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  • Audi Nuvolari : L’héritage des flèches d’argent au défi du mythe Alfa Romeo

    Audi Nuvolari : L’héritage des flèches d’argent au défi du mythe Alfa Romeo

    En officialisant la production ultra-limitée de sa nouvelle supercar hybride baptisée Nuvolari, Audi ne fait pas seulement référence à son propre passé chez Auto Union. La marque aux anneaux réveille l’histoire d’un pilote hors norme dont la légende s’est d’abord forgée dans le rouge viscéral d’Alfa Romeo, avant de s’écrire dans l’argent d’Ingolstadt.

    Le Mantouan Volant : Un destin scellé en rouge Alfa

    Évoquer Tazio Nuvolari, c’est plonger au cœur des pages les plus héroïques et dramatiques du sport automobile des années 1930. Si Audi détient aujourd’hui une légitimité historique indéniable pour utiliser ce nom, il est impossible de dissocier « Il Mantovano Volante » (le Mantouan volant) de la marque qui l’a propulsé au rang de demi-dieu : Alfa Romeo.

    C’est au volant des machines de Milan, exploitées par la Scuderia Ferrari naissante, que Nuvolari a signé ses plus grands chefs-d’œuvre. Comment ne pas mentionner le Grand Prix d’Allemagne 1935 au Nürburgring ? Ce jour-là, face à l’armada des Flèches d’Argent de Mercedes et d’Auto Union, soutenues par tout un régime, Nuvolari réalise l’impossible. Au volant de son Alfa Romeo P3 obsolète et moins puissante, il surclasse ses adversaires au terme d’une remontée d’anthologie. Cette victoire reste à ce jour le plus grand exploit de l’histoire des Grands Prix, gravant à jamais le nom de Nuvolari et le trèfle d’Alfa Romeo dans la légende du sport.

    « Quand Nuvolari passe, on croit voir le diable au volant d’une voiture rouge. » — La presse de l’époque

    Le séisme de 1938 : Le passage chez Auto Union

    Le lien viscéral entre le pilote italien et Alfa Romeo se distend pourtant à la fin des années 1930. Marqué par des drames personnels immenses — la perte de ses fils — et frustré par le déclin technique des monoplaces italiennes face à la domination absolue des constructeurs allemands, Nuvolari prend une décision qui va secouer le monde du sport automobile : il traverse le Rhin.

    En 1938, l’écurie Auto Union (l’ancêtre direct d’Audi, symbolisé par l’un des quatre anneaux) cherche désespérément un pilote capable de dompter ses monstrueuses machines à moteur central arrière, devenues orphelines après la mort tragique de Bernd Rosemeyer. Ferdinand Porsche, concepteur de ces bolides, sait que seul un homme possède la sensibilité et la folie nécessaires pour piloter la redoutable Type D.

    L’adaptation est immédiate. Nuvolari prouve qu’il n’est pas seulement le héros d’Alfa Romeo, mais le maître absolu de la vitesse, quelle que soit l’architecture. Il remporte le Grand Prix d’Italie à Monza et le Grand Prix de Donington la même année. Le 3 septembre 1939, alors que l’Europe bascule dans la guerre, il gagne à Belgrade la toute dernière course de l’âge d’or des Flèches d’Argent.

    Le saviez-vous ? Enzo Ferrari lui-même, qui a managé Nuvolari pendant ses grandes années chez Alfa Romeo, conservait sur son bureau un portrait du pilote. Il déclarera plus tard qu’il n’avait jamais rencontré un homme doté d’un tel courage et d’une telle science de la dérive.

    De 2003 à 2026 : Le juste retour des anneaux

    Audi a toujours traité le nom de Nuvolari avec une immense déférence, ne le sortant de ses cartons que pour les grands virages de son histoire. En 2003, pour le cinquantenaire de la mort du pilote, la marque présentait l’Audi Nuvolari quattro concept, un monumental coupé V10 qui introduisait pour la première fois la calandre « Singleframe », signature esthétique globale de la marque pour les deux décennies suivantes.

    Aujourd’hui, en 2026, l’hommage devient une réalité de production. La nouvelle Audi Nuvolari adopte une architecture qui fait directement écho à la Type D de 1938 : un moteur central arrière. Mais modernité oblige, ce nouveau monstre de 1 001 chevaux associe un V8 biturbo à une hybridation rechargeable de pointe.

    Pour AUTOcult, cette supercar est bien plus qu’une prouesse technique ; c’est un pont historique fascinant. En baptisant sa voiture la plus exclusive du nom du champion italien, Audi s’approprie une part de cette poésie automobile née en Italie chez Alfa Romeo, pour la sublimer avec la rigueur technologique allemande. Un hommage ultime au plus grand des funambules de la route.

  • Marcello Gandini : L’homme qui a brisé la courbe pour dessiner le futur

    Marcello Gandini : L’homme qui a brisé la courbe pour dessiner le futur

    Le monde du design automobile a perdu l’un de ses titans. Marcello Gandini s’est éteint en 2024, mais son héritage continue de sculpter l’horizon de 2026. Chez Bertone, ce génie discret n’a pas seulement dessiné des voitures : il a inventé le langage visuel de la modernité, imposant l’angle droit là où tout le monde ne jurait que par le galbe.

    Le hold-up esthétique de la Miura

    L’histoire de Gandini est celle d’une ascension fulgurante. En 1965, il remplace Giorgetto Giugiaro à la tête du design chez Bertone. Il a à peine 27 ans. Un an plus tard, il sidère le monde avec la Lamborghini Miura.

    Avec ses « cils » autour des phares et ses hanches sensuelles, la Miura est souvent citée comme la plus belle voiture du monde. Pourtant, Gandini ne s’arrêtera pas là. Pour lui, la beauté n’était pas une fin en soi, mais un vecteur d’innovation.

    La révolution du « Wedge Design » (Le coin)

    Au début des années 70, Gandini opère une rupture radicale. Il abandonne les rondeurs des années 60 pour inventer le « Wedge Design » (le profil en coin). C’est l’ère des lignes tendues, des arêtes vives et des silhouettes qui semblent vouloir fendre l’air même à l’arrêt.

