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Ford Mustang GT 390, le mythe gravé dans l’asphalte de « Bullitt »

À l’automne 1968, le cinéma policier américain abandonne ses conventions théâtrales pour plonger tête la première dans le bitume fumant de San…

Par Rédaction ◷ 4 min de lecture 9 septembre 2026
Les Voitures du 7e art : Ford Mustang GT 390, le mythe gravé dans l’asphalte de « Bullitt »
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À l’automne 1968, le cinéma policier américain abandonne ses conventions théâtrales pour plonger tête la première dans le bitume fumant de San Francisco. Réalisé par Peter Yates et porté par un Steve McQueen au sommet de son magnétisme taiseux, Bullitt révolutionne le film d’action en consacrant près de dix minutes d’anthologie à une traque mécanique sans dialogue ni artifice de studio. Au centre de ce ballet de métal hurlant, une monture s’élève instantanément au rang d’icône mondiale de la contre-culture : la Ford Mustang GT 390 Fastback de 1968, peinte dans une livrée vert sombre Highland Green d’une sobriété clinique.

Le refus des tricheries et la préparation pour le saut d’obstacles

Habité par une quête maladive de réalisme et pilote chevronné sur deux comme sur quatre roues, Steve McQueen refuse catégoriquement les transparences d’atelier, les accélérés à la manivelle et les plans truqués. Pour affronter les dénivelés brutaux et les carrefours en escalier de la baie californienne, la production achète deux Mustang GT neuves dotées du monumental V8 390 ci (6,4 litres) développant 325 chevaux, associé à une boîte mécanique à quatre rapports.

Les voitures sont confiées au préparateur Max Balchowsky, légende de la course de côte et des ateliers de Los Angeles. Conscient de la violence des atterrissages qui attendent les châssis sur les crêtes de Taylor Street et de Filbert Street, Balchowsky renforce les coupelles d’amortisseurs, installe des combinés Koni ultra-rigides et modifie les barres antiroulis. Pour coller à la personnalité dépouillée de l’inspecteur Frank Bullitt, McQueen fait supprimer tous les chromes superflus, peint la calandre grillagée en noir mat, retire les emblèmes au cheval galopant et remplace les jantes d’origine par des modèles American Racing Torq Thrust en magnésium.

Le chant des V8 et le silence de Lalo Schifrin

Ce qui distingue définitivement cette séquence de toutes les cascades mécaniques tournées jusqu’alors réside dans son traitement auditif. Lorsque la Dodge Charger 440 R/T noire des tueurs à gages — pilotée par le cascadeur chevronné Bill Hickman — engage la fuite, le compositeur Lalo Schifrin coupe net sa partition jazzy. Aucun violon, aucune trompette ne vient parasiter l’action : l’espace sonore est entièrement abandonné aux montées en régime du gros bloc Ford, aux crissements de pneus sur le goudron tiède et aux claquements métalliques des suspensions martelées par le relief.

Lancés à plus de 160 km/h réels au milieu de la circulation civile, McQueen et ses cascadeurs enchaînent les dérives sauvages, les têtes-à-queue fumants et les sauts de plusieurs mètres au ras du sol. Si les cinéphiles s’amusent encore aujourd’hui de faux raccords devenus légendaires — la Charger perdant jusqu’à cinq enjoliveurs au fil de la poursuite et croisant plusieurs fois la même Volkswagen Coccinelle verte —, la sauvagerie des angles de caméra fixés sur les bas de caisse ancre pour toujours l’automobile comme le prolongement charnel du héros moderne.

La bête cachée et le record absolu

Après le tournage, le destin de la monture principale confine à la légende. Alors que la seconde Mustang, lourdement endommagée par les cascades, disparaît dans l’oubli avant de réapparaître des décennies plus tard dans une casse mexicaine, la voiture héroïque conduite par McQueen est rachetée en 1974 par un particulier, Robert Kiernan, pour une poignée de dollars. Conscient de tenir un trésor, l’homme refuse obstinément de la céder, ignorant poliment les lettres manuscrites de Steve McQueen qui le supplie de lui restituer sa compagne de tournage.

Recluse dans une grange du New Jersey pendant près de quarante ans, la Mustang refait surface en 2018 lors du Salon de Détroit, conservée dans son strict jus d’origine, cabossée et patinée par le temps. En janvier 2020, sous le marteau de la maison Mecum Auctions, elle s’envole pour la somme astronomique de 3,74 millions de dollars, devenant la Mustang la plus chère de tous les temps. Un demi-siècle après avoir dévalé les collines de San Francisco, la monture de Frank Bullitt demeure la référence indétrônable du cinéma mécanique, rappelant qu’un simple grondement d’échappement peut valoir les plus grands dialogues du septième art.

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