rĂ©fĂ©rence absolue. En reprenant l’appellation HF Integrale, Lancia s’expose Ă  une immense attente. Mais c’est aussi le meilleur moyen d’attirer l’attention des passionnĂ©s et de renouer avec une communautĂ© internationale qui n’a jamais cessĂ© de rĂ©clamer le retour de Lancia en rallye.

    La stratĂ©gie est habile. Dans l’univers automobile, peu de marques peuvent se targuer d’un hĂ©ritage aussi puissant. LĂ  oĂč d’autres doivent inventer un rĂ©cit, Lancia n’a qu’à rĂ©veiller le sien. Et la Rally2 est l’outil idĂ©al : accessible Ă  de nombreuses Ă©quipes, visible dans une multitude de championnats, et porteuse d’une image sportive crĂ©dible.

    Une excitation palpable

    Le retour de Lancia au plus haut niveau de la compĂ©tition n’est pas anodin. Il suscite dĂ©jĂ  une effervescence auprĂšs des fans, qui voient dans cette annonce une promesse : celle de retrouver l’émotion brute des grandes annĂ©es. Les rĂ©seaux sociaux se remplissent de montages, d’évocations et de souvenirs dĂšs qu’apparaĂźt le mot Integrale. Les forums de passionnĂ©s bruissent de rumeurs sur les spĂ©cifications techniques : moteur turbo quatre cylindres, boĂźte sĂ©quentielle, gestion Ă©lectronique dernier cri, chĂąssis affĂ»tĂ© pour l’asphalte comme pour la terre.

    Si la voiture se montre Ă  la hauteur, elle pourrait bien devenir une arme de choix pour les pilotes en quĂȘte de titres nationaux ou continentaux. Et surtout, elle replacerait Lancia lĂ  oĂč la marque a toujours brillĂ© : sur les spĂ©ciales.

    Le mythe reprend vie

    En choisissant de rĂ©activer son histoire sportive par la catĂ©gorie Rally2, Lancia dĂ©montre que son retour n’est pas un simple exercice marketing. La compĂ©tition a toujours Ă©tĂ© l’ADN de la marque, et cette Ypsilon Rally2 HF Integrale se veut la passerelle entre un passĂ© glorieux et un futur ambitieux.

    Lancia a été le constructeur des excÚs, des innovations, des audaces. Sa renaissance par le rallye, avec cette premiÚre quatre roues motrices moderne, redonne corps à un mythe que beaucoup pensaient figé dans les musées et les archives. Désormais, il faudra à nouveau lever les yeux vers les feuilles de temps et les podiums pour y chercher le nom de Lancia.

    Le simple fait d’imaginer une Ypsilon HF Integrale glisser sur la neige du Monte-Carlo ou s’arracher des cordes en Catalogne suffit Ă  rallumer l’étincelle. Le mythe reprend vie, et le monde du rallye s’en rĂ©jouit dĂ©jĂ .

  • Alex Palou est-il le meilleur pilote actuel ?

    Alex Palou est-il le meilleur pilote actuel ?

    Álex Palou n’a que 28 ans, et dĂ©jĂ  son nom s’impose dans les livres d’histoire. Avec un quatriĂšme titre IndyCar en cinq saisons, conquis avec une aisance presque dĂ©concertante, le Catalan du Chip Ganassi Racing est devenu le sixiĂšme pilote de l’histoire de la discipline Ă  atteindre ce cap. Quelques mois plus tĂŽt, il remportait l’Indy 500, cette course qui transforme un excellent pilote en lĂ©gende. À ce stade, une question s’impose : Palou est-il aujourd’hui le meilleur pilote de la planĂšte ?

    Une domination méthodique

    Contrairement à certains champions dont le style flamboyant éblouit à chaque virage, Palou a construit son empire avec une froide efficacité. Comme Dario Franchitti en son temps, il ne se repose pas sur une audace spectaculaire, mais sur une constance et une intelligence de course implacables. Chaque week-end, il maximise le potentiel de sa voiture, minimise les erreurs et sait exploiter la moindre opportunité stratégique.