    De son crayon naissent des icônes absolues :

    • La Lamborghini Countach : Avec ses portes en élytre et son allure de vaisseau spatial, elle restera sur les murs de millions d’adolescents pendant trois décennies.
    • La Lancia Stratos : Une bête de rallye compacte, dont la verrière panoramique évoquait un casque de cosmonaute.
    • L’Alfa Romeo Montréal : Une GT élégante dotée de ces fameuses « paupières » sur les optiques avant.

    La « Gandini Line » : Sa signature invisible

    Si vous observez attentivement le passage de roue arrière d’une Lamborghini Countach, d’une Diablo ou d’une Maserati Quattroporte IV, vous remarquerez un trait particulier : le haut de l’arche n’est pas rond, mais coupé de façon asymétrique en biseau.

    C’est la « Gandini Line ». Cette signature visuelle, à la fois agressive et dynamique, permettait d’alléger visuellement l’arrière de la voiture tout en lui donnant une posture prête à bondir. Même lorsqu’il dessinait des modèles plus populaires, comme la première BMW Série 5 (E12) ou la Renault Supercinq, Gandini parvenait à insuffler cette rigueur géométrique qui rendait ses créations intemporelles.

    Un héritage bien vivant en 2026

    Aujourd’hui, l’influence de Gandini est partout. Lorsque vous regardez le bandeau noir de la nouvelle Ferrari 12Cilindri ou les lignes tranchantes des dernières hypercars électriques, c’est l’esprit de Marcello qui transparaît.

    Il a prouvé que la voiture n’était pas qu’un outil de mobilité, mais un objet culturel, une sculpture capable de définir une époque. Il ne dessinait pas pour plaire, mais pour provoquer le futur. Et quarante ans plus tard, le futur lui donne toujours raison.


    Le saviez-vous ? Gandini est également l’homme derrière le design du camion Renault AE (Magnum) lancé en 1990. Prouvant qu’il pouvait appliquer ses principes de modernité et de rupture ergonomique aussi bien à une supercar de 300 km/h qu’à un géant de la route de 40 tonnes.

    Parmi toutes les créations de Gandini, laquelle incarne pour vous le sommet absolu du design : la sensualité de la Miura ou la brutalité de la Countach ?

  • Ferrari 12Cilindri : Le dernier sanctuaire du V12 atmosphérique

    Ferrari 12Cilindri : Le dernier sanctuaire du V12 atmosphérique

    Alors que le monde de l’automobile semble avoir définitivement basculé dans l’ère du silence électrique et des moteurs hybridés, Ferrari vient de lancer un pavé dans la mare — ou plutôt un hurlement dans la vallée. La bien nommée « 12Cilindri » n’est pas seulement une nouvelle GT ; c’est un acte de résistance mécanique pur et dur.

    Le nom comme une profession de foi

    Chez Ferrari, on ne s’embarrasse plus de codes complexes. En appelant sa nouvelle égérie « 12Cilindri », la firme de Maranello annonce la couleur : ici, l’architecture moteur est la star absolue. C’est un hommage direct à l’héritage d’Enzo Ferrari, pour qui le V12 était le cœur battant de toute « vraie » voiture de sport.

    En 2026, conserver un bloc de 6,5 litres sans le moindre turbo ni assistance électrique est un tour de force d’ingénierie. Pour passer les normes environnementales toujours plus drastiques, les ingénieurs ont dû transformer ce moteur en une pièce d’orfèvrerie capable de grimper jusqu’à 9 500 tr/min. Le résultat ? 830 chevaux qui ne demandent qu’à s’exprimer dans une symphonie métallique que l’on croyait condamnée.

    Un regard dans le rétro : L’esprit « Daytona »

    Le style de la 12Cilindri a immédiatement enflammé les débats. Sous la direction de Flavio Manzoni, le centre de style Ferrari a pris un virage audacieux, délaissant les courbes organiques pour des lignes plus graphiques et tendues.

    Le clin d’œil le plus frappant est ce bandeau noir qui relie les optiques avant. Impossible de ne pas y voir un hommage à la 365 GTB/4 Daytona de 1968. C’est toute la magie de Ferrari : utiliser le futur pour célébrer le passé, sans jamais tomber dans le rétro-design facile. La voiture semble sculptée d’un seul bloc, avec une intégration aérodynamique si poussée que les volets actifs sont presque invisibles à l’arrêt.

    La performance de la démesure

    Derrière son allure de Grand Tourisme élégante, la 12Cilindri cache des chiffres de pistarde : un 0 à 100 km/h abattu en 2,9 secondes et une vitesse de pointe dépassant les 340 km/h. Mais au-delà de la vitesse, c’est la linéarité du moteur atmosphérique qui offre cette sensation de poussée infinie, propre aux moteurs de légende.

    Pourquoi c’est un futur « Cult » ?

    La Ferrari 12Cilindri est sans doute l’une des dernières de sa lignée. Elle représente ce moment charnière de l’histoire où une marque décide, contre vents et marées, de livrer une dernière lettre d’amour à la combustion interne. C’est une voiture pour les puristes, pour ceux qui considèrent qu’une automobile doit se conduire autant avec les oreilles qu’avec les mains.


    Le saviez-vous ? Pour réduire le poids et améliorer la réactivité du moteur, les ingénieurs ont utilisé des bielles en titane et des pistons dans un alliage d’aluminium spécifique, permettant au V12 de monter en régime avec une rapidité foudroyante, presque comme un moteur de Formule 1.

    Et vous, pensez-vous que le V12 atmosphérique puisse encore avoir un avenir après ce modèle, ou sommes-nous face au chant du cygne définitif ?

  • Lamborghini Miura Roadster : L’unique exemplaire d’usine fête les 60 ans du mythe

    Lamborghini Miura Roadster : L’unique exemplaire d’usine fête les 60 ans du mythe

    Alors que la Miura célèbre son 60e anniversaire en 2026, l’attention se porte sur ses records de vente aux enchères. Mais au-delà des chiffres, une voiture incarne à elle seule l’audace absolue de Ferruccio Lamborghini et du carrossier Bertone : l’unique Miura Roadster d’usine jamais construite.

