Lorsque Tom Cruise enfile la combinaison ignifugée de Cole Trickle à l’été 1990 dans Jours de tonnerre, les amateurs de stock-car ne s’y trompent pas. Derrière la trajectoire de ce pilote impétueux venu de la monoplace pour défier les barons du Sud profond se dessine la silhouette d’un homme qui a réellement bouleversé les traditions de la NASCAR : Tim Richmond. Doté d’un coup de volant incandescent, d’un charisme insolent et d’une soif de vivre dévorante, Richmond a traversé les années 1980 comme un météore, redéfinissant à tout jamais les codes d’une discipline alors très conservatrice avant d’être fauché au sommet de sa gloire.
Du bitume d’Indianapolis aux pistes du Sud profond
Né dans l’Ohio dans une famille aisée, Tim Richmond ne correspond en rien au profil type des héros traditionnels du sport automobile américain de l’époque, souvent issus de l’artisanat rural des Appalaches. Athlète polyvalent, adepte des tenues flamboyantes, des blousons en soie et des cheveux longs, il s’illustre d’abord en monoplace. En mai 1980, il crève l’écran sur le Brickyard lors des 500 Miles d’Indianapolis en terminant neuvième et en décrochant le titre très convoité de Rookie of the Year.
Son style de pilotage, fondé sur une confiance aveugle en son instinct et une capacité surnaturelle à tenir sa voiture au bord du décrochage permanent, séduit les observateurs de la NASCAR. Transféré vers les lourdes berlines de la Winston Cup, Richmond détonne immédiatement dans les paddocks. Son mode de vie digne d’une rock star et son mépris souverain des conventions agacent les caciques sudistes, mais son talent brut fait taire les sarcasmes dès ses premières apparitions au volant de montures privées.
L’alchimie improbable avec Harry Hyde chez Hendrick Motorsports
Le tournant décisif survient en 1986, lorsque le jeune propriétaire d’écurie Rick Hendrick décide de confier sa Chevrolet Monte Carlo numéro 25 à Richmond et de l’associer à Harry Hyde. Vétéran de la Seconde Guerre mondiale, mécanicien rusé et figure patriarcale de la vieille école — qui inspirera directement le personnage de Harry Hogge incarné par Robert Duvall à l’écran —, Hyde accueille le dandy avec une méfiance absolue. Le dialogue entre l’ingénieur pragmatique obsédé par la préservation des mécaniques et le jeune fougueux prêt à tordre les châssis pour grignoter un dixième fait d’abord des étincelles.
Hyde comprend toutefois rapidement que le talent de son poulain dépasse tout ce qu’il a vu jusqu’alors. À force de patience et de recadrages mémorables sur la gestion des gommes et des régimes moteurs, le chef d’équipe apprend à Richmond l’art de ménager sa monture pour porter l’estocade finale. La symbiose est totale : au cours de cette saison 1986 d’anthologie, Richmond décroche sept victoires, huit pole positions et treize tops 5, rivalisant d’égal à égal avec le redoutable Dale Earnhardt et terminant troisième du championnat.
Le crépuscule d’une étoile et l’hommage d’Hollywood
L’idylle est de courte durée. Dès l’hiver 1986, le pilote est frappé par une pneumonie suspecte qui masque en réalité les premiers ravages du virus du sida, à une époque où la maladie est entourée d’une stigmatisation brutale et d’une méconnaissance générale. Écarté des circuits pendant des mois, Richmond signe un retour héroïque et bouleversant au début de l’été 1987 en remportant coup sur coup ses deux premières courses de rentrée, à Pocono puis sur le tracé routier de Riverside, épuisé mais transcendé par sa passion.
La méfiance des instances de la NASCAR et une controverse autour de tests médicaux précipitent son exclusion définitive de la compétition quelques mois plus tard. Reclus en Floride, Tim Richmond s’éteint le 13 août 1989, à l’âge de 34 ans, dans le silence gêné d’un milieu qui a préféré détourner le regard. Fasciné par cette trajectoire tragique et incandescente après l’avoir côtoyé brièvement sur les circuits, Tom Cruise décidera de porter son esprit à l’écran l’année suivante, troquant la fin douloureuse du champion contre un triomphe cinématographique immortalisant son audace.
