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1981 : Quand les Britanniques traversaient la Manche pour acheter leurs voitures à moitié prix

Au début des années 1980, le sport national des automobilistes britanniques ne se déroulait ni à Silverstone ni sur les routes du…

Par Rédaction ◷ 4 min de lecture 30 août 2026
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Au début des années 1980, le sport national des automobilistes britanniques ne se déroulait ni à Silverstone ni sur les routes du pays de Galles, mais sur les ponts des ferries et des aéroglisseurs filant vers le port d’Anvers. En 1981, une faille juridique née de l’adhésion du Royaume-Uni au Marché commun permettait aux acheteurs d’outre-Manche de s’offrir des voitures neuves en Belgique à des tarifs défiant toute concurrence, déclenchant une véritable onde de choc industrielle.

Le coup de génie de Markant au nez et à la barbe de Volkswagen

Tout bascule lorsqu’une société d’importation baptisée Markant, dirigée par Hans Georg Wiesner, commence à organiser des voyages en autocar vers la Belgique pour acheter des voitures neuves en toute légalité. Les remises sont spectaculaires : en moyenne 25 % d’économie sur les modèles courants, 15 % sur une Volkswagen Golf GTI très convoitée, et jusqu’à près de 50 % sur une luxueuse Ford Granada Ghia.

Pour exploiter ce filon, Wiesner s’appuie sur la libre circulation des biens en Europe et sur un régime dérogatoire britannique permettant aux particuliers d’importer un véhicule sans passer par l’homologation nationale (National Type Approval). Mieux encore, les concessionnaires belges sont tenus de commander des versions avec conduite à droite (RHD) conformes aux spécifications anglaises, couvertes par la garantie constructeur européenne. L’ironie atteint son comble lorsque les constructeurs découvrent que le bureau londonien de Markant n’est autre qu’un appartement situé à l’étage juste au-dessus du siège de VAG Ltd, l’importateur officiel de Volkswagen au Royaume-Uni, qui s’empresse de résilier son bail commercial pour occupation non conforme.

Panique chez les constructeurs et revers devant la justice européenne

Pour les réseaux de distribution officiels et le puissant syndicat automobile britannique (la SMMT), cette hémorragie commerciale ressemble à un sabotage en règle. British Leyland tente de répliquer en augmentant artificiellement ses tarifs en Belgique, tandis que Ford ordonne à ses concessionnaires continentaux de refuser les commandes de véhicules en conduite à droite.

L’affaire remonte jusqu’à Bruxelles. Saisie du dossier, la Cour de justice des Communautés européennes inflige un camouflet à Ford en jugeant cette interdiction illégale, contraignant la marque à fournir des modèles avec volant à droite à quiconque en fait la demande sur le continent.

Face à ce vide juridique inespéré, la pratique devient un phénomène de masse. En 1981, plus de 40 000 voitures neuves immatriculées au Royaume-Uni — sur un marché d’environ 1,5 million de véhicules — proviennent de ces importations parallèles. Le magazine de consommateurs Which? vend plus de 35 000 guides pratiques expliquant la marche à suivre pas à pas pour aller chercher sa voiture en Belgique ou en Irlande.

Les pièges de l’aventure et la fin de l’âge d’or

L’exode automobile n’était pourtant pas sans embûches. De nombreux acheteurs découvraient à la livraison que les dotations de série variaient fortement selon les pays. Un client britannique parti chercher une rutilante Audi Coupé découvrit ainsi avec stupeur que sa commande belge était dépourvue de direction assistée, de vitres électriques, d’essuie-glace arrière et de verrouillage centralisé, réduisant considérablement l’intérêt de sa bonne affaire.

Le filon finit par s’épuiser au milieu des années 1980 sous l’effet conjugué de plusieurs facteurs. La baisse de la livre sterling face au franc belge et au deutschemark a rapidement rogné les marges. Dans le même temps, les autorités européennes ont instauré une directive limitant les écarts de prix hors taxes à 12 % entre États membres, tandis que les concessionnaires britanniques, acculés, se lançaient dans de vastes campagnes de remises pour reconquérir leur clientèle locale.

Cette parenthèse oubliée des années Thatcher reste l’une des illustrations les plus singulières des débuts de l’intégration européenne, où la simple traversée de la mer du Nord permettait à un automobiliste de contourner les politiques tarifaires des plus grands géants industriels.

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