    Une révolution signée Gandini

    Lorsqu’elle apparaît au Salon de Genève en 1966, la Miura ne se contente pas de lancer un modèle ; elle crée une catégorie : celle de la supercar. Dessinée par un Marcello Gandini alors très jeune, elle impose une ligne aérodynamique basse et un moteur V12 transversal central qui force la concurrence, Ferrari en tête, à revoir sa copie.

    Mais en 1968, au Salon de Bruxelles, Lamborghini et Bertone décident de briser une nouvelle barrière avec la présentation de la Miura Roadster.

    Plus qu’un simple « décapitage »

    Bertone et Gandini ne se sont pas contentés de retirer le toit du coupé. La voiture a été intégralement réingénierie :

    • Design : Le pare-brise a été incliné davantage, la ligne de toit abaissée et la partie arrière redessinée avec un spoiler plus prononcé.
    • Mécanique exposée : Contrairement au coupé qui cache son V12 sous des jalousies, le Roadster laisse le moteur totalement apparent, transformant la mécanique en une véritable œuvre d’art visuelle.
    • Structure : Le châssis a été renforcé au niveau des longerons pour compenser la perte de rigidité structurelle due à l’absence de toit.

    Malgré l’accueil enthousiaste du public, des contraintes techniques de rigidité et de protection contre les turbulences empêcheront sa mise en production. Elle restera un exemplaire unique.

    De prototype à laboratoire de zinc : l’odyssée ZN 75

    En 1969, la voiture connaît un destin singulier. Vendue à l’organisation International Lead and Zinc Research, elle est rebaptisée ZN 75. Elle devient alors une plateforme de démonstration pour les applications du zinc et du plomb dans l’automobile. Repeinte en vert iridescent, elle voit nombre de ses composants (pare-chocs, garnitures, pièces moteur) être refondus dans des alliages spécifiques.

    Ce chapitre, bien que surprenant, a contribué au développement des méthodes de protection contre la corrosion devenues aujourd’hui des standards industriels.

    Le retour aux sources

    Il faudra attendre 2008 pour qu’une restauration complète redonne à la voiture sa configuration d’origine du Salon de Bruxelles : une livrée bleu ciel métallisé, un cuir blanc et des tapis rouges. Depuis, elle est reconnue comme l’un des piliers du patrimoine Lamborghini, préfigurant la lignée des roadsters modernes, de la Diablo à l’Aventador.

    Une exposition exceptionnelle en 2026

    Pour ceux qui souhaitent admirer cette légende, le Musée Lamborghini de Sant’Agata Bolognese organise l’exposition « Born Incomparable » du 18 mars 2026 jusqu’en janvier 2027.

    Le Roadster y sera exposé aux côtés de pièces rarissimes comme :

    • Le châssis original de 1965.
    • L’ultra-rare Miura SVJ (dérivée du prototype Jota de Bob Wallace).
    • Le concept Miura de 2006 signé Walter de Silva.
    • L’Aventador Ultimae Roadster « Miura Omaggio », ultime exemplaire de l’Aventador produit, reprenant la livrée exacte du Roadster de 1968.

    Le saviez-vous ? Sur la Miura Roadster, les commandes secondaires (essuie-glaces, éclairage), habituellement situées au-dessus du rétroviseur central sur le coupé, ont dû être déplacées sur le tunnel de transmission central. Un détail qui prouve l’ampleur de la réflexion ergonomique derrière ce prototype.

  • Lamborghini Miura « Born Incomparable » : Le Taureau fête 60 ans de perfection à Sant’Agata

    Lamborghini Miura « Born Incomparable » : Le Taureau fête 60 ans de perfection à Sant’Agata

    Il y a soixante ans, le monde découvrait un châssis nu au Salon de Turin. Quelques mois plus tard, la Miura naissait, changeant à jamais la définition de la voiture de sport. En ce mois de mars 2026, le Musée Lamborghini de Sant’Agata Bolognese inaugure « Born Incomparable », une exposition magistrale dédiée à celle qui reste, pour beaucoup, la plus belle voiture de tous les temps.

    Pour Lamborghini, 2026 n’est pas une année comme les autres. C’est le jubilé de la Miura (1966-2026). Jusqu’en janvier 2027, le musée officiel retrace l’épopée de ce chef-d’œuvre né de l’audace de jeunes ingénieurs et du génie esthétique de Marcello Gandini (Bertone).

    L’anatomie d’une révolution

    Le parcours de l’exposition commence par un retour aux sources fascinant : le châssis original de 1965. À l’époque, Ferruccio Lamborghini l’avait exposé sans carrosserie pour prouver la supériorité technique de sa marque. Avec son V12 monté en position transversale arrière, ce cadre de seulement $120 \text{ kg}$ a redéfini l’architecture des super-sportives modernes.

    À ses côtés, les visiteurs peuvent admirer une Miura P400 S, l’évolution de 1966 qui portait la puissance à 370 chevaux, consolidant le statut de « prophète » du moteur central.


    Les Licornes de Sant’Agata : Roadster et SVJ

    L’exposition réussit le tour de force de réunir deux exemplaires parmi les plus rares au monde :

    • La Miura Roadster (1968) : Une pièce unique, sans toit ni fenêtres, conçue comme une sculpture roulante pour le Salon de Bruxelles. Sa livrée « Sky Blue » et son intérieur en cuir blanc sont restés légendaires.
    • La Miura SVJ : Inspirée par la mythique « Jota » de test développée par Bob Wallace en 1970, la SVJ est la version la plus extrême et la plus recherchée par les collectionneurs, reprenant des solutions techniques issues de la compétition.

    Un pont entre les époques

    Le musée ne se contente pas de regarder dans le rétroviseur. L’exposition montre comment l’ADN de la Miura irrigue encore le design actuel de Lamborghini :

    Modèle HommageDescription
    Miura Concept (2006)L’étude de style de Walter de’ Silva qui réinterprétait les lignes fluides des années 60 sur une base moderne.
    Aventador Ultimae « Miura Omaggio »Le tout dernier exemplaire de l’Aventador Roadster, configuré par le programme Ad Personam pour ressembler trait pour trait au Roadster de 1968.