    Cette approche lui a permis de dĂ©crocher huit victoires rien que cette saison, dans un championnat rĂ©putĂ© pour son imprĂ©visibilitĂ©, oĂč une quinzaine de pilotes peuvent espĂ©rer s’imposer Ă  chaque manche. Et surtout, Palou a brisĂ© une barriĂšre symbolique : aprĂšs s’ĂȘtre imposĂ© sur tous les types de circuits routiers et urbains, il a triomphĂ© Ă  Indianapolis puis sur l’ovale court de l’Iowa, prouvant qu’il est dĂ©sormais un pilote complet.

    Des comparaisons qui comptent

    Palou partage dĂ©sormais son palmarĂšs avec Mario Andretti, SĂ©bastien Bourdais et Dario Franchitti, tous quadruples champions. Seuls Scott Dixon (six titres) et A.J. Foyt (sept titres) le devancent encore dans l’histoire. Ces comparaisons sont lourdes de sens, car elles situent l’Espagnol dans une lignĂ©e oĂč trĂšs peu ont rĂ©ussi Ă  durer.

    Et Dixon, son coĂ©quipier et modĂšle, n’a pas tardĂ© Ă  souligner la particularitĂ© du Catalan : lĂ  oĂč il a fallu une dĂ©cennie Ă  Franchitti pour toucher sa premiĂšre couronne, Palou a remportĂ© son premier titre dĂšs sa deuxiĂšme saison. Sa trajectoire rappelle davantage celle des immenses talents qui bouleversent les Ă©quilibres d’un sport.

    Le poids du contexte IndyCar

    On ne peut pas Ă©valuer Palou sans rappeler ce qu’est l’IndyCar. Contrairement Ă  la Formule 1, oĂč la hiĂ©rarchie technique dĂ©termine souvent 80 % des rĂ©sultats, la discipline amĂ©ricaine repose sur une base commune : chĂąssis unique, moteurs Ă©quilibrĂ©s, dĂ©veloppement limitĂ©. Les Ă©carts se jouent sur la prĂ©cision du rĂ©glage, la gestion des pneus et l’audace stratĂ©gique.

    Dans cet environnement nivelĂ©, oĂč chaque dĂ©tail compte, dominer est bien plus difficile. Et c’est lĂ  que la performance de Palou prend tout son sens : ĂȘtre sacrĂ© deux courses avant la fin de saison, dans un tel contexte, est presque irrĂ©el.

    Le meilleur pilote du monde ?

    La question reste ouverte, car tout dĂ©pend du prisme choisi. Si l’on parle de la Formule 1, Max Verstappen a imposĂ© une domination sans partage, Ă©crasant ses adversaires avec une Red Bull au sommet de son art. Mais la F1 est biaisĂ©e par l’avantage technique de certaines Ă©quipes : Verstappen, sans sa RB20, aurait-il Ă©tĂ© aussi intouchable ? Et maintenant, Verstappen est-il le meilleur ?

    En endurance, un pilote comme Toyota ou Porsche peut briller au Mans, mais rarement de maniĂšre aussi Ă©clatante que Palou l’a fait sur une saison entiĂšre. En rallye, Kalle RovanperĂ€ a bouleversĂ© la hiĂ©rarchie du WRC avec une prĂ©cocitĂ© stupĂ©fiante, mais sa rĂ©gularitĂ© reste Ă  construire dans le temps. Il est surtout gĂȘnĂ© par SĂ©bastien Ogier Ă  chaque pige du Français.

    Dans ce paysage, Palou coche toutes les cases : rapiditĂ©, constance, intelligence stratĂ©gique, adaptation Ă  tous types de tracĂ©s. Et surtout, il a su gĂ©rer la pression de l’Indy 500, ce qui distingue un champion d’un simple excellent pilote.

