Au printemps 1998, la France découvre sur grand écran une sage berline familiale sochalienne métamorphosée en missile sol-sol. Écrite par Luc Besson et réalisée par Gérard Pirès, la comédie d’action Taxi propulse la Peugeot 406 blanche de Daniel Morales au rang d’icône instantanée de la pop culture automobile.
Derrière les répliques cultes et les pointes de vitesse sur la Canebière, retour sur la genèse et les secrets de fabrication du taxi le plus rapide de l’histoire du cinéma.
De la paisible routière de Sochaux à l’icône de l’asphalte
Lancée en 1995 pour succéder à la vaillante 405, la Peugeot 406 incarnait à la perfection la berline bourgeoise à la française : ligne équilibrée signée Pininfarina, tenue de route de référence et motorisations douces pensées pour les longs trajets autoroutiers. Une monture discrète, rassurante, que rien ne prédestinait aux cascades urbaines débridées.
C’était sans compter sur l’imagination de Luc Besson. En confiant le volant à Daniel Morales (incarné par Samy Naceri), jeune livreur de pizzas reconverti en chauffeur de taxi pressé, le film offre une seconde vie tapageuse à la berline sochalienne. D’une simple pression sur des commandes dissimulées dans la boîte à gants, la 406 s’affranchit du code de la route :
- Appendices aérodynamiques spectaculaires : Lame avant déployable, écopes sur le toit et aileron arrière imposant.
- Intérieur typé compétition : Volant sport amovible MOMO, manomètres rapportés et arceau de sécurité partiel.
- Plaques d’immatriculation pivotantes : L’accessoire indispensable pour échapper aux radars de la police marseillaise.
Les dessous mécaniques : Cinéma, cascades et Supertourisme
À l’écran, le bolide de Daniel est présenté comme un engin mystérieusement préparé, capable d’accrocher les 300 km/h pour humilier les Mercedes-Benz 500E (W124) du redoutable « gang des Allemands ». Dans les coulisses de la production, la réalité technique imposait une flotte hétéroclite d’au moins six voitures adaptées aux contraintes du tournage :
- La version « transformation » : Destinée aux plans rapprochés où la carrosserie déploie ses artifices grâce à des vérins hydrauliques et pneumatiques.
- La version travelling : Découpée et renforcée pour accueillir les caméras lourdes au plus près de l’action.
- Les voitures de cascade : Préparées et allégées par les équipes du légendaire cascadeur Rémy Julienne, sollicitées pour les sauts, les freinages appuyés et les tête-à-queue millimétrés dans les ruelles phocéennes.
- L’arme secrète pour la vitesse : Pour tourner les dépassements à très haute vitesse sur l’autoroute, la production s’est appuyée sur une authentique Peugeot 406 issue du championnat de France de Supertourisme, pilotée pour l’occasion par des pointures du circuit comme Jean-Pierre Jabouille ou Jean-Louis Schlesser.
Côté motorisation civile, si la version du premier film (phase 1) suggérait le feulement du tout récent V6 3.0 24 soupapes de 194 ch (ES9J4), plusieurs modèles de tournage se contentaient en réalité du bloc 4-cylindres 2.0 16V de 135 ch, jugé plus économique et suffisant pour les prises de vue urbaines.
Un marqueur indélébile pour toute une génération
Le triomphe en salles du premier opus (plus de six millions d’entrées en France) scelle le destin de la berline. Déclinée en phase 2 dans Taxi 2 (2000) et Taxi 3 (2003) avec des ailes encore plus proéminentes et même des chenilles pour affronter la neige alpine, la 406 blanche s’impose dans l’imaginaire collectif au même titre que la Ford Mustang de Bullitt ou la DeLorean de Retour vers le futur.
Pour Peugeot, l’opération s’est avérée une vitrine publicitaire inespérée : en cassant l’image parfois trop policée de sa berline moyenne, la marque au lion a conquis le cœur d’une génération d’amateurs de mécanique populaire et de sensations fortes.