    L’art de l’explosion : Fabian Oefner

    Pour compléter cette immersion, l’œuvre « Disintegrating X – Miura » de l’artiste Fabian Oefner est exposée à l’échelle 1:1. Ce travail titanesque, qui a nécessité deux ans de photographie composant par composant, donne l’impression que la Miura explose dans les airs, révélant chaque pignon et chaque vis de sa mécanique complexe.


    Agenda : Le rendez-vous d’Imola

    Les célébrations ne s’arrêtent pas aux murs du musée. Le département Polo Storico organise un tour exclusif du 6 au 10 mai 2026 à travers l’Italie du Nord, qui se terminera en apothéose lors de la Lamborghini Arena sur le circuit d’Imola les 9 et 10 mai.

    « Pour Lamborghini, la Miura a représenté une révolution extraordinaire. Avec cette exposition, nous voulons offrir aux passionnés la chance de redécouvrir son rôle fondamental dans l’ADN de notre marque. »

    Federico Foschini, Chief Marketing and Sales Officer.

  • Ultimate Supercar Garage : La nouvelle Bertone Runabout joue la carte néo-rétro (mais la vraie star était verte !)

    Ultimate Supercar Garage : La nouvelle Bertone Runabout joue la carte néo-rétro (mais la vraie star était verte !)

    En marge de Rétromobile, l’événement « Ultimate Supercar Garage » a rassemblé la crème de la crème des hypercars modernes à Paris. Si l’attraction principale devait être la présentation officielle de la nouvelle Bertone Runabout, c’est une autre italienne qui a aimanté tous les regards : une sublime Alfa Romeo 33 Stradale habillée d’une livrée « Vert Montréal » à tomber par terre.

    C’est le jeu cruel des salons et des expositions exclusives. Parfois, vous dévoilez une nouveauté mondiale intéressante, mais votre voisine de stand est tout simplement trop belle. Bertone était venu présenter la version de série de sa Runabout, un hommage vibrant aux designs « Wedge » (en coin) des années 70. Mais difficile de lutter quand, à quelques mètres de là, trônait la réincarnation de l’Alfa Romeo 33 Stradale. Dans cette teinte verte profonde, elle n’était pas juste une voiture, mais une sculpture vivante qui a éclipsé tout le reste.

    Bertone Runabout : Le retour des phares escamotables !

    Une fois nos rétines remises de l’éblouissement de l’Alfa, nous nous sommes penchés sur la nouveauté signée Bertone. Et elle ne manque pas de charme. Inspirée par le concept-car Autobianchi A112 Runabout de 1969 (dessiné par le regretté Marcello Gandini), cette sportive moderne joue à fond la carte de la nostalgie.

    Le détail qui tue ? Le retour des phares escamotables (pop-up) ! Rien que pour ça, elle mérite notre attention. Bertone propose deux carrosseries : une « Barchetta » radicale sans toit, et une version « Targa » avec toit amovible en carbone.

    Un cœur de Lotus (et de Toyota)

    Sous cette carrosserie anguleuse en carbone se cache une architecture familière pour les puristes. Bertone n’a pas repris une base Fiat comme à l’époque, mais un châssis en aluminium collé acheté à un fournisseur. Si on lit entre les lignes : c’est une base Lotus. De même pour le moteur : c’est le V6 3.5 litres Toyota (celui de l’Emira ou de l’Exige), mais gavé par un compresseur pour sortir 475 ch.

    La bonne nouvelle ? La puissance est envoyée aux roues arrière via une boîte manuelle à 6 rapports avec une magnifique grille en H apparente. Avec un poids plume de 1 057 kg, le 0 à 100 km/h est expédié en 4,1 secondes.

    25 exemplaires pour collectionneurs avertis

    Bertone prévoit de construire seulement 25 unités de ce jouet néo-rétro. Le prix ? 390 000 € (hors taxes). C’est cher pour une Lotus recarrossée, diront certains. C’est le prix de l’exclusivité et de la signature Bertone, diront les autres.

    Mais soyons honnêtes : même à ce prix-là, si on nous donnait le choix des clés à la sortie de l’Ultimate Supercar Garage, notre cœur serait resté accroché au volant de la 33 Stradale verte.

  • Acheter une Ferrari d’occasion : Plongée dans un monde où le café a le goût de la richesse

    Acheter une Ferrari d’occasion : Plongée dans un monde où le café a le goût de la richesse

    Tout commence par un café. Mais pas n’importe lequel. Alors que nous nous installons dans les canapés en cuir surplombant un showroom de rêve, l’arôme qui s’échappe de la machine à espresso mêle des notes de cacao, de noisettes grillées et… de réussite sociale. Bienvenue chez un concessionnaire Ferrari officiel, pour vivre ce que très peu de gens expérimentent : le processus sacré de l’achat d’un bolide au Cheval Cabré.

    Aujourd’hui, il est très facile de dépenser près de 100 000 euros pour une BMW sportive ou un SUV électrique Mercedes. Cependant, si les prix de ces véhicules neufs sont comparables à ceux d’une Ferrari d’occasion (« Pre-owned »), l’expérience client, elle, est dans une tout autre galaxie.

    Le premier choc : L’intimidante F12tdf

    À peine franchies les portes vitrées, le premier réflexe est de faire demi-tour. La raison ? Une Ferrari F12tdf, l’une des 799 produites, trône là. Son prix avoisine le million d’euros. Le message est clair : ici, on ne vend pas des voitures, on vend de l’exceptionnel. Est-ce une stratégie pour dissuader les curieux en quête d’un tour de manège gratuit ? Probablement.

    Mais une fois passé ce gardien du temple à douze cylindres, on découvre une sélection plus « accessible ». On serre notre tasse de café griffée Ferrari comme un chirurgien tiendrait un organe vital, conscient qu’il s’agit sans doute de la pièce de vaisselle la plus chère que nous ayons jamais touchée.

