Les publicités auto nous poussent-elles à conduire comme des idiots ?

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C’est une éternelle question de psychologie et de marketing : en voyant une voiture enchaîner les dérives de manière spectaculaire sur nos écrans, le consommateur est-il poussé à faire n’importe quoi dès qu’il prend le volant ? Une récente étude scientifique relance le pavé dans la mare, pointant du doigt une glorification excessive de la vitesse au détriment de la sécurité.

L’étude qui accuse les constructeurs

L’IIHS (Insurance Institute for Highway Safety), l’organisme américain de référence pour la sécurité routière — financé, rappelons-le, par l’industrie des assurances —, vient de publier un rapport analysant les campagnes publicitaires diffusées entre 2018 et 2022.

Le constat de leurs chercheurs est sans appel : la performance est devenue l’argument numéro un des marques. Près de 43 % des spots publicitaires diffusés mettent en avant la vitesse, la puissance, les accélérations ou l’agilité en virage. Pire encore, sur la même période, la part des publicités mettant explicitement l’accent sur les équipements de sécurité s’est effondrée, passant de 11 % à seulement 3 %.

« Montrer un cascadeur professionnel négocier un virage serré sous la pluie peut sembler inoffensif, mais ces publicités renforcent notre obsession culturelle pour la vitesse », affirme David Harkey, président de l’IIHS. Selon lui, les mentions en petits caractères du type « réalisé par un pilote professionnel sur route fermée » ne suffisent pas à masquer le message sous-jacent : « vous aussi, vous pouvez conduire de cette manière ».

La culture de la vitesse face à la réalité des chiffres

La vitesse reste l’un des plus grands fléaux de la route, représentant près de 30 % des accidents mortels aux États-Unis. Pour l’IIHS, l’automobile fait face à une forme d’hypocrisie culturelle. Alors que la conduite sous l’empire d’un état alcoolique ou le non-port de la ceinture sont unanimement condamnés par la société et exclus des scénarios publicitaires, la vitesse excessive y est encore largement normalisée et mise en scène comme un symbole de liberté et de plaisir.

Certains pays ont pourtant déjà tranché le problème. Au Royaume-Uni, par exemple, l’organisme de régulation des médias interdit strictement aux constructeurs de baser leur communication sur la puissance ou l’accélération, à moins que ces arguments ne soient directement intégrés dans une démonstration de sécurité (comme une manœuvre d’évitement d’urgence).

Corrélation n’est pas causalité : le biais de l’analyse

Cependant, l’étude essuie également des critiques, notamment sur sa méthodologie. Elle met en corrélation l’augmentation des publicités axées sur la performance avec la hausse de la mortalité routière, sans jamais prendre en compte d’autres facteurs cruciaux comme l’augmentation globale du trafic, le kilométrage annuel moyen des conducteurs ou encore la distraction croissante liée aux smartphones au volant.

De plus, des arguments comme la motricité, le freinage ou la maniabilité, bien que présentés de façon dynamique dans les spots publicitaires pour susciter de l’émotion, constituent en réalité les fondations mêmes de la sécurité active d’un véhicule moderne.

Acheter une Porsche, une Ferrari ou même une berline de plus de 200 chevaux se fait pour le plaisir de l’objet, de l’ingénierie et de la physique, idéalement maîtrisée dans un cadre légal ou sur circuit. L’étude omet peut-être un peu vite de faire confiance au libre arbitre et à l’autodiscipline des conducteurs.


Le saviez-vous ? Dans les années 1950 et 1960, les constructeurs américains avaient signé un accord tacite pour ne plus afficher la vitesse de pointe de leurs modèles dans les publicités, préférant parler de « confort de dépassement ». Une censure qui a rapidement volé en éclats avec l’arrivée des Muscle Cars.

Et vous, pensez-vous qu’une publicité spectaculaire influence réellement notre façon de conduire au quotidien, ou l’agressivité au volant est-elle simplement un trait de caractère naturel chez certains ?