    Une carriÚre à la croisée des chemins

    Une question hante pourtant les observateurs : pourquoi Palou ne tente-t-il pas la Formule 1 ? AprĂšs ses dĂ©boires contractuels avec McLaren en 2022, l’Espagnol a choisi la stabilitĂ© et l’épanouissement au sein du Chip Ganassi Racing. Il l’a dit lui-mĂȘme : il aime ce championnat, son Ă©quipe, son quotidien. Dans un monde oĂč beaucoup de pilotes rĂȘvent de F1 comme d’un graal, Palou fait figure d’exception.

    Mais peut-ĂȘtre est-ce aussi la preuve de sa luciditĂ© : en F1, mĂȘme avec un talent exceptionnel, il serait difficile d’avoir une machine Ă  la hauteur des McLaren ou Red Bull. Aux États-Unis, il a le statut, les victoires, et un avenir qui pourrait l’amener Ă  Ă©galer, voire dĂ©passer, Scott Dixon et A.J. Foyt.

    Le plus complet ?

    Alors, Palou est-il le meilleur pilote actuel ? Si l’on rĂ©duit l’équation Ă  la vitesse pure sur un tour, sans doute que Verstappen garde l’avantage. Mais si l’on cherche le pilote le plus complet, capable de gagner sur tout type de circuit, dans une discipline oĂč l’égalitĂ© technique est plus rĂ©elle, difficile de trouver un rival au Catalan.

    En 2025, Palou n’est peut-ĂȘtre pas le plus mĂ©diatisĂ©, ni le plus spectaculaire. Mais il incarne une forme de perfection discrĂšte, oĂč la mĂ©thode, la constance et l’efficacitĂ© priment sur l’esbroufe. Et c’est peut-ĂȘtre cela, justement, la marque des trĂšs grands.

  • Max Verstappen : souffrir Ă  court terme pour mieux rebondir en 2027 ?

    Max Verstappen : souffrir Ă  court terme pour mieux rebondir en 2027 ?

    « Je vous aime les gars. On fait ça encore 10 ou 15 ans ensemble ? »
    Ce message radio de Max Verstappen, prononcĂ© aprĂšs avoir dĂ©crochĂ© son premier titre mondial Ă  Abu Dhabi en 2021, rĂ©sonne aujourd’hui presque comme un souvenir d’une autre Ă©poque. Ce soir-lĂ , il ignorait ce que la nouvelle rĂ©glementation 2022 allait rĂ©server. Christian Horner, alors directeur d’équipe, plaisantait mĂȘme dans le paddock : « Peut-ĂȘtre que Haas va construire une fusĂ©e ! On ne sait jamais
 »

    La suite, on la connaĂźt : trois nouveaux titres consĂ©cutifs, de 2022 Ă  2024. Mais l’exercice 2024 avait dĂ©jĂ  laissĂ© transparaĂźtre quelques fissures dans l’armure Red Bull. À Las Vegas, lĂ©gĂšrement Ă©mĂ©chĂ© aprĂšs quelques biĂšres et gin tonic, Verstappen avait lĂąchĂ© : « Si j’avais Ă©tĂ© dans cette McLaren, j’aurais gagnĂ© le championnat bien plus tĂŽt
 »

    2025 : fin de cycle chez Red Bull

    En 2025, la tendance est claire : la domination est terminĂ©e. Les mots d’un cĂ©lĂšbre entraĂźneur de football nĂ©erlandais trouvent un Ă©cho en Formule 1 : « Les cycles prennent fin. » Cette saison, Red Bull ne jouera pas le titre, et peut-ĂȘtre mĂȘme pas la victoire – une prĂ©diction que Verstappen lui-mĂȘme a faite en Hongrie.