    La California : La porte d’entrée

    Pour une première incursion dans ce monde, les modèles comme la California ou la Portofino servent souvent de tremplin. C’est facile à comprendre : malgré son statut de Ferrari décapotable rouge (le rêve ultime), une California T d’occasion coûte à peu près le même prix qu’une berline allemande sportive neuve (autour de 100 000 €). Pourtant, sous le capot, on trouve un V8 biturbo de 3,8 litres au pedigree indiscutable.

    L’autre avantage ? Le programme de garantie « Power15 ». Tous les modèles d’occasion certifiés par Ferrari bénéficient d’une couverture, qui peut être étendue jusqu’à la 15e année du véhicule. Cela couvre le moteur, la boîte, la suspension et l’électronique. Certes, l’extension annuelle coûte quelques milliers d’euros, mais c’est toujours moins ruineux que de devoir remplacer un moteur V8 de sa poche.

    Le charme de l’analogique : La 328 GTS

    Dans un coin du showroom, une Ferrari 328 GTS de quatre décennies attire notre regard. Comparée aux vaisseaux spatiaux modernes, elle agit comme un « nettoyant pour le palais ». On remarque immédiatement le pédalier décalé et la boîte manuelle à grille métallique. « Ce genre de voiture est un achat passion », nous explique le responsable des ventes. « Elle attire un type d’acheteur qui cherche plus une sensation d’événement qu’une performance pure. »

    Affichée à un prix similaire à celui d’une berline électrique premium neuve, cette classique à toit Targa et phares escamotables semble être une bonne affaire, surtout si l’on considère le niveau d’émotion qu’elle procure en comparaison.

    Pourquoi acheter en concession officielle ?

    On peut trouver des modèles similaires moins chers sur les sites de petites annonces. Mais acheter directement chez Ferrari offre des avantages intangibles. Le plus important ? La relation. « Si vous achetez une voiture chez un revendeur indépendant au bout de la rue, Ferrari ne sait pas qui vous êtes », précise notre guide. Entrer dans le fichier client officiel, c’est s’ouvrir les portes d’événements exclusifs, de journées sur circuit, et parfois même l’opportunité d’acheter des modèles en série limitée. « 90 % de l’expérience Ferrari, c’est la relation. Nous allons prendre soin de vous, ce n’est pas simplement transactionnel. »

    La pépite du moment : La 488 GTB

    Alors que la nouvelle 296 GTB hybride dépasse allègrement les 300 000 euros avec options, beaucoup de clients se tournent vers celle qui constitue aujourd’hui le « pain et le beurre » du marché de l’occasion : la 488 GTB. Disponible pour environ la moitié du prix de son équivalent moderne, elle représente une valeur incroyable.

    Sur la route, c’est une révélation. Le 0 à 100 km/h est effacé en 3 secondes. Conduire une 488, c’est comme être assis devant un T-Rex jouant du trombone : le râle cuivré du V8 biturbo vous traverse le corps à chaque accélération. La direction tranchante et le châssis équilibré offrent une connexion presque symbiotique avec la route. Le marché semble dormir sur cette véritable pépite, boudée à tort par certains puristes à cause de ses turbos.

    Acheter un rêve

    De retour dans les canapés en cuir, entourés de trophées et de modèles réduits, on réalise que l’acte d’achat est beaucoup plus détendu qu’on ne l’imagine. Dans un monde marqué par l’électrification forcée et l’inflation, choisir une supercar d’occasion plutôt qu’un SUV hybride rechargeable sans âme devient une proposition de plus en plus tentante pour ceux qui en ont les moyens. D’autant que, contrairement aux voitures de grande série, ces modèles ont tendance à conserver leur valeur.

    Mais au final, ce n’est pas un calcul financier. Comme le résume le vendeur avant de nous tendre le bon de commande (que nous ne signerons pas, faute de budget) : « Vous n’achetez pas juste une voiture. Vous achetez un rêve. »

  • Dossier Classé XX : Bienvenue dans le club automobile le plus exclusif au monde

    Dossier Classé XX : Bienvenue dans le club automobile le plus exclusif au monde

    Ce n’est pas une simple gamme de voitures. C’est le club le plus fermé de l’histoire de l’automobile. Nombre de membres : environ 116. Enfin, 116 voitures, car le nombre de propriétaires est sans doute bien inférieur, beaucoup en possédant plusieurs. Vous, moi et 99,9 % des passionnés ne sommes pas invités. Mais derrière cette arrogance apparente se cache la quintessence de la passion Ferrari.

    De l’extérieur, Ferrari peut parfois sembler distant, une marque de luxe mondiale pour ultra-riches où le merchandising a pris le pas sur l’émotion. On se demande parfois où est passée la ferveur des tifosi. La réponse se trouve dans un bâtiment spécifique, le département Attività Sportive GT, dont les vitres tremblent à chaque passage d’une voiture sur la ligne droite du circuit de Fiorano, juste en dessous.

    C’est ici que sont stockées les voitures du programme XX. C’est ici que bat le véritable cœur de Maranello.

    Ni route, ni course : la liberté absolue

    Ferrari a été le premier constructeur à comprendre qu’il existait une terre promise située quelque part entre la voiture de route et la voiture de course.

    La route impose des contraintes (pollution, sécurité, bruit). La course impose des règlements stricts pour équilibrer les performances. Le programme XX, né au milieu des années 2000, s’est affranchi des deux. L’idée de génie ? Créer des monstres de piste pour des clients qui ne sont pas des pilotes professionnels, mais des track-day-ists fortunés, prêts à payer pour une expérience « clé en main » : ingénieurs, télémétrie, combinaisons assorties et maintenance.

    Tout a commencé avec l’FXX en 2005. Le nom venait du nom de code de développement de l’Enzo (FX). Ils ont ajouté un X, et la légende est née. Basée sur l’Enzo, mais allégée de 100 kg, gonflée de 150 ch et dotée de pneus slicks, elle coûtait 1,5 million d’euros. Seuls 30 exemplaires furent produits (29 pour les clients, un noir pour Michael Schumacher). Avec son kit Evoluzione sorti en 2007, le V12 grimpait à 848 ch. Elle tournait à Fiorano six secondes plus vite qu’une Enzo. Une éternité.

