Alors que la Miura célèbre son 60e anniversaire en 2026, l’attention se porte sur ses records de vente aux enchères. Mais au-delà des chiffres, une voiture incarne à elle seule l’audace absolue de Ferruccio Lamborghini et du carrossier Bertone : l’unique Miura Roadster d’usine jamais construite.
Une révolution signée Gandini
Lorsqu’elle apparaît au Salon de Genève en 1966, la Miura ne se contente pas de lancer un modèle ; elle crée une catégorie : celle de la supercar. Dessinée par un Marcello Gandini alors très jeune, elle impose une ligne aérodynamique basse et un moteur V12 transversal central qui force la concurrence, Ferrari en tête, à revoir sa copie.
Mais en 1968, au Salon de Bruxelles, Lamborghini et Bertone décident de briser une nouvelle barrière avec la présentation de la Miura Roadster.
Plus qu’un simple « décapitage »
Bertone et Gandini ne se sont pas contentés de retirer le toit du coupé. La voiture a été intégralement réingénierie :
- Design : Le pare-brise a été incliné davantage, la ligne de toit abaissée et la partie arrière redessinée avec un spoiler plus prononcé.
- Mécanique exposée : Contrairement au coupé qui cache son V12 sous des jalousies, le Roadster laisse le moteur totalement apparent, transformant la mécanique en une véritable œuvre d’art visuelle.
- Structure : Le châssis a été renforcé au niveau des longerons pour compenser la perte de rigidité structurelle due à l’absence de toit.
Malgré l’accueil enthousiaste du public, des contraintes techniques de rigidité et de protection contre les turbulences empêcheront sa mise en production. Elle restera un exemplaire unique.
De prototype à laboratoire de zinc : l’odyssée ZN 75
En 1969, la voiture connaît un destin singulier. Vendue à l’organisation International Lead and Zinc Research, elle est rebaptisée ZN 75. Elle devient alors une plateforme de démonstration pour les applications du zinc et du plomb dans l’automobile. Repeinte en vert iridescent, elle voit nombre de ses composants (pare-chocs, garnitures, pièces moteur) être refondus dans des alliages spécifiques.
Ce chapitre, bien que surprenant, a contribué au développement des méthodes de protection contre la corrosion devenues aujourd’hui des standards industriels.
Le retour aux sources
Il faudra attendre 2008 pour qu’une restauration complète redonne à la voiture sa configuration d’origine du Salon de Bruxelles : une livrée bleu ciel métallisé, un cuir blanc et des tapis rouges. Depuis, elle est reconnue comme l’un des piliers du patrimoine Lamborghini, préfigurant la lignée des roadsters modernes, de la Diablo à l’Aventador.
Une exposition exceptionnelle en 2026
Pour ceux qui souhaitent admirer cette légende, le Musée Lamborghini de Sant’Agata Bolognese organise l’exposition « Born Incomparable » du 18 mars 2026 jusqu’en janvier 2027.
Le Roadster y sera exposé aux côtés de pièces rarissimes comme :
- Le châssis original de 1965.
- L’ultra-rare Miura SVJ (dérivée du prototype Jota de Bob Wallace).
- Le concept Miura de 2006 signé Walter de Silva.
- L’Aventador Ultimae Roadster « Miura Omaggio », ultime exemplaire de l’Aventador produit, reprenant la livrée exacte du Roadster de 1968.
Le saviez-vous ? Sur la Miura Roadster, les commandes secondaires (essuie-glaces, éclairage), habituellement situées au-dessus du rétroviseur central sur le coupé, ont dû être déplacées sur le tunnel de transmission central. Un détail qui prouve l’ampleur de la réflexion ergonomique derrière ce prototype.


