    L’équipe qui avait portĂ© le NĂ©erlandais vers la gloire s’est peu Ă  peu dĂ©sagrĂ©gĂ©e. Adrian Newey, Jonathan Wheatley, Rob Marshall
 autant de dĂ©parts qui, malgrĂ© les discours rassurants de Horner, ont laissĂ© des traces. Du clichĂ© de l’équipe championne 2021, seuls Helmut Marko, Pierre Wache, Paul Monaghan, Gianpiero Lambiase et Verstappen restent en premiĂšre ligne.

    Un choix assumé de rester

    En Hongrie, Verstappen a mis fin aux rumeurs d’un dĂ©part anticipĂ© – y compris les plus farfelues, comme celles fondĂ©es sur la localisation GPS de son yacht et celui de Toto Wolff. « Il est temps de mettre fin Ă  toutes ces histoires », a-t-il souri en confĂ©rence.

    Pourquoi rester alors que la machine Red Bull montre des signes d’essoufflement ? Le triple champion du monde invoque avant tout le plaisir de travailler avec ses proches dans l’équipe. Mais deux raisons stratĂ©giques semblent peser plus lourd dans la balance.

    Un nouveau Red Bull plus technique
    Depuis le dĂ©part de Christian Horner, l’aile autrichienne de Red Bull reprend la main. Laurent Mekies, nouveau team principal, concentre ses efforts sur la technique et multiplie les Ă©changes directs avec Verstappen – une Ă©volution qui correspond Ă  la tendance actuelle en F1 : mettre des ingĂ©nieurs aux commandes des Ă©quipes. Partir maintenant, juste aprĂšs ce changement de direction, n’aurait pas de sens
 et de toute façon, la clause de sortie du contrat ne peut ĂȘtre activĂ©e qu’en 2026.

    Un marché des transferts plus ouvert en 2027
    Sauter sur l’opportunitĂ© Mercedes dĂšs 2026, malgrĂ© les promesses de leur nouveau moteur, serait un pari risquĂ©. Rien ne garantit que l’équipe officielle serait immĂ©diatement compĂ©titive face Ă  ses Ă©curies clientes. En revanche, attendre 2027 permettrait Ă  Verstappen d’avoir une vision claire de la hiĂ©rarchie post-rĂ©glementation et de choisir en connaissance de cause. Mercedes, Aston Martin, Ferrari : toutes pourraient avoir un baquet disponible.

    Un calcul à long terme
 mais des frustrations à court terme

    Rester chez Red Bull jusqu’en 2026, c’est aussi accepter la possibilitĂ© de deux saisons compliquĂ©es. Et on sait que Verstappen est peu enclin Ă  supporter la stagnation. Mais la perspective de choisir son prochain dĂ©fi au moment idĂ©al pourrait justifier cette patience stratĂ©gique.

    En clair, Verstappen pourrait bien vivre une traversĂ©e du dĂ©sert relative, avec des podiums mais sans couronne, avant de viser un nouvel Ăąge d’or en 2027. En attendant, le feuilleton de son avenir ne manquera pas de revenir sur le devant de la scĂšne dĂšs l’an prochain


  • David Thieme : L’homme qui a offert son premier parfum de glamour Ă  la Formule 1

    David Thieme : L’homme qui a offert son premier parfum de glamour à la Formule 1

    David Thieme s’est Ă©teint le samedi 9 aoĂ»t 2025, Ă  l’hĂŽpital de Chauny, dans l’Aisne. Celui que l’on surnommait parfois « l’AmĂ©ricain au Stetson » laisse derriĂšre lui le souvenir d’une Ă©toile filante de la Formule 1, qui fit entrer le sport dans une nouvelle Ăšre, plus flamboyante, plus mondaine.

    Pour les jeunes gĂ©nĂ©rations, son nom ne dit peut-ĂȘtre pas grand-chose. Mais pour les anciens, il incarne un moment de bascule : celui oĂč le paddock, jusque-lĂ  austĂšre, dĂ©couvrit le faste des motorhomes extravagants, des jets privĂ©s, des hĂ©licoptĂšres et mĂȘme des repas signĂ©s de grands chefs Ă©toilĂ©s. Car David Thieme n’était pas un patron d’écurie comme les autres : il Ă©tait un metteur en scĂšne, un homme d’affaires visionnaire et fantasque, qui voulut transformer la Formule 1 en vitrine glamour de son empire pĂ©trolier, Essex.