    La lignée des monstres

    Le programme a évolué. La 599XX est arrivée en 2010, prouvant qu’une architecture à moteur avant pouvait être radicale. C’est d’ailleurs, semble-t-il, la favorite des propriétaires lors des journées Corse Clienti. Moins intimidante, peut-être ? Elle fut suivie par l’effrayante FXX-K.

    Bravo à Ferrari d’avoir osé ce nom, car c’est probablement l’expletif que lâchent la plupart des gens en la voyant arriver. Basée sur la LaFerrari, c’est le moment où le programme est passé à l’hybride. Avec le système KERS dérivé de la F1, la puissance cumulée atteignait 1 036 ch. Une machine de guerre conçue sans aucune limite.

    Contrairement à la rumeur tenace, Ferrari ne confisque pas ces voitures. Les propriétaires peuvent les garder chez eux. Mais la plupart préfèrent les laisser à Maranello, bichonnées par les mécaniciens qui s’occupent aussi des F1 historiques stockées à l’étage au-dessus.

    La fin d’une ère ou un nouveau départ ?

    Récemment, Ferrari a brouillé les pistes avec la SF90 XX. Contrairement à ses ancêtres, elle est homologuée pour la route. Pour les puristes, c’est une hérésie qui dilue le mystère et le prestige du badge « XX ».

    Mais si la SF90 XX est la vitrine commerciale, le véritable esprit du programme a migré vers quelque chose d’encore plus fou : le programme Sport Prototipi Clienti.

    Au milieu de l’atelier trône la 499P Modificata. Ce n’est pas une hypercar déguisée. C’est, à peu de choses près, la voiture qui a gagné les 24 Heures du Mans cette année. Vendue 5,1 millions d’euros, elle offre l’expérience ultime : piloter un prototype du Mans, sans les restrictions du règlement WEC.

    Seul Ferrari pouvait réussir un tel pari. Porsche, McLaren ou Aston Martin ont leurs programmes « track-only », mais aucun n’a cette aura, cette histoire et cette capacité à vendre du rêve automobile à l’état pur. Le programme XX est excluant, certes. Mais il est la preuve que chez Ferrari, la quête de la performance absolue respire encore.


    En bref : Le Programme XX

    • Concept : Voitures de piste non homologuées pour la route, ni pour la compétition.
    • Modèles clés : FXX (2005), 599XX (2010), FXX-K (2014).
    • Le Graal actuel : 499P Modificata.
    • Signe particulier : Les voitures sont souvent gérées et stockées par Ferrari, mais appartiennent aux clients.
  • Giampaolo Dallara : Comment un ingénieur de 27 ans a inventé la supercar moderne avec la Lamborghini Miura

    Giampaolo Dallara : Comment un ingénieur de 27 ans a inventé la supercar moderne avec la Lamborghini Miura

    Aujourd’hui, Giampaolo Dallara est une légende vivante de 88 ans, à la tête de l’empire du sport automobile qui porte son nom. Mais bien avant de fournir les châssis de l’IndyCar ou des prototypes LMDh, il n’était qu’un jeune homme de 27 ans avec une idée folle : révolutionner Lamborghini en s’inspirant… d’une Austin Mini.

    L’histoire de l’automobile est souvent écrite par des hommes d’expérience. Mais la Lamborghini Miura, celle qui a inventé le terme « Supercar », est l’exception qui confirme la règle. Elle est le fruit de l’audace d’une jeunesse insouciante, dirigée par un directeur technique qui n’avait même pas trente ans.

    De Ferrari à Lamborghini : La soif de course

    Au début des années 60, le jeune Dallara est brillant. Diplômé à Milan, il travaille déjà sur l’aérodynamisme chez Ferrari. Mais il s’ennuie. Il veut faire de la course, tout de suite. Enzo Ferrari le trouve trop jeune. Il claque la porte pour Maserati, vit l’ivresse de la compétition (notamment Sebring 1962), mais la marque au Trident est fauchée.

    C’est là qu’il frappe à la porte de Ferruccio Lamborghini, le fabricant de tracteurs qui veut défier Ferrari. « Ma première question a été : ‘Allez-vous faire de la course ?’ Et Lamborghini a dit oui », se souvient Dallara. C’était un mensonge (ou un changement de plan), mais cela a suffi à l’embaucher.

    27 ans et une page blanche

    Dallara se retrouve directeur technique d’une marque naissante. « Nous partions vraiment de zéro. Les seules personnes expérimentées venaient de l’usine de tracteurs », raconte-t-il.

    Après une 350 GT techniquement réussie (V12 Bizzarrini, suspensions indépendantes) mais trop sage, Dallara sait qu’il faut frapper fort. Il faut un moteur central arrière, comme sur les Ford GT40 ou les Porsche 904 de course.

    Le problème ? Le V12 Lamborghini est énorme. Impossible de le caser derrière le conducteur sans transformer la voiture en limousine. « L’empattement ne devait pas dépasser 2,5 mètres », précise l’ingénieur.

    Le génie inspiré par la Mini

    La solution va venir de l’Angleterre, et non de la haute performance, mais de la citadine populaire : l’Austin Mini. La petite anglaise avait révolutionné l’espace intérieur en plaçant son moteur transversalement (en travers). Dallara décide de faire la même chose, mais avec un V12 de 4 litres !

    « J’espère qu’il reste chez Lamborghini un croquis de la voiture avec le groupe motopropulseur de la Mini à l’arrière. C’est exactement ce que nous avons fait », confie-t-il aujourd’hui.

    Le coup de foudre de Bertone

    Le châssis roulant est prêt, mais il faut une robe. Pininfarina étant trop lié à Ferrari, Lamborghini se tourne vers Bertone. Le design est confié à un autre « gamin » de 27 ans : Marcello Gandini.

