Il y a deux ans, la Porte de Versailles jouait son va-tout. Après l’édition 2022 désertée par la quasi-totalité des états-majors mondiaux, le cru 2024 avait tout juste permis de stopper l’hémorragie en attirant un demi-million de curieux autour de 48 exposants. Pour cette 91e édition organisée du 13 au 18 octobre 2026, l’ambiance change d’échelle. Près de soixante-dix constructeurs se partagent les halls d’exposition et quinze mille mètres carrés d’aménagements extérieurs, avec un centre d’essais géant installé dans le hall 7.1. Mais derrière ce retour en force, l’événement ressemble moins à une fête de carrossiers qu’à un champ de manœuvres où chacun abat ses cartes pour survivre à la guerre des prix.

Hall 6 : Renault convoque Matra et Gordini pour amortir la facture électrique
Sur les 2 500 m² de son stand du hall 6, le groupe Renault déploie un dispositif taillé pour faire diversion face aux calculettes de leasing. Confié au crayon d’Alexandre Malval, le concept E-Space ressuscite l’architecture monocorps originelle imaginée par Matra en 1984. L’habitacle tourne le dos aux dalles numériques invasives pour réinstaller de vraies commandes physiques en aluminium usiné sous un grand volant tulipé.
À quelques mètres des R4 et Twingo E-Tech de série, l’autre surprise d’atelier prend les traits d’une évocation de la R8 Gordini. Ce coupé strict en fibre de carbone, campé sur des gommes asymétriques de 19 pouces à l’avant et 20 pouces à l’arrière, installe un électromoteur de 270 chevaux sur le seul essieu postérieur pour respecter l’équilibre propulsion de l’aînée des sixties. Chez Alpine, en attendant la révélation de la berlinette A110 électrique définitive, une sculpture filaire dévoile les volumes finaux et confirme l’implantation du différentiel à vectorisation de couple inauguré sur le SUV A390.
L’arme de volume du groupe se trouve sur les dalles voisines de Dacia. La marque roumaine expose le Striker, un grand break surélevé de 4,62 mètres positionné sous le Bigster, décliné en hybride et en GPL sous le seuil des 25 000 euros. À ses côtés, la nouvelle Spring opère un redéploiement industriel stratégique : désormais greffée sur les soubassements de la Twingo avec une batterie de 27,5 kWh assurant 250 kilomètres d’autonomie mixte, elle quitte la Chine pour les chaînes de Novo Mesto, en Slovénie. Ce changement d’usine lui permet de récupérer le bonus écologique de 3 620 euros, faisant chuter son tarif d’attaque de 17 900 à moins de 14 300 euros pour contrer frontalement les citadines asiatiques.
Hall 4 : Stellantis abat la carte populaire et relance la griffe GTi
Mobilisant huit marques et plus de soixante véhicules, le groupe dirigé par Antonio Filosa occupe le hall 4 avec un mot d’ordre : saturer le marché des compactes accessibles. Citroën y dévoile son étude de future 2 CV, manifeste d’une berline électrique dépouillée promise pour 2028 sous les 15 000 euros, conçue sur la plateforme à bas coût partagée avec la future Fiat Panda.
La marque turinoise complète le dispositif avec la première mondiale du Grizzly — un SUV de 4,40 mètres proposé en silhouette classique et en déclinaison Fastback —, tout en testant l’accueil du public avec la Multiplina, un concept urbain à quatre places logé dans un gabarit de micro-citadine.
Sur les moquettes du pôle haut de gamme, les synergies de plateformes s’affichent sans fard. Lancia présente son grand crossover Gamma (4,67 m) assemblé dans l’usine italienne de Melfi sur les mêmes gabarits que le nouveau DS N°7, qui revendique 740 kilomètres de rayon d’action.
Alfa Romeo expose une étude annonçant sa future berline sportive, tandis que Peugeot ranime le blason GTi sur la e-208 : 281 chevaux sur les seules roues avant, différentiel autobloquant mécanique, batterie de 54 kWh et châssis affûté pour 42 900 euros, épaulée par une étude aérodynamique inspirée du prototype 9X8 des 24 Heures du Mans.
Hall 5 : Le pragmatisme d’outre-Rhin face aux 1 100 chevaux d’AMG
Dans le hall 5, l’état-major de Wolfsburg joue l’offensive par le bas avec les débuts publics de l’ID. Polo sur plateforme MEB Entry. Facturée 24 995 euros pour 455 kilomètres de rayon d’action, la citadine s’offre d’emblée une variante GTI de 226 chevaux, encadrée par le petit crossover ID. Cross à 28 000 euros et la compacte ID.3 GTI de 326 chevaux.
