Sur les 3 729 mètres du circuit du Val de Vienne, la complaisance n’a pas sa place. Quinze virages, onze mètres de large, des freinages appuyés en dévers et des changements d’assiette exigeants : le tracé du Vigeant est un laboratoire impitoyable où le moindre compromis dynamique se solde immédiatement en dixièmes perdus. Pour ausculter les sportives contemporaines sans le filtre des discours marketing, le magazine Sport Auto applique depuis des décennies un protocole d’une rigueur absolue. Aux commandes, un métronome : Christophe Tinseau. Avec ses douze participations aux 24 Heures du Mans et sa régularité chirurgicale, le pilote maison pousse chaque monture à ses limites mécaniques pour enrichir un tableau des « Temps de référence » devenu l’étalon de la presse spécialisée française.
L’hybride au sommet et l’insolence du V8 américain
La lecture du haut de la grille met en lumière l’extraordinaire bond technologique accompli par la suralimentation et l’hybridation de pointe, mais réserve aussi de cinglantes surprises :
- Ferrari 296 GTS (1’37″70) : Équipée du pack Assetto Fiorano et de gommes semi-slicks, la découvrable de Maranello décroche la pole position du tableau. L’intégration de son V6 biturbo hybride de 830 chevaux fait merveille en motricité, devançant d’un cheveu la McLaren 750S (1’38″32), dont la pureté du châssis en carbone et l’architecture thermique démontrent l’efficacité de la chasse aux kilos superflus.
- Chevrolet Corvette Z06 (1’39″30) : C’est la performance la plus spectaculaire de cette hiérarchie. Avec son V8 LT6 atmosphérique de 5,5 litres à vilebrequin plat, l’américaine brise la barre des 1’40 » et toise des sportives bien plus onéreuses. Elle devance la barquette radicale Dallara Stradale IR8 Tribute (1’40″91) et surclasse nettement la nouvelle Lamborghini Revuelto (1’41″43). Malgré ses 1 015 chevaux, la supercar de Sant’Agata paie sur les freinages serrés du Vigeant le tribut d’un embonpoint hybride difficile à masquer.
Aérodynamique active contre débauche d’électrons
Au cœur du tableau, la confrontation entre pistardes affûtées et berlines à très haute tension illustre des philosophies d’ingénierie opposées :
- Porsche 911 GT3 RS type 992 (1’41″60) : Sans recourir à une cavalerie démesurée, le Flat-6 atmosphérique de 525 chevaux s’appuie sur un travail aérodynamique directement issu de la compétition pour verrouiller la trajectoire dans les courbes rapides.
- BMW M4 CSL (1’43″28) : La déclinaison radicale du département Motorsport rappelle le savoir-faire bavarois : un grand coupé propulsion allégé, rigide et précis, capable de tenir la dragée haute aux références de Stuttgart.
- Porsche Taycan Turbo GT (1’45″23) : Malgré une masse dépassant les deux tonnes, le monstre 100 % électrique livre une démonstration insolente de gestion vectorielle du couple. En s’intercalant juste derrière la nouvelle Aston Martin Vantage thermique et devant la récente Porsche 911 Carrera GTS (992.2) T-Hybrid, la berline à batteries défie les lois élémentaires de la masse sur un tour chrono.
Du poids plume aux GTI à batterie : la dure réalité de la piste
En descendant vers les catégories plus accessibles, le circuit poitevin rappelle que la puissance brute ne remplace jamais l’agilité :
- Alpine A110 R (1’47″88) : Grâce à ses éléments en carbone, ses combinés filetés réglables et ses gommes Michelin Pilot Sport Cup 2 R, la berlinette dieppoise prouve qu’un modeste quatre-cylindres de 300 chevaux suffit à inquiéter des GT deux fois plus puissantes dès lors que le poids reste contenu sous la tonne.
- La nouvelle école électrique face aux thermiques légères : L’Alpine A290 GTS boucle son tour en 2’01″80. Sur un tracé exigeant, le punch instantané de l’électrique ne compense ni la prise de roulis ni l’inertie dans les transferts de charge. La citadine wattée s’incline face à la vaillante Ford Fiesta ST (2’01″19) et à la propulsion équilibrée d’une Toyota GR86 (2’00″40).
À travers ce protocole immuable, le chronomètre de Christophe Tinseau ne négocie avec aucun artifice. Il offre une grille de lecture sans fard, consacrant ce que l’ingénierie automobile produit de plus pur face au verdict impartial de la piste.