    L’ascension d’un homme d’affaires

    NĂ© Ă  Minneapolis en 1942, Thieme s’était enrichi dans le nĂ©goce pĂ©trolier Ă  la fin des annĂ©es 1970. La flambĂ©e des prix du brut, consĂ©cutive Ă  la chute du Shah d’Iran, lui permit de bĂątir un empire financier qui semblait sans limite. Avec Essex Overseas Petroleum Corporation, il se lança dans des opĂ©rations spĂ©culatives d’envergure, multipliant les contrats d’approvisionnement et les placements risquĂ©s.

    Dans cet Ă©lan, il chercha Ă  associer son nom au prestige du sport automobile. Son ambition Ă©tait claire : gagner sur les trois scĂšnes les plus emblĂ©matiques – la Formule 1, les 24 Heures du Mans et les 500 Miles d’Indianapolis.

    Essex, la F1 en technicolor

    En 1978, Essex fit une premiĂšre apparition discrĂšte sur les Lotus avec un simple autocollant. Mais dĂšs 1979, Thieme reprit les contrats de sponsoring de Martini et Tissot, avant d’imposer une identitĂ© visuelle Ă©clatante. La Lotus 81 de 1980, peinte aux couleurs Essex, marqua durablement les esprits.

    Thieme ne faisait pas les choses Ă  moitiĂ©. Il dĂ©ploya dans les paddocks un luxe inĂ©dit : motorhomes monumentaux, avions privĂ©s, hĂ©licoptĂšres pour ses invitĂ©s. Il fit venir des chefs Ă©toilĂ©s pour cuisiner aux Grands Prix. La F1 entrait dans une nouvelle dimension, oĂč le spectacle en dehors de la piste devenait aussi important que les performances en course.

    Le Mans et Indianapolis : un rĂȘve inachevĂ©

    Toujours avide de reconnaissance, Thieme engagea l’équipe officielle Porsche aux 24 Heures du Mans 1979 sous la banniĂšre Essex Racing. Les voitures occupĂšrent la premiĂšre ligne au dĂ©part, mais furent Ă©liminĂ©es par des ennuis mĂ©caniques.

    Quelques mois plus tard, il s’attaqua Ă  l’Indy 500. GrĂące Ă  ses moyens financiers, il convainquit Roger Penske d’aligner Mario Andretti. L’AmĂ©ricain mena longuement la course avant de devoir abandonner Ă  cause d’un problĂšme d’alimentation en essence, Ă  quelques tours de l’arrivĂ©e. Ces revers marquĂšrent dĂ©jĂ  les limites d’un projet menĂ© Ă  marche forcĂ©e.

    La chute : banqueroute et justice

    Le tournant se produisit en 1980. La rĂ©volution islamique en Iran bouleversa les Ă©quilibres du marchĂ© pĂ©trolier et l’empire Essex, largement exposĂ©, s’effondra en quelques jours. On parle d’une perte de 50 millions de dollars en une seule journĂ©e. Pour honorer ses engagements en Formule 1, Thieme dut continuer Ă  injecter des fonds, mais les banques finirent par fermer le robinet.

    Le CrĂ©dit Suisse, qui avait longtemps soutenu son expansion, retira brutalement son appui. Peu aprĂšs, Thieme fut arrĂȘtĂ© Ă  Zurich et inculpĂ© de fraude bancaire. LibĂ©rĂ© sous caution aprĂšs plusieurs mois de dĂ©tention prĂ©ventive, il ne remit jamais vraiment les pieds dans le monde des affaires. Son image de mĂ©cĂšne flamboyant s’était muĂ©e en symbole de la spĂ©culation dĂ©chue.

