Franchir une barrière de péage avec 1,94 mètre de large d’une aile à l’autre et surveiller son long porte-à-faux avant impose d’emblée la prudence. Au démarrage, dans un silence mécanique total où seuls filtrent les bruits de roulement, la XPeng P7+ manœuvre avec la réserve d’un navire s’extrayant du quai. Du haut de ses 5,07 mètres, la grande berline chinoise n’a pas été conçue pour briller entre deux feux rouges urbains, mais pour dévorer le bitume en réhabilitant une valeur devenue rare : le confort de roulement sans compromis.
Une silhouette affûtée par le vent
Sa carrosserie de grand coupé fastback tourne le dos aux artifices agressifs : pas d’arêtes tranchantes gratuites ni de faux diffuseurs d’inspiration compétition, mais des galbes continus dictés par la traque des traînées aérodynamiques. L’ensemble dégage une stature statutaire et fluide. Le « X » chromé sur la proue intrigue : aux arrêts sur voies rapides comme aux carrefours, le modèle attire le regard des curieux, surpris par cette silhouette élancée dont le blason leur est encore inconnu.
Le tout-tactile épaulé par la voix
L’habitacle applique une stricte épure visuelle. La dalle numérique centrale concentre l’intégralité des fonctionnalités grâce à une interface réactive et bien hiérarchisée. Le revers de cette logique d’effacement se fait sentir au moment de régler les rétroviseurs extérieurs, une opération basique qui réclame d’entrer dans les arborescences de l’écran tactile. L’assistant vocal compense ce manque d’ergonomie physique : un simple « Hello XPeng, dis-moi où régler les rétroviseurs » ouvre instantanément la page adéquate.
Le calibrage des aides électroniques agace davantage. Les capteurs de vigilance et la caméra de surveillance intérieure se montrent excessivement intrusifs, multipliant les alertes sonores de déconcentration alors même que les mains enserrent fermement le volant. On note également quelques reflets gênants sur le miroir intérieur numérique selon l’angle d’incidence de la lumière, ainsi qu’un hayon électrique dont le mécanisme d’ouverture exige parfois d’insister pour libérer les 573 litres de chargement.

Le choix délibéré du confort mécanique
Sur voie rapide, le moteur électrique synchrone arrière de 313 chevaux délivre son couple avec une grande linéarité. Les montées en régime sont progressives, fluides et dénuées d’à-coups brutaux, évitant tout inconfort aux passagers.
Côté châssis, XPeng refuse le calibrage excessivement rigide de la concurrence : les suspensions absorbent les cassures d’enrobé et les saignées avec un filtrage remarquable. Ce choix technique induit de légers mouvements de pompage sur les déformations prononcées de la chaussée, mais ce compromis préserve les vertèbres sur longue distance. Sur le réseau secondaire, le gabarit réclame une vigilance constante lors des croisements sur chaussée étroite, même si la précision de l’affichage 360 degrés et l’empattement bien géré facilitent le guidage dans les passages resserrés.
Espace de limousine et puissance de charge soutenue
À l’arrière, l’habitabilité est digne d’un véhicule de grande remise : l’espace aux genoux autorise une assise détendue, complétée sur le dossier avant droit par une tablette aviation escamotable orientée vers la place d’honneur.
Sur le plan de l’efficience, la finesse de la ligne paie directement sur la facture énergétique. Au terme d’une boucle mixte de 266,2 kilomètres associant autoroutes, voies rapides et liaisons secondaires, la consommation moyenne s’est arrêtée à 13,9 kWh aux 100 km. Un score particulièrement bas pour un gabarit excédant les cinq mètres.
La plateforme 800 volts confirme son intérêt technique lors du ravitaillement. Raccordée à 46 % de batterie sur borne haute puissance, l’auto a embarqué 39,67 kWh pour hisser la réserve à 93 % (pour un total de 13,89 €). Surtout, là où les architectures 400 volts traditionnelles subissent un écroulement sévère de leur courbe de charge dès 70 ou 80 % pour tomber à des puissances résiduelles, la P7+ absorbait encore 38,9 kW passés les 90 %, évitant le temps mort habituel des fins de cycle.
L’autoradio idéal : La bande-son du salon roulant
Dans un habitacle hermétique aux bruits d’air, le traitement acoustique met en valeur une production sonore fluide et précise. La rondeur des basses de Mezzanine (Massive Attack) sied parfaitement au feutré des suspensions, avant d’enchaîner sur le mixage chirurgical de Random Access Memories (Daft Punk) ou les synthétiseurs nocturnes de Kavinsky (Nightcall) pour rythmer le défilement du ruban autoroutier.
Le verdict de l’essai
Note globale : 8 / 10
La XPeng P7+ se distingue en réhabilitant les fondamentaux de la routière au long cours : filtration souple, insonorisation poussée et aérodynamique soignée. Sa sobriété constatée de 13,9 kWh/100 km et sa plateforme 800V capable de tenir la puissance de charge à haut pourcentage en font une voyageuse particulièrement pertinente. Restent à corriger des aides à la conduite trop nerveuses, l’absence de commandes physiques pour les rétroviseurs et un gabarit de 5,07 mètres qui demande du doigté lors des manœuvres en espace clos.
Points forts
- Efficience énergétique remarquable (13,9 kWh / 100 km mesurés)
- Confort de filtration et insonorisation de premier ordre
- Espace aux jambes généreux au second rang avec tablette escamotable
- Architecture 800 volts conservant une puissance de charge utile au-delà de 80 %
- Commande vocale réactive et fonctionnelle pour pallier le tout-écran
Points faibles
- Alertes de vigilance et aides à la conduite intrusives
- Réglage des rétroviseurs extérieurs déporté dans les sous-menus numériques
- Porte-à-faux et longueur de 5,07 m contraignants dans les parkings étroits
- Rétroviseur intérieur numérique sensible aux reflets
- Mouvements de pompage de la suspension sur chaussée ondulée
Mesures réelles AUTOcult
- Consommation moyenne constatée : 13,9 kWh / 100 km (sur 266,2 km d’essai mixte)
- Capacité de batterie : 74,9 kWh (architecture 800V)
- Recharge DC mesurée : 39,67 kWh injectés de 46 à 93 % (puissance résiduelle de 38,9 kW à 93 %)
- Autonomie théorique calculée : plus de 530 km en allure stabilisée
Rivaux directs
- Volkswagen ID.7 : Finition intérieure plus rigoureuse et comportement plus verrouillé, mais architecture 400V et courbe de charge moins constante.
- Tesla Model S : Accélérations plus violentes et réseau de recharge propriétaire, mais positionnement tarifaire beaucoup plus élevé et filtration plus ferme.
- BYD Han : Présentation intérieure luxueuse, mais consommation supérieure et recharge rapide moins performante.
- Zeekr 001 : Châssis plus dynamique, mais masse supérieure et silhouette moins sobre sur autoroute.
