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Comment Mitsubishi réinvente le Pajero entre masque de Kendo et sièges de première classe

Comment Mitsubishi ressuscite le légendaire Pajero : entre masque de combat de Kendo, clins d'œil au modèle de 1982 et sièges de première classe inspirés par Hiroshi Masuoka, rencontre au cœur du studio de design.

Par Rédaction ◷ 5 min de lecture 8 octobre 2026
Comment Mitsubishi réinvente le Pajero entre masque de Kendo et sièges de première classe
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Dans les studios de design de Mitsubishi, ressusciter une icône ne relève pas du simple exercice néo-rétro. Vingt ans après l’apparition de la quatrième génération, la marque japonaise prépare le retour aux affaires de son tout-terrain fétiche. Né en 1982 pour marier le franchissement pur et le confort routier, auréolé de douze victoires au Dakar, le Pajero revient sous les traits d’un grand SUV de luxe à empattement long. Autour d’Alessandro Dambrosio, directeur exécutif du design, et de Norihiko Yoshimine, directeur de programme, les équipes de Tokyo et de Francfort ont exploré une voie singulière : traduire la rudesse mécanique du désert dans le langage du raffinement nippon le plus aristocratique.

La trinité Kaku, Tan et Jun : la géométrie contre l’ostentation

Pour éviter le piège du 4×4 bodybuildé sans âme, le designer extérieur en chef Shuichiro Yamamoto a ancré ses premières esquisses dans un triptyque philosophique japonais traditionnel. Le concept de Kaku exprime la solidité structurelle et la confiance rassurante, incarnées par une ligne de ceinture de caisse parfaitement horizontale et des épaules très larges posées fermement sur les voies. Le Tan incarne l’esprit athlétique et l’héritage fonctionnel forgé sur les pistes de rallye-raid. Enfin, le Jun apporte une touche d’inattendue préciosité, destinée à rivaliser frontalement avec les références britanniques et américaines du segment sans en singer les chromes tapageurs.

Cette rigueur géométrique s’exprime immédiatement sur les flancs. Le vitrage latéral court d’un seul tenant du montant de pare-brise jusqu’au montant central, avant de buter sur un montant de custode noirci qui détache visuellement le pavillon. Le trait rend un hommage direct au découpage des surfaces vitrées du premier Pajero de 1982.

En observant la proue, le regard bute sur deux partis pris stylistiques que les équipes ont longtemps confrontés en maquette d’argile. Le premier s’inspire du silence dynamique et de la grille du Men, le masque d’acier rigide porté par les maîtres d’armes du Kendo, symbole de discipline morale et de courage impassible face à l’obstacle. Le second s’affirme comme le visage de course du Dakar, percé de larges écopes techniques. Dans la synthèse finale, la signature lumineuse en T projette le regard vers les angles de carrosserie, tandis que les blocs optiques principaux sont profondément enclavés dans le bouclier pour échapper aux projections de cailloux et aux branches en tout-terrain.

Le parachute d’atelier et la leçon de fatigue d’Hiroshi Masuoka

Dans l’habitacle, le changement d’ère est encore plus spectaculaire. Sous la houlette de José Fernández Gallego, responsable du style intérieur, et du directeur de projet Shinichi Miyazaki, la planche de bord abandonne la verticalité brute des baroudeurs à l’ancienne pour déployer une architecture marquant l’horizontalité. Les croquis d’atelier révèlent une source d’inspiration inattendue : la structure des toiles et des sangles de parachutes militaires. Cette référence dicte le gainage des éléments de maintien, les poignées de maintien massives intégrées aux montants et les renforts de console centrale sculptés comme des pièces de fonderie d’aviation.

Le développement de ce salon roulant doit une fière chandelle aux exigences d’un pilote maison. Régulièrement invité autour des maquettes à l’échelle 1, Hiroshi Masuoka, double vainqueur du Dakar en 2002 et 2003, a recadré les priorités ergonomiques des stylistes. Pour le pilote japonais, un vaisseau amiral ne se juge pas uniquement sur ses angles d’attaque ou sa garde au sol, mais sur l’état physique des occupants au terme d’une journée de roulage intensif.

Cette directive a conduit à repenser intégralement l’assise avant. Loin des baquets durs de compétition, les sièges adoptent une architecture inspirée des fauteuils de classe affaires long-courrier, intégrant des extensions d’assise façon ottoman, un maintien lombaire multi-chambres et une mousse haute densité filtrant les basses fréquences de roulement. La console médiane, baptisée The Gate sur les carnets de croquis, regroupe des sélecteurs rotatifs physiques taillés dans la masse, associant de vraies commandes tactiles aux dalles numériques panoramiques conçues par la designer d’interface Yuri Nakata.

Ce nouveau Pajero montre comment l’ingénierie et le style japonais peuvent réinvestir le terrain du luxe sans renier leurs racines d’aventuriers. En croisant la protection du Kendo, la précision des instruments d’aviation et la mémoire vivante des dunes de Mauritanie, le bureau de style signe une proposition singulière : un outil de franchissement sans compromis taillé pour avaler les continents sans infliger la moindre fatigue à ses passagers.

L’info en plus : Quand Masuoka imposait la rigueur des pistes aux designers

L’implication d’Hiroshi Masuoka dans le dessin du Pajero de cinquième génération a dépassé le simple rôle d’ambassadeur de marque. Lors de la validation de la maquette intérieure en argile, le vainqueur du Dakar a exigé l’abaissement sensible de la casquette supérieure de la planche de bord et le repositionnement des montants A pour dégager l’angle de vision périphérique en dévers.

C’est également Masuoka qui a insisté pour que les commandes de la transmission intégrale Super Select conservent une molette mécanique à cran d’arrêt dur sur le tunnel central, refusant catégoriquement qu’un sous-menu tactile ne vienne compliquer le passage en boîte courte au moment de franchir une marche rocheuse ou une ornière de boue. Pour l’ancien champion, l’ergonomie de survie en spéciale devait demeurer instinctive pour le client des beaux quartiers.

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