    Chapman, par loyautĂ©, conserva la livrĂ©e Essex sur ses Lotus jusqu’à la fin de la saison 1980, mĂȘme sans ĂȘtre payĂ©. Mais le charme Ă©tait rompu : la star au Stetson avait brĂ»lĂ© ses ailes.

    Un mĂ©tĂ©ore dans l’histoire de la F1

    Jamais David Thieme ne se remit de cette faillite et de ses dĂ©boires judiciaires. Ses derniĂšres annĂ©es furent celles d’un retraitĂ© discret, installĂ© en France, dans un Ehpad Ă  Saint-Gobain (Aisne), loin des strass et du tumulte des paddocks.

    Il reste pourtant comme l’un des premiers Ă  avoir compris que la Formule 1 ne pouvait plus se rĂ©sumer Ă  une bataille de chronos et de moteurs. Elle devait devenir un spectacle global, une vitrine mondaine oĂč le luxe, l’image et l’argent faisaient partie du jeu. En cela, David Thieme fut un pionnier, dont le passage, aussi bref que fracassant, marqua durablement le visage de la discipline.

  • Depuis sa crĂ©ation, Alpine a rĂȘvĂ© de devenir Porsche. Ce rĂȘve pourrait bien se concrĂ©tiser

    Depuis sa crĂ©ation, Alpine a rĂȘvĂ© de devenir Porsche. Ce rĂȘve pourrait bien se concrĂ©tiser

    La valeur des Ă©quipes de Formule 1 n’est pas un concept anodin : elle peut façonner l’avenir du sport. Sans l’effet Netflix sur les Ă©valuations, Porsche pourrait dĂ©jĂ  faire partie du paysage, notamment via un Ă©ventuel rachat de Red Bull Racing. Mais le boom des valorisations post-Drive to Survive a fait dĂ©railler le projet : Porsche estimait l’équipe Ă  moins d’un milliard de dollars, alors que les valorisations rĂ©elles avaient alors rapidement doublĂ©.

    Selon SportsPro, la valorisation de Red Bull Racing atteignait 3,35 Md d’euros en 2023, tandis que Ferrari culminait Ă  4,5 Md d’euros. La proposition de Porsche sous-estimait Red Bull de prĂšs de 2 Md d’euros, offrant Ă  Christian Horner un solide argument Ă©conomique pour rejeter l’offre.

    Alpine, Ă©curie de milieu de tableau, se trouve dans une situation diffĂ©rente. Son Ă©curie F1 est valorisĂ©e autour d’1,27 Md d’euros, selon des estimations reprises dans la presse, notamment dans le contexte d’une baisse de 18 % de la valeur des actions Renault en juillet — un signe d’affaiblissement potentiel face Ă  une valorisation bien supĂ©rieure Ă  sa performance sportive.

    Renault vient d’annoncer le remplaçant pour Luca de Meo, moteur de la renaissance d’Alpine, notamment au travers du rebranding de l’équipe. Mais il semblerait que son successeur portera une attention particuliĂšre Ă  cette Ă©curie F1 et Ă  son immense valeur stratĂ©gique.

    La F1 de l’ùre Netflix et du plafonnement des coĂ»ts peut devenir rentable. L’écurie de F1, loin d’ĂȘtre un boulet financier, pourrait mĂȘme reprĂ©senter un actif de plus de 1 milliard d’euros au moment oĂč Renault pourrait avoir besoin de liquiditĂ©s.

    Un groupe d’investisseurs amĂ©ricains dĂ©tient dĂ©jĂ  24 % d’Alpine F1. Mais une question clĂ© se pose : qui pourrait rĂ©unir les 865 M d’euros ou plus nĂ©cessaires pour acquĂ©rir le reste de l’écurie si Renault dĂ©cidait de s’en sĂ©parer ? Un acheteur dotĂ© d’énergie
 et de vision pourrait alors nommer un PDG expĂ©rimentĂ©, capable de repositionner l’équipe, tout en exigeant un contrĂŽle total — Christian Horner en tĂȘte des candidats potentiels. Quant Ă  Porsche, s’il ne veut plus du moteur Mercedes, il pourrait envisager une collaboration autour du moteur Renault 2026, actuellement en ultime phase de dĂ©veloppement Ă  Viry.