Cette architecture modulaire fait tourner les bureaux d’études satellites : Skoda décline la plateforme sur son petit SUV urbain Epiq à 26 470 euros et présente son grand modèle sept places Peaq, pendant qu’Audi expose le crossover A2 e-tron, crédité de 646 kilomètres d’autonomie via un accumulateur de 84 kWh pour un ticket d’entrée fixé à 38 600 euros.
Profitant du forfait de BMW, Mercedes-Benz investit les allées avec sa nouvelle berline Classe C électrique (4,88 m, 489 ch et 800 km d’autonomie) aux côtés du SUV compact GLA bâti sur la plateforme modulaire MMA. Le grand écart tarifaire s’illustre entre la monstrueuse Mercedes-AMG GT électrique de 1 169 chevaux — facturée plus de 203 000 euros avec sa simulation sonore de V8 par haut-parleurs externes — et la petite Smart #2 développée avec Geely, micro-citadine biplace de 2,75 mètres promise à 20 000 euros pour 300 kilomètres d’autonomie urbaine.
Halls 3 et 5 : Les constructeurs chinois s’arment en hybride rechargeable
Représentant désormais près d’un tiers des immatriculations électriques dans l’Hexagone, les pavillons asiatiques occupent autant d’espace que les marques européennes. La manœuvre ne se cantonne plus au tout-batterie : pour contourner les droits de douane compensatoires de Bruxelles, l’offensive se déplace massivement sur le terrain de l’hybride rechargeable et des segments spécialisés.
Dans le hall 5, BYD aligne sa citadine Dolphin G DM-i de 4,16 mètres : pour 23 990 euros, la mécanique PHEV promet 105 kilomètres de roulage en mode électrique pur. Sur le même stand, sa filiale haut de gamme Denza expose le franchiseur tout-terrain Bao 5 de 544 chevaux à 75 630 euros et le grand coupé Denza Z, fort de 1 604 chevaux et d’un système de recharge flash capable de récupérer sa capacité en cinq minutes pour 156 300 euros.
Chez Chery, l’implantation commerciale s’accélère avec le SUV Tiggo 4 hybride à 23 990 euros, la famille Omoda et la citadine électrique Q à batterie de 41 kWh. Leapmotor, adossé aux ateliers et au réseau de distribution Stellantis, installe ses crossovers B03 et B03X (510 litres de coffre pour 23 400 euros) tout en sortant le grand jeu avec le SUV de prestige D19 de 5,25 mètres.
Geely structure son offre autour du SUV compact E5, du break familial Starray EM-i et de la berline compacte E2 affichée à 20 990 euros, pendant que sa marque technologique Zeekr dévoile le break 9X de 897 chevaux. Face à cette poussée, la Corée du Sud verrouille ses positions avec la compacte Hyundai Ioniq 3 (4,15 m et 496 km d’autonomie) et le break Kia K4 accompagné des SUV Seltos et EV4.
Les forfaits notables et le carnet de route du visiteur
La cartographie du salon se lit aussi en creux. Plusieurs acteurs de premier plan ont préféré économiser leurs budgets d’exposition : le groupe BMW et Mini ont décliné l’invitation, privant les visiteurs d’un premier contact avec la nouvelle berline i3 électrique. Même constat pour le bloc japonais — Toyota, Lexus, Nissan et Mazda restant à quai —, tandis que Polestar fait l’impasse sur le salon français. Pour apercevoir des machines de Stuttgart, il faudra contourner l’absence de stand officiel Porsche et se diriger vers l’exposition thématique payante « (Un)limited ».
Pour parcourir les allées sans piétiner, retenez les repères pratiques :
- Horaires : Ouvert de 9 h 30 à 20 h 00 du mardi 13 au jeudi 15 octobre ; sessions nocturnes jusqu’à 22 h 00 les vendredi 16 et samedi 17 octobre ; fermeture dimanche 18 octobre à 18 h 30.
- Billetterie : Vente exclusivement dématérialisée sur le site officiel du Mondial (17 à 22 euros selon les créneaux).
- Accès : Métro ligne 12 (Porte de Versailles), tramways T2 et T3a. Évitez les accès routiers du boulevard périphérique sud, saturés dès l’ouverture des parkings officiels.
- Centre d’essais : Hall 7.1 (réservations préalables obligatoires auprès des marques exposantes pour les prises en main dynamique).