    Dallara se souvient de la présentation du dessin, pendant les vacances de Noël : « Il n’y avait que moi et Ferruccio Lamborghini au bureau. Nuccio Bertone est venu nous montrer le concept. Dès qu’on l’a vu, on a dit : ‘Ne touchez à rien. Faites-la, c’est tout’. »

    Une légende imparfaite

    Développée dans l’urgence par une équipe inexpérimentée, la Miura n’était pas parfaite. Dallara admet aujourd’hui qu’elle souffrait d’un fort survirage (dû à des pneus de même taille à l’avant et à l’arrière pour n’avoir qu’une seule roue de secours) et de problèmes de surchauffe chroniques. « Si j’avais su ce que je sais aujourd’hui, j’aurais dit non, je n’en suis pas capable », avoue-t-il avec humilité. « C’était ça la différence : je ne savais pas tout ce qu’il me restait à apprendre. »

    La boucle est bouclée

    Giampaolo Dallara a quitté Lamborghini en 1969, frustré de ne pas faire de compétition. Il a fondé Dallara Automobili en 1972, devenant le plus grand constructeur de voitures de course au monde.

    Il a fallu attendre ses 80 ans pour qu’il s’offre enfin sa propre Miura. Une épave grise achetée en Suède, qu’il a fait restaurer par le Polo Storico Lamborghini. En grattant la peinture, ils ont découvert qu’elle était blanche à l’origine et vendue neuve à Parme… à seulement 40 km de la ville natale de Dallara.

    Aujourd’hui, cette Miura trône au musée de la Dallara Academy, rappelant qu’il y a 60 ans, un jeune ingénieur a osé installer un moteur de tracteur en travers dans une voiture de sport, et a changé l’histoire à jamais.

  • De Tomaso Guarà : Le dernier loup en habit de Kevlar

    De Tomaso Guarà : Le dernier loup en habit de Kevlar

    Si De Tomaso n’a jamais atteint la renommée planétaire de Ferrari ou Maserati, son fondateur, Alejandro de Tomaso, avait un don indéniable pour baptiser ses créations. Vallelunga, Mangusta, Pantera… des noms qui claquent. Mais connaissez-vous la Guarà ? Véritable chant du cygne de la marque, cette supercar méconnue partageait son époque — et certains matériaux — avec la légendaire McLaren F1.

    Dévoilée au Salon de Genève en 1993, la Guarà tire son nom d’un canidé sud-américain (le loup à crinière). Elle arrive sur le marché quasiment en même temps que la McLaren F1. Si elle n’a jamais prétendu rivaliser avec les performances stratosphériques de l’anglaise, elle offrait une fiche technique fascinante pour l’époque.

    Une conception radicale

    Sous sa robe signée Carlo Gaino (Synthesis Design) — dont les lignes évoquent un mélange curieux entre une Ferrari, une Corvette et une Toyota MR2 — se cache une bête de course. La carrosserie est réalisée en composite (Kevlar et fibre de verre) et repose sur un châssis poutre en aluminium.

    La partie technique a été supervisée par Enrique Scalabroni, ingénieur de F1 passé par Williams et Lotus. Le résultat ? Une suspension indépendante à double triangulation de type « inboard » (comme en F1) et des freins Brembo dérivés directement de la Ferrari F40.

    BMW ou Ford ? La chasse au trésor

    C’est ici que l’histoire devient intéressante pour les collectionneurs. Sur les 52 exemplaires produits (coupés, roadsters et barquettes confondus), la majorité a été équipée de moteurs Ford.

    Mais l’exemplaire qui nous intéresse aujourd’hui fait partie de l’élite : c’est l’un des huit coupés (sur 21 construits) à embarquer le V8 BMW 4.0L (M60). Couplé à une boîte manuelle Getrag à 6 rapports, ce bloc en position centrale arrière développe 279 ch. Cela peut sembler modeste aujourd’hui, mais avec seulement 1 200 kg sur la balance et un profil aérodynamique soigné, la Guarà dépasse les 270 km/h.

    Une conduite « à l’ancienne »

    L’intérieur, bien que soigné avec du cuir bleu, cache une réalité brutale : c’est une voiture analogique pure. Pas d’assistance de direction, pas d’assistance au freinage. Le pédalier est entièrement ajustable, tout comme la direction, pour s’adapter au pilote.

    C’est une voiture réputée pour sa tenue de route superbe, bien que qualifiée de « nerveuse » par certains. C’est exactement le genre de machine viscérale que les puristes pleurent aujourd’hui.

    Une rareté absolue en vente

    Un exemplaire exceptionnel vient de refaire surface. D’abord propriété d’un passionné belge qui l’a conservée 20 ans, cette Guarà argentée se trouve désormais aux États-Unis. Elle affiche un kilométrage ridicule de 1 600 miles (environ 2 500 km). C’est probablement la meilleure Guarà existante.

    Rarissime (bien plus qu’une McLaren F1), dotée du « bon » moteur V8 BMW et dans un état concours, c’est une opportunité unique.

    Seul bémol ? Le coffre est inexistant. Vos bagages devront voyager sur le siège passager… ou sur les genoux de votre copilote. Mais n’est-ce pas un petit prix à payer pour rouler dans le dernier cadeau d’Alejandro au monde automobile ?

  • Toyota GR GT : La supercar V8 « homologuée route » qui défie l’époque

    Toyota GR GT : La supercar V8 « homologuée route » qui défie l’époque

    Alors que l’on pensait que Toyota allait sagement ranger ses pistons au garage, le géant japonais nous prend à contre-pied. Voici la GR GT : une supercar V8 biturbo, cousine technique de la future Lexus LFA électrique, conçue pour chasser sur les terres de l’AMG GT et de l’Aston Martin Vantage.

    C’est officiel, Toyota lâche la bride à sa division Gazoo Racing. Oubliez la timidité, la nouvelle GR GT ne fait pas dans la dentelle. Décrite par la marque comme une véritable « voiture de course homologuée pour la route », ce nouveau fleuron, attendu d’ici deux ans, a été développé en parallèle avec sa version GT3 de compétition. Le message est clair : l’ingénierie d’abord, le marketing ensuite.

    Un V8 Biturbo « Hot Vee » sous le capot

    Le cœur de la bête est une surprise de taille dans le paysage actuel. Toyota dégaine un V8 4.0 litres biturbo inédit, associé à un système hybride. L’architecture retenue est celle du « hot vee » (turbos placés à l’intérieur du V des cylindres), favorisant la compacité et la réactivité.