    Depuis le retour de flamme autour de Flavio Briatore au sein de l’équipe, des rumeurs quant Ă  une vente prĂ©parĂ©e courent. Renault les a dĂ©menties, mais le climat interne semble dĂ©sormais plus incertain que jamais.

  • Honda vend un morceau de sa lĂ©gende F1
 et c’est aussi un vrai geste commercial

    Honda vend un morceau de sa lĂ©gende F1
 et c’est aussi un vrai geste commercial

    En amont de son grand retour comme motoriste officiel d’Aston Martin en Formule 1 en 2026, Honda Racing Corporation (HRC) lance une initiative autant symbolique que stratĂ©gique : la vente aux enchĂšres de piĂšces authentiques de ses anciens moteurs de F1 — Ă  commencer par le mythique RA100E V10, propulsant Ayrton Senna en 1990. HRC s’engage ainsi dans une nouvelle activitĂ© musicale : un business de “mĂ©moire sportive”, oĂč les souvenirs mĂ©caniques deviennent objets de collection.

    Une piùce d’histoire mise en vitrine

    La piĂšce phare de cette premiĂšre vente est le V10 RA100E numĂ©ro V805, dernier moteur utilisĂ© en course par Senna en 1990, montĂ© sur la McLaren MP4/5B. UtilisĂ© notamment lors du Grand Prix du Japon Ă  Suzuka et lors de l’ultime Ă©preuve Ă  AdĂ©laĂŻde, il est dĂ©sormais disloquĂ© piĂšce par piĂšce, chacune prĂ©sentĂ©e dans un Ă©crin avec certificat d’authenticitĂ©, aprĂšs avoir Ă©tĂ© dĂ©montĂ©e avec soin par les mĂȘmes ingĂ©nieurs d’HRC qui l’avaient construit. Une occasion unique de possĂ©der un fragment de la mĂ©canique d’une lĂ©gende vivante.

    Un business patrimonial
 et rentable

    L’enchĂšre se tiendra lors de la Monterey Car Week, prĂ©cisĂ©ment au prestigieux Bonhams Quail Auction de Carmel, le 15 aoĂ»t. Ce projet marque l’entrĂ©e de HRC sur le marchĂ© des memorabilia racĂ©s, offrant aux fans une chance rare de toucher du doigt l’histoire — dans un format tangible. Des objets comme des pistons, arbres Ă  cames et couvercles usĂ©s sont prĂȘts Ă  trouver de nouveaux propriĂ©taires passionnĂ©s.

    HRC souhaite pĂ©renniser cette dĂ©marche, dĂ©jĂ  enrichie de piĂšces d’IndyCar ou de motos mythiques, tout en prĂ©servant ses modĂšles historiques encore roulants, notamment ceux exposĂ©s dans les musĂ©es de Motegi ou Suzuka.

    Entre hommage et marketing chirurgical

    Cette initiative s’inscrit Ă  la fois dans une logique d’affirmation de l’identitĂ© sportive de Honda et dans un savant coup de promotion au moment oĂč la marque consolide son retour en F1. AccroĂźtre la valeur patrimoniale perçue du constructeur, tout en en valorisant son hĂ©ritage technique — un marketing subtil, Ă  la fois noble et parfaitement calculĂ©.

    PossĂ©der une piĂšce du moteur de Senna, c’est bien plus qu’un souvenir : c’est s’ancrer dans la lĂ©gende d’un pilote, d’une marque, et d’une Ă©poque oĂč F1 rimait avec prouesse mĂ©canique, audace et humanitĂ©.