    Les chiffres provisoires donnent le vertige :

    • Puissance : Cible de 650 ch
    • Couple : Environ 850 Nm
    • Transmission : Une toute nouvelle boîte automatique à 8 rapports, utilisant un embrayage humide (et non un convertisseur de couple) pour des passages de vitesses « de classe mondiale », envoyant la puissance aux seules roues arrière via un différentiel à glissement limité mécanique.

    Toyota promet un 0 à 100 km/h aux alentours de 3,5 secondes et une vitesse de pointe dépassant les 318 km/h.

    La chasse aux kilos

    Là où ses rivales hybrides (suivez mon regard vers Affalterbach) ont tendance à s’empâter, la GR GT joue la carte de la relative légèreté. Grâce à un châssis en aluminium (« body-in-white ») et des panneaux de carrosserie du même métal, Toyota vise un poids sous les 1 750 kg. C’est environ 300 kg de moins qu’une AMG GT hybride à quatre roues motrices.

    La répartition des masses est quasi idéale avec un ratio 45% avant / 55% arrière. L’aérodynamisme a dicté le design, mais sans sacrifier l’usage quotidien : l’intérieur se veut « centré sur le conducteur » avec une visibilité optimisée, loin des bunkers habituels des supercars.

    Une identité à part… sans logo Toyota

    Regardez bien les photos. Vous ne trouverez aucun ovale Toyota sur la carrosserie ou dans l’habitacle. À l’instar de Lexus ou Century, Gazoo Racing s’affirme ici comme une marque à part entière au sein du groupe. La GR GT est leur manifeste d’indépendance.

    Le retour du nom LFA… en électrique

    L’ironie (ou le génie) de l’histoire, c’est que cette plateforme sert aussi de base au retour d’une légende : la Lexus LFA.

    Mais attention, changement de paradigme. Si la GR GT chante via son V8 (dont la sonorité a été « méticuleusement travaillée » pour synchroniser l’échappement à l’état du véhicule), la nouvelle LFA sera, elle, 100% électrique. Développée conjointement avec la GR GT, elle bénéficiera des mêmes libertés d’architecture, mais troquera le V10 hurleur de son ancêtre pour une propulsion silencieuse, probablement alimentée par les fameuses batteries solides de Toyota prévues pour 2027-2028.

    Avec la GR GT thermique d’un côté et la LFA électrique de l’autre, le groupe Toyota joue sur les deux tableaux. Pour notre plus grand plaisir, le V8 a encore de beaux jours devant lui.

  • Porsche propose la modification du kilométrage de ses voitures

    Porsche propose la modification du kilométrage de ses voitures

    C’est une nouvelle qui risque de faire grincer des dents les puristes de l’historique limpide, mais qui ravira les perfectionnistes fortunés. Porsche, via son département exclusif, permet désormais de repartir littéralement à zéro avec une voiture d’occasion. Explications avec cette Carrera GT pas comme les autres.

    Pour le jeune collectionneur d’aujourd’hui, le rêve automobile se heurte souvent à une réalité frustrante : les icônes ne sont plus au catalogue. Vous rêvez d’une 959, d’une 911 GT1, d’une 918 Spyder ou du summum sonore qu’est la Carrera GT ? Vous êtes condamné au marché de l’occasion.

    Jusqu’ici, cela signifiait accepter les choix de configuration du premier propriétaire (souvent gris argent, soyons honnêtes). Mais Porsche change la donne. Le département Sonderwunsch (anciennement Porsche Exclusive), autrefois réservé aux commandes de véhicules neufs, ouvre désormais ses portes aux modèles d’occasion pour une restauration-transformation totale.

    Le compteur remis à zéro : Hérésie ou Renaissance ?

    C’est le point qui fait débat, et le titre de cet article n’est pas une blague. Dans le cadre de ce programme, la voiture est entièrement désossée, chaque composant est inspecté, remplacé ou rénové, puis la voiture est remontée.

    Le processus est si complet que Porsche remet officiellement le compteur kilométrique à zéro. La marque considère que le véhicule repart pour une nouvelle vie. Si d’un point de vue mécanique cela se défend, on est curieux de voir comment les organismes de traçabilité et les futurs experts en valorisation accueilleront cette « remise à neuf » administrative.

    Hommage au Mans 1970

    L’exemple présenté par Porsche pour illustrer ce programme est une Carrera GT spectaculaire. Fini l’argent ou le noir classique, le client a opté pour une livrée historique : rouge à bandes blanches. Un clin d’œil direct à la Porsche 917 victorieuse aux 24 Heures du Mans 1970, pilotée par Hans Herrmann et Richard Attwood.

    Les détails sont soignés :

    • Jantes peintes en noir mat.
    • Inscription « Sonderwunsch » en lettres rouges sur les étriers de frein noirs.
    • Logo « Carrera GT » sur les jantes.

    Seul petit regret pour les puristes du modèle : les écrous centraux sont désormais noirs. Sur le modèle d’origine, ils étaient codés par couleur (bleu et rouge) pour distinguer le côté gauche du côté droit, un détail « course » qui disparait ici au profit du style.

    Un intérieur modernisé et une mécanique intouchée

    À l’intérieur, le département Sonderwunsch a également fait table rase du passé. Le cuir d’origine a laissé place à un mélange plus sportif d’Alcantara et de textile, recouvrant des sièges baquets en fibre de carbone remis à neuf. Le volant suit la tendance avec de l’Alcantara rouge, accompagné d’un levier de vitesses spécifique.

    Sous le capot arrière, heureusement, la mélodie reste intacte. Le légendaire V10 atmosphérique de 5,7 litres (et non 5,5 comme on le lit parfois) délivre toujours ses 612 ch. Avec un 0 à 100 km/h en 3,8 secondes (si vous maîtrisez l’embrayage céramique capricieux) et une pointe à 330 km/h, la Carrera GT reste une arme absolue.

    Le prix de cette « renaissance » ? Non communiqué, mais probablement astronomique. Cependant, s’agissant d’un projet officiel certifié par Porsche, la valeur de cette Carrera GT « 0 km » risque d’atteindre des sommets, prouvant qu’en automobile, on peut parfois acheter une seconde jeunesse.